Marianne Faithfull: « Give My Love To London »

Le nom de Marianne Faithfull est synonyme d’une autre époque, celle qui est avant tout associée à l’ère libertine des Swinging Sixties mais aussi à son arrière-cour plus sombre faite de drogues dures, quelque chose qui a fait que sa notoriété a été associée à ces deux éléments à part égale.

Alors que tout cela date de cing décennies, le répertoirede la chanteuse semble avoir toujours été irrémédiablement lié au passé; que ce soit la pop orchestrale réminiscente des années 60, les albums de reprises (Brecht) ou la colère auto-destructice dont était remplie son chef d’oeuvre; Broken English, en 1979. Tels ont été ses baromètres musicaux, mais avec la sortie de son vingtième album, Give My Love To London, il se peut que la perspective que nous avons d’elle soit transformée.

Pour ce disque, Faithfull s’est entourée de musiciens dont le moins qu’on puisse dire est qu’il forme un groupe de studio particulièrement chaud : le guitariste de Porstishead Adran Utley,le compositeur interprète Ed Harcouts aux claviers et des participations d’invités comme Warren Ellis des Bad Seeds et Jim Scalvunos. Depuis Kissing Time en 2007 elle avait adopté une approche collaborative en termes de « songwriting », elle contribue ici à la plupart des textes -, un processus facilité par une immobilisation liée à un problème de dos. Ajoutons qu’avec des musiques de Anna Calvi, Nick Cave, Roger Waters, Pat Leonard, Tom McRae et Steve Earle, les conditions ne pouvaient être que propices à la réalisation de Give My Love To London.

Un distribution si illustre ne va pas, toutefois, assurer que tout ce que Faithfull aborde va se transformer en pépite. « Falling Back » va pencher dangereusement vers la rengaine « radio friendly » et Adult Oriented Rock ce qui est d’autant plus sinterpellantt que c’est Calvi qui collabore au morceau et « Mother Wolf » est un rocker peu original et un peu laborieux, desservi par des guitares d’accompagnement trop sous-mixées et que même la viole de Ellis ne peut totalement sauver. Hormis ces réserves, quand se réalise la créativité de tous ces acteurs, les résultats sont plutôt époustouflants.

La chanson titre ouvre le disque ; un éloge dithyrambique mais quelque peu sardonique sur la ville qui l’a vue naître et dont elle s’est, peu à peu, éloignée. L’accompagnement (Steve Earle) a une pompe toute country et, sur le tonitruant « I’m Waiting For The Man », l’introduction au piano et la guitare hurlante de Utley apporte espoir si ce n’est gaieté à la tristesse inhérente du morceau Il en va de mêm, en termes d’approche, pour le « single » composé par Roger Waters, « Sparrows Will SIng ». Ajoutons les arrangements à cordes entraînants de Dimitri Tikovois et la flute de Warren Ellis sur « Deep water » et l »on trouvera un écho étonnant de la pop baroque qui a permis à Faithfull de se faire initialement un nom.

« Going Home » a été co-écrit par Leonard Cohen et le « songwriter » américain Patrick Leonard. Les textes sont à moitié chantés par la vocaliste et ces mots récités ne pourront qu’évoquer le souvenir du lascif Sprechgesang de Marlene Dietrich. Elle répètera le même effet de manière fascinante sur le titre concluant l’album, une version remarquable et spectrale du «  I Get Along Without You Very Well » de Hoagy Carmichael.

Mais ce sera « Late Victorian Holocaust » qui restera la chanson phare de l’album. Il s’agit d’un titre écrit spécifiquement par Nick Cave pour Marianne Faithfull mais qui aurait très bien pu figurer dans le remarquable No More Shall We Part de l’Australien. Nous avons droit ici à une de ces ballades funéraires dantesques que Cave semble être capable de composer dès que l’envie lui en prend. Ponctuée par le violon plaintif de Warren Ellis, la vision craquelée et lasse de Faithfull se manifeste dans le phrasé de la chanteuse et lui donne vie et, surtout, une signification contemporaine. Quelque part, peut-être parce que sa voix s’est adoucie car elle a cessé de fumer, c’est un titre qui agit comme un exutoire et qui, situé tel qu’il est dans l’album, peut permettre de penser qu’elle est parvenue ici à réconcilier son passé et son présent.

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