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Leonard Cohen:  » Popular Problems »

Leonard Cohen a toujours été avant tout un poète. C’est à l’aulne de cela que l’on dit placer ses compositions tout comme ses textes, imprégnés de mysticisme judaïque mais aussi d’humour, de vantardise sexuelle le tout cumulé à une recherche introspective qui le fait flirter avec le bouddhisme.

Qu’il puisse, pour ses 80 ans rester une sorte de star dans la musique est assez révélateur d’un artiste qui, en fait, a toujours été un homme mûr, présentant sa gravité avec légèreté, alors que la plupart de ses frères d’armes persévèrent à vouloir préserver une image juvénile.

L’âge n’a donc jamais eu de prise sur lui, c’est en ce sens que Cohen n’a jamais été frappé de ridicule, raison de plus nous en est donnée dans son 13° album, Popular Problems.

Il fait d »ailleurs être sacrément gonflé pour démarrer son disque sur « Slow » sexy et charmeur dans lequel deux de ses sujets favoris (la séduction et la mortalité) sont mis face à face avec un groove qui se présente à nous comme un luxuriant tapis. Ce sera d’ailleurs un des traits de l’album que de se dérouler ainsi, jusqu’à un « You Got Me Singing » qui ferme la marche sur un même ton de sérénité et de sagesse .

Entretemps, Cohen va nous emmener en un croisière qui va nous couper le souffle au travers de « l’immense mer des chagrins » alors qu’il récite avec résignation ce couplet : « Tu me fais chanter bien que les nouvelles soient mauvaises. »Il y a quelque chose de philosophique entre ces deux états d’âme et, même quand il fait des allusions puissantes (les horreurs du Moyen Orient dans un « Nevermind » qui vous glace le sang) il parvient à rendre hypnotique et à fascinante le sombre route qui est empruntée. Celle-ci devient alors paradoxalement une ode à l’acceptation voire même à la célébration, un morceau qui aurait très bien pu s’appeler «  Hallelujah » si la place n’avait pas déjà été prise.

Tout comme il est capable d’évoquer la face la plus mauvaise de la nature humaine sans tomber dans le prêche, Cohen a le loisir de s’enrober dans la douceur et la lumière que véhicule également sa musique parce qu’il ne perd jamais de vue que le potentiel meurtrier de l’homme n’est jamais éloigné.

La cadence lente et blusy de son opus précédent, Old Ideas, court toujours le long de Popular Problems, elle impose une sorte de leitmotiv comme si cette trame de sensualité et de funk était celle qui convenait le mieux à un homme ayant atteint un tl nombre d’années. Il aura fallu, paraît-il, 40 ans, pour que Cohen parvienne à terminer « Borne In Chains » qui est presque devenu une sorte de credo : le fuite d’Égypte sert ici de métaphore à la libération et la composition y explore ce pouvoir innomable qui échappe à notre compréhension. Sa taçon d’utiliser la Bible est à la fois respectueuse et irrévérencieuse et, au-delà de sa lecture particulière de l’Ancien Testament, on discerne l’apprentissage qu’il a reçu à Bombay par le professeur qui lui a enseigné le Vedānta (une école de philosophie indienne) : « in the grip of sensual illusion sweet unknowing unifies the name ».

Cohen est merveilleusement accompagné, comme sur Old Ideas, par son collaborateur canadien Patrick Leonard et le superbe contrepoint de ses choristes féminines, présence qui se veut et se fait apaisante et qui apporte une pacification de l’introspection parfois torturée du chanteur. Il est également parfaitement servi par le son dépouillé des guitares, de l’orgue Hammond qui tourbillonne doucement tout comme des riffs de cuivres discrets et, ici et là, un solo de violon judicieusement introduit. Popular Problems nous procure une moment de musique profondément riche bénéficiant de son choix d’orchestrations jansénistes ; c’est cet ensemble qui nous permet d’atteindre nos propres moments de grâce, de beauté, d’émotion et de rédemption.

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23 septembre 2014 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Haley Bonar: « Last War »

Last War est le cinquième album de Haley Bonar et c’est sans doute son opus le plus sophistiqué. Il continue dans la veine qui est la sienne (un son indie folk rock) mais il affiche des tonalités qui sont plus riches et profondes, le tout contribuant un véhiculer une atmosphère plus sombre.

En effet, les couches mélodiques qui enveloppent les neuf compositions utilisent habilement synthétiseurs et percussions ce qui donne au lyrisme perçant de la chanteuse une force remarquable. Ainsi, le disque s’ouvre sur le « single » « Kill The Fun » annonciateur du climat de Last War et l’album va conserver ce flot continu allant de titres durs et rapides comme la chanson titre à des interprétations plus solennelles mais tout aussi intenses telle « Eat For Fee », une plage acoustique qui, toute dépouillée qu’elle soit, met en valeur l’impressionnant registre musical de l’artiste.

Avec Last War, (qui bénéficie de la participation de Justin Vernon de Bon Iver) la chanteuse a véritablement trouvé un équilibre entre l’indie folk rock accrocheur et un lyrisme qui ne peut qu’intriguer par ses thématiques sombres. Les textes de « Woke Up In My Future » ont de quoi vous clouer sur place tant ils véhiculent confiance mais aussi émotivité et, comme sur la plupart des morceaux, ils ont ce côté brut où l’affect reste néanmoins prégnant. L’impact est d’autant plus fort quand ils sont épaulés par des mélodies moroses et permettent à celui qui les écoute de partager ces sentiments d’entropie, d’exaltation et de tout ce qui se situe entre ces deux pôles.

La production, sophistiquée, n’entrave pas néanmoins ce que le disque peut avoir d’organique et tout s’opère avec fluidité comme si on assistait à la narration d’une longue histoire. Last War met en valeur les talents de Bonar, non seulement en tant que songwriter mais aussi comme la narratrice d’un univers qui nous enchante malgré sa rigueur.

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23 septembre 2014 Posted by | Quickies | | Un commentaire