Reigning Sound: « Shattered »

Greg Cartwright, le leader de Reigning Sound, est le prototype du héros « garage rock ». Dan Auerbach semble trop vouloir s’efforcer à l’être, Jack White est un excentrique, Mick Collins pourrait faire l’affaire mais même le suprêmement cool meneur des Dirtcombs ne peut égaler cet esprit soul qui revisite les années 50, 60 et même la période Nuggets, ces moments qui vous frappent aux tripes, le tout délivré avec une  faconde qui fait de Cartwright une personnage qu’on ne peut qu’aimer.

Après plus de 10 ans entouré de musiciens de sessions (sous le nom de The Oblivians ou de Compulsive Gamblers) et d’enregistrements aussi fantastiques que méconnus, notre homme a enfin un line-up stable et sur Shattered enregistré à Brooklyn pour son nouveau label (rien que moins que Merge) cet équilibre est flagrant. L’organiste Dave Amels peut, en effet, être considéré comme son frère de sang grâce à un jeu en qui ronronne en permanence donnant à des morceaux comme « Falling Rain » ou « If You Gotta Leave » une qualité de douce réassurance. Sur des titres tels un « You Did Wrong » en accélération constante il procure, par contre, avec habileté un lustre imparable et une énergie dense à ce joyau de « Southern Soul ».

Reigning Sound étant sur le mode éclectique, Shattered offre aussi des rockers « fun » et fuzzy comme « North Cackalacky Girl » qui ouvre l’album ou des ballades bluesy du style de « I’m Trying (To Be The Man You Need) » quin lui, ferme la marche.

Ce quintet, étayé par trois membres du groupe soul de Amel The Jay Vons semble avoir ainsi maîtrisé tout ce que l’Amérique à pu produire musicalement en termes de post-rockabilly et de pre-punk. Même la pop anglaise n’est pas ignorée avec un « My, My » qui véhiculera l’excitation des Them de l’époque Van Morrison dans une histoire verve de subversion adolescente narrée avec verve, passion et simplicité. A contrario, « Never Coming Home » sera une ballade pop scintillante et pleine d’émotion avec une arrangement bienvenu, celui d’une flopée de violons,  le tout mettant merveilleusement en valeur le côté troubadour qui peut sommeiller chez le chanteur.

De ce disque on peut reconnaître le côté « hard » mais il y a beaucoup plus que cela dans la mesure où Reigning Sound ne s’évertue pas à jouer fort et vite. La vie n’est pas qu’un crescendo et Cartwright semble l’avoir compris en y apportant une âme qui vise à élever l’auditeur plutôt qu’à vouloir le  faire entrer dans  un cadre de « stadium rock » et d’emphase. C’est aussi cela la définition du rock & roll, quelque chose qui vous secoue certes, mais qui est aussi capable de révéler votre part d’intime sans qu’il soit nécessaire de trop en rajouter.

***1/2

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