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Morrissey: « World Peace Is None Of Your Business »

Que peut-on s’attendre à entendre de Morrissey sur son premier effort solo depuis cinq ans ? L’homme a son franc-parler, paroles et actions fracassantes (se draper dans un étendard anglais, traiter les Chinois des sous-espèce) ; il reste toujours un personnage déconcertant, parfois bêtement populiste, à d’autres moments inspiré par les poète de la « beat generation », toujours provocateur même quand il s’agit de s’apitoyer sur son statut.

World Peace Is None Of Your Business a déjà un titre propre à attirer, au moins l’attention mais, hormis son titre, c’est un album qui risque de concourir pour un des disques les plus frustrants de l’année Il y a en effet comme un esprit sévère et sombre qui semble planer au -dessus des compositions, chose d’autant plus décevante que l’album est un des projets les plus ambitieux auxquels le chanteur attache son nom de temps à autres.

Avec l’aide de Joe Chiccarelli, son producteur de longue date, le duo a décidé d’ajouter un parfum latino au rock bien soigné de « Kick The Bride Down », de l’électroniques en fusion sur « Neal Casady Drops Dead » et de donner un brillant rappelant Viva Hate à « Staircase At The University ».

Comme c’est souvent le cas, c’est l’atmosphère d’un morceau comme celui-ci qui fonctionne le mieux sur World Peace Is None Of Your Business quand la fiction pleine de réalisme de Morrissey reçoit un traitement britpop plein d’esprit et de pétulance. Même si on peut frémit à l’écoute de textes un peu glauques voire « gore » on ne peut que danser sur son refrain. Il en est de même pour « Istanbul », un des meilleurs moments de l’album, l’histoire étonnamment émouvante d’un père à la recherche de son fils dans la ville cité sur un fond musical « glam rock » des plus entraînant.

Morrissaey ne serait pas Morrissey si il ne nous faisait part, à un moment ou à un autre, des ses sentiments les plus romantiques : « Kiss Me A Lot » aurait sans doute été une pièce centrale d’un album réalisé à l’époque de son adolescence avec sa guitare hispanisante au frappé mélancolique mais à 55 ans, le chanteur semble avoir des poussées hormonales plus directives et charnelles.

World Peace reste néanmoins un opus qui nous laisse sur notre faim tant il passe trop rapidement d’une expérience à l’autre. On y trouve des textes d’une pertinence absolue (« I’m Not Your Man ») voisinant avec d’autres qui, tout bien observés et affutés qu’ils soient, ne font que confirmer une chose : plus Morrissey change, plus il reste le même. À chacun de distinguer le pire du meilleur, celui-ci se situant à la fin du disque, en particulier sur, « Smiler With Knife » ou «  Mountjoy » qui peinent à nous faire retrouver et réentendre ce démarrage en fanfare que constituait la première moitié de l’album.

**1/2

1 août 2014 Posted by | On peut faire l'impasse | Laisser un commentaire

Slow Club: « Complete Surrender »

Après deux albums qui ont vu ce duo de Sheffield façonner sa musique de manière régulière et articulée, Charles Watson et Rebecca Taylor semblent avoir voulu se payer un fou rire avec des compositions qui se veulent toujours un élan vers le haut. Ceci va se faire ici au moyen de suites d’accords chauds et nébuleux, d’accompagnements de cuivres brillants mais légers,d’harmonies et de chorus qui ne sont que des sollicitations à se mettre au « street dancing » synchronisé et à former un groupe de jazz en toute spontanéité. En termes de compositions, c’est certainement leur meilleure production.

Il y a un sentiment d’impulsion aérée tant on a la sensation de les voir glisser à travers les premières plages et couvrir tous les tropes de la musique pop en seulement quelques minutes. Mais ils n’en restent pas là pourtant et, après une délicieuse ballade au piano (« Number One »), ils plongent dans un slow avec néo-soul sublime, « The Queens’s Nose » où les lumières restent tamisées et les corps enlacés jusqu’à l’énorme final constitué de cuivres et de vocaux à vous enflammer encore plus les sens.

La voix de Taylor est celle d’une star mais il y a quelques imperfections et inconstances qui se nichent ici et là. Elles rendent toutefois d’autant plus mémorables les moments de grâce qui sont bien plus que des copies sans âme et ses harmonies avec Watson ont un fredonnement qui n’a jamais été meilleur.

Malgré cet étalage de talent et le fait de montrer qu’ayant ainsi maîtrisé les canons de la pop, la versatilité n’est pas un problème pour eux, Complete Surrender pèche par un manque de direction. Les titres flottent dans leurs propres bulles, ce qui n’est peut-être pas gênant pour ceux qui sont habitués à une musique qui n’est que d’accompagnement, mais cela ne rend pas justice à Slow Club. Impeccables à scruter l’art de la composition, il est dommage que leur élan facétieux ne tourne trop vite à une démonstration de savoir-faire et une volonté de la faire savoir.

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1 août 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Wolves in the Throne Room: « Celestite »

Wolves in the Throne Room est un duo de « doom rock » qui s’est toujours trouvé à l’avant-garde di genre et dont le style était un perpétuel changement d’un album à l’autre. Leur dernier opus, Celestial Lineage en 2011, avait vu les frères Aaron et Nathan Weaver s’étant avéré assez classique au demeurant on ne peut qu’être à moitié surpris de lire que le groupe avait annoncé que Celestite serait un disque sans vocaux ni percussions mais qu’il consisterait en un voyage profond et lourd dont l’accompagnement serait des synthétiseurs cristallins.
Nouveau chapitre donc dans une carrière multiforme mais toujours enregistré avec leur fidèle producteur, Randall Dunn qui s’avère comme le fil conducteur et le compagnon de route donnant une véritable identité au groupe.


Ceci est une chose qui s’avère s’essentielle pour un tel combo et « Initiation at Neudeg Alm » partagera ainsi a même mélodie qu’un de leurs titres précédents: « Subterranean Initiation ». Instrumentation différente aidant, le manque de stridence sera alors remplacé par une autre sorte d’explosion symphonique, celle de synthés modulaires dont le poids sera aussi imposant que celle qu’on peut qualifier de version originale.
« Sleeping Golden Storm » reprendra la même formule d’hommage à une chanson d’avant, « Permanent Changes In Consciousness , sauf qu’elle utilisera la forme le plus simple de mélodie au synthétiseur pour créer un drone discret mais qui aura pourtant la faculté de vous hérisser les nerfs. On y retrouve une atmosphère nocturne assez saisissante qui n’est pas sans rappeler la bande son de Vangelis sur Blade Runner.
Celestite n’est sans doute pas l’évolution qui aurait été souhaitée par les fans de WITTR mais elle s’intègre parfaitement à leur démarche. Qu’on la considère comme un élément autonome ou comme faisant partie d’un tout, c’est une composition musicale qui ne peut que nous consumer et nous rappeler que l’ambition de Weaver est de toujours aller de l’avant et non pas d’être un suiviste.
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1 août 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire