Tom Petty: « Hypnotic Eye »

Dès ses débuts, sur son premier album éponyme, le visage angulaire de Tom Petty ainsi que son registre de voix poussé comme s’il cherchait à la rompre indiquaient que c’était quelque part une petite teigne. Même à l’approche de la trentaine, il conservait ce côté affuté et grincheux y compris quand sa carrière semblait bien installée dans le scène musicale de Hollywood.

Il n’est donc pas surprenant de constater que, à l’ouverture de Hypnotic Eye, son tout nouvel opus il continue à railler et à ironiser sur les menaces qui pèsent sur le Rêve Américain. À 63 ans, continue donc sa transition vers la misanthropie intégrale (comme, par exemple sur « Burn Out Town »).

Mais Petty n’a jamais été d’une pièce, et il y a toujours eu, ici encore, une certaine espièglerie dans la manière dont il se présente sans compter une bonne dose de ce rock & roll qui semble toujours enflammer ses entrailles. Les guitares trapues qui grondent en accompagnant « American Dream Plan B » (sic!) font plus qu’entériner cette notion.

Que ce soit durant sa jeunesse plutôt salée, sur le Full Moon Fever qui a redonné un coup d’accélérateur à sa carrière artistique et lui a permis de rester une référence ou pendant sa participation au projet crypto « mainstream » des Traveling Wilburys avec ses aÎnés qu’étaient Dylan Jeff Lynne, Orbison ou, Harrison, il était l’élément imprévisible qui donnait un aspect énigmatique à ce qu’il touchait. Dans son disque le plus sensible, Wildflowers en 1994, il y a vait toujours une distance entre lui et la façon dont il faisait son prorre portrait comme si il ne voulait pas que l’on puisse pénétrer totalement à l’intérieur de sa tête. On ne peut, à cet égard, que penser au rôle de l’effrayant « Mad Harter » qu’il jouait dans la formidable vudéo du nom moins excellent « Don’t Come Around Here No More ».

Cette aura de mystère lui a permis de rester pertinent tout au long d’une carrière de plus de 4O ans lui ayant permis d’atteindre le chiffre de qutre-vingts millions de disques d’or. On pourrait se gausser d’un tel succès commercial mais Hypnotic Eye est la preuve que Tom Petty ne s’est pas laisser engluer dans un bourbier commercial. L’album possède cette virulence déjà esquissé dans le précédent (un Mojo qui, malgré son titre archétypal n’avait pas entièrement convaincu). Peu d’artiste à cet âge et après une si longue présence dans le cénacle rock and roll peuvent encore faire preuve de cet côté provocant qu’il maîtrise si bien sans tomber dans le ridicule. Petty est un des rares à pouvoir « vendre » le concept de désarroi existentiel et de déception à une audience trois fois plus jeune et sans doute moins chanceuse que sa génération. Tom Petty est capable de se débarrasser de ce scepticisme par le procédé fictionnel de la suspension de l’incrédulité (suspension of disbelief) dans lequel il est un des maîtres notamment quand The Heartbreakers sont capable de donner une terrifiante énergie à des compositions sinueuses et éprouvantes comme « Power Drunk ».

Il n’est alors que d’écouter Petty chanter : « J’ai l’impression d’être un homme oublié » pour se convaincre que son cynisme marche main dans la main son esprit semblable à un terrain escarpé et aventureux. Tout cela lui va très bien, on pourrait même dire de mieux en mieux ; comme un gant qui épouserait harmonieusement ses écarts atypiques.

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