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Braid: « No Coast »

Le Braid de 2014 n’a rien à voir avec celui des débuts. Le titre de ce nouvel album, No Coast, est soit une manière astucieuse de (se) poser la problématique de l’identification géographique ou le défi que se lance le groupe, réuni à nouveau, et décidé à ne pas se reposer sur ses lauriers. Après un hiatus de 16 ans, il y a sans doute un peu des deux.

De Chicago en passant par Champaign, Braid fit partie la scène « emo » du Mid West et en fut même un élément majeur. Fertile elle était et continue à être puisque nous en sommes à, au moins, sa deuxième vague. Braid se distinguait de cette foule par un côté plus sauvage, des vocaux (Bob Nama et Chris Broach) plus tendus et des compositions punk accrocheuses et tenant la route.

No Coast est un album plus mesuré, parfois même de toute beauté. « Bang » et « Damages » sont à classer dans la catégorie « hymnes rock », un va et vient incessant sur les frets des guitares accompagne « East End Hollows », sans doute le titre power-pop le plus dansant jamais commis par le combo et les samples scratchés ouvrant le sombre « Light Crisis » viennent d’un 45 tours écrit par le grand-père de Nanna (sic!). Diversité donc, mais on retrouvera néanmoins des éléments familiers de l’univers de Braid comme sur « Put Some Wings On That Kid » ou « Climber New Entry ».

À l’instar du punk, le rock « emo » a le plus sa place un contexte jeune. On le considère donc parfois comme ayant un double standard : les artistes prenant de l’âge, le terme de « album mûr » peut se révéler condescendant ou comme un sincère effort à prendre en compte le fait que le temps et les choses les ont changés. No Coast est à cette image, celle d’un groupe qui a trouvé son assise au milieu d’une scène de jeunes musiciens qui essaient de s’y frayer un chemin. Son existence lui permettra sans doute de leur montrer que ça n’est pas une mince affaire de ne pas être une étoile filante.

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25 juillet 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Eugene McGuinness: « Chroma »

Dès son deuxième album, éponyme, la musique de Eugene McGuinness avait un côté petit sourire en coin qui le voyait manier avec grâce et désinvolture les emprunts stylistiques auxquels il se livrait. Il se faisait sans vergogne mais de manière candide et parvenait à les détourner en y apportant sa propres idiosyncrasie.

Sur Chroma, son quatrième opus, il semble avoir maîtrisé à la perfection cet art du caviardage assumé et créatif avec un riff d’ouverture qui pourrait passer pour un riff écarté par The Temptations lors de l’une de leurs sessions d’enregistrement de « My Girl ». Le ton est ainsi donné pour un disque qui sera autant de références-révérences aux Beatles, à Prefab Sprout, au doo-wop façon Phil Spector et ses « girls bands » (« I Drink Your Milkshake »), à la phase psychédélique de Bowie, voire même à Thin Lizzy et, plus intense encore, au post punk.

Chroma est, en effet, un album chromatique de ce point de vue mais il évite de ne devenir qu’un autre disque de rock nostalgique grâce, précisément, à cette approche particulière de McGuinness, faite de distanciation, certes, mais aussi de démarche anti conventionnelle. Les accords choisi sont évidents mais conditionnés savamment pour nous procurer une impression d’inattendu.

Si on y ajoute la production effervescente de Dan Carey, déterminé à illustrer de manière étincelante chaque moment qui passe (les titres n’excèdent pas les trois minutes), cela fait de Chroma un album qui pourrait rappeler, toutes proportions stylistiques gardées, Revolver. Ce disque est vif et effilé mais aussi emprunt de riches idées qui semblent vouloir s’accumuler jusqu’à plus soif à chaque détour sonique.

Chroma s’agite ainsi dans tous les sens, un peu trop parfois quand il s’essaie à l’expérimentation et au mysticisme oriental de « Fairlight » qui conclue l’album en dérapant quelque peu. On sent néanmoins que, hormis cette toute dernière faute de goût, le disque sert un objectif. Le précédent avait déjà cette prétention mais ne parvenait pas à mettre en place cette grandeur voulue par le chanteur. Ici l’élocution et l’interprétation sont vigoureuses mais charmeuses et élégantes, Chroma est un melting pot de pop « British » addictive et délivrée avec une jubilation qu’on ne peut que partager.

***1/2

25 juillet 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire