No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

The Manic Street Preachers: « Futurology »

Quand Nicky Wire annonça en 2010 que les Manic Street Preachers allaient faire une pause prolongée, il ne faisait qu’entériner le destin e ce combo marqué par l’absence (la disparition non résolue d’un de ses membres.)

Il est vrai que leur formule avait commencé à se montrer répétitive et, réalisant que les, hit « singles » n’étaient plus au programme, il était temps de se reprogrammer. Leur retour avec Rewind The Film était plutôt réussi dans le sens où il véhiculait ce ton de résignation et de réalisation que leur carrière devait atteindre un autre niveau que celui de super stars indie.

Il regardait également en arrière, à l’érosion des choses et à la mise à plat de certains fantômes qui se voulait proactive. Celle-ci s’exerce dans Futurology et pas simplement en raison de la nature du titre. L’album se veut un rebond et surtout un opus dans lequel MSP ne se voit pas confiné dans l’image de ce qu’il devrait être aux yeux du public. Même si il n’est pas possible d’échapper à son histoire, le groupe est parvenu à monter qu’il peut jouer un rôle significatif et pertinent aujourd’hui.

La différence entre cet album et la précédent saute aux yeux comme l’exprime la phrase d’ouverture de la chanson titre  : « Nous serons de retour un jour, nous ne sommes jamais réellement partis. » Le chorus est chanté de façon merveilleuse et s’avère être une manière de se donner une nouvelle direction. Cela se traduit de façon triomphale sur « Walk Me To The Bridge » qui nous pousse en avant et fearit les délices d’une interprétation de style « stadium rock ».

On peut bien sûr une voir une allusion à la disparition du lyriciste initiial des MSP, Ricky Edwards, mais c’est avant tout une réflexion qui est venue à Wire quand il traversait le pont Øresund reliant Suède et Danemark quand il a eu la tentation, lui aussi, de quitter le groupe. Le pont devient alors le symbole de ce qui sépare mais aussi unit, une analogie on ne peu plus adaptée quand on considère l’histoire du groupe.

Au niveau des textes on voit le combo s’évertuer à mettre à plat son existence et s’en servir pour sauter un peu plus avant dans ce qui pourrait être son avenir. Futurology n’hésite pas à défier ce qu’on attend d’eux, à prendre des risques musicaux ce qui est assez ironique si on considère que les Preachers ne visent plus à écrire des « hit singles » mais que ce nouvel opus regorge de chorus qui figurent parmi leurs plus addictifs.

Futurology et Rewind The Film ont été enregistrés durant les mêmes sessions mais quelle différence avec ce nouvel album qui se veut un chant de guerre et s’insurge contre la passivité et le manque de rébellion qui infiltre la culture populaire. « Let’s Go To War » promène ainsi un groove abrasif et évoque le destin funeste de la classe ouvrière condamnée à n’être qu’un régiment de squelettes et « Next Jet To Moscow » fait allusion à leur flirt poussé, passé aujourd’hui, avec le Communisme. Le krautrock qui s’en dégage se veut libérateur (un somptueux solo de guitare) mais aussi mélancolique, au même titre que le « Spanish Bombs » des Clash.

On trouve aussi des échos de The Holy Bible mais le ton y est beaucoup plus introspectif et mélodiquement plus attrayant. L’influence de l’Europe n’est d’ailleurs pas que musicale comme l’intense et menaçant «  Europa Geht Durch Mich » le démontre avec ses références aux mouvements en avant du groupe. Les vers chantés par Nina Hoss ne peuvent que nous faire frémir par la manière dont ils contribuent à la démarche combattive du groupe.

Quelques maladresses pourront porter ombrage à cette véhémence : « Divine Youth » une ballade orientale interprétée avec la harpiste galloise Georgia Ruth ou le disco grunge « Sex, Power, Love And Money » au refrain imprégné des Clash. Louons par contre l’instrumental « Hugheskova (Dreaming A City) » qui évoque le Bowie période Low comme pour nous rappeler que ces deux albums ont été enregistrés aux studios Hansa à Berlin.

Futurology es veut un album didactique, parfois manichéen (opposition entre l’art russe radical et la vacuité de la culture moderne) comme sur « Black Square » et il a pour but de provoquer des réactions contrastées et pas seulement idéologiquement. Pour cela il se permet la collaboration de vocalistes invités, comme sur « Between The Clock And The Bed » avec Green Carlisle de Scritti Politti émergeant de-ci de-là sur la composition. Ajoutons-y les textes torturés inspirés d’un tableau de Münch et le tout nous emmène dans des territoires sombres de « Misguided Missile » ou « (The View From) Stow Hill » et sa réflexion distanciée sur Facebook et la misère affective qu’il génère.

On pourra reprocher à Futurology de partir dans tous les sens, mais il est certainement plus puissant et efficace que Rewind The Film : de ce point de vue The Manic Street Preachers ont construit ici un des albums les plus fascinants de leur carrière.

****1/2

16 juillet 2014 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire