Ed Sheeran: « x »

25 juin 2014

Pour beaucoup Ed Sheeran n’est rien de plus qu’un aimable s »inger-sonwriter « s’attendant à un déluge de mauvaises critiques puisqu’il travaille également avec Taylor Swift et en particulier son méga-hit « Eerything Has Changed » et avoir ouvert pour T-Swizzle.

Cela a néanmoins donné un « boost » à sa carrière et fait découvrir un artiste sensible dont le penchant pour les compositions acoustiques se mêlaient à un léger hip-hop et R&B. Cette hybridation en termes de genre n’est pas un geste calculé dans la mesure où sa voix est très soul et son phrasé proche du slam. Ces influences sont encore plus prononcées sur x (pour « multiplier ») son deuxième album.

Pour exemples, notons « Sing » où, assisté par Pharell Williams, il semble émuler le style pop gigolo de Justin Timberlake ou « Don’t » un long baiser appuyé au R&B de la fin des 90’s.

Le reste du temps pourtant, la participation de membres de Snow Patrol lui permet de produire un excellent electro-folk avec « Bloodstream » alors qu’une mélodie menée placidement au piano (« Nina ») introduit une belle lamentation ce que peuvent être les relations humaines. « Welcome To My World » oeuvrera dans le même moule mais, avec intelligence, Sheeran se montrera capable d’équilibrer ces humeurs par des falsetos ou une pop acoustique fragile comme sur « One » et ‘I’m A Mess ».

La production, par contre, vise de manière évidente le Top 40 et elle le fait sans fausses notes d’ailleurs. ON sent que pour Sheeran elle n’est que prétexte à disséquer les conséquences des plaisirs fragiles qu’il fait semblant de glorifier. On en a une trace sur « The Man » où son hédonisme et sa complaisance sont percés de manière ironique et où il n’hésite pas, par ailleurs, à aborder des sujets plus graves comme la fugue (« Runaway ») ou le mal du pays (« Homesickness »).

x est un album solide solide et loin d’être insignifiant. Sheeran y admet que grandir c’est traverser une phase de turbulences mais où il affirme aussi que naviguer au long de la vie est question de confiance, une chose pour laquelle semble bien armé.

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A Sunny Day In Glasgow: « Sea When Absent »

24 juin 2014

Encore un groupe qui fait mentir son titre, puisque A Sunny Day In Glasgow est un collectif de dream pop de six musiciens originaires de Philadelphie, Sydney et Brooklyn. Leur approche par rapport au genre à a toujours été excentrique et abordée de manière plus destructive que celle de la plupart de leurs pairs.

Ce quatrième album intervient une pause de quatre ans et cette pause semble leur avoir servi à abandonner certaines de leurs tendances avant-gardistes pour une démarche plus raisonnable d’une pop qui demeure néanmoins toujours aussi pensée.

Sea When Absent, de ce point de vue, marque une amélioration toute azimuthe en particulier dans des mélodies et des vocaux plus de clarté et d’espace pour grandir et avoir un réel impact. La reverb’ est mise un peu plus en sourdine et, même si la production est toujours aussi riche en termes d’effets sonores, les bruits de guitares passés au moule d’un processeur figurent désormais à l’arrière plan d’un « songwriting » basé sur sur les synthétiseurs.

« Golden Waves » et « Crushin’ » par exemple sont de parfaites illustrations de ce modèle mono-genre, mêlant des vocaux emprunts de béatitude à des effets shoegaze et R&B ; avec une vocaliste, Jen Goma, faisant véritablement la différence.

Sa voix flotte comme celle de Liz Fraser sur l’élégiaque « Never Nothing (It’s Alright [It’s Ok]) » et dirige tendrement un fracassant « Bye Bye, Big Ocean (The End) » conduit à la guitare.

C’est avec bonheur que l’on constate que le groupe ne se résout pas néanmoins à une écriture conventionnelle ; bien au contraire les collages de ce collectif sont toujours présents. On y retrouve de la chamber pop (« The Body It Bends »), des hymnes stadium rock stylisés dans la dissonance (« Golden Wave »), bref tout un tas de compositions et d’arrangements qui donnent à ce disque un brillant bien moins rare qu’un jour de soleil à Glasgow.

***1/2


Rapid Talk: Interview de Ramona Lisa

24 juin 2014

 Caroline Polacheck fait partie d’un groupe avant-pop, Chairlift. Comme beaucoup d’artistes elle a aussi pour ambition de voler de ses propres ailes. Celle qui a composé un titre, « No Angels » dont Beyoncé s’est emparé vient don de réaliser Arcadia, son premier opus. Beaucoup d’électronica avec, néanmoins, une volonté de rester organique, mais une surprise supplémentaire nous attend, une surprise qui a besoin d’être élucidée dès la première question.

Pour un album solo, vous avez choisi de ne pas utiliser votre nom mais un pseudo, Ramona Lisa.

En 2012 et 2013 j’expérimentais beaucoup et la plupart des sons que je créais me semblaient étrangers à moi et je trouvais cela très excitant. Plus je travaillais dessus plus je les visualisais, non pas comme une extension de qui j’étais, mais comme un personnage issu d’une dessin animé ou d’une fiction. Ça ne me paraissait pas correct d’y mettre mon nom car c’est n’est pas un disque sur moi mais qui traite du monde. Je l’ai donc approché comme le ferait le metteur en scène d’un film qui serait nommé Ramona Lisa.

Arcadia évoque une sorte d’utopie mais son début, la chanson titre, a une atmosphère plutôt menaçante.  Que représente pour vous ce concept d’Arcadia ?

Je suis heureuse que vous mentionniez ce climat qui entoure l’entame d’ »Arcadia ». Je souhaitais véhiculer cette impression que, tout en regardant, ce beau jardin au-dessous de moi, il y avait quelque chose de terrifiant qui s’y nichait. Je voulais combiner cette vue avec des accords sonores qui ne seraient pas pou autant des bruits ou un chaos. Qu’est-ce qu’Arcadia pour moi si ve n’est la perception que nous avons de la nature, belle, harmonieuse, et sa réalité qui est quelque chose que nous ne comprenons pas ?

Qu’est-ce qui a motivé cette approche ?

Je sortais d’une relation sentimentale et je me suis aperçue que je pouvais dresser un parallèle entre la nature et le concept de l’amour. Dans la civilisation occidentale nous faisons des deux un portait idéalisé et stéréotypé mais, quand vous y êtes confronté, vous ne comprenez ni l’un ni l’autre.

Est-ce pour cette raison que vous définissez l’album avec cet oxymore « pastorale électronique » ?

C’est en effet contradictoire mais quand je travaillais sur le disque je me sentais assez hypocrite. J’étais dans des endroits qui n’avaient rien à voir avec la nature, des aéroports, des hôtels. J’étais entourée par du béton et de l’électronique. Je voyais tout à travers des vitres et, en même temps, j’avais le mal du pays.

En quoi travailler sur un ordinateur portable était-il différent ?

Avec Chairlift, tout es beaucoup plus orienté vers la performance. J’ai ou ainsi apprendre beaucoup en termes de production audio. Ici, j’ai pu donc travailler beaucoup plus vite à la mise en place de mes idées.

Était-ce une sorte de challenge d’avoir un son organique avec de l’electronica ?

Pas du tout en fait ; je n’ai jamais eu la sensation d’avoir à lutter contre l’ordinateur pour cela. Nous vivons dans un environnement tel que toutes les options s’offrent à nous en matière de tonalités. Il y a des instruments que je n’ai pas imités, l’orgue par exemple ou le hautbois. Ce dernier me rappelait le cinéma, le fait d’être enfant, le renard qui court…

Prokofiev…

C’est cela, c’est un aspect que j’appréciais et voulais faire revivre.

La dimension solo se retrouve dans vos textes.

J’écrivais de manière très expressionniste. Je partais toujours d’une mélodie puis décidais de quoi traiterait le morceau, je commençais à marmonner puis les textes me venaient et ils étaient nettement meilleurs que ce à quoi je m’attendais. C’était assez inconscient mais ensuite le processus consistait à peaufiner. Ce sont des chroniques qui s’étendent sur une année dans ma vie, métaphoriquement bien sûr.

Il y en a une belles ur « Lady’s Got Gills » sur un amour impossible.

Tout à fait, elle ne peut vivre que sous l’eau (« gills » = « branchies ») et lui uniquement sur terre. Il y a aussi cette idée de ne pas se sentir coupable si la chose est impossible

Est-ce libérateur d’écrire sous forme de métaphore ? On parle toujours de soi, même si on parle des autres.

C’est exact…Mais c’est aussi un titre « fun » et il y a des moments d’humour dans l’album. C’est un morceau que j’avais écrit il y a longtemps et je l’avais complètement oublié. Quand je me suis aperçu qu’il me manquait une chanson, je l’ai terminée en un seul jour avec un texte qui m’est venu tout seul.

« Dominic » a un côté chaloupé très organique, presque sensuel…

C’est un morceau très différent, très doux. C’est un chanson sur la solitude, le fait de rencontrer quelqu’un brièvement, de lui dire au revoir sans qu’il vous manque mais d’être heureux d’avoir partagé ce moment, peut-être sensuel en effet. C’est comme un nouveau chapitre qui s’ouvre pour vous.

Et quid de ceux deux autres yeux que vous peignez sur votre visage ?

Ils sont ma version de quelque chose que je trouve incroyablement beau chez les insectes ou les poissions. Ils les utilisent pour des raisons prédatrices, comme si ils avaient de faux yeux. Ils peuvent être très beaux et hypnotiques. Je crois que ma musique a cette capacité de vous entraîner ailleurs. Je crois que l’idée de plus utiliser mon corps va de pair avec l’envie d’avoir un son plus personnel.


How To Dress Well: « What Is This Heart? »

23 juin 2014

Tom Krell, ou How To Dress Well, est n artiste hors normes puisque son univers emprunte à l’indie (rock et électronique) ainsi qu »au R&B alternatif. Ce troisième album, le deuxième pour Weird World, branche de Domino Records, ne le voit pas essayer de de se débarrasser de ce manteau « hipster R&B » mais plutôt de le transcender. Le premier « single », « Repeat Pressure », est ainsi ce qu’il aspire à être, une composition pop aux références authentiques. On ne portera pas reproche à Krell, de ce point de vue, d’abandonner sa légère touche d’intellectualisme pour viser au succès dans les « charts ».

Pourant, comme son prédécesseur, What Is This Heart ? est bien plus que cela. L’effort ressemble toujours à un patchwork où Krell ne peut pas passer entre des genres disparates comme le montre « 2 Years On (Shame Dream ») et ses vocaux a cappella accompagnés par un arrangement dépouillé qui fend le cœur et qui, dès l’ouverture, fixe la tonalité confessionnelle de ce que sera tout l’album.

L’artiste demeure ce livre ouvert sur ce que sont les émotions, et sur cet album il occupe véritablement la place centrale. La morosité est toujours là, mais elle semble moins profonde et plutôt teintée de mélancolie directe et assumée (à l’image de sa pochette).

La musique, elle-même, est plus hardie mais elle évolue toujours dans un registre nébuleux où l’expérimentation est plus en toile de fond chez un artiste qui, toutefois, ne le perd jamais de vue.

Plus de place est donnée à la majesté de son falsetto et la deuxième partie de l’album devient un tour de force émotionnel ; des morceaux comme « Childhood Faith In Love (Everything Must Change, Everything Must Stay The Same) ») et « Precious Love » nous offrent ainsi la charme de celui qui met son cœur à plats- ; celui d’un artiste trouvant la bonne intensité pour exprimer des sentiments que nous tous avons éprouvés un jour ou l’autre.

Se frotter à ses démons intérieurs est déjà chose remarquable, mais, même si l’on peut désapprouver la méthode, on ne peut imaginer Krell en faire autrement.

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Glenn Tilbrook » Happy Ending »

22 juin 2014

Ceux qui connaissent l’impressionnant catalogue de Squeeze savent déjà que le groupe était bien plus inventif que la power pop qui dominait la scène à l’époque et dont ils éteint une des émanations. Le combo avait une côté moins effervescent et plus sombre que l’on découvrait sur certaines de ses compositions, tout comme une tendance à légèrement expérimenter.

Happy Ending est le cinquième album solo de son leader, Glenn Tilbrook et, alors que les précédents, étaient précisément marqués par une excentricité inventive, celui-ci est son premier album acoustique constitué de morceaux originaux. Tibrook avait déjà pratiqué le « unplugged » sur son premier album solo en 2001 avec des versions acoustiques et électriques ou avbec son groupe de tournée, Fluffers, mais ça n’est pas parce que l’électricité est absente que Happy Ending est un disque folk ou roots.

C’est plutôt le contraire dans la mesure où la plupart des titres ont cette nervosité remarquable ert propre à Squeeze, simplement les chansons sont juste baissées d’un ton. Tibrook a toujours été un excellent raconteur et il n’est pas surprenant de constater que sept de douze plages doivent leurs titres aux noms des principaux personnages qui y figurent.

« Persephone » pourrait être ainsi le «  Eleanor Rigby » de l’artiste avec ses arrangements de cordes style musique de chambre et « Rupert » (Murdoch) a un mordant pop avec un chorus à reprendre en cœur.

Tout comme les Kinks, Tillbrook construit ses protagonistes pour nous narrer des petites tranches de vie et, tout acoustique que soit cet album, il n’est pas axé sur l’organique pur et dur car l’élément pop ne cesse d’être présent tout comme des cithares ou des kazoos et, enfin la guitare raga et les tablas indiennes du psychédélique « Mud Island ». Ce morceau rappelle le flirt qu’avait Tillbrook avec les Beatles, en particulier George Harrison, et celui-ci est encore plus prononcé avec un « Hello There » qui pourrait nous faire croire qu’il s’agit d’une composition de Badfinger.

« Bongo Bill » sera aussi référencé, peut-être un peu trop mais on retrouve avec plaisir et joie les vocaux de jeune garçon qui semblent n’avoir jamais grandi encore, la créativité de la production, la lueur positive et charmante dont il ne se départit jamais ou l’inégalable qualité des mélodies. En s’éloignant de sa zone de confort, il ne fait, paradoxalement que la réinventer ; cela fait de Happy Ending un album qui jamais ne fait mentir son titre.

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Mastodon: « Once More ‘Round The Sun »

21 juin 2014

Sans qu’on ne le remarque vraiment, Mastodon est devenu un des groupes les plus influents dans la sphère du métal moderne. Pour ce groupe d’Atlanta, Once More ‘Round The Sun, constitue quand même un sixième album et il présente des caractéristiques intéressantes si ce n’est inédites.

Ce disque a la fonction qu’a pu avoir le deuxième opus de Wolfmother et il ressemble singulièrement à ce groupe culte et excentrique de Leeds, Humanfly.

Ce sont ces aspects qui donnent à ce disque enregistré dans le Tennessee (à Franklin avec le producteur Nick Raskulinecz) une aura qu’on ne peut que saluer, celle d’un combo qui, si il est en phase de devenir un des actes les plus importants de la « metal scene », est parvenu à garder le même mordant qu’un groupe underground.

Le déferlement qui rythme la plage d’ouverture, « Tread Lightly » en atteste dès le début avec ses breaks bulldozers, ses solos et ses riffs purs et proches de l’excès.

« Chimes At Midnight » est un rocker atmosphérique solide qui se développe rapidement en ces climats mélodramatiques et ces riffs brûlants et rapides qu’affectionnaient Black Sabbath alors que « Feast Your Eyes » est une parfaite démonstration de ce que peut être une succession de riffs en cascade. Le seul regret qu’on peut avoir, sur ce titres et d’autres, est que les attaques de guitares, souvent splendides, ne soient utilisées qu’avec parcimonie.

Malgré un léger creux dans la deuxième partie de Once More  »Round The Sun, « Halloween » nous régalera avec son énergie pure et dure, ses guitares pleines de « phasing » et des riffs de basse dantesques.

L’album précédent de Mastodon, The Hunter, était sans doute plus brillant mais celui-ci, malgré quelques moments faibles, montre que le groupe est prêt à un succès qui ne sera que mérité. Ils sont parvenus à conserver cette qualité de riffs incisifs et fluides là où de nombreux autres combos auraient déjà failli ou abandonné.

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« Une Belle Union » (Interview de Simon Raymonde).

20 juin 2014

Simon Raymonde est un ancien membre de Cocteau Twins mais aussi le fondateur de Bella Union, un des labels indépendants véritablement indépendant de par la qualité de ses signaures (il admet être accro au fait de signer des groupes) mais aussi par l’enthousiasme etérnel qui semble animer ce jeune homme de 51 ans , qui évoque sans détours et avec franchise sa vie et celle de son label.

« Je suis allé voir un docteur à New York et il m’a dit que je devrais être mort. » Raymonde reste très factuel : « J’étais juste venu chercher un inhalateur pour mon asthme et ils ont vérifié ma tension. Je n’avais pas réalisé l’état où j’en étais car je ne me sens stressé par rien. »

Il ne ressemble pas en effet à à un homme vivant sur le fil du rasoir. Il boit du thé, sourit et paraît assez content de lui. « Je me suis marié et ai déménagé à Brighton l’année dernière ; les vieux chausson et la pipe. Duand je regarde la mer et vais promener le chein sur la plage j’ai ccette impression. »

Raymonde fait tout sauf s’installer pourtant. Il raconte qu’il refait de la musique pour la première fois depuis un bon moment : « J’ai un studio d’enregistrement à Hackney qui reçoit des groupe et j’ai un show radio chaque semaine. Cela fait de moi un homme occupé d’autant que ma femme est Américaine et que, vivant à New York, je suis constamment en mouvement. »

Malgré des décennies dans l’industrie du disque, Simon Raymonde est toujours aussi convivial et ne semble vouloir dne donner aucun signe de lassitude. Depuis ses débuts avec Cocteau Twins jusqu’à la direction de Bella Union et nous a aidés à donner forme à la manière dont nous percevions ce que c’est que d’être indépendant. « Je ne suis pas un bâtisseur d’empire, je ne suis pas quelqu’un comme Martin Mills (le fondateur de Beggars Banquet, autre label indépendant renommé) mais je trouve qu’il est génial dans ce qu’il fait. C’est un vrai fan de musique et sur ce plan nous sommes semblables. »

Mills dirige 150 employés chez Beggars, Raymond simplement quatre. « C’est très petit je sais. Nous avons une sorte d’équipe étendue chez PIAS qui nous aide à exécuter ce que nous prévoyons. J’ai vais donc souvent mais c’est vrai nous sommes comme une petite famille. » Faut-il en déduire que la maison Bella Union est cosy avec Simon en charge de préparer le café ? « Je ne suis jamais à mon bureau, je suis toujours à l’extérieur pour rencontrer des gens, voir des groupes ou partir à l’étranger. Je n’ai jamais aimé rester assis à mon bureua du reste. On a un grand meeting du label chaque lundi et je parle à tout le monde tous les jours mais je suis incapable de rester longtemps en place. »

Bella Union est peut-être une petite entreprise mais c’est un label qui pense en grand avec des groupes comme The Flaming Lips et Fleet Foxes dans son catalogue. Le plus remarquable est l’étendue et la qualité des musiciens qui sont signés chez lui. Simon sourit quand on lui parle de ça : « L’industrie ne cesse de me répéter que nous avons beaucoup et que nous devrions ralentir un peu. Je crois que chacun a sa propre manière de faire et je ne prétends pas que ma méthode est la meilleure ou que Richard Russell (le patron d’un autre label, XL Recordings) a raison ou tort.

Je fais remarquer que XL est peut-être un peu désinvolte alors que le succès de The xx et de Adele n’a pas été suivi de beaucoup de sorties alors que le succès financier que les Fleet Foxes ont donné à Bella Union a été une bouffée d’oxygène bien utilisée. « Eh bien, XL ne signe qu’un ou deux groupes par an, un modèle sur lequel vous n’avez rien à redire si on tient compte de leur incroyable succès. Moi, je suis plutôt du genre remuant dans la façon dont je suis obsédé par la musique. Je l’aime tellement que parfois je dois un peu tempérer cette passion. »

Il est difficile de ne pas adhérer à ce bel enthousiasme et c’est dans cet état d’esprit qu’on peut alors discuter des récentes signatures du label, Hosre Thief ou Xiu. ‘est une conversation détendue dont le résumé est celui de l’état d’esprit : « I faut vraiment être cinglé pour faire ce boulot, il faut vraiment que vous soyez un obsessionnel de la musique, que vous aimiez en découvrir et souhaitiez aider les gens. Ce sont mes trois commandements. »

Il est aisé de comprendre pourquoi tant de groupes succombe à ses arguments tels qu’ils sont véhiculé. Il a un côté philanthropique qui, associé à ses expériences passées, doit peser un certain poids dans la décision d’un artiste. « Soyons honnête, j’ai fait partie de plusieurs labels dans le passé en tant que musicien et j’ai toujours dit que Bella Union représentait le label avec qui j’aurais aimé signer à cette époque. »

L’atmosphère familiale est indubitablement le moteur de Bella Union, elle fait d’ailleurs partie de chaque label mais quand vous avez été vous-même au charbon, un combo peut y être sensible. « Vous savez, quand je faisais partie de Cocteau Twins, il y avait toujours une distance entre le label et l’artiste ; elle n’était pas mentionnée mais elle existait. Peut-être était-ce parce que nous étions antagonistes mais il y avait toujours une légère tension dans nos conversation su style : « Ils nous prennent notre argent, ils nous arnaquent, on est des artistes cool et on fait ce qu’ils devraient faire à notre place, on ne peut pas leur faire confiance, etc. » C’est en général ce que beaucoup d’artistes ressentent mais je ne trouve pas que ce soit productif. »

Pour un label si peu fourni en main d’oeuvre, Bella Union reste très présent. Raymonde le reconnaît plus que tout autre est sa réponses quant aux questions de « management » est la patience : « Il y a tellement de groupes un peu partout qu’il est impossible d’obtenir le même degré d’attention qu’il y a 5 ou 6 ans si le groupe ne vous informe pas un peu de ce qu’il fait. C’est un grand monde, parfois il se rétrécit mais il est véritablement gigantesque. » On comprend la contradiction dans laquelle il est mais l’important est ailleurs.. Dans un monde obsédé par l’instant, Simon croit profondément en l’art du mûrissement : « C’est en grande partie ce en quoi consiste mon job, essayer d’expliquer aux gens pourquoi vous prcédez qu’une manière plutôt que d’une autre. Money en est un excellent exemple : ce sont des jeunes incroyables avec un talent énorme et « The Shadow of Heaven » est leur première sortie discographique. Ça n’est pas parce qu’on ne les voit pas dans les journaux toutes les cinq minutes que rien ne se passe pour eux. Nous faisons, au contraire, le maximum pour nous assurer que ce soit un groupe qui reste pendant un sacré bout de temps. »

Beach House est un exemple similaire. Ce duo de Baltimore a percé avec son troisième album, Teen Dream, en 2010. « On peut voir des choses semblables avec Money ; ils sont très intelligents et ils connaissent suffisamment bien comment tout fonctionne pour qu’on les laisse gérer leurs tournées et leurs concerts. Il sont en tournée avec Wild Beasts et c’est impeccable pour eux car c’est un groupe qui a évolué doucement et organiquement. »

Ce traitement respectable des groupes est sans doute inchangé depuis la fondation du label en 1997 mais la façon de signer des artistes a profondément changé depuis 17 ans. « La façon dont vous écoutez et découvrez la musique est totalement différente.  Je pourrais signer un groupe pratiquement chaque jour ! (Rires) Je fais un nouveau show pour Amazing Radio et c’est très « fun ». On ne peut jouer que ce qui existe sur catalogue aussi, si vous êtes un groupe, un attaché de presse ou un label vous pouvez récupérer une plage et une bio sur internet et en cinq minutes je peux le mettre dans mon show. J’ai plus appris en tant A&R de cette manière que je ne l’avais fait précédemment. »

« Pour être honnête, être A&R est le job le plus facile du monde ; tant que vous avez confiance en vis goûts c’est très simple ! » Quand il parle de sa passion, il est difficile de l’interrompre : «  Je vais vous dire un truc, on se moque de la compétition, on a tendance à ne pas aller aux concerts où tout le monde sera. Par exemple au festival South by Southwest vous entendez parler d’une concert pour l’industrie du disque ou quelque chose comme ça. Tous les A&Rs vont y être, je préfère aller à l’autre bout de la ville. Avant, on n’avait pas assez d’argent pour signer un groupe : il y avait Beggars, 4AD, Domino et nous. À votre avis, avec qui signaient-ils ? Tout ça avant Fleet Foxes. Sinon ils seraient allés vers les autres labels alors à quoi bon entrer dans ce jeu ? C’est à nous de trouver nos propres artistes ! »

Ce sont cinq types de Seattle qui ont tout changé pour Bella Union en 2008 : « On a été sur un autre braquet, cela a coïncidé avec beaucoup de changements et, en toute franchise, avant de signer Fleet Foxes je pensais vraiment tout plaquer car je n’étais plus très heureus dans ce que je faisais. J’étais vraiment frustré par le manque d’investissement que j’aurais pu faire pour des super artistes comme Midlake ou Laura Veirs. Il est extrêmement difficile de vendre 10 000 disques, ensuite, de 10 000 à 30 000, c’est un peu moins dur. Une fois que ça démarre et que le groupe remplit les salles vous vous dites que vous pouvez vraiment arriver à quelque chose et que vous êtes vraiment idiot de ne pas vouloir passer à 40, 50 ou 100 000. Ça n’arrivait pas et j’en étais vraiment frustré. Ensuite notre distributeur a fait faillite et on a perdu beaucoup d’argent. »

Sauvé par Co-Op, un distributeur formé en 2005 des cendres de V2 (un des plus gros labels indie à l’époque), le label de Raymond a été à nouveau en mesure de retrouver une certaine amplitude mais c’était toujours ric-rac : « Vous devez vraiment être résolu et déterminé et prêt à prendre des coups », dit-il. « Je crois que j’ai travaillé comme un malade pour ça et très longtemps et je ne vais donc pas abandonner juste parce que quelqu’un ne peut pas bien faire son job. Heureusement je me suis fait de bons amis dans le business. »

Simon a désormais décidé de travailler avec un véritable indépendant, PIAS, chose assez facile étant donné son itinéraire. « Vous devez y penser en vous plaçant dans le perspective de l’artiste et les majors sont incapables de fonctionner comme ça. ; elle ont pour tâche de faire les choses su point de vue du business. »

Les Cocteau Twins ont pourtant signé pour Capitol après avoir été sur 4AD si longtemps ce à quoi Simon répond : « Eh bien signer pour une major a été une des choses les plus stupides que nous ayons faites. » Il réfléchit puis reprend : « À l’époque notre relation avec 4AD était strès claustrophobe et personnelle. Robin Guthrie et Liz Fraser vivaient avec Ivo Watts Russell le cofondateur de 4AD pendant un petit bout de temps et ils étaient comme nos meilleurs amis et notre famille, un peu comme ce qu’est Bella Union aujourd’hui. Mais vous savez avec tous ces trucs financiers et ces contrats tout a commencé à se désagréger et on s’est dit qu’il valait mieux ne plus avoir de relations avec notre label car tout ce qu’on voulait désormais c’était être payé. C »était assez naïf et trois moi après on s’est dit : « Mon Dieu, quelle connerie on a faite ! » C’est une longue histoire et vous devez vous rappeler qu’il y avait pas mal de drogue à l’époque. »

Raymond en rit désormais mais il insiste que ça a changé sa façon de voir les choses : « Personne n’est venu en studio pour voir comment était fait un disque des Cocteau Twins, jamais. C’est chouette en un sens mais une major ne peut pas comprendre ce qu’on traficotait. Il faut quand même saisir que si un label vous donne 300 000 dollars, ils ont le droit d’essayer de voir comment ils vont récupérer leur investissement. On ne voyait pas les choses comme ça, on comprenait juste l’art, on voulait faire notre truc et qu’on nous laisse tranquilles. »

Le groupe est-il encore dans la mémoire musicale pourtant, est-il vrai qu’on leur a offert £1,5 million pour jouer au festival artistique de Coachella ? « C’est la première fois où ça nous a semblé être une possibilité, plus sérieuse qu’un simple e-mail nous demandant si on le souhaitait. La seule raison pour laquelle ça nous semblait difficile était le fait que le type qui organisait tout ça était un de nos très anciens agents et qu’il travaille maintenant pour l’agence artistique William Morris. Il avait réussi à faire en sorte que les Pixies se réunissent aussi il savait que ce serait introduire dans la même cours une galerie de dépravés. On était à quelques semaines de commencer les répétitions, à parler des morceaux mais, au bout du compte, je suis assez heureux que ça ne se soit pas produit. On ne peut pas effacer le drame émotionnel des 15 ans passés à faire partie d’un groupe et de tout ce qui s’était passé avant même que je sois dans un combo. » L’évocation de la somme proposée renvoie cette réponse : « On ne peut pas tout oublier en agitant un bon gros chèque devant le visage de quelqu’un, mais vous pouvez toujours essayer ! J’aurais pris ma retraite, aurais ralenti mon rythme, acheté un appartement quelque part plutôt que d’avoir à louer un deux pièces à Brighton. »

Mais ralentir n’est pas une option pour Simon Raymonde, il aurait certainement mis la moitié de cet argent dans sa passion pour la musique, à savoir Bella Union.


Klaxons: « Love Frequency »

19 juin 2014

Ce troisième album de Klaxons les voit retourner à leurs racines « nu rave » apars que leur précédent, Surfing the Void, n’avait pas été trop apprécié pour son virage plus rock. Pourquoi le leur reprocher puisque leur premier opus, Myths of the Near Future, leur avait valu un Mercury Prize en 2007 et avait établi le groupe comme les tenants d’une scène qui parvenait à combiner électronique et musique indie.

Cet alliage était difficile à stabiliesr, leur second album en a été la preuve, et c’est sans doute pour réitérer leur premier succès que le Klaxons est de retour avec sa formule originelle. La couverture de Love Frequency montre une petite pillule blanche avec le logo du groupe imprimé dessus.

Comme déclaration d’intention, c’est aussi subtil qu’un marteau-piqueur et d’ailleurs l’écoute de surprendra personne tant les signifiants de la « nu rave » dont présents : synthétiseurs qui retentissent comme des sirènes, chaos orchestré et énergique, vocaux en falsetto et la production de plusieurs figures de la scène « dance » : James Murphy, Errol Alkan et Tom Rowlands des Chemical Brothers.

Ça n’est donc pas à ce niveau que le disque pèche mais tout simplement parce que les compositions ne sont pas à la hauteur. « There Is No Other Time » pourrait être tiré du début des 90’s quand ce qui dominait était une dance music quelconque et indéfinissable et, tout comme Bastille, Klaxons semble également avoir un petit tropisme pour la pop dance italienne de Corona et de son tube de 1993, «Rhythm of The Night ».

Restent « Childern of the Sun » à l’entrain assez accrocheur et le joli instrumental qu’est « Liquid Light ». Pour ceux qui ont besoin d’une stimulation du pouls un peu plus rapide et vibrante, il faudra aller voir ailleurs, du côté de Prodigy ou The Rapture par exemple.

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Boris: « Noise »

19 juin 2014

Ce trio japonais est légendaire pour ses sorties prolifiques, pas moins de 10 en 2011 et 2012, et The Noise constitue son 18° album. Après avoir convié de nombreux musiciens pour alimenter ses sons et ses idées musicales, Noise est, pour ce disque, revenu à son line-up minimal sans pour autant avoir abandonné ses tonalités expansives.

Boris ont toujours abordé différents genres, avec comme maître mot, le délire , parfois d’une chanson à l’autre, et parfois à l’intérieur-même d’un composition. Cet éclectisme abonde encore ici, un peu comme on ne cessait de tourner un bouton de syntoniseur ou autre instrument. Continuant dans son habitude de donner à ses compositions des titres inappropriés, « Melody » va ouvrir l’album sur un hymne presque grandiloquent, une de ces choses qui vont permettre au bassiste vocaliste Takeshi à montrer son habilité à combiner des tourbillons à la Swervedriver et des élans grandioses à la Smashing Pumpkins.

La lourdeur réputée du combo est toujours aussi semblable à une broyeuse, par exemple sur les riffs d’un « Qucksilver » qui marie vitesse hardcore et atmosphère shoegaze sans que ce soit pour autant concluant, surtout sur une durée de 10 minutes.

L’endurance du groupe n’est d’ailleurs pas mise en doute ; le guitariste Wata et le batteur Atuso se montrant à la hauteur de la tâche. Ils jouent avec inventivité et puissance comme si il leur fallait franchir une interminable course où les obstacles seraient un style succédant à un autre. C’est étonnant, mais aussi lassant.

Ainsi chaque éclair que l’on pourrait qualifier de brillant (le pop-metal de « Vanilla ou la mélancolie de « Heavy Rain ») on trouve des passages sans expression . « Siesta »en sera l’exemple et on se demande pourquoi il termine Noise alors que les 19 minutes de « Angel » sont une remarquable œuvre psychédélique remplie de space-rock et de tension jouant sur les nerfs. On ne peut parler de retour pour un groupe qui n’est jamais parti, toujours est-il que sa forme plus ramassée leur permet de ne jamais sur-compenser des efforts dont on ne peut nier la véracité.

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Willie Nelson: « Band of Brothers »

19 juin 2014

 Band of Brothers est, depuis belle lurette, le premier album intégralement composé par Willie Nelson. Produit par Buddy Cannon qui avait permis au musicien de retrouver le Top 10 avec To All The Girls, on y retrouve un groupe fort habile de la steel guitar, du piano,et du couple basse-batterie ainsi que de l’harmonica de Mickey Raphael accompagnant à merveille le voix errante de Nelson.

Il s’agit ici d’une musique qui ne veut pas vous prendre de front mais plutôt ramper sous votre peau, pas de mélodrame ou de sentimentalisme, mais de l’esprit et de l’introspection.

L’ouverture, « Bring It On » est d’ailleurs confiante et stridente et vois le chanteur faisant face au spectre de la mort avec dérision et des textes qui ont la simplicité folk de ses meilleurs titres et un phrasé cow-boy minimaliste. Viendra ensuite « Guitar in the Corner » , une ode à la muse inspiratrice mais aussi à une amante perdue alors que « The Wall » résonnera de triomphe et d’allant.

On retrouvera le même tempo enlevé sur « Wives and Girlfriends » tandis que « Send Me A Picture » et « Used To Her » sont des drames intérieurs sombres approchés de manière délicieusement complexe. Ils font indubitablement partie de ses meilleures compositions.

De ce point de vue, le sourire qu’il peut déclencher en nous montre qu’il n’est pas réellement éloigné de Dylan, de manière moins constante il est vrai, dans la façon dont il délivre une chanson d’adieu (« I Thoune I Let Ou ») et tout l’album aura d’ailleurs ce climat bouillonnant de célébration. Willie Nelson s’est toujours vu comme un outlaw dans le milieu de la country, il démontre que que ce soit avec des compositions originales ou dans des reprises habilement détournées, il demeure toujours un maître en cette matière.

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