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Jack White: « Lazaretto »

Que ce soit avec The Black Stripes ou avec The Raconteurs (dont on peut déplorer le fait que leur remarquable line-up ne leur ait pas permis de développer leur idiosyncrasies comme elles le méritaient) quand Jack White participe à un disque ça devient un album ce Jack White, la musique de Jack White et si Lazaretto est le titre de son deuxième album solo il n’est qu’un énième opus de Jack White, le précédent, Blunderbuss, étant logé à la même enseigne.

Lazaretto donc, sans doute une référence à Lazare renaissant de ses cendres tout comme le nom de cet endroit où marins et lépreux mis en quarantaine étaient confinés. Surnommé « le roi des comebaks » White voulait sans doute signifier qu’il s’agit de la deuxième explication.

Il a fallu 18 mois à White pour enregistrer cet opus et, si on le compare avec Elephant le disque des White Stripes le plus fameux réalisé en seulement trois jours, on peut considérer que Laazaretto est pour Jack White ce que Smile a pu représenter pour Brian Wilson.

La première introduction dans l ‘univers de ce disque a pourtant été nue façon de démontrer son amour pour l’idée de ne capturer que le moment avec le « single » sorti le plus rapidement dans l’histoire de la scène musicale ; un morceau titre enregistré directement sur un support d’acétate à Nashville avec le master envoyé directement à une usine de pressage pour en faire un 45 tours. Le « single », avec des photos de pochette prises sur le vif au moment d’un concert, illustrait l’urgence d’un disque proposé près de 4 heures après qu’il ait été enregistré proposait en outre une reprise du « Power Of My Love » de Elvis Presley.

Ce qui est important pourtant est le produit qui en résulte et l’offre qui nous es offerte sur « Lazaretto » qui s’ouvre sur une basse funk avant de se déchirer dans les riffs de guitares chaotiques auxquels nous sommes habitués. On y retrouve son projet le plus récent, The Dead Weather, au travers d’accords sombres et menaçants avant que le morceau ne se transforme en un refrain country mené au violon. La même connotation grunge va se poursuivre sur « That Black Bat Licorice » avec une guitare aigüe se conjuguant avec des vocaux hip-hop et des percussions frénétiques.

Sur un registre similaire « Three Women » et « Just One Drink » reprendront les aspects chaloupés et métissés du Exile On The Main Street des Stones grâce , cette fois, à un piano honky-tonk, un harmonica déglingué ett une slide-guitar inspirée du blues.

Thématiquement, White est toujours aussi velléitaire avec des textes allant du thème de la solitude (« Alone In My Home ») à l’arrogance sexuelle telle qu’elle est verbalisée sur « Three Women » ou à l’élégance lyrique de « Would You Fight For My Love ? ». Inspirés par les travaux de Danger Mouse et Daniel Luppi les arrangements musicaux vont faire franchir des directions insensées à la composition avec des percussions dramatiques, un piano proche de la folie et des « backing vocals » dignes d’un opéra. Plus Le Bon, la Bête et le Truand on ne fait pas mieux.

Avec toutes ces guitares écorchées, ces cris anxiogènes et ces accords menaçants exemplifiés à merveille sur un « High Ball Stepper » où White peut remercier Hendrix, il est surprenant que White ait trouvé le temps d’insérer des rythmes et des mélodies insopirées par la country alternative. On retrouvera cette humeur sur le « stomp » de « Temporay Ground » ou les hamonies inspirées de Gram Parsons sur « Entiltlement » ou « Want And Able » et sa guitare ludique rappelant le « We’re Going To Be Friends » des, rappelez-moi leur nom, White Stripes.

Comment conclure si ce n’est en constatant que Lazaretto est bien un album de Jack White de plus. Il continue de mettre excitation, fun et fraîcheur dans la musique moderne. Ses éléments sont les mêmes : esthétique garage, riffs blues et mélodies atemporelles. Si on ajoute le sourire malin qui orne le bord des es lèvres on se dit que White n’est pas dupe de ses recettes et qu’il ne lui reste plus qu’à les déboulonner pour pouvoir prétendre au statut d’artiste et de créateur plutôt qu’à celui de prêcheur manipulateur d’un idiome s’étalant sur un héritage de 60 ans.

***1/2

16 juin 2014 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Stagnant Pools: « Geist »

Ce duo shoegaze basé en Indiana combine les arpèges de guitares et les vocaux de Bryan Enas avec les rythmes de son frère Douglas. Le nom du groupe a une connotation assez brumeuse et presque sans vie etGesit, le titre de leur deuxième album implique que nous avons à faire à quelque chose de fantomatique ou de spirituel.

Il est vrai que le disque conjure des éléments qui ne semblent pas de ce monde et qui sont aussi véhicules de peine un peu comme si il s’agissait de réveiller des échos de Joy Division, Slowdive ou My Bloody Valentine et d’y ajouter une touche « emo ». Cette approche onirique est assez familière mais elle ne fonctionne pas toujours tant on a parfois la sensation que trop de chose se catapultent que l’on est incapable de pouvoir ressentir quoi que ce soit dans cet embrouillamini.

La médaille de ce revers est néanmoins que c’est une démarche qui est bonne pour un esprit créatif, tout comme une oreille qui est sensible audit esprit. Le titre d’ouverture, « You Whir », contient une sorte de pesanteur qui ne s’intègre pas aux nuances émotionnelles du morceau ; la chanson donne envie de s’intéresser au « beautiful nothing » auquel fait allusion Bryan mais les arrangements font qu’il est difficile de se concentrer dessus. La voix est même, par moments, si affectée qu’on a peine à s’identifier à ce qui est un marmonnement si proche de l’inertie qu’il n’est pas loin de l’absurde.

Peut-être est-ce cette approche qui stimule l’imaginaire même si les textes ne sont pas toujours des plus profonds. Ce qui rendra alors Geist assez curieux et que cet déséquilibre n’est pas totalement négatif. Quand Bryan évoque l’impuissance et le désarroi il est clair que pour lui le bonheur ne peut être que fugitif. La musique parvient alors à satisfaire le côté créatif qui sommeille en chacun mais celui-ci est perclus par des voix mortes si peu imaginatives ni variées qu’on s’en extrait avec une sensation d’ennui.

On pourra aisément être entraîné dans la rêverie avec cet album, mais pas vraiment vers un vagabondage de l’âme. Le « fuzz » créé par les guitares et la batterie incitent plutôt à la somnolence et à ce qu’une musique reposant sur le cyclique peut impacter. Des morceaux comme « Filed Down » peuvent nous engager dans une écoute plus vive mais il est difficile de rester longtemps sensible à ce sens du vide, pas assez de temps pour continuer à capter notre attention.

**1/2

16 juin 2014 Posted by | On peut faire l'impasse | , | Laisser un commentaire

Tomas Barfod: « Love Me »

Tomas Barfod est un musicien danois de musique électronique indie qui, au départ, s’accompagnait de l’ensemble WhoMadeWho comme tremplin de lancement pour sa carrière. Après plusieurs disques, E.P.s et remixes, il a semblé naturel au producteur de sortir ce deuxième album, Lover Me.

Celui-ci suit la tradition synth pop ce ses précédents enregistrements avec, néanmoins, une évolution vers des structures plus définissables dans ses morceaux. On note un éloignement pafr raport à la techno dans ce qu’elle peut avoir de plus lissé et une approche vers des compositions plus tendres qu’on pourrait, parfois qualifier de « torch songs » (chansons mélodramatiques à la Billie Holiday).

Son choix de vocalistes, il est à l’origine batteur, est un adjuvant précieux pour atteindre un tel niveau de variété etsurtout de sensibilité. La participation de Luke Temple couronne avec éclat « Bell House », une ouverture somptueuse au piano répétitif et au crescendo progressif, et aussi la folk-singer indie Nina Kinert dont la voix gracieuse irradie quatre plages, en particulier le morceau d’anthologie que sera pour elle « Pulsing » où elle prend littéralement la vedette ou l’exquis et minimal « Aftermath ».

Ces nombreux collaborateurs poussent la musique de Love Me à un niveau qui dépasse le fait d’être simplement une collection de bonnes compositions et qui les fait entrer dans une registre supérieur, celui de l’étonnant. Tous ces invités parviennent à leur donner un vrai cœur, une peine que l’on y ressent mais qui le fait battre avec délicatesse une splendeur délicate.

Love Me est un des ces albums qui parvient à circonvenir les climats glacés de certaines productions électroniques et il ne peut que nous faire répondre positivement à l’injonction que constitue son titre.

***1/4

16 juin 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Lana Del Rey: « Ultraviolence »

Il est difficile d’oublier les torrents de boue et la fureur de ceux criant au « hype » ayant accueilli le premier album de Lana del Rey, Born to Die. À cette époque elle avait déjà écrit des titres parlant du fait d’être connu, d’avoir à gérer sa vie privée et les relations humaines ; bref elle savait où elle allait. Et tout le monde était dans la même cas sans aucun doute. Les critiques pouvaient très bien remettre en cause ses débuts ou l’itinéraire qu’elle s’était fixé vers le sommet, ceci n’a plus beaucoup d’importance aujourd’hui. Il est vrai que ses premiers pas avaient été hésitants et fragiles, on susurrait même que ça n’était pas elle qui chantait mais tout cela ne marquait-il pas le fait qu’elle était le pop star la plus énigmatique de la scène musicale et qu’elle apportait un fragment supplémentaire à l’imaginaire collectif  et que, d’une certaine manière, toute extra-terrestre qu’elle puisse paraître, elle parlait aux fans à un niveau direct et humain ?

La plupart des titres sur Ultraviolence semblent avoir un lien évident avec un son bluesy et enfumé. Alors que Born to Die flirtait  avec le glamour et le brillant, on a ici un autre son, celui de Del Rey prenant la route avec le producteur  Dan Auerbach (Black Keys) à la remorque du convoi. Le tempo n’atteindra presque jamais la cadence qui serait celle d’un sprint ou d’une urgence ; ce sera plutôt celui d’échelons péniblement gravis, d’une collection de titres d’où les pleurs ne semblent jamais loin, commençant avec l’épique « Cruel World » et devenant de plus en plus dramatique à mesure que le disque progresse.

« West Coast » est alors un  « single » bizarre dans le contexte de l’album. C’est un excellent morceau, mais comme sur  « Sad Girl » ou « Shades of Cool » certaines parties du titres donnent l’impression d’être intentionnellement au mauvais endroit. Les chorus, gros et brillants, surgissent de nulle part et après des ponts maladroits et des crescendos en falsetto qui n’atteignent pas leur but. C’est une forme d’expression étrange mais qui, en un sens, apporte plus de cohésion à l’album que le précédent.

Le morceau phare, « Brooklyn Baby », parvient à concentrer la brise brumeuse de Ultraviolence sur un autre « single », frisant l’excellence. On y discerne confiance, second degré et dérision avec cette superbe phrase : « Yeah my boyfriend’s pretty cool, but he’s not as cool as me ». Cela ne veut pas dire pour autant que toute fragilité a disparu. On pourrait la comparer cinématographiquement à un personnage de Wes Anderson atterrissant dans un film de David Lynch et, le sachant, on la voit jouer avec brio avec les idées pré-conçues qu’on peut avoir sur elle. Born to Die montrait que rien n’était prêt pour qu’elle puisse assumer les réactions négatives qui allaient suivre ; ce second album met au tapis les rumeurs et les pinailleurs qui en étaient à l’origine. Il y a après tout un morceau qui ne se nomme pas « Fucked My Way Up to the Top » pour rien. Lana Del Ray parvient à nous troubler et nous déstabiliser et c’est pour le mieux.

***1/2

16 juin 2014 Posted by | Quickies | | 2 commentaires