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Conversations: Les Couleurs de la Palette (Interview de Owen Pallett)

Owen Pallett est cet artiste qui travaille avec Arcade Fire et dont les albums solos ont toujours été particulièrement discrets et secrets. Le dernier, In Conflict, le voit pourtant baisser sa garde, se faire plus personnel et même agressif. Il y abandonne l’imagerie fantastique derrière laquelle il s’abritait pour un discours venu du cœur et même ses arrangements orchestraux trouvent une une résonance plus kinésique et rock.

In Conflict arrive à un moment où Pallett est particulièrement affairé avec d’autres projets mais aussi où il est plus stable. Après avoir composé la musique du film Her et été nominé pour les Academy Awards, il a écrit quelques essais sur la théorie musicale derrière la pop et est en train de travailler sur les arrangements à cordes du prochain album de Caribou. Bien sûr, la plus grande partie de son temps se passe à de jouer avec Arcade Faire pour leur « Reflektor Tour » mais, que ce soit sur l’avant-scène ou plus en arrière, ses contributions demeurent fondamentales.

Il répond à cette interview comme il fait de la musique : de manière pensive et réfléchie mais sans cacher les émotions tumultueuses qui s’agitent sous la surface et n’évitera aucune question, musicale ou pas.

Ce qui est le plus frappant dans In Conflict est le côté direct de vos textes : « Je n’aurais jamais d’enfants » ou « Laisse-moi voir ce cul ». Comment les avez-vous approchés pour cet album ?

C’est la première fois où j’avais pour objectif une communication plus franche. La plupart de mes autres disques étaient plus des considérations extérieures, des satires sociales sous la forme d’utopies ou de choses venues du monde de l’imaginaire. C’est une manière très facile de faire un commentaire social ; la façon la plus aisée est de situer la chose sociétale dans une fantaisie, une dystopie ou autre. Pour ce disque je ressentais le désir d’établir un lien direct avec le public. Je prête toujours beaucoup d’attention aux auteurs-compositieurs quand ils évoluent et que leurs voix changent ; pensez à celle de Lisa Germano, celle de Tori Amos ou celle de Smog qui n’est jamaois la même. IL y a toujours un moment où vous écoutez un titre de Smog et vous avez l’impression de lire une truc comique et qu’il a touché quelque chose de secret dont vous ne connaissiez rien. Il y a aussi le Smog comédien quand il vous dit : « Dress SexyAt My Funeral ». J’avais donc décidé d’établir une communication qui fonctionnen dans les deux sens avec mon audience. Pourtant beaucoup trouvent que les textes restent impénétrables ce qui est assez dingue car je ne peux pas être plus direct que je ne le suis aujourd’hui.

C’est un peu différent de du Benji de Sun Kil Moonqui évoque le fait de parler de tous ses parents qui sont décédés mais ça n’en est pas loin.

Il faudrait vraiment que je puisse discuter avec ce type, Mark Kozelek, c’est ça ? On n’a pas encore été en rapport mais j’aimerais bien savoir ce qu’il a dans la tête.

Vous en êtes fan ?

Je suis un grand fan des Red House Painters fan mais je vais devoir m’habituer à la nouvelle direction qu’il prend. J’ai pas mal écouré l’album mais je n’ai pas encore capté. J’essaie de trouver le bon équilibre entre ce qui est, de sa part, honnêteté et poésie.

C’est toujours un équilibre délicat à trouver.

Il y a ne métaphore qui me trotte dans la tête de puis longtemps : c’est celle de Jordan Cataleno sur My So Called Wife : vous avez cette fille, Angela Chase, qui fait une fixation sur ce type qui n’a, en fait, que très peu de personnalité et ne fait pas beaucoup d’efforts. Ça en fait un personnage idéalisé dans lequel vous projetez beaucoup de vous. C’est la toile de fond parfaite pour sa vision de la vie, stoïque et impassible. C’est le genre de choses auxquelles je pense quand j’aborde des groupes comme Jesus & Mary Chain, Red House Painters ou Cocteau Twins. Ce sont de très beaux canevas sur lesquels vous pouvez projeter votre propre vie. Quand Sun Kil Moon devient plus explicite vous perdez cette dimension. Ça n’est ni bien, ni mal, c’est juste une expérience différente.

Vous parlez de votre changement d’approche eu niveau des textes ; cela a-t-il aussi mofifié la manière dont vous avez travaillé musicalement ?

Oui, la chose la plus importante est que je me suis intégré à un groupe. J’en étais déjà assez proche sur Heartland, mais la plupart des choses que Jeremy Gara faisait à la batterie venait d’overdubs. On construsiaut les chansons puis ajoutions les percussions de cette manière. Ce qui est arrivé peu après la sortie de cet album est qu’on nous a demandé de faire des concerts où on devait interpréter Heartland dans son intégralité. Pour cela il a fallu que je trouve un moyen de jouer « Tryst With Mephistopheles » car, même si le morceau était construit sur une structure vague à base de loops, j’avais besoin d’une section rythmique qui était l’épine dorsale. Je me suis donc mis en contact à nouveau avec Matt Smith et Rob Gordon et ai commencé à assembler tous ces titres. J’ai très vite réalisé la puissance sonique qui émanait de jouer avec eux car, quand je suis sur scène, je suis comme un ordinateur. Avoir des interprètes aussi performants que Matt et Rob défiant les loops, le précédant et se moulant à eux, j’ai eu la sensation qu’ils apportaient une sorte de maîtrise à la singularité de ma composition. C’était la genèse de ce à quoi j’aspirais en termes de son d’un point de vue rythmique, quelque chose de beaucoup plus organique. On a fait tout l’album « live » avec un enregistreur, sans montage, pour essayer de capturer cet élément qui s’apparentait à celui d’une interprétation scénique. On a fait les overdubs plus tard, mais les synthés et le violon ont tous été réalisés dans une seule pièce.

On a, en effet, la sensation d’une performance en direct.

Oui, si vous mettez un métronome c’est assez hilarant d’entendre ces bruits sur certaines plages. Mais j’adore cette sensation comme sur la fin de « Riverbed » et « Sky Behind The Flag » où Rob donne l’impression qu’il est en train de tomber de sa batterie.

À propos de « The Riverbed », comment est venu le concept de la vidéo qui l’illustre ?

Il s’agissait d’une idée très vague que j’avais proposée. IL y avait un concept plus grand dans lequel je voulais intégrer mon oncle qui est un individu et un acteur très très intéressant. C’en était une parmi les idées que j’avais suggérée et c’est celle-là qui a été choisie par la réalisatrice, Eva Michon.

Avez-vous eu l’impression que ce qui se passe dans la narration de la vidéo corroborait ce dont traite la chanson ?

Fondamentalement oui. Je crois que le côté « je donne, je prends » qui est exprimé dans le clip représente tout à fait un standard répandu dans la vie quotidienne de beaucoup de gens et qu’il a donc une signification sociale même si beaucoup de gens ne la saisissent pas. J’espère qu’il est suffisamment dans la façon dont il évoque mes problèmes avec l’alcool et le fait de se retrouver sans enfant quand on est dans la trentaine. J’y fais une corrélation avec l’état d’esprit dans lequel peut se trouver un homme de l’age de mon oncle. Ça n’est pas une vidéo autobiographique mais ça reflète certaines sensations qui émanent de la tête de mon oncle.

Vraiment ?

Vraiment, oui ! (Rires) Le fin vernis qui dissimule la rage ; celui que les gens ont derrière cette colère toute masculine à un certain âge !

Il y a une autre question musicale qu’on peut se poser à propos de « Soldiers Rock » : on a l’impression d’entendre une tonalité téléphonique. Était-ce intentionnel et qu’est-ce que c’est cénsé évoquer ?

Non. C’est juste un son venu d’un Minimoog. C’est le seul qui reste de mes sessions en Islande. Je l’avais beaucoup utilisé pour Heartland. J’adorais travailler avec mais ça ne collait pas ici avec le reste des sessions.

Vous disiez vouloir faire un album plus personnel. En fait, quand on catégorise votre travail, avec Final Fantasy tout appartenait au domaine du fantastique à la différence des disques sous votre nom.

On me l’a déjà dit vous savez mais, en toute honnêteté, ce changement ne s’opère pas en moi. Même si on peut concevoir que ce serait un procédé intéressant, ce processus n’est ni conscient, ni délibéré. Pour ce disque, je crois que ça a beaucoup à voir avec le Projet « It Gets Better », (un projet destiné aux jeunes de la communauté LGBT victimes de harcèlement). Vous voyez, un niveau de communication allant dans le sens où on parle de sa propre vie et où on espère que le faire profitera aux autres. Je voulais essayer quelque chose qui soit similaire à ça, évoquer combien ma vie à pu être merdique, trouver des fragments me permettant de me connecter à mes expériences avec la maladie mentale et avec celle d’autres personnes ou amis. J’ai tenté de me concentrer sur cela au lieu de ne faire qu’un commentaire. C’était une forme de communication et, même si je ne suis pas diplômé et que mon niveau d’Anglais est très bas, c’est une toute autre expérience de commenter une situation à une personne avec qui vous vous efforcez de communiquer.

En ce qui concerne la promotion du disque on peut penser que ce que vous faites avec Arcade Fire doit occuper pas mal de votre temps.

Absolument oui. Je dois faire quelques dates avec eux au Japon mais dès Septembre j’espère pouvoir faire des choses qui me sont propres. Travailler avec eux est toujours un plaisir d’autant que psychologiquement ça m’empêche d’être trop obsédé par mon propre répertoire et de n’avoir pas à me préoccuper d’où je vais je vais me faire de l’argent. Il est important d’avoir cette sorte de dichotomie pour moi. Cela vous oblige à une certaine discipline que d’avoir quelque chose qui vous prend du temps et qui vous extrait de votre activité créative. Quand tout ce que j’avais à faire était de me lever le matin, écrire quelques chansons moi ou pour les autres afin de me faire un peu d’argent ça finissait par me rendre cinglé. Ça finissait par me faire désirer ardemment avoir un travail au quotidien, régulier, cuisiner par exemple ou quoi que ce soit d’autre Aussi, après des années passées à essayer de me discipliner par rapport à ce boulot en free-lance, leur offre m’a paru vraiment appropriée pour me faire un peu mieux valoir. En 2005 ou 2006 je cumulais donc les deux en même temps et je me sentais très bien dans ma tête. C’est toujours le cas jusqu’à présent ; j’ai mon matériel avec moi, tous les deux jours on fait relâche et ça me donne assez de temps pour travailler sur mon propre matériel.

C’est peut-être un avantage d’avoir à tourne rquelques mois après la sortie d’un album. Cela permet aux gens de ne pas oublier que vous êtes là.

De toutes façons vous ne pouvez pas être partout. Du coup, on se focalise sur les marchés les plus importants et, quand vous avez peu de temps, vous devez vous assurere d’être au sommet de votre forme à chaque concert. C’est excellent pour moi.

Vous avez eu pas mal de succès pour la musique du film Her. Vous attendiez-vous à être nominé pour un Oscar ?

Ça n’a pas été un choc mais plutôt un non-événement. J’y suis allé en me disant que ce serait « fun ». Ce qui m’a surpris par contre a été l’incroyable démonstration d’intérêt et de soutien qui est venue d’amis ou d’autres musiciens. Beaucoup de gens étaient vraiment excités et enthousiastes. C’est quelque chose dont vous ne pouvez que vous rappeler même si une cérémonie comme celle-là ne vous fait ni chaud ni froid. C’est bon pour votre famille, vos amis et votre C.V.

À ce propos, des gens de l’industrie du cinéma viennent-ils vous voir pour vous proposer des choses ?

J’ai dû refuser deux ou trois offres pour des films car je n’avais pas le temps cette année. E sur quoi je me concentre est du matériel sur lequel je peux travailler quand je suis sur la route. J’ai donc pris pas mal de trucs pour préparer des arrangements, comme faire le tracking de cordes dans ma chambre d’hôtel. J’ai quand même fait trois disques cette année dont un 12 pouces avec Daphni dont je suis très content et qui passe pas mal auprès des DJs Errol Aiken and the Hessle Audio. Ce n’est pas véritablement mon univers et je ne sais pas comment tout ça fonctionne. Il y a aussi le nouvel album de Caribou. Tout ça je l’ai fait sur la route, et ce sont principalement des arrangements.

Ainsi qu’écrire des choses sur la théorie musicale derrière les chansons pop.

Je ne sais même pas d’où ça m’est venu. Je sortais d’un avion après avoir joué un concert avec Arcade Fire dans le Connecticut et j’avais pris un bus de nuit pour Montréal. J’étais juste rentré chez moi pour changer mes vêtements dans ma valise et j’ai pris un avion pour Berlin où je devais faire 12 interviews consécutifs à la sortie de l’avion. J’atais dans un état d’esprit assez bizarre à la fin de la journée et je donnais des réponses du style : « Je m’en fous. » ou « Je me sens vide. » (Rires) C’était une journée assez horrible mais j’ai eu une pause d’une heure au milieu de l’après-midi. Au lieu de dormir je suis allé sur Facebook où j’ai vu que des gens qui me mettaient au défi d’écrire sur telle ou telle chose. J’ai dit OK, me suis mis à rédiger tout un truc sur Kate Perry et l’ai posté sur Facebook. Le jour d’après il y a eu des types du site Slate qui font partie de mes amis Facebook qui m’ont demandé la permission de le reposter. C’est ainsi que tout cela est arrivé.

Vue la tonalité de ce premier article vous donniez l’impression que c’était un trucce assez ennuyeux à lire pour les gens. Avez-vous été surpis par le fait qu’ils soient si intrigués ?

Quand je lis un truc sur la théorie musicale écrit par quelqu’un d’autre, ça me donne envie de me tuer. Des gens ont commencé à dire : « Voilà un autre blog sur la théorie musicale. » J’ai une approche très spécifique et unique par rapport à cela Je trouve que c’est une chose admirable mais qui ne remplit aucune véritable fonction. Ce que je veux dire c’est qu’il est très important de l’apprendre en tant qu’outil aidant à composer et si vous êtes un compositeur, il faut la connaître pour des raisons évidentes. Je n’ai aucune éducation jazz par exemple, et je suis certain que ça pourrait m’aider. Je sais que c’est à la base de tout mais la façon dont les gens vont commencer à décortiquer les chansons des Beatles et dire que tel ou tel accord vient de Buddy Holly me rappelle trop ces vieilles notions surannées avec lesquelles j’ai grand iet qui séparaient la musique sérieuse de la pop et les mettaient sur des niveaux différents. Même avant que le « popticisme » devienne à la mode en 2000, même quand j’étais un teenager j’avais du mal avec les profs de composition qui n’éprouvaient aucun intérêt à écouter Sonic Youth ou My Bloody Valentine. Je gardais pourtant l’esprit ouvert pour Stochausen, Paul Dolden et Messaien qu’ils nous passaient mais j’avais l’impression que la communication était à sens unique. Il y avait ce sentiment de hiérarchie entre l’approche académique et la démarche pop et ça a d’ailleurs donné naissance à beaucoup de fausses idées sur les musiciens de musique classique. Beaucoup pensent que ce sont des mystiques qui estiment que seul ce qu’ils écoutent à de la valeur. On me demande souvent ce que je pense de cette distinction entre la « grande musique » et la musique populaire. C’est un truc qui m’énerve car je ne me suis jamais situé sur ce registre. En ce qui concerne ces articles, c’était juste un exercice absurde me permettant de dire que la théorie musicale est utile quand il s’agit de donner une explication ennuyeuse du pourquoi tel ou tel truc marche. C’est vrai, d’un point de vue mécanique je crois que c’est exact. Vous pouvez casser cet instrument et trouver comment les angles sont placés par rapport aux courbes mais ça ne veut pas dire que vous avez besoin de cette connaissance pour dessiner le truc ou en jouer. C’est une pente très savonneuse mais ça n’est pas quelque chose dans lequel j’ai envie de m’investir sauf en écrivant quelques menus articles. (Rires)

C’est vrai ; vous aviez dit que ce serait une trilogie et rien de plus.

J’étais assez content de ce que j’avais fait sur Lady Gaga, je trouvais que c’était assez cool. Les gens critiquaient la man!re dont je communiquais à propos des suites d’accords, ce qui est quelque chose d’arbitraire. Chacun les voit d’une manière différente mais je voulais mentionner ses choix au niveau des phrasés et de leur intensité. Tout le monde en parle mais ça a débouché sur autre chose et j’en étais particulièrement fier même si c’était un peu dense.

C’est bien de ne pas en faire une sorte de franchise ; si chaque article concernait un hit ça deviendrait vite insupportable et ça réduirait tout à rien de plus qu’une mécanique.

Ce qui est drêle et qu’on se pouse souvent la problématique de savoir en quoi la théorie musicale peut expliquer le succès de ces morceaux. Alors on dit que c’est du marketing ou d’autres éléments qui n’ont rien à voir avec la musique. Quelel différence alors avec un repartage sur la mode ou le style de vie ? Onne peut pas discuter le fait que leurs trucs ont un impact qui semble infaillible. « Bad Romance » excèdera la vie de son interprète et ça durera autant que durent les Beatles ou tout autre artiste pop qui au début était mal vu des puristes. Bien sûr il faut un équilibre mais, au bout du compte, tout est lié à ses goûts personnels et je ne trouve pas que ce soit une bonne chose de dire aux gens de quelle manière ils devraient écrire. Le plupart de les compositeurs favoris sont des musiciens dont je ne sais rien sur la façon dont leurx cerveaux fonctionnent. Je reviens souvent à quelqu’un comme Alex Macpherson qui écrite pour The Guardian. Ses goûts sont à 50% similaires aux miens et à 50% complètement opposés. Il va parler de morceaux dans lesquels je ne vois aucune qualité et il va se monter très passionné. Pour moi, c’est là que la composition est un succès : quand elle vous met au défi et vous force à reconnaître qu’il y a certaines choses qu’on ne peut pas comprendre.

5 juin 2014 - Posted by | Conversations

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