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Lykee Li: « I Never Learn »

I Never Learn est censé le dernier volet d’une trilogie autobiographique de la chanteuse suédoise sur ce que c’est que d’être une femme dans sa vingtaine. Le’ disque requiert une écoute attentive et, comme tout effort final, c’est un album audacieux et destiné à vous fendre le cœur.

Li a toujours été d’une nature à s’épancher et ici cette idiosyncrasie est vue à travers une série de morceaux qui sonnent plus épique que ses précédents albums comme pour montrer comment la confusion dans laquelle on peut se trouver peut s’avérer, au final, salvatrice.

La formule choisie par Li est de réaliser un album intimiste et personnel avec un son qui soit « grand ». Lyriquement il se veut aussi honnête et ouvert que possible d’autant plus qu’une récente rupture amoureuse a catalysé des morceaux aux tittes aussi révélateurs que « I Never Learn » ou « Never Gonna Love Again ».

En dépit de cette intimité enveloppante la sonorité de l’album demeure énorme un peu comme des « power ballads » passées à la puissance 10. Les morceaux ont donc été enrobées de tant de couches soniques qu’ç la première écoute uls ne peuvent que vous sidérer. Les instruments sont doublés ce qui donne à la voix de Li un effet encore plus frappant et donne à ces ballades un rendu encore plus intense.

La chanson titre résume assez bien cet amalgame de deux approches : une guitare doucement frappée mais sonnant déjà massive avant que les cordes ne s’élèvent comme une apparition de soleil et que les vocaux multi-couches de Li n’interviennent. Cette énormité n’ôte pourtant aucun aspect cru aux chansons et n’amoindrit en aucun cas le coeur émotionnel des compositions. On pourrait meêm avancer que la puissance de sa voix est une façon de montrer que nulle part elle ne se dissimule.

Le titre phare sera « No Rest For The Wicked », débutant sur une simple ligne de piano avant que les percussions ne fassent entendre leurs sons tempêtueux. Les vocaux de Li y sont plaintifs et le panorama en écran large qu’elle nous proposeainsi est tout bonnement magnétique.

Pour une artiste avant tout connue pour sa froideur et sa distance, I Never Learn s’avère un album cathartique et charnel émotionnellement. Ses vocaux en distortion sur « Love Me Like I ‘m Not Made of Stone » sont tranchants que ce soit de par la titre du morceaux ou en raison de sa ferveur sentimentale exemplifiée par sa voix seule et une guitare acoustique.

Le chapitre est peut-être clos avec I Never Learn, mais il prouve que Lykke Li est une personnalité fascinante. Ses imperfections rendent le disque encore plus attachant tant il témoigne de nos faiblesses comme uniques moments de cette véracité que seule la beauté peut dispenser.

***1/2

13 mai 2014 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Papercuts: « Life Among The Savages »

Cela fait presque quinze ans que Jason Quever a commencé à travailler sous le pseudonyme de Paaercuts et ce Life Among the Savages est son sixième album, une sortie qui intervient, comme les autres, au rythme régulier d’un disque tous les trois ans.

Entretemps, il travaille sur des projets divers, en particulier avec Beach House. Peut-être est-ce pour cette raison que, si le son Papercuts (scintillant et aquatique) est toujours palpable, celui qui accompagne ce nouvel opus est plus raffiné mais également moins dispersé.

La voix de Quever est toujours aussi étouffée et flottante mais elle repose aujourd’hui sur une toile de fond de folk pop luxuriant tirant ses influences dans la pop baroque des années 60. Ça n’est pas la plus mauvaise référence d’autant que Quever parvient à y agglomérer le charme lo-fi qui constituait une partie du charme de Papercuts.

Life Among the Savages s’ouvre sur deux morceaux distinctement et volontairement immédiats, le premier «  single  » «  Still Knocking At The Door  » et la chanson titre. Chose faite, il restera à Quever de démontrer ses talents de songwriter et de compositeur, chose pour laquelle il n’éprouvera aucune peine. L’album est presque un voyage au travers du folk et de la pop américaines, s’inspoirant du country rock aussi bien que de l’indie lo-fi. L’artiste terminera sur un kaléidoscope d’émotions (« Afterlife Blues », « Tourist ») du plus beau style et du plus bel effet dans la mesure où il s’en empare pour les faire siennes.

Cet opus n’atteint certes pas les sommets auxquels Quever nous a déjà habités, mais il ne contient aucun point faible, en particulier en termes de composition. La fin de l’album est même abrupte au point de nous en faire demander plus et ça n’est qu’un témoignage de plus qui plaide en faveur u « songwriter ». Il fait partie de cette catégorie qu’on sous-estime depuis bien longtemps mais elle ne l’empêche pas de demeurer un artiste confiant en ses qualités musicales et capable d’aller de l’avant en restant fidèle à lui-même et à son passé.

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13 mai 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Paws: « Youth Culture Forever »

Le canon indie rock chez nos amis Écossais est très large et profond. Il peut aller de l’electronica bubble-gum de CHVRCHES au doom-rock misanthropique de Twilight Sad en passant par les tintements celtes de Frightened Rabbit. De ce pays aussi divers de par sa musique, demeure néanmoins comme point commun un punch mélodique assez appuyé.

Paws est un trio de Glasgow est il a un penchant pour un rock en distorsion et un espace sonique ininterrompu qui vise à nous entraîner dans une autre dimension. Youth Culture Forever est leur deuxième album et il ne sera certainement pas le dernier à nous invoquer les guitares fracassées et métalliques du garage rock.

Pas le dernier, donc et certes pas le premier avec, toutefois, moins d’ouvertures du côté de l’Amérique. Le brillant mélodique de « Alone » ou le chatoyant abîme qu’est « Tongues » élargissent leur horizons d’une façon qui rappelle les débuts de Idlewild.

Même si on ne peut les considérer comme aventureux, on peut trouver pas mal de sources d’excitation dans cet album. »Someone New » se distingue par des percussions à vous couper le souffle, « Give Up » aura le même effet grâce à ses guitares en pleine élasticité et « Great Bear » sera un bloc de granit compact qui rugira comme les vents de la Mer du Nord.

Paws n’atteindra sans doute pas les hauteurs de certains de ses compatriotes mais ils ont créé un disque qui est, sans discussion possible, éminemment écossais. La chose n’était pas arrivée depuis Big Country ; cela est suffisamment notable en soi pour qu’on en soit heureux.

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13 mai 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Swans: « To Be Kind »

Tous ceux qui ne connaissent Swans que de très loin pourraient raisonnablement estimer que ces vétérans de la « noise scene » du début des années 80 à New York ont laissé derrière eux leurs plus belles réalisations.

Aussi puissante que celle d’un Black Sabbath qui aurait pris des stéroïdes, la musique de Swans s’est emparée de l’inustrial noise, du art rock, du country gothique et, depuis leur reformation en 2010, ont cultivé avec soin un climat apocalyptique plein de noirceur sous la forme de mini-symphonies.

To Be Kindest leur treizième album en trente ans et le chanteur et leader du groupe, Michael Gira, a passé l’âge de la soixantaine.

Malgré cela, on aurait tort de considérer que leur heure de créativité est passée. To Be Kind est le véhicule sonore du chaos dans ce qu’il a de plus primal et qui attaque directement nos sens sans que des artifices soient nécessaires.

Ceci est d’autant plus remarquable qu’il dure plus de deux heures. En fait, considérer qu’il s’agit de rock ne rendrait pas service à l’album car il a plus en commun avec le rituel païen orchestré qu’est Le Sacre Du Printemps qu’à, par exemple, « Jailhouse Rock ».

le disque s’inscrit dans la continuation des deux précédents (My Father Will Guide Me Up a Rope To The Skyen 2010 etThe Seerdatant de 2012) mais il a un aspect plus « roots », semblable au bruit que ferait un animal sauvage, une sorte de blues colorisé par des crescendos orchestraux de plus en plus menaçants.

On y trouve des échos du Pink Floyd ou du Velvet Underground (« She Loves Us »), de Birthday Party (« Oxygen ») et même de Howlin’ Wolf sur « Just A Little Boy ».

To Be Kind demeure néanmoins unique dans sa vision et sa façon de la mettre en place ; il n’a pas besoin d’avoir recours aux clichés des musiques dont il s’inspire pour nous halluciner ; il réaffirme sans avoir besoin de le faire avec emphase la place particulière que Swans a toujours eue tout au long de 3 décennies.

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13 mai 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Bo Ningen: « III »

Ce quartet de hard japonais basé a Londres a compris qu’il ne suffisait pas de jouer fort pour être rock mais qu’il fallait également sonner comme si on en voulait.

Sur ce troisième album, Bo Ningen le font comme si leurs vies en dépendaient et que, si ils ne pouvaient le faire, ils en mourraient. La plupart des titres passent à la vitesse de l’éclair, entraînant avec eux des échos de Black Sabbath, de Fugazi et de Black Flags au son de guitares qui semblent hurler vers la lune et de percussions qui sont comme des astéroïdes se fracassant là où ils tombent.

Le groupe sait pourtant évoluer par rapport à ses deux précédents opus, sans perdre pour autant de son intégrité. L’ouverture par exemple, « DaDaDa » garde toute la verdeur dont Bo Ningen est capable mais il sait l’agrémenter d’une épaisse sauce de pollution bruitiste qui n’aurait pas déplu à Gang Of Four.

« Slider » commence de manière presque commerciale, mais son nerf et son énergie se transforment soudain en un rythme en 4/5 à la batterie accordé à des guitares dont le hurlement ne peut être que viscéral. Cette composition est, à cet égard, une merveilleuse démonstration de la façon de frôler le « mainstream » sans y tomber.

« CC » les verra collaborer avec Jenny Beth des Savages pour la seconde fois et son braillement emblématique sera la parfait pendant aux attaques de six cordes qui poignardent le morceau.

La puissance reste la même quand le groupe de ralentir un peu les choses : « Innu » est une chanson qui rode de manière sinistre et « Psychedelic Misemono Goya » reprend un riff des Red Hot Chili Peppers, lui ôte tout funk et le reconstruit en un hymne nous menant à une mort lente.

Le morceau phare sera « Mukaeni Ikenai » où ils abandonnent les grandes attitudes théâtrales et utilisent une electronica « ambient », des vocaux en reverb et des percussions ralenties pour faire œuvre d’une complexité musicale et d’une subtilité que bien des combos de tous genres envieraient.

III n’est pas un disque facile à aimer mais ça n’est pas un album qu’on peut écouter distraitement. Mais une fois rentré dans son univers où la fusion rythmique cherche à en découdre avec l’agression musicale qui parcourt ses plages, il ne saura pas vous lâcher et vous laisser indifférent.

***1/2

13 mai 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Foxes: « Glorious »

Depuis son premier « single » en 2012, Foxes est devenue, ne démentissant pas son patronyme, une artiste à surveiller. Aisni, elle a fait quelques irruptions repides dans le « mainstream » (« Youth » dans Gossip Girl ou la bande son de diverses publicités angalaises). Elle a également travaillé avec Rudimental et Fall Out Boy ainsi que Zed, le producteur basé à Los Angeles.

Le succès a été graduel plutôt qu’instantané (un Grammy pour « Clarity ») ce qui fait que, telle un renard, Louisa Rose Allen est restée embusquée plutôt qu’elle n’a souffert de trop d’exposition.

Ces jours de semi-notoriété pourraient bien toutefois, être comptés avec la sortie de son premier album, Glorious. Ce disque est un exemple d’electro-pop ample mais maîtrisé, dramatique, plein de détermination et de puissance.

Dès le début les stylisations orientales de « Talking To Ghosts » révèlent qu’il ne s’agit plus d’une chanteuse de dance-pop comme les autres ; ils évoquent au contraire minimalisme et majesté et requièrent une attention immédiate.

Sa voix est riche, pleine de brisures et de désir avec des échos tumultueux en arrière plan qui font d’elle autre chose qu’une apprentie pop star. L’intro sous forme de berceuse de « Echo » montre une même tendance à la mélancolie nichées sous l’essor d’une mélodie pop et d’un beat trip-hop.

En général, néanmoins, ce qui émerge est une veine pleine d’espoir et même d’euphorie même si elle demeure encadrée par une obscurité dont on devine la latence. « Let’s Go For A Ride » est une percutante envolée menée au piano qui explose dans les hauts- parleurs alors que la simplicité des beats de « White Coats » ajoute au titre une chaleur à des sonorités qui rappellent le « Runaway » de Janet Jackson .

Ce sera pourtant la chanson titre qui confirmera tout le bien qu’on peut penser de cet albumavec un chorus glacé qui semble se désintégrer sous la force du souffle de la vocaliste. »Glorieux », le morceau l’est effectivement tant il résume ce mélange de tendresse et d’affection et de tâtonnements dans la pénombre. Riche mais jamais trop produit, Glorious est un album qui embrasse toutes ces dichotomies et marche avec aisance sur la fine corde qui lui permet de ne pas être déséquilibré.

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13 mai 2014 Posted by | Quickies | | Un commentaire

Tori Amos: « Unrepentant Geraldines »

« 50 is the new black. » C’est ce que dit la chanteuse sur « 16 Shades of Blue » un des titres de Unrepentant Geraldines, le quatorzième album de cette atiste, nominée à juste titre aux Grammy Awards.

Il est difficile pourtant de s’imaginer en quoi l’artiste peut soudainement s’intéresser à ce qui est en vogue dans la mesure où, selon notre appréciation, elle l’a toujours été ou elle a toujours eu une carrière atypique. Il est vrai que sa nature a toujours été conceptuelle et que celle qu’on a surnommée « la nouvelle Kate Bush », si elle fait preuve de tempérament, l’exerce avant tout dans des disques qui ont une trame ou qui ont genèse particulière.

Ce nouvel album est né de diverses peintures ou esquisses et, à cet âge fatidique qu’elle mentionne, elle fait presque figure de genre à elle toute seule pétrie des ses textes confessions au piano et de cette voix oscillant entre le soprano et le mezzo-soprano.

Unrepentant Geraldines est, à nouveau, un disque thématique et articulé qui la voit encore plus hors du temps et soigneusement détaché de l’univers de la « pop ». Peut-on citer une autre artiste qui ne serait pas engagée dans cette course à la notoriété, d’ailleurs ?

Ici, Tori maos nous délivre un album intime et personnel, toujours au travers d’une imagerie symbolique voire mythique, et nous délivre des récits qui s’apparentent à un retour des Enfers. Les compositions sont directes, sans doute le fallait-il, et le premier « single », « Trouble’s Lament », nous fait part de cette image infernale sous les traits d’une femme essayant de fuir Satan avec un accompagnement musical digne du swamp blues des états du Sud servant de cadre on ne peut plus adaptée à cette courses effrénée.

Les autres titres sont toujours, plus ou moins, une métaphore des enfers qui parsèment notre quotidien : « Giant’s Rolling Pin » fait allusion aux écoutes de la NSA mais est trop subtil pour se transformer en « protest song » puisque narré sous la forme d’une fable et même une ballade typique dépouillée au piano comme elle les affectionne transforme « Wild Ways » en grenade dégoupillée où ‘I hate you » a remplacé la déclaration d’amour.

« Promises » sera un ravissant duo avec sa fille de 13 ans, Natashya mais ce seront toutes ses expériences passées qui retiendront l’attention avec la chanson titre. Il s’agit d’une composition de 7 minutes, frappante, secouante, confession et message de résistance spirituelle à la fois dans lequel le yin et le yang se déchaînent et s’entremêlent, le voilé avec l’incisif, et qui la voit déclarer de façon éruptive mais oh combien avisée  ce quelque chose qui vaut pour chacun de nous : « Je vais me libérer des opinions. »  À 50 ans , plus tôt ou plus tard, il n’est pas de meilleur conseil en matière de conduite et de discipline de vie.

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13 mai 2014 Posted by | Chroniques du Coeur | | Un commentaire