Fear of Men: « Loom »

25 avril 2014

Lady Gaga s’est peut-être reconvertie au « art pop » dans son dernier disque, affligeant, du même nom mais cette définition conviendrait mieux à Fear of Men, ce collectif de Brighton dont le premier véritable album, Loom, ne fait que confirmer ce que leurs précédents enregistrements laissaient entrevoir.

On retrouve ici les mêmes arrangements subtils, au service de clairs obscurs qui ne cessent de se mêler entre eux, cet état de rêverie dans lequel on ne sait réellement si on est réveillé ou pas.

Le groupe est inspiré par ce qui l’entoure; une ville souvent folle mais aussi les courtes prises de vues filmiques propres à véhiculer des climats obsédants et tranchants où les compositions sont de fausses amies et leur indie rock un support dépassé par une vision.

Ce qu’on note dès le début est la voix de Jessica Weiss; ce genre de phrasé intimiste et charmeur qui pourrait vous faire entrer dans des secrets les plus personnels, ceux qui, avec leurs textes littéraires, vous narrent des histoires d’échcs ou de menace qui pèsent au dessus de nos têtes (« loom »).

Ainsi, tout en demeurant aérienne, l‘atmosphère est celle de la claustrophobie, un sentiment de déconnecxion dont la densité se voit renforcée par les arrangements minutieux et discrets.

« Alta » est une ouverture d’à peine une minute, un frottement acoustique qui suffit à nous faire pénétrer un univers d’incertitude et d’inévitabiité; interrogation sur ce qui va se passer mais certitude que les choses vont s’écrouler.

Cette effondrement est marqué par la grandeur presque prog-rock de « America » ou « Seer », une trépidation profonde rappelant von Hausswolf ou Nick Cave toujours prégnante dans le disque et incessamment provocatrice.

Fear of Men parviennent à distiller cela au travers d’une démarche dont on perçoit distinctement le parfum lo-fi; « Luna » offrira un paysage rêveur mais marqué par la désolation et un appauvrissement quasiment janséniste, « Desen » proposera un chorus en pleine ascension tout comme les harmonies célestes de « Inside ».

Dans toutes ces chansons se révèlera cette démonstration majestueuse d’expérimentation dénudée et à fleur de peau. Simplement cet épiderme aura cette sensibilité qui touche à l’âme et qui fait de Loom un merveilleux panachage de sexualité et d’élévation.

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Rapid Talk: Interview de E(els).

24 avril 2014

Eels est un « groupe » dont les racines sont plantées dans la véracité et dont tout le catalogue a un impact cathartique bésé sur l’art de la composition. Les fans de Mark Everett ont ici un chanteur dont ils connaissent intimement la vie, les amours et lles pertes qui ont jalonné son parcours.

Pourtant, même selon ses propres standards, le dernier document de E est un témoignage nouveau, celui d’une mise à nue encore plus extrême dont la manifestation sera la musique. The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett nous présente un artiste qui regarde en arrière, rumine sur ses propres erreurs et ses regrets ; toutes ces avanies qui se sont chargées de remplir sa vie personnelle.

« En ce qui concerne cet album, c’est une sensation de très grande vulnérabilité qui accompagne le fait de sortir un disque qui soit aussi écorché et intime. Si les gens ne l’apprécient pas, ce sera dur de ne pas le prendre personnellement. Ce que je veux dire est que je dicte à personne sa conduite et ne lui mets pas le pistolet sur la tempe car il n’y a rien dans l’album qu’ils puissent prendre d’une manière qui les embarasse. IL n’y a que moi qui puisse en être gêné et c’est moi qui me jette sous le bus qui passe ; et je le fais pour toute mon équipe. »

Les sessions de he Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett ont en fait commencé avant son fantastique Wonderful, Glorious qui date de 2012 ; le perfectionniste qu’est Everett trouvait à ce moment que ce matériel n’avait pas la fluidité qu’il souhaitait ni assez de titres qui tiennent la route pour un véritable album.

« Je n’étais pas sûr de comment je sentais ces morceaux aussi – c’est quelque chose que nous faisons souvent – j’ai décidé de les mettre de côté. Six mois plus tard on s’est réunis, on a fait Wonderful, Glorious, décidé de le sortir et de partir en tournée. On en est revenus avec une perspective plus fraîche, on A ré-écouté nos enregistrements restés en cale sèche mais je trouvais toujours que quelque chose manquait encore. »

E insiste alors sur le fait que ce matériel avait besoin de se fixer sur sa personne comme étantl’élément à blâmer : «  J’ai compris que ce qui n’allait pas et que on avait trop la sensation que je me victimisais et que c’était cette voix qui parlait. Il y avait beaucoup de critiques qui étaient émises mais pas assez de place pour la notion d’en assumer les responsabilités. Je me suis donc débarrassé de la moitié des compositions et ai complété le disque avec d’autres, plus récentes. À la fin ça m’a donné la sensation que ll’effort en valait vraiment la peine. »

Majoritairement acoustique, la musique de Tales s’avère pastorale et tranquille contrastant dramatiquement avec les textes aigus et vecteurs de douleur et des arrangements à l’ornementation délicate. « C’est cette juxtaposition », explique-t’il, qui fait de ce disque quelque chose qu’on pourrait qualifier de « uneasy listening ». Il sonne comme du « easy listening à sa surface, mais, quand vous commencer à y prêter attention, il devient franchement inquiétant par moments. Je pensais que cette juxtaposition entre toile de fond délicate et douce et textes brutaux serait intéressante. C’est, ou du moins c’était, la recette de Motown à l’époque de leur hits : une histoire triste narrée sur des mélodies et des orchestrations « fun ». J’applique ici une version différente de cette méthode. »

Étrangement, au lieu de citer des albums de pop baroque comme The Ziombies ou même le ELO de Jeff Lynne, Everett nomme The Plastic Ono Band de John Lennon comme source d’inspiration. Celui-ci est basé sur la théorie du cri primal, un disque d’émotion pure donc qui revendique l’état d’inconfort dans lequel il peut nous mettre.

« Ce qui m’a bousillé à l’âge de dix ans et ce, pour le reste de ma vie émane du fait que c’était mon album favori à l’époque. Je réalise maintenant que c’était un choix assez bizarre quand vous avez cet âge ; dommage que ça n’ait pas été Imagine car je suppose qu’aujourd’hui j’écrirais des hymnes énormes qui plairaient à tout le monde et que ma vie serait considérablement plus facile. C’est un disque glabre mais il était très honnête et dénudé. »

Néanmoins, E réfute toute idée de musique tenant le rôle d’allégories cathartiques. « Ce que je veux dire est que ça peut vous aider mais je ne le fais pas dans ce but. Je crois que cet album est rempli de choses qui ne m’ont pas servies de leçons quand je les écrivais. La vie m’en a données, c’est ensuite que j’en ai composé une version musicale dans l’espoir que d’autres pourraient y trouver un enseignement. »

Issu de sessions prolongées, Eels a travaillé comme un groupe véritable, une unité qui lui a permis de terminer l’album avec, pour ironie, le fait que chacun des membres a contribué aux arrangements sauf E lui-même.

« J’y suis impliqué mais ce que je fais principalement est donner une base de départ et mon souhait en ce qui concerne ce que je désire évoquer. Peu à peu nous sommes arrivés à nous comprendre et je les laisse essayer différentes idées et dire « oui » ou « non » à plusieurs choses. Une fois que nous sommes d’accord, il n’y a plus qu’à mettre en boîte. Ils sont très éclectiques et capables de tout faire. »

Conçu initialement comme un véritable album, chaque détail, y compris le « sequencing » des titres, a été minutieusement peaufiné. « Vous pouvez très bien chercher l’inspiration du côté des « classiques » », dit-il, c’est peut-être un peu vieux jeu mais ça a toujours été une chose fondamentale pour moi. L’ordre des morceaux se doit d’avoir un sens, une continuité. C’est comme ça qu’il acquiert une signification. »

The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett est donc un « concept album » où l’intrigue centrale est un élément de la propre vie de E ; il est par conséquent audacieux et honnête comme tous les disques de la carrière de Eels. « C’est le produit d’un travail énorme que d’arriver à faire entrer chaque détail dans une unité globale. Je devais tenir compte de la narrativité de l’histoire, chose très complexe et demandant beaucoup de concentration. »

Serait-ce alors comme écrire un roman ? « Je crois que ça serait plus facile pour moi que d’écrire des choses ayant à voir avec ma vie. Vous devez être factuel et divertissant en même temps quand vous êtes musicien ; avec la fiction vous pouvez tout inventer ! Mais écrire un livre est une occupation solitaire et je ne suis pas dans cet état d’esprit en ce moment. »

 

 


Ben Watt: « Hendra »

24 avril 2014

 

Hendra est le deuxième album attendu le plus longtemps de l’histoire puisqu’il intervient 30 ans après le premier de cet ancien membre de Everything But The Girl.

La chanson titre qui ouvre le disque est sans surprise ; un synthétiseur élégiaque et solitaire porteur de frissons et d’implications indécelables. L’impression de dance music qui serpente est là, semblable à ce que EBTG a fait en délaissant sa parure jazz au début des 90’s.

« Hendra » est pourtant un leurre ; même si les mélodies sombres et élégantes et les textes remplis d’ennui sont toujours là, le disque sonne plutôt comme un effort de folk contemporain tel qu’il avait été mis en place par le Year of the Cat de Al Stewart, là où les histoires ne sont pas plus importantes que l’instrumentation qui va leur servir d’accompagnement.

Le résultat en est un opus inondé de guitares électriques au son clair et d’un Fender Rhodes donnant une sensation de confort avec des percussions suffisamment libres pour empêcher le disque de sonner trop sombre.

Quand ça marche, le fonctionnement est fluide avec, par exemple, « Forget » avec une jolie production aérienne façon Al Stewart et une progression d’accords prise en mode mineur du plus bel effet. Ici le thème en est le regret, mais il restera exécuté sobrement et sans qu’on puisse le trouver immodéré.

« Young Man’s Game » sera par contre une ballade dédiée aux pères versant un peu trop dans l’auto-apitoiement malgré (ou en raison) d’un coussin d’harmonies doucereuses.

On notera avant tout la collaboration de l’ancien guitariste de Suede, Bernard Butler, dont le travail est immaculé comme l’est la production de Ewan Pearson. À eux trois, ils parviennent à recréer et à retranscrire l’affection qu’on peut avoir pour cette période « crossover », avec une sincérité et une émotion qui n’a rien à voir avec de la simple émulation. « Nathaniel » est sera la démonstration avec ses riffs de guitare bluesy et pleins de goûts ; morceau emblématique il contient tous les archétypes du genre sans tomber dans ses excès.

Hendra se situe dans une capsule temporelle où tout est impeccablement exécuté ; un album qui se veut tout sauf « hip » ce qui le rend d’autant plus attrayant.

***1/2

 


Sonic Avenues: « Mistakes »

24 avril 2014

Ces avenues soniques empruntent, avec Mistakes, leur troisième trekking et pour ce groupe de Montréal il s’agit toujours d’un amalgame qui nous fait hésiter entre la pop (harmonies vocales), le rock plus incantatoire et les chorus nourris par une fuzz héritée du punk.

Les tempos sont rapides, les percussions s’entrechoquent et le tout veut véhiculer une énergie joyeuse et sauvage qui a peu à voir avec l’acrimonie des premiers fans du punk. Même sur des textes où il est question de cœurs brisés ou de gueules de bois l’énergie ne se démentira pas comme si elle souhaitait faire passer aux oubliettes les désagréments au profit d’une cure de vigueur.

La meilleure description qu’on pourrait faire de cet album serait d’être de la power pop mais dénuée de prétention, de posture et des accoutrements qui vont souvent avec.

Mistakes n’est pas sans erreurs mais il ajoute au « fun » des deux premiers albums une expression beaucoup plus virile où les clefs d’accords sont parfois amères mais toujours entraînantes. Bien sûr des morceaux comme « Automatic », « Tired Bored And Alone » ou « In Your Head » n’auront pas la prétention de nous apporter un nouvel éclairage sur les états d’âmes que traversent les gens quittant l’adolescence et entrant dans leurs années 20 mais grâce à leur conviction ils parviennent à nous les rendre toujours aussi puissantes et actuelles.

Il n’en demeure pas moins que pour qui en a vu ey entendu d’autres, le message n’atteindra que la surface de leur épiderme, mais, si on conserve une petite nostalgie pour cette époque où le pain était béni, l’écoute de Mistakes n’endommagera pas le cerveau.

**1/2


Dylan Shearer: « Garagearray »

24 avril 2014

Ce chanteur compositeur californien partage un univers commun avec Kevin Ayers, Syd Barrett ou Van Dyke Parks, celui de l’introspection mélancolique où la « chamber pop » se conjuguen à des altérations légèrement psychédéliques.

Garagearry est son quatrième album, produit par une légende du rock de la Bay Area, John Dwyer. Le disque s’ouvre sur un paradoxal « Time To Go », chanson douce dédiée à la dérive que soulignent un piano qui semble traîner des pieds, des percussions vaporeuses et de multiples couches de vocaux se superposant les unes aux autres. C’est un titre qui pourrait passer pour une chute de studio du premier disque de Soft Machine ou d’une composition pastorale de John Cale ou Kevin Ayers qui aurait été perdue puis miraculeusement exhumée.

Ces tendances baroques ne se démentiront pas tout au long de l’album exécutées à la fois avec respect mais aussi distance, cette dernière étant conférée par des vocaux marmonnés et timides qui créent une atmosphère élevée et nébuleuse.

Garagearray est, par conséquent, un opus de folk psychédélique où la prime va à l’introspection (« Everyone Accept You ») et la mélancolie discrète comme sur «  Barely by the Waterside ».

Se joignent à lui le bassiste de Thee Oh Sees, Petey Dammit, et le batteur de Comets On Fire, Noël Von Harmonson, mais en dépit de ce pedigree plutôt effervescent, la section rythmique s’adaptera aux climats nuancés de Shearer.

L’album baignera donc dans cette humeur un peu relâchée de groupe accomplissant un travail dont il vient juste de prendre connaissance. C’est ce qui lui donne cette sensation de demos inachevées mais aussi cet attrait suranné de compositions à l’hésitation tâtonnante mais charmante.

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Chuck E. Weiss: « Red Beans and Weiss »

24 avril 2014

Chuck E. Weiss est ce genre de personnage marginal dans la musique rock, révéré par ses pairs (il a même été immortalisé dans une chanson, « Chuck E.’s in Love » par Rickie Lee Jones) mais à peu près inconnu du grand public.

Cette vie dans l’arrière-cour semble pourtant convenir à ce natid de Los Angeles dont il écume régulièrement les clubs où il donne libre cours à son penchant par le « barroom blues ».

Cela explique le fait que ses enregistrements soient sporadiques et que, malgré un titre plutôt douteux, Red Beans and Weiss, on ne puisse qu’accueillir avec intérêt cette nouvelle production de notre excentrique artiste.

Le style dans lequel il opère n’a jamais varié ; un blues rock qu’on pourrait qualifier presque de vaudou façon Dr. John, ponctué par une voix graveleuse à la Tom Waits ou Tony Joe White et la musique qui va avec.

Il s’avère que ce disque a été co-produit par Johnny Depp (un autre de ses admirateurs) mais, bien sûr, la star du show est Weiss avec un répertoire qui voit ce dernier se frotter au « roadhouse rock » avec « Tupelo Joe » exemple parfait de « road song », au jazz des heures tardives » Shushie »), au blues pur et dur (« Exile On The Main Street Blues ») et même à s’accorder une petite virée au Mexique avec « Hey Pendejo ».

Red Beans and Weiss est un disque qui s’inscrit à contre-courant d’une époque coincée et où tout prend des allures de sérieux inébranlable. Il le fait avec avec une verve et une inspirations étonnantes, propres à nous le faire fredonner sous la douche. Il y joint cette touche de doux sarcasme qui semble renvoyer chacun à ses chères études ; peut-être pas aussi misanthrope que le grand Randy Newman il partage néanmoins avec lui ce talent singulier de faire vivre et rire avec aisance et subtilité même si celle-ci ne se drape pas dans l’élégance de Monsieur Newman.

***1/2

 


TEEN: « The Way And Colour »

24 avril 2014

 

Malgré son patronyme, ce combo de alt rock basé à Brooklyn n’est pas un ensemble juvénile car son nom vient de Kristina « Teeny » Lieberson ancienne claviériste de Here We Go Magic et sa musique, n’a pas non plus cette empreinte puisque, après un premier album assez versatile et inconsistant, The Way And Colour se caractérise par une coloration plus homogène et dense.

Produit par l’ancien Spacemen 3 Sonic Boom nous avons affaire ici à une pop hypnotique montrant un penchant certain pour un son plus audacieux mais aussi plus clean.

Derrière cela se cache pourtant la même intensité, à l’exemple du morceau ouvrant le disque, un « Rose 4 U » particulièrement ambitieux de par sa ligne de basse répétitive, ses cordes étranges et une structure vocale qui s’aventure dans une complexité assez démente.

Ce prélude est comme celui d’un groupe qui veut ne pas se poser de limites, mais qui parvient néanmoins à contrôler ses sons. « Not For Long » et « Sticky » s’empare d’un R & B basique et vrombissant mais lui donnent un petit décalage d’où nous parviennent des couches orientalistes.

Voilà pour l’expérimentation, voilà aussi pour la maîtrise : « Breathe Low & Deep » va un peu plus loin dans cette vision désespérée et sombre que Teen parvient pourtant à contrebalancer et « As If I Had No Choice To Plead » amalgamera de la même manière crescendos gothiques et trompette claironnante en arrière fond.

D’un point de vue instrumental, les guitares ont parfois surjouer de la distorsion mais le groupe parvient à donner une touche étonnamment humaine à ses synthétiseurs. C’est ce virage vers l’émotion, la tristesse sous-jacente, que TEEN s’emploie à véhiculer à l’exemple du futurisme robotique de « More Than I Ask For » ou de la noise pop débridée mais tout sauf joyeuse qu’est « Reconsider ».

Un son riche et une atmosphère toujours aux limites de l’anormalité, TEEN n’est pas un groupe novices ; son innovation mélodique apporte une touche supplémentaire à ce vivier artistique que ce bourg de New York semble être devenu aux dépens de Manhattan.

***1/2

 

 


Eels: « The Cautionary Tales of Mark Oliver Everett »

23 avril 2014

Avec chaque album, Mark Everett se regarde un peu lui-même et jette parfois un œil vers ce qui l’entoure. Comme le suggère le titre de cet onzième opus, sa personne demeure le sujet central de ses préoccupations au point qu’on peut se demander s’il ne trouve pas un certain bien être à se monter malheureux.

Le tout sera donc fait de regrets (« Agatha Chan », la fille avec qui il aurait dû rester) et des problèmes existentiels avec lesquels il se débat, « Parallels » par exemple, même si il s’efforce de leur donner une tonalité simple et sans complications.

Le paradoxe réside sans une atmosphère lasse et pessimiste ce qui est fortement contrasté par rapport à l’énergique et vivace, voire même désinvolte, Wonderful Glorious.

Musicalement on a droit à du Eels de chambre, une petite section de cordes chuchote ici et là, et l’ouverture, l’instrumental « Where I’m At », introduit poussivement The Cautionary Tales of Mark Oliver Everett avec des cuivres faméliques et presque résignés. « Series of Misunderstandings » sera une nouvelle rumination avec, peut-être, la réalisation des années qui restent encore pour lui, constat qui veut mettre fin au passé tout comme « Mistakes of my Youth » où il se permet de célébrer, sombrement toutefois, le futur qui s’annonce encore pour lui.

Cette morbidité éternelle réjouira indubitablement ses fans ou ceux qui sont prêts à entendre des vérités avec lesquelles ils seront inconfortables même si, une fois dans un disque profondément intime et personnel, on peut trouver cet étalage souvent indécent et outré. Surnagent pourtant quelques relents plus optimistes : ce seront les sections à cordes aux orchestrations fluides qui contredisent la thématique générale et le chant du cygne que sera « Where I’m Going » résonnera comme un éternel vœux (pieux?) vers quelque chose qui s’apparentera à de l’alacrité plus enlevée et positive.

Restera à E de choisir entre la lamentation désabusée constituée par la lamentation au piano que sera « Gentleman’s Choice » et la manière dont il a choisi de terminer cet album de manière cathartique. Depuis le temps qu’il n’a pas considéré cette dernière option, on peut douter néanmoins qu’un douzième album lui permette de retirer ses lunettes (miracle elles ne sont plus noires!) et de se décider à être heureux.

**1/2

 


The Both: « The Both »

23 avril 2014

L’annonce que Aimee Mann et Ted Leo allaient sortir un disque ensemble a de quoi surprendre tant l’univers de ces deux artistes est différent. La première,ancienne chanteuse new wave de ‘Til Tuesay depuis cantonnée à un répertoire pop-rock frisant l’alternatif et Leo, lui, capable d’injecter de la pop sans âge à son répertoire hardcore punk ave The Pharmacists.

Leur point commun est qu’ils sont tous deux capables de s’adapter et c’est cetet qualité qui les sert sur ce prmier album éponyme. On dit que tout chanteur a besoin d’une muse, pour Gram Parson c’était Emmylou Harris (dont il dfaut absolument se procurer le chef d’oeuvre Wrecking Ball récemment réédité et introuvable depuis 10 ans) ; pour Otis Redding il s’agissait de Carla Thomas ; il semblerait que Leo ait trouvé la sienne et que cela lui permet de baisser le volume de l’agression sonore et de l’enrober d’une tonalité plus sucrée.

Leurs styles se collent l’un à l’autre : « The Gambler » est une petite merveille de power pop à peine distordue et doucement feutrée grâce aux harmonies de Mann et cette division du travail est encore plus apparente sur « Milwaukee » (un truc à vous faire claquer les doigts en rythme) ou la séduisante ballade qu’est « Hummingbird ».

Le folk, le punk (« The Prisoner ») et le classic pop se partagent également sur l’album ou même à l’intérieur d’un morceau où les riffs garage rugueux de « Bedtime Sories » cèdent la place à un chorus particulièrement complexe et carillonnant. Mann pousse vers une pop-rock amicale alors que Ted Leo va, lui, vers des choses plus hérissées mais cela ce passe sans aucune lutte ce qui donne à The Both un atmosphère sans aucune tension où les deux artistes peuvent se reconnaître.

Mann et Leo puvent venir de mondes différents mais celui qu’ils ont créé ici a pour noms harmonie et complémentarité à l’image du somptueux bouillonnement qui agite l’album sur le « closer » : « The Inevitable Shov ».

***1/2


The Pïxies: « Indie Cindy »

23 avril 2014

Vous cherchez la définition de disque de Troie. Vous l’avez en la présence de ce nouvel album des Pixies, combo pour lequel Black Francis nous avait habitués à des sorties de E.P.s trimestrielles. Indie Cindy en est même la matérialisation sous forme de L.P., idée pas si idiote à une époque où les gens n’ont plus la patience nécessaire pour écouter un te objet dans sa totalité.

Ceux qui suivent Blacks Francis sauront déjà que ses titres en solo eet ses collaborations de dark-pop ne se sont jamais éloignées de ses titres façon Pixies, Indie Cindy nous le rappelle et nous pose la question : en quoi ces chansons mises bout à bout tiennent la route ensemble ?

« What Goes Boom » ouvre le disque sur un train d’enfer ; c’est le morceau le plus heavy mais, de manière significative, sa deuxième partie se fait douce amère, nous faisant presque revivre le procédé classique d’un virage en mid-tempo. « Greens and Blues » suivra, hymne rempli d’une émotion convaincante qui aurait très bien trouvé sa place sur Surfer Rosa.

La suite ne fera que confirmer la qualité de ce retour des Pixies : une sorte de romantisme à la David Lynch traquera la chanson titre, « Magdalena 318 » rappellera les territoires mystérieux et éclairés par la lune de Bossanova alors que « Blue Eyed Hexe » retrouvera le panache à la limite de la brisure ue nous av(i)ons coutume d’entendre. Bien sûr les références aux OVNI’s sont toujours présentes de ci de là ce qui fait qu’on pourrait très bien considérer que Indie Cindy est un album issu du Pixies du début des 90’s.

Il est certainement meilleur que le dernier avant leur séparation (Trompe Le Monde en 91) même si une plage comme « Bagboy » aurait très bien pu nous épargner des vocaux qui semblent tout droit tombés de l’escarcelle d’un album des Doors post Jim Morrison et que « Snakes » manquent particulièrement de motif auquel s’accrocher.

Les « comebacl albums » sont souvent synonymes de nettoyage, résultat d’artistes ayant trouvé clarté et temps pour retourner en studio. Heureusement, les Pixies se sont souvenus de la folie et de la perversité qui les rendait si délicieusement provocants à l’époque ; cela leur a permis d’emmener avec eux ici suffisamment de fumée et de souvenirs pour faire de Indie Cindy une disque plus que bienvenu.

***1/2