No BS: Just Rock & Roll!

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Peter Stampfel & the Brooklyn & Lower Manhattan Banjo Squadron / Peter Stampfel : « Better Than Expected »

 Il y a 50 ans, Peter Stampfel a sorti son premier album avec The Holy Modal Rounders. Depuis, il ne semble pas que son approche ait beaucoup changé. Il s’agit toujours de se rassembler autour d’un micro, de faire tourner les bandes et de laisser l’inspiration venir.

Cette philosophie est prégnante si on examine Better Than Expected, effort pour lequel il est rejoint par The Brooklyn & Lower Manhattan Banjo Squadron dont le nom même révèle la structure :un ensemble plus qu’informel de musiciens qui partagent le même esprit en brinquebaleant leurs instruments, sifflant et chantant comme le faisait ce héros de l’acid folk.

Il y a 16 titres, certains sont de véritables chansons, d’autres de simples exercices vocaux dont les résultats sont parfois inattendus parfois hilarants.

Selon Stampfel, le disque a été enregistré en une seule session d’une durée de 6 heures et le climat débonnaire et quelque peu chiffonné qui entoure Better Than Expected ne risque pas de démentir cette déclaration.

Bien que tout le monde semble se diriger dans la même direction, cela ne signifie pas qu’ils empruntent tous le même le chemin et il y a des moments où les nombreux éléments ne se rencontrent pas comme ils le faisaient aux bons vieux temps des HMR de « Indian War Whoop » ou « The Moray Eels Eat The Holy Modal Rounnders » et de leur psychedelia chancelante des 60’s.

Bien que produite au travers de moyens organiques plutît que d’effets de studio, la stratégie de Stampfel ne semble pas aller plus loin que la volonté de réunir des musiciens autour d’un objectif commun, faire les pitres le plus possible.

De ce point de vue on est servi : « des uinstrumentaux comme « G3 » ou « Page 64 » ont une beauté spectrale qui, toute amusante quelle soit, finit par nous hanter et le traitement vocal de « Sukiyak » fait montre d’une excentricité fascinante.

« NSA Man » sera une version revue et corrigée du « CIA man » des Fugs, expressive et joyeuse ; au bout du compte, si on y ajoute un égrillard « Eat the Roadkill », Better Than Expected ne fera pas mentir son titre si on est amateur de ce que l’anarchie musicale collective peut apporter.

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28 avril 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

The Menzingers: « Rented World »

 The Menzingers ont fait irruption dans la scène punk avec leur 3° disque On The Impossible Past. Rented World est donc un « follow up album » au précédent, chose qui est toujours risquée.

Ici, le groupe continue à s’inspirer des choses qu’il connaît le mieux : histoires les bars, les bouteilles vides et les cœurs brisés. Il y a pourtant ici une maturité et une confiance nouvelles qui semblent montrer qu’il n’a pas subi la pression par rapport à ce qu’on attendait d’eux.

Rented World est un album remarquablement consistant dénué de « single » notable mais maintenant une qualité constante dans l’excellence. Le titre d’ouverture, « I Don’t Wanna Be An Asshole Anymore », arbore un chorus dévastateur et, jusqu’aux accords finaux de « When You Died » aucun répit ne nous sera accordé.

Le disque semble en fait aller de l’avant en permanence : ainsi les grondements alternant avec la vulnérabilité du vocaliste Greg Barnett a sur « Remission » ont déjà été faits mille fois depuis Kurt Cobain mais The Menzingers est un des rares combos à être capables de les reprendre de manière à la fois naturelle et dérivative.

L’honnêteté et la franchise du groupe est évidente sur un Rented World profondément enraciné dans sa Pennsylvanie natale. Les thèmes, la souffrance, l’angoisse, sont néanmoins universels et le fait qu’ils les abordent sans la moindre trace ironie montre à quel point ils le font avec aplomb et confort.

Cet album n’est peut-être pas aussi emblématique qu’a peu l’être le précédent, mais il est la preuve audible que The Menzingers savent ce qu’ils font et qu’ils sont déterminés à ce que ça continue à se savoir.

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28 avril 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Avey Tare Slasher Flicks

Bien que nous soyons à des mois de Halloween, Avey Tare and The Slasher Flicks se présentent sous un trio de musiciens assoiffés de sang exhibant des masquent de Freddy Kruger ou de la poupée Chucky avec un album, Enter the Slasher House dont le moins qu’on puisse dire est qu’il semble enfoncer le clou du Grand Guignol. Peut-on se fier pourtant aux apparences ? Réponse plus bas.

 Leurs passés font pourtant référence à des temps plus innocents. Dave Portner (ou Avey Tate : vocaux, guitares) a passé de nombreuses et prolifiques années ai sein de Animal Collective mais aujourd’hui c’est une âme tordue totalement différente. La multi-instrumentiste Angel Deradoorian est un ancien membre des Dirty Projectors et, elle aussi, a effectué un virage plus sinistre. Enfin, Jeremy Hyman a toujours été un batteur démoniaque que ce soit avec Ponytail ou aujourd’hui où il donne le punch qui tue à l’assaut monstrueux de Slasher Flicks.

Telle est donc l’histoire du nouveau groupe de Portner, formé en Avril 2013 juste après une conversation très polie tenue au cours d’un dîner le mois d’avant. Ils se sont formés et ont commencé à répéter rapidement pour un concert où figurait Deerhunter mais, déjà, le concept de Avey Tare’s Slasher Flick était fermement en place, du moins dans la tête de Portner.

Les deux années précédents avaient été difficiles pour le pourtant hyperactif leader de Animal Collective. Il parle d’une époque où il devait « gérer beaucoup de choses psychologiquement » d’où un album solo boueux et marécageux lié à sa séparation d’avec Kría Brekkan, de múm. Aussi, Slasher Flicks, malgré son arrière-plan digne d’un film d’horreur, est en fait une source d’amusement et de pensée positive.

Angel et Avey vivent désormais ensemble et travailler sur un projet identique « a toujours été une possibilité », explique Avey, « nous ne l’avions jamais fait avant néanmoins mais, étant habitué à sa façon de jouer, ça m’a paru une chose évidente. » Hyman, par contre, n’était pas un personnage aussi familier : « En vérité, c’était la première fois que je demandais à quelqu’un avec qui je n’avais pas eu une longue relation de faire de la musique avec moi. Mais quand j’ai commencé à écrire ces morceaux et que j’ai pris conscience de leur nature plutôt insensée, il s’est imposé à mon esprit comme la personne avec qui il était évident que je devais jouer. »

Les répétitions initiales étaient « très fun » et n’ont présenté « aucun obstacle gigantesque à franchir, même si nous venions tous d’univers musicaux différents. » Ce qui était clair pour ce premier album du gtroupe était qu’il s’agissait essentiellement d’un projet de Avey. Les titres avaient été écrits avant la formation du groupe et, comme il s’agissait d’un exercice en positivité, elles allaient d’un « single » un peu mièvre comme « Little Fang » à des charges incessantes de type « Blind Babe ». Pour Avey, « il n’y a rien de terrifiant dans ces compositions », il les apparente à « la visite d’une maison hantée, le truc que les gamins adorent faire quand ils von,t dans des fêtes foraines. » Slasher Ficks, en tant que nom, n’est pas une ode grisâtre au « gore », c’est venu « avant tout parce que j’aimais la façon dont ça sonnait. Je n’essaie pas d’être drôle ou quoi que ce soit. Je n’essaie pas d’effrayer les gens. »

Avey adore les « slasher movies » : « Je les définis comme de l’rat visuel, du moins ceux qui sont bons. » Aussi il les a vaguement liés à son projet. L’énergie du disque s’harmonise d’ailleurs avec l’excitation qu’on peut ressentir à être entraîné dans un trou du noir le plus profond de manière inexorable. La comparaison s’arrête pourtant là : « Je ne trouve même pas que le disque soit si sombre que ça », précise-t-il, « la démarche d’écriture montrait avant tout une volonté d’être positif et d’aller au-delà du malaise dans lequel on peut se trouver. Je voulais exorciser cela au travers de la musique. »

Enter The Slasher House se définit alors par un certain nombre des choses. C’est d’une part une extension de l’album de Animal Collective, Feels en 2005. Les morceaux sont légers et duveteux avant de se transformer diaboliquement dans des tonalités où guitares, percussions et voix se mettent à cogner. Cela est causé par un deuxième facteur, l’énergie « live » qui transparaît à chaque instant : « Je voulais vraiment capturer la tension qui se dégage du fait de jouer ensemble. Quand je pensais à comment le faire sonner différemment, en particulier par rapport à mon dernier album solo, il me semblait évident d’avoir un groupe qui jouerait et que les titres et la production devaient venir des musiciens jouant les uns avec les autres. »

L’impact est perceptible dès la première écoute, fraîcheur et excitation à l’exploration de nouveaux univers sont de mise, même si les sons sont, de manière énervantes, familiers. Grâce aux collages soniques excentrique de Avey, pourtant, et son désir de « faire quelque chose d’inattendu », il s’agit d’un opus totalement inédit pour lui.

Le tout a donné au trio une nouvelle soif, un sang neuf si on peut dire, qui ne disparaîtra peut-être pas tout de suite. Avant la sortie du disque, il n’avaient dit qu’une chose, à savoir qu’ils étaient « un groupe meurtrier et cannibale. » Depuis le projet a pris son envol et il semblerait que ses trois interprètes ont trouvé une direction et un but. Reste à savoir à quoi ressemblera leur prochaine victime.

 

28 avril 2014 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de EMA

Le deuxième album de Erika M. Anderson sous le nom de EMA, The Fure’s Void, est l’exemple parfait d’une artiste créant de la musique abrasive mais l’habillant d’une sensibilité pop qui rend la chose accessible mais aussi propre à nous interpeller. Ça n’est pas chose aisée mais elle navigue avec facilité entre ces deux pôles. Elle nous parle ici de sa façon d’écrire, son amour des clichées musicaux ainsi que des rumeurs qui disaient que le thème de ce nouveau disque était la technologie. En fait, il s’agit d’un album à propos de la vie et de la personnalité de cette musicienne fascinante.

À quoi souhaitiez-vous aboutir quand vous vous êtes embarquée dans ce deuxième album ?

Je n’avais pas réellement d’objectifs conscients. Il n’y avait pas une chose particulière que je souhaitais faire en fait. C’était un peu comme quand vous tâtonnez aveuglement pour trouver des éléments et trouvez quelque chose que vous aimez. Le problème est que c’est un deuxième disque et que les gens ont apprécié le premier. Vous essayez de réaliser un truc selon vous goûts mais je souhaitais prendre mon temps pour cela sans me fixer un ordre du jour spécifique.

Quelle a été la différence en termes d’écriture et d’enregistrement par rapport à votre premier disque, Past Life Martyred Saints ?
Ce dernier bénéficiait du fait que j’avais un certain nombre de titres qui figuraient dans mon vieux catalogue. J’avais « Marked »ou « Butterfly Knife » depuis des années. J’avais des tonnes de compositions que j’avais écrites depuis des lustres et je n’avais pas à me préoccuper du matériel. J’apprends quand j’entame un processus et vois ce qui fonctionne pour moi et j’ai essayé de conserver certains des procédés de Past Life Martyred Saints. Je m’efforce d’écrire sur le vif, soit en improvisant soit en utilisant l’écriture automatique. Pour beaucoup de gens, l’improvisation consiste à ne faire jouer les instruments que sur une seule clé ; pour moi il s’agit avant tout d’entrer dans un état d’esprit. Vous savez quand on vous dit de réfléchir avant de parler, eh bien pour moi il faut parler avant de réfléchir.

Cet album est terriblement audacieux et plein de confiance et d’assurance. D’où pensez-vous que cela vous vient ?
Je crois qu’il y a beaucoup de fanfaronnades pour masquer le fait que je ne suis pas sûre de moi. Je suis allée dans pas mal d’endroits, ai traîné avec pas mal de types et je suppose que le disque est issu d’un lieu de colère. J’étais assez furieuse mais je ne sais pas réellement de quoi ça venait. C’est ce que j’essaie de comprendre pourtant, pourquoi étais-je si en colère ?

Il n’y a pas que de la rage ; on y trouve aussi de l’humour…

Oui, j’essaie de rendre les choses drôles aussi. Je crois qu’il y en avait dans Past Life Martyred Saints mais les gens ont du mal à voir quand je plaisante et quand ça n’est pas le cas. J’essaie de combiner de réelles émotions avec des choses qui sont amusantes. Sur « 3Jane » il y a deux ou trois endroits où je dis « interwebs » et qui sont censés être drôles.

À ce propos, on a beaucoup glosé dans la presse en estimant que le thème sous-jacent était la relation de notre société avec la technologie et Internet. Ça n’est pourtant pas vrai à 100ù, n’est-ce-pas ?

Pas du tout ! J’espère que ça ne va pas d’ailleurs rebuter le public car il y a d’autres choses qui y sont abordées. Je pense qu’on est à une époque où les soit-disant experts vous disent quoi penser et je crois que, si les gens écoutent l’ensemble, ils seront surpris par se diversité et le fait que ça n’est pas quelque chose qu’on vous assène sur internet par ci et internet par là.

Est-ce que ça vous énerve quand certaines personnes font des interprétations de vos compositions qui ne sont pas toujours exactes ?

C’est cela qui est dur. De nos jours, la musique n’a jamais été autant un média visuel. Les gens en sont à un point où ils fonctionnent avec l’idée qu’ils connaissent les musiciens, non pas en écoutant leurs disques, mais à partir d’une image ou d’une phrase clef. La pochette de mon album me représente avec un cube, un logo « internet girl » en dessous. Je ne sais pas comment faire pour arrêter tout ça !

Est-ce que ça vous a alarmée que quelques uns de vos thèmes soient devenus sinistrement visionnaires comme « Satellites » qui est basé sur la Guerre Froide et le Pouvoir Soviétique ?

Un peu mais aussi parce que je ne pensais pas qu’on allait arriver à cela. Je n’avais nulle intention d’écrire là-dessus. Quand j’ai composé « Jane3 » j’avais l’impression de prendre un risque en disant certaines choses dans une chanson. C’est un autre procédé que j’aime : prendre des mots « tabous » et les mettre en musique comme « Click on the link of the dead celebrity. » (Clique sur le lien de la célébrité morte). C’est un truc qui m’anime car ça ne sonne pas comme un cliché musical que vous avez entendu des centaines de fois.

Diriez-vous que votre approche est similaire à celle de David Byrne qui prend des thèmes de tous les jours en en fait des compostions rock progressif ?
Ou comme The Beat Poets. Ce sont des gens dont je me sens la plus proche. On me demande souvent de quel type de contre-culture je me réclame. Je peux être parfois un peu hippie ou un peu punk mais The Beats restent indétrônables. Ce sont des gens normaux mais des artistes allumés. On dirait qu’ils n’ont jamais essayé de se différencier à l’intérieur la culture traditionnelle américaine et d’écrire par rapport ou à l’extérieur d’elle et c’est quelque chose que j’essaie de faire. Je vis dans ce complexe d’appartements assez bizarre et je n’aime pas particulièrement aller dans les bars à la mode. Il y a quelque chose qui me hérisse quand c’est trop « hip » aussi je trouve une sorte de réconfort dans des endroits standards comme un mall ou un restaurant appartenant à une chaîne. Quand j’écris, je m’inspire de ces éléments ; je me promène dans mon quartier en jogging et j’absorbe que que les gens font. Je ne m’éloigne pas de cette méthode pour consommer des tonnes de musique ou de films d’avant-garde. Je regarde Terminator 2, je vis à Portland et vais à des cours de yoga et c’est de tout cela que vient ma prescience. Je n’appartiens pas « l’underground » et n’écris pas d’une perspective contre-culturelle.

Ce sont donc les mondanités de la vie quotidienne qui vous inspirent ?

Oui, même si je trouve que la scène punk underground m’a beaucoup stimulée pour ce disque. Je connaissais peu de personnes à Portland aussi je n’étais connectée à aucune scène. Je craignais ne plus être en phase avec quoi que ce soit et que les gens estiment que j’avais perdu ma touche. Bizarrement  pourtant, il semble que tout se soit mis en place de manière impeccable.

 

28 avril 2014 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

Pantaleimon: « The Butterfly Ate The Pearl « 

The Butterfly Ate The Pearl est le cinquième album de Pantaleimon, autrement dit Andria Degens, une vocaliste multi instrumentiste dont le projet musical combine éléments de folk acoustique, de world music et d’électroniques pour créer des œuvres qu’il est aisé d’apparenter à l’indie folk et au psyche folk

Pour ce disque, Degens s’est associée avec l’ancien Bad Seed, Hugo Race à la co-production et nous délivrer neuf titres d’une psychedelia sombre et onirique, univers dans lequel elle semble confortablement installée.

Le disque va donc explorer les lueurs qui s’efforcent de danser dans ces ombres où se plaît l’obscurité au moyens de vocaux qui se veulent toujours apaisants et de textes élhérés qui brillent ainsi au travers de ses compositions. Celles-ci vont alterner le solennel et la litanie sans que pourtant l’humeur en soit morose.

Le feu, les forêts, les animaux volants et le mysticisme astral jouent un rôle clé dans la formation de ses récits ; elles fournissent métaphores mythiques qui sont censées nous faire philosopher pour peu qu’on y soit enclin.

« Ember » ouvre The Butterfly Ate The Pearl, c’est peut-être le titre le plus rock de l’album. Il retrace l’histoire d’un homme qui a pour tâche de raviver la flamme de l’Amour, thème qui court en parallèle avec celui du traumatisme de la perte de l’innocence. Sur « Morning Star », elle forme un duo avec Will Oldham pour explorer la confusion qui nait de la transformation humaine, spirituelle et physique et elle va même s’aventurer du côté d’un son « space » à la Hawkwind avec l’instrumental « Summer Reigns » aux côtés de l’organiste « live » de Oasis, Jay Darlington (qui intervient aussi sur « Ember »).

Le disque s’achève sur un sentiment de plénitude, chose qu’on ne peut achever, ici, si on ne dissocie pas les paroles de la musique. Celle-ci révèle pourtant de jolis trésors bien cachés, ils effluerent le gothique pour nous entraîner dans la dream folk, une atmosphère de beauté et de sérénité qui ne peut venir que de ceux à qui l’expérience à appris quelque chose et dont ils nous invitent à la partager la sagesse.

***1/2

26 avril 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Black Prairie: « Fortune »

Cela fait longtemps que Black Prairie s’est débarrassé de son étiquette de projet alternatif du guitariste des Decemberists Chris Funk, atteint par le syndrome du dobro. Le groupe a désormais acquis sa propre identité interne et, en conséquence, un style et un caractère qui lui sont propres.

Il s’inscrit toujours dans la mouvance progressive du bluegrass même si il est de plus en plus difficile de décrire le genre auquel le groupe appartient désormais. Ceci est d’autant plus flagrant que ce quatrième opus, Fortune, les voit s’éloigner de ce qui faisait leur originalité tant chaque membre représentait un pot pourri de ce la musique acoustique traditionnelle possédait de meilleur.

Alors que chacun de ses disques semblait décidé à aller de plus en plus loin dans l’expérimentation, ce nouvel opus est peut-être leur effort le plus conventionnel. Les vocaux sont policés et les morceaux empruntent la structure pop la plus convenue.

On trouve pourtant dans Fortune une luminescence excentrique qui ne faiblit pas : nous avons affaire à des musiciens acoustiques accomplis qui nous interprètent, parfois même avec virulence, des chansons qui sont essentiellement des titres rock.

Quel esprit peut être alors invoqué sur cet opus ? Certainement pas celui de earl Scruggs ou Jerry Douglas. Leur guitariste Jon Neufeld de son propre aveu ne se pose plus la question du style ou de la mouvance dans laquelle Black Prairie s’inscrit désormais.

Concluons en avançant le fait que, au bout du compte, cet alliage qu’il nous propose n’est sans aucun doute pas si éloigné, à un niveau certes pas comparable, de celui que nous offrait, il y a quelques décennies, le Led Zeppelin des plus belles heures.

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25 avril 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

The Ministry Of Wolves: « Music From Republik Der Wölfe »

 

Misic From Republik Der Wölfe est la bande son théâtrale d’un projet de Alexander Hacke (Einstürzende Neubauten), Mick Harvey (co-fondateur de Nick Cave & The Bad Seeds), Danielle Piccioto (co-fondateur de Love Parade et membre de Crime & The City -olution), et Paul Wallfisch (directeur musical du Théâtre de Dortmund). Les morceaux ont été écrits spécialement pour une représentation sous-titrée A Fairytale Massacre with Live Music et tirée de certains contes « pré moraux » recueillis par les Frères Grimm.

Comment alors qualifier cette musique ? Elle est à la fois cabaret, perverse et drôle, théâtrale et mélodramatique, gothique bien évidemment et, dans l’ensemble, nocturne. On y trouve harpes, vibraphones, guitares électriques accompagnant ou se distanciant de textes écrits et chantés par Ann Sexton et chantés par Alexander Hacke le vocaliste de Die Haut.

Ce contraste est assez saisissant, tranchant et discordant même si les riffs sont souvent répétitifs et se veulent enchantersu ( le violon gitan de « Rumplestiltskin » par exemple).

Les vocaux ajoutent à ce contrepoint ; ils sont hurlements étouffés, aboiement contenus coupant comme les pointes de guitares ou de claviers qu’on entend ici et là et qui nous font nous interroger sur la nature du narrateur : est-ce lui ou un double ?

Cette perversité est délicieuse pourtant (le drone acoustique de la guitare de Harvey sur ‘The Frog Prince ») comme si une créature issue du monde de Disney se trouvait transposée dans un univers où règnerait le Théâtre Noir. On comprend alors en quoi des contes de fées peuvent se révéler des massacres et en quoi, déjà chez Brecht qui rôde en filigrane, on était déjà familiarisé avec les charmes de la décadence et de ce qui se dissimulait sous le merveilleux et la respectabilité bourgeoise.

***1/2

 

25 avril 2014 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Odonis Odonis: « Hard Boiled Soft Boiled »

Odonis Odonis, ou Odonis gauche et Odonis droite, ont, jusqu’à présent fait dans ce rock que l’on nomme « industrial surfgaze ». Hard Boiled Soft Boiled a une dénomination appropriée pour introduire un nuance de taille dans ce nouvel album des Canadiens de Toronto.

Le disque s’ouvre sur « Tension », un crescendo de guitares pulvérisantes et explosant avec fureur dans « Are You Friends », vacarme fracassant qui reflète la nature habituelle qu’on est en droit d’attendre du combo. Il s’agit bien évidemment de la partie Hard Boiled du disque, rappelant Ministry ou Nine Inch Nails. Un titre le résume, « Order In The Court », explicitant à merveille qu‘aucune apparence d’ordre ne peut être établie. Les percussions y ont de l’intensité d’une mitrailleuse ouvrant le feu depuis un hélicoptère et même les vocaux de Dean Tzenos rugissant qu’il est « le gars le plus cool de la terre » ne parviendront pas à atténuer ce que nos tympans perçoivent.

Il est aisé alors de deviner que Soft Boiled va nous présenter la facette la plus mesurée de Odonis Odonis (« High Notes » et sa guitare raide ou le vaporeux « Transmission From The Moon »). Ce changement n’est pourtant pas dénué de volonté évocatrice comme en témoigne le morceau qui va terminer le disque. « Alexa Wait » est une épopée de six minutes où le groupe mêle dream pop, shoegaze et climats ensommeillés, ces derniers pas toujours heureux. En effet, au lieu de déboulonner la norme, Odonis Odonis semble l’adopter et ôter tout le venim dont il pourrait pourtant être capable.

On peut apprécier ce désir de ressusciter le côté vynil de cette approche tout comme respecter leur souhait d’exploration sonique ; il restera à choisir entre le Odonis droit et le Odonis gauche. Pour cela le vote de chacun trouvera matière à satisfaction.

**1/2

25 avril 2014 Posted by | Quickies | , | Un commentaire

Rapid Talk: Interview de Woods.

Cela faisait un certain temps que Woods ne s’étaient pas manifestés aussi la sortie de With Light & With Love sur leur propre label Woodsist label était attendue. Leur bassiste, Kevin Morby, étant parti pour travailler sur sa carrière solo, Woods en ont profité pour arroser leur musique d’un peu plus de psychopop ensoleillée. Jarvis Taveniere nous fait part de cette évolution vers un son plus « live ».

Ceci est votre huitième album et, même après tout ce temps, il y a toujours une aura de mystère qui vous entoure. On en sait très peu sur votre passé ; est-ce une façon de laisser la musique parler d’elle-même ?

Ça me gène pourtant qu’il y ait des gens qui ne nous connaissent que par le biais de notre musique.J’ai d’excellents souvenirs du temps où j’étais gamin et où je passais des heures à regarder des pochettes de disques et à essayer de deviner d’où venait le groupe à partir de ce qui m’était amené à lire dessus. J’ai toujoeurs eu besoin de découvrir les choses par moi-même. J’ai rejeté tous les conseils que mes parents me donnaient jusqu’à ce qu’à un moment j’ai senti qu’ils nétaient pas inutiles. C’est pareil pour la musique ; il y a des gens qui, toutes les cinq minutes, vous vous dire que le Velvet Underground était un groupe d’enfer et vous vous dites : « sans doute, oui. » Et puis, un jour, vous entendez « I’m Beginning to see the Light » et c’est alors que ça clique dans votre tête.

On a parlé, beaucoup et en bien, de votre précédent enrgeistrement, Bend Beyond. Est-ce que cela a pesé pour les pros que vous êtes désormais sur ce nouvel album ?

Pas vraiment. Nos quatre premiers disques n’ont été accompagnés d’aucunes tournées et nous n’avons fait que de rares concerts. Cela a développé un sens de l’insularité dans notre façon de travailler. Même si on tourne aujourd’hui assez fréquemment, dès qu’on est en studio, c’est, pour nous, un retour aux fondamentaux et ii vient de ce que nous avons dans les tripes.

Le morceau titre est assez saisissante ; quelles sont vos compositions favorites, que ce soit sur disque ou « live » ?.

C’est aussi une de mes préférées. Sur nos albums prtéécdents nous n’avions pas cette habileté à fusionner nos morceaux les plus directs et le matériel plus improvisé. Ils existaient donc séparément.Toutefois, lors des concerts et depuis deux ans, ont est parvenus à acquérir une certaine télépathie dans le groupe qui nous a permis de brouiller les lignes entre les deux. La section médiane de « With Light & With Love » a été d’ailleurs écrite sur scène, petit à petit chaque soir sans qu’on en parle ou qu’on le planifie. Au départ c’était une jam qui s’est bien développée.

Vous avez déclaré que votre méthode de travail était spontanée, pourtant sur Bend Beyond, vous avez consciemment décidé de changer de procédure. Qu’en est-il pourWith Light And With Love ?

Tous les disques précédents étaient des projets directs où on essayait de se divertir, chose qu’on voulait poursuivre « live ». Cette fois-ci on voulait vraiment enregistrer en direct en travailler les arrangements dans un cadre « live ». On souhaitait que ce soit sembleble à la simplicité de musiciens qui jouent « live » dans une pièce plutôt que d’amasser des overdubs pour donner une impression de dynamique. On a travaillé sur des bandes avec notre batteur et Jeremy Earl où on se retrouvait entre les tournées. On a fait quelques enregistrements à moitié présentables dont sont issus six des dix compositions.

Ça n’est que sur deux ou trois morceaux qu’on est retourné à nos vieilles habitudes, « Leave Like Glass » et « Feather Man ». C’était comme une réaction à tout le travail de studio qu’on terminait. On trouvait que ça ne serait pas un vrai album de Woods si on ne donnait pas plus de place au mixage. Je ne pense pas qu’on peut entendre qu’ils ont été enregistrés de manière différente néanmoins, sauf peut-être un certain relâchement.

Votre progression semble être très naturelle et organique ; pensez-vous que c’est lié au fait que vous disques étaient peu espacés, du moins jusqu’à celui-ci ?

Eh bien, Woods n’a pas démarré avec l’intention d’être un groupe à plein temps. On ne s’est donc jamais comparé à d’autres ni pensé à ce que devait être la période normale entre deux albums. On était pas impressionnés par ce que faisaient la plupart des combos indie et les sons de l’époque. On souhaitait juste faire quelque chose de cool et de bizarre, qui plairaient à nos amis. Pour nous, ces premiers albums sont avant tout des collages et c’est pour cela qu’ils sont bons. Je crois que notre discographie raconte une histoire : les deuc premiers sont comme enregistrés dans une chambre, ensuite on a l’impression que nous faisons des jams dans un salon, puis dans un véritable studio. La progression n’est pas que musicale mais technique tout comme le graphisme de Jeremy.

« Moving To The Left » et « Leaves Like Grass » font montre d’un son plus tendu. Quand vous enregistrez, pensez-vous à ce que ça donnera « live » en particulier sur ce type de morceaux ?

C’était important que le son « live » soit perceptible dans le disque. Sur scène il y a toujours un peu plus d’agressivité, ce qui surprend les gens. Même les titres plus « pop » possèdent un peu de cette tension. C’est lié au fait qu’on se pousse mutuellement à dépasser nos limites.

Les pochettes de vos albums ont une identité visuelle très forte. Pourtant vous ne semblez pas être pressés de faire des vidéos…

Jeremy a toujours été intéressé par les arts visuels. Pour lui l’interconnexion avec l’audio est évidente et les deux univers font partie de Woods. Nous n’avons rien contre la vidéo mais nous ne sentons pas assez inspirés pour en tourner.

 

25 avril 2014 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Death Vessel.

Death Vessel c’est, essentiellement, un musicien de Rhode Island, Joel Thibodeau. Après plusieurs années passées éloigné de l’industrie du disque, il vient de sortir son troisème album solo, Island Intervals. Enregistré en Islande avec la collaboration de Alex Somers (Sigur Rōs), de Samuli Kosminen de Mūm et la voix de la légende musicale islandaise sur « Isla Down », Jónsi. Nul doute alors qu’un mini entretien s’imposait.

Jónsi chante comme une fille et vous comme un jeune garçon de 10 ans ; que peut-on dire par rapport à cela ?

À 10 ans, j’ai auditionné pour les Boy Singers of Maine. On m’avait accepté mais comme les répétitions avaient lieu à 30 miles de chez moi je n’ai pas pu les intégrer. Mes parents devaient s’occuper de quatre autres enfants et ils ne pouvaient assumer les horaires rigoureux du choeur. Je suppose que c’est à ce moment que mes capacités vocales ont atteint leur sommet. On peut chanter de façon douce mais il y a toujours un moyen de montrer votre férocité.

Vous avez une vieille guitare acoustique Silvertone. Elle est pas mal cabossée ; vous n’avez pas les moyens de vous en payer une plus récente ? (Rires)

Oui, je joue sur une vieille Silvertone 604 offerte par mon pote Otto D’Ambrosio. Il l’a légèrement modifiée pour améliorer ses tonalités et j’adore le son qu’elle produit. Il va très bien avec mes compositions. Un autre ami m’a, récemment, donné une Silvertone 319 qui est tout aussi bonne. J’ai enregistré le « Triangulated Heart » sur la guitare Martin de Jónsi. C’est d’ailleurs la première chanson que j’ai écrite dans son nouveau studio.

Pourquoi « Death Vessel »’, y voyez-vous une signification particulière ?

Quand j’ai pensé à ce nom, j’écoutais des chansons comme « O Death » de Ralph Stanley, « Death Is Only A Dream » des Stanley Brothers ou « Wall od Death » de Richard Thompson. Plutôt que de m’appesantir sur lon sens littéral, je trouve que c’est un terme qui va très bien avec ce que j’exprime dans mes compositions.

De quoi traitent vos textes précisément ?

Sur « Ilsa Down » dont Jónsi a composé la musique, ils sont été en partie inspirés par un recueil d’histoires et de contes islandais, Icelandic Folk And Fairy Tales. Je l’ai lu avec l’espoir de me familiariser avec la vie des elfs. C’était une drôle d’expérienced’écrire en pensant à la voix de quelqu’un d’autre et de faire chanter parJónsi des mots qu’ils n’avait jamais prononcés auparavant comme « Bangor » ou « Algonquian ».

25 avril 2014 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire