Rapid Talk: Interview de EMA

Le deuxième album de Erika M. Anderson sous le nom de EMA, The Fure’s Void, est l’exemple parfait d’une artiste créant de la musique abrasive mais l’habillant d’une sensibilité pop qui rend la chose accessible mais aussi propre à nous interpeller. Ça n’est pas chose aisée mais elle navigue avec facilité entre ces deux pôles. Elle nous parle ici de sa façon d’écrire, son amour des clichées musicaux ainsi que des rumeurs qui disaient que le thème de ce nouveau disque était la technologie. En fait, il s’agit d’un album à propos de la vie et de la personnalité de cette musicienne fascinante.

À quoi souhaitiez-vous aboutir quand vous vous êtes embarquée dans ce deuxième album ?

Je n’avais pas réellement d’objectifs conscients. Il n’y avait pas une chose particulière que je souhaitais faire en fait. C’était un peu comme quand vous tâtonnez aveuglement pour trouver des éléments et trouvez quelque chose que vous aimez. Le problème est que c’est un deuxième disque et que les gens ont apprécié le premier. Vous essayez de réaliser un truc selon vous goûts mais je souhaitais prendre mon temps pour cela sans me fixer un ordre du jour spécifique.

Quelle a été la différence en termes d’écriture et d’enregistrement par rapport à votre premier disque, Past Life Martyred Saints ?
Ce dernier bénéficiait du fait que j’avais un certain nombre de titres qui figuraient dans mon vieux catalogue. J’avais « Marked »ou « Butterfly Knife » depuis des années. J’avais des tonnes de compositions que j’avais écrites depuis des lustres et je n’avais pas à me préoccuper du matériel. J’apprends quand j’entame un processus et vois ce qui fonctionne pour moi et j’ai essayé de conserver certains des procédés de Past Life Martyred Saints. Je m’efforce d’écrire sur le vif, soit en improvisant soit en utilisant l’écriture automatique. Pour beaucoup de gens, l’improvisation consiste à ne faire jouer les instruments que sur une seule clé ; pour moi il s’agit avant tout d’entrer dans un état d’esprit. Vous savez quand on vous dit de réfléchir avant de parler, eh bien pour moi il faut parler avant de réfléchir.

Cet album est terriblement audacieux et plein de confiance et d’assurance. D’où pensez-vous que cela vous vient ?
Je crois qu’il y a beaucoup de fanfaronnades pour masquer le fait que je ne suis pas sûre de moi. Je suis allée dans pas mal d’endroits, ai traîné avec pas mal de types et je suppose que le disque est issu d’un lieu de colère. J’étais assez furieuse mais je ne sais pas réellement de quoi ça venait. C’est ce que j’essaie de comprendre pourtant, pourquoi étais-je si en colère ?

Il n’y a pas que de la rage ; on y trouve aussi de l’humour…

Oui, j’essaie de rendre les choses drôles aussi. Je crois qu’il y en avait dans Past Life Martyred Saints mais les gens ont du mal à voir quand je plaisante et quand ça n’est pas le cas. J’essaie de combiner de réelles émotions avec des choses qui sont amusantes. Sur « 3Jane » il y a deux ou trois endroits où je dis « interwebs » et qui sont censés être drôles.

À ce propos, on a beaucoup glosé dans la presse en estimant que le thème sous-jacent était la relation de notre société avec la technologie et Internet. Ça n’est pourtant pas vrai à 100ù, n’est-ce-pas ?

Pas du tout ! J’espère que ça ne va pas d’ailleurs rebuter le public car il y a d’autres choses qui y sont abordées. Je pense qu’on est à une époque où les soit-disant experts vous disent quoi penser et je crois que, si les gens écoutent l’ensemble, ils seront surpris par se diversité et le fait que ça n’est pas quelque chose qu’on vous assène sur internet par ci et internet par là.

Est-ce que ça vous énerve quand certaines personnes font des interprétations de vos compositions qui ne sont pas toujours exactes ?

C’est cela qui est dur. De nos jours, la musique n’a jamais été autant un média visuel. Les gens en sont à un point où ils fonctionnent avec l’idée qu’ils connaissent les musiciens, non pas en écoutant leurs disques, mais à partir d’une image ou d’une phrase clef. La pochette de mon album me représente avec un cube, un logo « internet girl » en dessous. Je ne sais pas comment faire pour arrêter tout ça !

Est-ce que ça vous a alarmée que quelques uns de vos thèmes soient devenus sinistrement visionnaires comme « Satellites » qui est basé sur la Guerre Froide et le Pouvoir Soviétique ?

Un peu mais aussi parce que je ne pensais pas qu’on allait arriver à cela. Je n’avais nulle intention d’écrire là-dessus. Quand j’ai composé « Jane3 » j’avais l’impression de prendre un risque en disant certaines choses dans une chanson. C’est un autre procédé que j’aime : prendre des mots « tabous » et les mettre en musique comme « Click on the link of the dead celebrity. » (Clique sur le lien de la célébrité morte). C’est un truc qui m’anime car ça ne sonne pas comme un cliché musical que vous avez entendu des centaines de fois.

Diriez-vous que votre approche est similaire à celle de David Byrne qui prend des thèmes de tous les jours en en fait des compostions rock progressif ?
Ou comme The Beat Poets. Ce sont des gens dont je me sens la plus proche. On me demande souvent de quel type de contre-culture je me réclame. Je peux être parfois un peu hippie ou un peu punk mais The Beats restent indétrônables. Ce sont des gens normaux mais des artistes allumés. On dirait qu’ils n’ont jamais essayé de se différencier à l’intérieur la culture traditionnelle américaine et d’écrire par rapport ou à l’extérieur d’elle et c’est quelque chose que j’essaie de faire. Je vis dans ce complexe d’appartements assez bizarre et je n’aime pas particulièrement aller dans les bars à la mode. Il y a quelque chose qui me hérisse quand c’est trop « hip » aussi je trouve une sorte de réconfort dans des endroits standards comme un mall ou un restaurant appartenant à une chaîne. Quand j’écris, je m’inspire de ces éléments ; je me promène dans mon quartier en jogging et j’absorbe que que les gens font. Je ne m’éloigne pas de cette méthode pour consommer des tonnes de musique ou de films d’avant-garde. Je regarde Terminator 2, je vis à Portland et vais à des cours de yoga et c’est de tout cela que vient ma prescience. Je n’appartiens pas « l’underground » et n’écris pas d’une perspective contre-culturelle.

Ce sont donc les mondanités de la vie quotidienne qui vous inspirent ?

Oui, même si je trouve que la scène punk underground m’a beaucoup stimulée pour ce disque. Je connaissais peu de personnes à Portland aussi je n’étais connectée à aucune scène. Je craignais ne plus être en phase avec quoi que ce soit et que les gens estiment que j’avais perdu ma touche. Bizarrement  pourtant, il semble que tout se soit mis en place de manière impeccable.

 

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