Rapid Talk: Interview de E(els).

Eels est un « groupe » dont les racines sont plantées dans la véracité et dont tout le catalogue a un impact cathartique bésé sur l’art de la composition. Les fans de Mark Everett ont ici un chanteur dont ils connaissent intimement la vie, les amours et lles pertes qui ont jalonné son parcours.

Pourtant, même selon ses propres standards, le dernier document de E est un témoignage nouveau, celui d’une mise à nue encore plus extrême dont la manifestation sera la musique. The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett nous présente un artiste qui regarde en arrière, rumine sur ses propres erreurs et ses regrets ; toutes ces avanies qui se sont chargées de remplir sa vie personnelle.

« En ce qui concerne cet album, c’est une sensation de très grande vulnérabilité qui accompagne le fait de sortir un disque qui soit aussi écorché et intime. Si les gens ne l’apprécient pas, ce sera dur de ne pas le prendre personnellement. Ce que je veux dire est que je dicte à personne sa conduite et ne lui mets pas le pistolet sur la tempe car il n’y a rien dans l’album qu’ils puissent prendre d’une manière qui les embarasse. IL n’y a que moi qui puisse en être gêné et c’est moi qui me jette sous le bus qui passe ; et je le fais pour toute mon équipe. »

Les sessions de he Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett ont en fait commencé avant son fantastique Wonderful, Glorious qui date de 2012 ; le perfectionniste qu’est Everett trouvait à ce moment que ce matériel n’avait pas la fluidité qu’il souhaitait ni assez de titres qui tiennent la route pour un véritable album.

« Je n’étais pas sûr de comment je sentais ces morceaux aussi – c’est quelque chose que nous faisons souvent – j’ai décidé de les mettre de côté. Six mois plus tard on s’est réunis, on a fait Wonderful, Glorious, décidé de le sortir et de partir en tournée. On en est revenus avec une perspective plus fraîche, on A ré-écouté nos enregistrements restés en cale sèche mais je trouvais toujours que quelque chose manquait encore. »

E insiste alors sur le fait que ce matériel avait besoin de se fixer sur sa personne comme étantl’élément à blâmer : «  J’ai compris que ce qui n’allait pas et que on avait trop la sensation que je me victimisais et que c’était cette voix qui parlait. Il y avait beaucoup de critiques qui étaient émises mais pas assez de place pour la notion d’en assumer les responsabilités. Je me suis donc débarrassé de la moitié des compositions et ai complété le disque avec d’autres, plus récentes. À la fin ça m’a donné la sensation que ll’effort en valait vraiment la peine. »

Majoritairement acoustique, la musique de Tales s’avère pastorale et tranquille contrastant dramatiquement avec les textes aigus et vecteurs de douleur et des arrangements à l’ornementation délicate. « C’est cette juxtaposition », explique-t’il, qui fait de ce disque quelque chose qu’on pourrait qualifier de « uneasy listening ». Il sonne comme du « easy listening à sa surface, mais, quand vous commencer à y prêter attention, il devient franchement inquiétant par moments. Je pensais que cette juxtaposition entre toile de fond délicate et douce et textes brutaux serait intéressante. C’est, ou du moins c’était, la recette de Motown à l’époque de leur hits : une histoire triste narrée sur des mélodies et des orchestrations « fun ». J’applique ici une version différente de cette méthode. »

Étrangement, au lieu de citer des albums de pop baroque comme The Ziombies ou même le ELO de Jeff Lynne, Everett nomme The Plastic Ono Band de John Lennon comme source d’inspiration. Celui-ci est basé sur la théorie du cri primal, un disque d’émotion pure donc qui revendique l’état d’inconfort dans lequel il peut nous mettre.

« Ce qui m’a bousillé à l’âge de dix ans et ce, pour le reste de ma vie émane du fait que c’était mon album favori à l’époque. Je réalise maintenant que c’était un choix assez bizarre quand vous avez cet âge ; dommage que ça n’ait pas été Imagine car je suppose qu’aujourd’hui j’écrirais des hymnes énormes qui plairaient à tout le monde et que ma vie serait considérablement plus facile. C’est un disque glabre mais il était très honnête et dénudé. »

Néanmoins, E réfute toute idée de musique tenant le rôle d’allégories cathartiques. « Ce que je veux dire est que ça peut vous aider mais je ne le fais pas dans ce but. Je crois que cet album est rempli de choses qui ne m’ont pas servies de leçons quand je les écrivais. La vie m’en a données, c’est ensuite que j’en ai composé une version musicale dans l’espoir que d’autres pourraient y trouver un enseignement. »

Issu de sessions prolongées, Eels a travaillé comme un groupe véritable, une unité qui lui a permis de terminer l’album avec, pour ironie, le fait que chacun des membres a contribué aux arrangements sauf E lui-même.

« J’y suis impliqué mais ce que je fais principalement est donner une base de départ et mon souhait en ce qui concerne ce que je désire évoquer. Peu à peu nous sommes arrivés à nous comprendre et je les laisse essayer différentes idées et dire « oui » ou « non » à plusieurs choses. Une fois que nous sommes d’accord, il n’y a plus qu’à mettre en boîte. Ils sont très éclectiques et capables de tout faire. »

Conçu initialement comme un véritable album, chaque détail, y compris le « sequencing » des titres, a été minutieusement peaufiné. « Vous pouvez très bien chercher l’inspiration du côté des « classiques » », dit-il, c’est peut-être un peu vieux jeu mais ça a toujours été une chose fondamentale pour moi. L’ordre des morceaux se doit d’avoir un sens, une continuité. C’est comme ça qu’il acquiert une signification. »

The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett est donc un « concept album » où l’intrigue centrale est un élément de la propre vie de E ; il est par conséquent audacieux et honnête comme tous les disques de la carrière de Eels. « C’est le produit d’un travail énorme que d’arriver à faire entrer chaque détail dans une unité globale. Je devais tenir compte de la narrativité de l’histoire, chose très complexe et demandant beaucoup de concentration. »

Serait-ce alors comme écrire un roman ? « Je crois que ça serait plus facile pour moi que d’écrire des choses ayant à voir avec ma vie. Vous devez être factuel et divertissant en même temps quand vous êtes musicien ; avec la fiction vous pouvez tout inventer ! Mais écrire un livre est une occupation solitaire et je ne suis pas dans cet état d’esprit en ce moment. »

 

 

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