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Kevin Morby: « Harlem River »

Écouter Harlem River, le premier disque de Kevin Morby (ex-Woods, ex-The Babies) ne peut être que source de curiosité de par la trajectoire, folk et pop-rock, du chanteur.

Les deux premiers titres semble rejoindre ce que Morby faisait avec Woods, de splendides ballades à la Dylan qui swinguent et ondoient en même temps. L’orgue et les riffs de Fender sont familiers et « Miles Miles Miles », le morceau d’ouverture pourrait devenir un classique instantané. L’instrumentation et la voix de Morby évoquent Blonde on Blonde et la deuxième composition, « Wild Side » ne fera que confirmer ce qui apparaît comme un héritage pour le musicien.

La chanson titre va pourtant nous emmener dans une toute autre direction qui changera brusquement l’humeur de l’album. Un groove de basse profond et mystérieux jouera en unisson avec une guitare modeste, transporte l’auditeur au sein d’une chevauchée épique de 10 minutes qui n’aurait pas déparé la fin d’un disque des Doors.

Alors qu’on aurait pu s’attendre à des tonalités lo-fi qui auraient été comme un retour au passé avec Woods de Morby, la plupart des compositions sont polies, passées sous le moule d’un orgue très propre, des guitares et des percussions qui s’illustrent par leur aptitude à sillonner les rythmes.

« If You Leave And If You Marry » montrera ses affinités avec la folk acoustique façon Stephen Stills tout comme « Slow Train » (avec Cate Le Bon) renseignera sur sa propension à oeuvrer dans un registre indie-folk plus psychédélique semblable à celui de Vetiver. « Reign » sera un retour aux classiques : harmonica, caisse claire et mesures de blues où on pourrait deviner quelques emprunts à Chuck Berry.

Le disque ne contient que huit plages, ce qui est peu mais il s’achèvera par une charmante ballade country conduite à la steel-guitar («  The Dead They Don’t Come Back ») dans laquelle le chanteur confie calmement sa crainte de la mort.

Album éclectique donc, on y retiendra pourtant la constance avec laquelle Morby revendique ses influences. Harlem River ne se veut pas un album novateur ; de toute évidence le vocaliste trouve réconfort dans la simplicité et l’introspection. C’est, au final, un bel opus dans la mesure où il montre un artiste capable de s’extraire de son élément de base et de se dissocier de son œuvre passée.

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11 mars 2014 Posted by | Quickies | | 2 commentaires

Elysian Fields: « For House Cats And Sea Fans »

For House Cats And Sea Fans est le neuvième album de Elysian Fields, duo qui a émérgé de la légendaire Knitting Factory, ce creuset ou cultures et musiques expérimentales urbaines se mêlaient.

Leur univers ne se confond à aucun autre, un mix cérébral de folk, de no wave, de gothique, de jazz, et de rock imité par beaucoup et soigneusement tissé comme une toile au teintes sombres et commentée par la voix languide de Jennifer Charles sur des tempos moyens et aux inflexions sexy.

Chaque album est comme une cérémonie, un rite où le guitariste Oren Bloedow apporte son arsenal de puissants effets de manière à ce qu’ils embrassent les vocaux de Charles et nous bercent dans leur climat de transcendance.

Si on devait absolument apparenter EF à d’autres, ce serait un improbable mariage de Anita O’Day et de Jim Morrison tant pour les climats que pour les textes qui abordent avec richesse dans leur imagerie des thèmes aussi chargés que le politique (« Escape From New York »), le spirituel et le personnel. Si on ajoute que le groupe a été invité à jouer dans la résidence familiale de Federico Garcia Lorca on comprend qu’il jouit d’un univers et d’une aura incomparables de par son inspiration et sa poésie.

For House Cats And Sea Fans ne dérogera pas aux disques qui l’ont précédé et d’ailleurs on ne voit pas pourquoi il le devrait. Bien sûr « She Gets Down » a des légers accents free-jazz et « This Project » s’énerve un peu au niveau des guitares et de la voix mais on retrouve ailleurs ce même goût sûr pour l’harmonie, la nuance et la retenue dans une vision du monde pourtant chargée et intense.

Ajoutons que la couverture de l’album a été spécialement créée par ni plus ni moins que le fameux John Lurie et que le mixage été confié à Mark Plati (David Bowie) apportant ici un certain lustre à leur son tout en préservant son intimité. On ne mentionnera, pour terminer, qu’une partie la pléiade des musiciens prestigieux qui ont joué sur le disque (le batteur Matt Johnson, les jazzmen John Medeski et James Genus, la saxophoniste James Chance ou le compositeur aux climats soniques inquiétants J.G. Thirlwell) pour souligner combien For House Cats And Sea Fans est un album essentiel.

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11 mars 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Joan As Police Woman: « The Classic »

En dépit de son histoire personnelle et de sa contribution au travail de nombreux artistes comme Antony and the Johnsons et Rufus Wainwright, Joan Wasser sous le nom de Joan As Police Woman n’est pas parvenue, après quatre albums, au-delà d’un cercke réduit de fans inrréductibles dont certains ont d’ailleurs été échaudé par son disque précédent, The Deep Field.

Sa sensibilité a toujours été présente mais son mérite est de l’avoir accompagnée de variations musicales présentes ici dans un The Classic qui semble être taillé dans la même veine.

Ici les styles sont plus divers et ils visent à couvrir le spectre du répertoire de la chanteuse tout comme les hauts et les bas émotionnels par lesquels elle passe.

Sa voix reste pourtant toujours aussi apathique, indiquant par là qu’elle est dans le registre qu’elle aime. Sur l’album elle sera aidée par Joseph Arthur qui apportera un esprit doo-wop à un album qui pourrait se résumer à sa chanson titre, au climat issu des 50’s ou 60’s.

Le son sera donc celui des « big bands » et des atmosphères enfumées. Mais, plutôt que d’adopter une ligne directrice solide, l’artiste se réfugie plutôt dans des titres où ce qui est véhiculé et plus une lointaine ambiance (presque un cliché) alors qu’il aurait fallu faire preuve de plus de perçant. Ce mix électrique aura inévitablement des hauts et des bas comme ce « Get Direct » qui s’enlise tout au long de ses sept minutes et qui exemplifie à merveille cette sensation que la chanteuse ne fait que picorer plutôt que s’imprégner.

The Classic n’en est donc pas un et son « neo soul » vaut avant tout par le premier terme de sa définition. On ne pourra en vouloir pourtant à Wasser de vouloir surprendre et innover ; sa sensibilité demeure intacte, ne lui reste plus qu’à trouver la conduite à laquelle elle a droit.

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11 mars 2014 Posted by | Quickies | , | Un commentaire

The Spits: « Kill the Kool »

Pour qui les connaît mal, The Spits sont un groupe de garage rockers punk venus de Portland qui, à l’instar de bien d’autres combos, se veulent des descendants des Ramones et dont le titre de gloire aura été d’ouvrir pour TV Ghost. Ce qui les diffère du reste est l’utilisation d’un clavier de quatre sous qui leur sert à accompagner la musique et lui envoyer des signaux sonores tout en le la dénaturant pas. De ce point de vue on pourrait les qualifier de punk rockers de l’ère spatiale.

Les cinq albums du groupes sont tous éponyme ce qui, en soi, est une indication du registre dans lequel ils sont fixés (ou figés) : des fracas agressifs avec une petite touche mongolienne bizarroïde qui rappellerait le « Mongoloid » de Devo.

Kill The Kool est aussi révélateur par son titre mais il est avant tout la réédition d’un double album (tournant à 45 tours) vendu uniquement aux concerts et tiré initialement à 500 exemplaires. Il y a quelques inédits, mais on peur difficilement dire qu’ils se singularisent par rapport à leur répertoire, tous tirés de chutes de studio ou de demos.

Les 22 plages parviennent toutefois à ne pas lasser car elle demeurent courtes et relativement accrocheuses. L’interprétation est toujours « fun », évitant un surcroît d’agressivité, ce qui, quelque part, les rend fidèles à l’esprit qui animait The Ramones.

Kill The Kool sera par conséquent une compilation qui réjouira les fans de base, pour ceux qui ne savent rien du groupe elle pourra être une introduction qui les mènera peut-être à se procurer les albums précédents.

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11 mars 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Carla Bozulich: « Joy »

Carla Bozulich est un vétéran de la scène alternative et d’avant-garde de Los Angeles. Sa première appartition discographique fut avec un groupe country atypique et déjanté, sencore plus que The Violent Femmes, Geraldine Fibbers, puis elle a adopté le pseudonyme de Evangelista avant de réaliser, cette fois sous son propre nom, l’album Boy.

L’artiste le décrit comme son « disque pop » et ce, bien qu’elle s’aligne ici avec d’autres pratiquants des prises angulaires et bien azimuthées. Cela lui permet de nous présenter de la « concept high-pop » qui n’a rien à voir avec le glamour à la saccharine qu’on enregistre si souvent dans les studios.

Bien que les 10 titres oscillent entre 3 et 5 minutes et qu »’ils sont construits sur le mode chorus, couplet et pont, Bozulich utilise à merveille des éléments qui parviennent à déstabiliser ses compositions. Elle y joue guitare, basse synthés mais ajoute surtout des samples et des loops alors que John Eichenseer va ajouter d’autres clavier, de l’électronique et même de la viole.

omme St. Vincent, Bozulich est en phase avec le véritable sens d’un terme galvaudé par Lady gaga, le « art pop ». Sa voix, rappelant Patti Smith ou Kristin Hersch, déconstruit la poétsie « beat » et est l’instrument idéal pour, sous couvert d’une instumentation ésotérique, évoquer des thèmes comme le deuil (« Drowned To The Light »), le déchirement (« Gonna Stop Killing »), tous deux sombres mais exquis. « Deeper Than The Well » est plein de percussions discordantes (le batteur italien Andrea Belfi) ; de six-cordes grattées jusqu’à l’usure et de des textes bouillonnants de Bozulich.

Ça n’est que dans sa conclusion que Boy apportera un baume bienvenu avec le shoegaze crépusculaire de « What Is It Baby » et le post-rock minimaliste de « Number X ».

Au-delà de ses stratégies visant à déboulonner les structures, Bozulich redonne éclat au concept bien dévalué de la « art pop ». Loin du brillant de Lady Gaga elle nous offre un album honnête et dont la sincérité des textes ne pourra que nous toucher.

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11 mars 2014 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire