She Sir: « Go Guitars »

Ce quintette de Austin existe depuis près de dix ans mais ça n’est pourtant que maintenant que leur premier album sort enfin. Ils ont eu le temps de peaufiné leur indie pop rêveuse et le fait de passer relativement inaperçus pendants tout ce temps ne donne que plus d’impact à Go Guitars. Les inspirations restent mâtinées de « shoegaze » ‘(The Pale Saints, My Bloody Valentine) mais là où d’autres auraient opté pour la « reverb », She Sir s’appuient plutôt sur l’onirisme véhiculé par le genre.

Les titres mélangent avec raffinement es tempos ; le wing de « Bitter Bazaar » oui la mélancolie de « Winter Skirt » et « Continually Meeting On The Sidewalk of my Door »), ces derniers donnant une tonalité funéraire à certains passages.

Le « noise rock » sera, quant à lui, quasiment absent, voire étouffé (« Mania Mantle » n’en délivrera qu’en crescendo) et même si les guitares demeurent angulaires et pétries de pédales d’effets (« Portese ») ce sont surtout les textures d’accords comme en sommeil qui insuffleront un ton.

Celui-ci se révélera parfois enlevé comme sur ce « Kissing Can Wait » où les vocaux épousent la progression de la basse et des percussions avant que la guitare n’élève nos esprits au-delà de la simple songerie.

On le voit l’émotion est présente, parfois rendue plus muette (« Condesendidents » qu’à d’autres moments et elle a cette faculté de se faire palpable à nos sens malgré le registre qu’à choisi She Sir.

Ceci se fait sans que la musique soit surchargée (les sons restent bien segmentés les uns par rapport aux autres), le groupe ne tombe ainsi pas dans le piège de vouloir nous envahir de distorsion ; quelque part il a su créer une OVNI qui s’apparenterait à de la dream pop dépouillée. On serait avisé de s’y intéresser.

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Milagres: « Violent Light »

Le premier album de Milagres sonnait comme une copie conforme de Coldplay. Le groupe vient pourtant de Brooklyn et, sur ce troisième opus, plus rien ne semble rester de cette analogie. De par son titre, Violent Light est déjà révélateur de sa teneur techno-pop qu’il souhaite afficher. Ce qui va dominer ici ce sont les textures de synthés rappelant les années 80 ainsi qu’une ferveur à joncher ses compositions de grosses accroches pop.

Même quand le combo s’aventure dans un territoire semblable à celui de Coldplay, « Terrify On Sea » par exemple, leur leader Kyle Wilson a un timbre de voix qui élève Milagres bien au-dessus des platitudes de l’« arena rock ». Sur « The Letterbomb » son baryton fait merveille accouplé qu’il est à des accords de rock légèrement funky créant quelque chose qui rappelle furieusement ce dont Orange Juice nous gratifiaient à la fin de leur carrière.

On pourrait citer également Scritti Politti mais le problème résiderait alors dans le fait qu’il n’y a rien d’aussi brillant et accrocheur que les efforts de ces derniers.

Scintillement il y a pourtant dans l’atmosphère moins sombre de leur « debut album », Glowing Mouth, composé à l’hôpital par un Kyle Wilson ayant été victime d’un accident. Ici tout est plus focalisé, centré sur des lignes de synthés nettes et claires, des beats dansant créant cette atmosphère moins chargée. « Perenial Bulb » et « Column of Streetlight » doivent beaucoup à TV on the Radio alors que Milagres ne se prive pas non plus de pasticher Depeche Mode sur l’industriel « The Black Table » ou Bowie sur « Jeweled Cave ».

Le reproche qu’on pourra faire à Violent Light est un côté lisse, dénué du charisme qui était le leur quand ils s’exerçaient à des climats plus contrastés. Demeure un album qu’on écoute facilement, trop peut-être, et qu’on risque d’oublier avec autant d’aisance que celle qui l’a fait se glisser entre nos oreilles.

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Vertical Scratchers: « Daughter of Everything »

La psychédélia et le grunge sont des genres dont on trouve trace si souvent qu’il serait aisé de pensé qu’il serait facile de répliquer cette ubiquité. Si ça n’est pas vraiment erroné, le faire de manière originale et créative n’est pas donné à tout le monde et le duo John Schmersal / Christian Beaulieu (autement dit Vertical Scratchers) semblent, sur ce premier album, de vrais magiciens pour construire une musique ou les deux forment une intersection.

Daughter of Everything a la faculté de le démontrer, même s’il ne dure qu’environ trente succinctes minutes. Leur psyche-grunge va ainsi aller de Adam Ant à Frank Zappa (« Turn Me Out » et « U Dug Us All ») ou de Ariel Pink à Zwain.

Ailleurs, le titre d’ouverture (« Wait No LOnger ») va nous assaillir comme si il s’agissait d’une artère sonique qui éclatait brusquement mais ces instances grunge se feront de plus en plus rares et éloignées.

On appréciera plutôt le glam de « Someone », un « Memory Shards » évoquant le Bowie de Hunky Dory ou celui de Low sur « Pretend U Are Free », le staccato de « Run Around «et le puissant «  Get Along Like U ».

Les vocaux légers et haut perchés de Schmersal sont teintés de délices et donnent à chqua fois un charme particulier aux compositions. « Way Out » en est l’exemple parfait mais il y a suffisamment de mélodies dans « Chambermaids », « Kingdom Come » et « These Plains » pour que la musicalité l’emporte sur l’agressivité.

Daughter of Everything est un album intriguant de par son côté inextricable. C’est sans doute cette qualité qui nous fait y revenir sachant qu’une fois logé dans notre mémoire il sera difficile de l’en extirper.

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Tacocat: « NVM »

Il serait grotesque de bouder son plaisir à l’écoute d’un album punk pop et fun comme NVM offert par ce quartet de Seattle. Le groupe a semble-t-il le truc pour nous débiter des compositions qui sonnent comme des hymnes irrésistibles, chose il est vrai normale au bout de sept ans.

NVM les voit donc façonner encore mieux leur son et, tout en restant dans une formule basique. Les vocaux de Emily Nokes sont toujours aussi colériques et on pourrait craindre que le combo n’ai pas su varier sa stance si son instrumentation ne s’était pas élargie sur des choses qu’on ne rencontre pas habituellement dans le punk, à savoir des chorus chantés plutôt qu’éructés et des trompettes. L’album se révèle nuancé et d’autant plus intéressant que les textes se veulent également plus articulés.

Ces nuances, couplées à la nature en général accrocheuse des titres, apportent un élan qui demeurent toujours plaisant malgré les breaks constants qui interviennent sur des titres ne dépassant pas deux ou trois minutes.

Les textes de Nokes apportent, en outre, une note de fun ridicule et de second degré absent la plupart du temps dans le répertoire des groupes punk « primaires ». NVM aborde ainsi le sujet du féminisme (« Hey Girl ») à celui plus inattendu des menstrues (« Crimson Wave ») véhiculant un sens assumé de l’absurde. Sur ce sujet, « Psychedelic Quincinera » s’avère être une composition exemplaire traitant d’une jeune fille hispanique n’allant pas à l’école et prenant de l’acide.

C’est ce mélange qui fait de NVM un disque plus divertissant que la majeure partie des albums du genre. Tacocat marchent sur cette ligne étroite qui va du sérieux à la dérision, réussissant les deux simultanément sans être complètement dans l’un ou dans l’autre. C’est une combinaison qu’il convient de goûter grâce à une musicalité qui, bien loin de dénaturer le propos, le rend encore plus intelligible.

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Damaged Bug: « Hubba Hubba »

Le leader de Thee Oh Sees, John Dwyer, abandonne ici sa guitare pour les synthés sur son premier album solo sous le nom de Damaged Bug, nous signifiant ainsi qu’il est temps de nous embarquer pour une nouvelle exploration sonique. Les riffs garage rock du combo de San Francisco sont au repos et Hubba Hubba va toujours reposer sur un climat bruitiste, mais celui ci a été remplace par de l’électronique d’une part mais surtout des compositions non linéaires, souvent sans vocaux et offrant par conséquent ce schéma particulier de paysages soniques. « Rope Burn » nous offre ainsi une flopée de combinaisons discordantes avant qu’on ne retrouve, sur « Sic Bay Surprise » et « Photograph » quelques éclairs de la voix haut-perchée si familière de Dwyer et quelques accords de guitares perdus au milieu de l’electronica.

L’ensemble donne l’impression de fragments sonores assemblés au hasard, machineries robotiques, boîtes à rythmes asymétriques et d’où ressortira la sensation qu’on à affaire à une sorte de dessin animé sans queue ni tête. Grincements et hurlements se frayeront un passage, les vagues chantonnements aborderont des styles différents comme pour accentuer ce chaos et des aboiements aigus noyés dans de la « reverb » rappelleront John Maus ou même le Bauhaus de Peter Murphy.

Le premier « single », « Eggs At Night », sera une petite pièce de synthé-pop lo-fi et amusante avec une accroche très dance qui, conjugué avec un « Hot Swells » psychédélique, montreront que Dwyer n’a pas totalement oublié la composition pop classique. Ce dernier a promis un prochain album de Thee Oh Sees pour bientôt. Il sera sans doute plus que bienvenu !

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Natural Child: « Dancin’ With Wolves »

Natural Child n’est ni plus ni moins qu’un (bon) groupe de rock and roll, sans prétention, sans egos démesurés, concocté dans une atmosphère brumeuse et saturée avec des textes quasiment académiques.

Les titres semblent avoir été composés spontanément reprenant presque les thématiques de l’ennui ou de la frustration sur des morceaux comme « Don’t The Time Pass Quickly » et « Saturday Night Blues.

Il y a une recherche de l’effet immédiat servi par des compositions qui ne se prennent pas la tête : si « Country Hippie Blues » fait preuve d’une pincée d’introspection il se termine sur l’idée que la vie est « cool » et « Nashville’s A Groovy Little Town » passe en revue tout ce qui fait la saveur (ou la défaveur) de cette ville avec un élan irrésistible.

Le groupe a pourtant été capable de puiser dans divers répertoires tout au long de sa carrière : folk, soul, country ert rock, sans néanmoins perdre de sa singularité et Dancin’ With Wolves s’avère presque comme la somme de toutes ces parties. Ils ont cette capacité de sonner débridés mais tout est contenu à l’intérieur d’une exécution impeccable. Le seul reproche qu’on pourrait faire à l’album est qu’aucune des compositions ne pourrait être un « single » conséquent. Le disque fait penser à ces entrées qu’on peut faire dans un arrière-bois : il a déjà ce côté rustique et « roots » et il nous attire au travers de ses entiers.

Le problème est que ceux-ci, tout attrayants qu’ils soient, ne laissent jamais place à une percée lumineuse et ce n’est pas non plus cette capacité à chanter en Espagnol (« Balando Con Lobos » qui est la traduction ibérique du titre de l’album) qui nous ôtera cette impression que le rock and roll de Natural Child se révèle peu à peu perclus et arthritique y compris dans sa volonté de se renouveler.

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