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St. Vincent: « St. Vincent »

Peut-être que la manière la plus efficace de résumer ce quatrième album éponyme de St Vincent est de dire que c’est l’expérience la plus viscérale et captivante à laquelle s’est soumise cette artiste d’avant-garde que ses amis connaissent sous le nom de Annie Clark. Ce pourrait être un disque « live » tant il sonne de manière organique, aux antipodes de ses disques précédents méticuleusement confectionnés, y compris le dernier qui l’avait vue collaborer avec David Byrne. Celui-ci était presque surréaliste, avec une qualité presque de verre presque translucide, St Vincent, a contrario, se complaît dans son étrangeté, une étrangeté qui voit le disque être parcouru d’histoires éprouvantes agrémentées de toiles d’araignées qui éclateraient sous des éclairs de joie profonde.

En vérité, le disque n’est pas aussi immédiat que son premier « single », « Digital Witness », pourrait le suggérer. Ce dernier introduit ces coulées extatiques d’arrangements de cuivres qui ponctuaient son travail avec Byrne, Love This Giant, et en faisait une composition où chaque bribe de vie virtuelle que nous nous construisons est illustrée par une instrumentation pléthorique qui lui correspond.

C’est cela qui rend néanmoins St Vincent d’autant plus intéressant. « Rattlesnake » ouvre ce spectacle avec une ligne de synthé en staccato et des vocaux distordus qui demeurent curieusement fascinants voire charmeurs alors qu’ils nous enfoncent dans une discordance qui semble épouser les contours sinueux de son titre. C’est une histoire vraie bien évidemment tout comme « Birth In Reverse » pourrait très bien concerner la routine et l’agoraphobie si on met de côté la mélodie chaotique mais infectieuse qui court tout au long du titre et que « I Prefer Your Love » est un hymne à l’amour maternel dont le côté spacieux et confortable donne la sensation qu’il dure plus longtemps que les quelques trois minutes trente auxquelles il a droit.

Soi on ajoute qu’elle est, à juste titre, considérée comme une des guitaristes contemporaines les plus douées, le plus étonnant sera de voir avec quelle frugalité Annie Clark décide de faire une démonstration de ses dons. Il faudra tendre l’oreille pour remarquer ses riffs sur « Bring Me Your Loves » ou « Every Tear Disappears » tant ils sont habilement mêlés à des synthés et des beats électroniques.

St Vincent est ainsi un disque luxuriant non pas par sa surabondance mais pas la richesse de sa paradoxale discrétion instrumentale et, quand on arrivera au dernier soupir qu’est « Severed Crossed Fingers », ce sera avec la sensation qu’aucune respiration n’aura été étouffée.

guitareguitareguitare1/2

3 mars 2014 - Posted by | Chroniques du Coeur |

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