No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

The Reverend Horton Heat: Rev »

The Reverend Horton Heat est de retour et toujours en chaleur ! Le groupe ne s’est en fait jamais éloigné, il a juste fait quelques petites incursions ces dix dernières années vers la country ou le jazz et a même enregistré un album de Noël. Rev les voit retourner vers ce qu’ils font de mieux, le psychobilly tapageur.

C’est dans les années 90 que le groupe se firt un nom avec des albums comme Liquor In Front et Martini Time puis ils ont semblé disparaître du circuit. Chose étonnante, mais réjouissante, le line-up original ((Jim Heath vocaux et guitare, Jimbo Wallace, contrebasse et Scott Churilla, percussions) est le même et son impact tout aussi puissant aujourd’hui.

Cet onzième album démarre sur un instrumental, « Victory Lap » qui sonne comme un galop d’essai avant que « Smell Of Gasoline » ne prenne le relais et en surmultiplié avec une guitare qui évoque le légendaire Link Wray et met en vedette une six cordes pleine de pétulance et des phrases aussi poétiques que « Elle aimait l’odeur de l’essence, on avait seulement 17 ans. » (sic!)

Mais le Révérend sait aussi faire dans le « sérieux » puisque « Never Gonna Stop It » fait allusion à la crise financière en nommant, entre autres, Goldman Sachs. Ceci dit, il le fait à sa manière puisque cela lui permet de proclamer, sur un solo de guitare qui est une pure tuerie, « l’invicibilité de rock and roll » (re-sic) !

« Zombie Dumb » arborera des riffs encore plus frénétiques qui auraient rendu fiers The Cramps et « My Hat » combinera les charmes de, excusez du peu, Chuck Berry, Carl Perkins et Bill Haley en moins de trois minutes !

Rev voit le combo revenir à ce son tordu inspiré du rock and roll des années 50 qui les a rendus si fameux. On ne peut que leur dire un « welcome back » tant il nous fait autant taper du pied !

★★★½☆

 

27 janvier 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Mogwai: « Rave Tapes »

Si Mogwai étaient un film, ils officieraient probablement dans les films d’horreur. La discographie du groupe a toujours été parcourue par cette sensation de véhicule à l’effroi, que ce soit avec des pochettes qui faisaient référence à L’Exorciste jusqu’aux allusions aux loups-garous, aux vampires et aux squelettes qui semblent tapis dans l’irrévérence qui imprègne les titres de leurs compositions.

Cette connexion s’est encore plus confirmée avec la bande originale du la série Les Revenants constellée de zombies, collection subtile de menace et de mélancolie. Aujourd’hui, leur fixation sur John Carpenter semble se faire de plus en plus prégnante et se manifeste sur un Rave Tapes, produit par Paul Savage ancien batteur des Delgados, où l’importance donnée à des synthétiseurs ancrés dans la volonté d’inquiéter, en fait peut-être un des albums les plus hantés du groupe.

L’électronique rampante et effrayante de « Remurdered » sonne, par exemple, comme devoir une dette à Carpenter, affûtée et affinée qu’elle est par la participation de The Errors, alors que l’implacable pulsation qui sous tend « Deesh » apporte une sous-texte sinistre au climat de science-fiction qui accompagne le morceau, en particulier par son crescendo.

Ailleurs les qualités familières de Mogwai sont toujours là et impeccablement réinterprétées : « Master Card » et ses grosses guitares agitées comme une mer tumultueuse ou « Blues Hours » édifié sur des murs de bruits paradisiaques avant de, soudainement, faire cesser leurs décibels, une marque déposée chez eux ne perdant toutefois pas son impact viscéral.

« Simon Ferocious » sonnera comme une tragédie glorieuse, déchiquetée et plein de ruminations alors que « The Lord Is Out Of Control » apportera un contrepoint plus calme avec ses percussions électrostatiques et ses vocaux tripatouillés ; ces deux titres résumeront à merveille le jeu sur les contrastes dont sont capables nos musiciens tout en permettant aux Écossais de faire évoluer leur post-rock de manière progressive et minutieuse mais tout autant irrésistible.

★★★½☆

27 janvier 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Musiques En Couleurs: Interview de I Break Horses

La tâche de sortir un « follow up » digne de ce nom à un Hearts couvert de louanges en 2010 n’allait pas être chose aisée pour Maria Lindén et Fredrik Balck, le duo de I Break Horses. Chiaroscuro a, par conséquent, suscité une grande attente et cet opus, à la première écoute, se révèle une affaire bien plus sombre que le précédent. Pourtant, comme le suggère son titre, il sait révéler progressivement des rais de lumière ; que ce soit sur l’ouverture cristalline mais mordue par le froid de « You Burn » ou sur la plage qui clôture l’album, « Heart To Know ». I Break Horse sont parvenus a créer un monde glacé mais de toute beauté, mais un monde qui laisse entrevoir une lueur. Maria Lindén en parle, tout comme de Twin Peaks et le fait de tourner avec un groupe renommé comme Sigur Rós.

Vous avez fait un long break avant de vous remettre au travail et l’attente s’est montrée justifiée. Comment s’est passée la remise en route ?

Très bien merci. On était, bien sûr, un peu nerveux. Quand vous en êtes à neuf compositions et que vous devez les concrétiser dans la réalité, tout peut semble étrange et irréel.

Pendant cette sorte de congé sabbatique, avez-vous reconsidéré Hearts en vous disant que c’était un beau disque et qu’il fallait désormais mettre la barre plus haut ? La pression du fameux « deuxième albium » s’est-elle fait sentir ?

Pour être honnête, ce premier opus a vraiment été cathartique pour moi, et ce de différentes manières. J’ai donc été très soulagée quand nous l’avons terminé et qu’il a pu sortir. C’était un peu comme si je ne pourrais pas profiter de la vie jusqu’à ce que sa production soit achevée. Très vite, j’ai à nouveau ressenti le besoin de jouer avec quelques idées qui sont venues s’incruster dans ma tête d’une façon assez relaxe et presque ludique. Je me suis également forcée à ne pas penser à la manière dont le deuxième album serait accueilli car cela aurait, fatalement, limité le processus créatif dans lequel j’aurais été.

Ce nouvel album se nommeChiaroscuro,qui se traduit en gros par les techniques et les traitements des effets de lumière dans un sens pictural. Aviez-vous cet aspect visuel en tête et pensez-vous que la musique fait appel à tous les sens et qu’elle trasmet toujours une image ?

Oui, je suis entièrement d’accord avec ce point de vue ! Beaucoup des idées de ce disque me sont venues en regardant à nouveau Twin Peaks pour la première fois depuis que j’étais jeune. C’est avec cette imagerie et son atmosphère générale à l’esprit que j’ai créé un certain nombre de sonorités sur l’album.

Même si demeure un climat « shoegaze », Chiaroscuro vire cette fois vers un son plus vif et électronique. Il semble également être un effort beaucoup plus collaboratif que le précédent. Travaillez-vous toujours en solo avant de le peaufiner avec Fredrik ou êtes-vous entrés dans un processus de travail en commun ? En même temps passer de l’un à l’autre peut avoir son utilité.

En fait, notre façon de travailler a été identique à celle de Hearts. Je crois que notre nouvelle direction en termes de sons a plus à voir avec notre désir de créer un disque qui se révèle plus sombre et obscur. IL était par conséquent naturel pour moi d’y apporter des éléments plus froids ainsi que de l’électronique. Vous avez raison, en revanche, de dire que c’est assez génial de pouvoir échanger vos idées une fois que les titres commencent à prendre forme.

Chacun de vos deux disques contient neuf chansons. Est-ce une coïncidence ou faut-il y voir un sens caché ?

Neuf est en fait mon numéro porte-chance mais c’était en fait une coïncidence. Je trouvais que 45 minutes était une bonne durée pour un album et il s’est trouvé que ça a fait neuf morceaux.

On peut difficilement ne pas être influencé par son environnement et, étant donné celui qui est le vôtre, je crois qu’on pourrait vous qualifier de groupe « hivernal ». Ce nouvel album me semble idéal à écouter avec un casque pour se fermer au monde extérieur, s’échapper et se baigner dans ses nombreuses plages soniques.

Oui, I Break Horses a indéniablement un son évoquant l’hiver. La Suède est un ebndroit où il fait sombre et froid la moitié de l’année. J syuppose qu’il n’y a aucune difficulté à en subir l’influence jusqu’à un certain point Mais, en ce qui me concerne, les morceaux et leurs nappes sonores, les structures des compositions possèdent aussi des couleurs plus chaudes !

« Weigh True Words » possède une pulsation assez irrésistible et mène parfaitement à « Heart To Know » qui me semble évoquer le réveil d’une personne avec comme un bruit de personne qui respire et cherche de l’air. Que pouvez-vous en dire, tout comme de la façon de les juxtaposer les uns aux autres ?

Merci, le son de quelqu’un qui suffoque et cherche de l’air est exactement ce que je recherchais sur ce titre. Son titre initial était d’ailleurs « The Iron Lung » (Poumon d’Acier). Il me semblait naturel d’associer ces deux compositions car car « Weigh Tue Words » a déclenché le mécanisme qui m’a fait écrire « Heart To KNow ». C’était comme si je me devais de terminer une histoire dont le premier titre avait été le début. Je pense, en général, que le « track listing » me vient naturellement, sans critères ou idées préconçus aussi je ne pourrais pas dire que ça m’a pris beaucoup de temps.

Il paraît que la majorité des titres sur Chiaroscuro a été composée sur piano et non avec l’aide de synthétiseurs. Pensez-vous que ça vous a libérée en tant que songwriter et vous a permis de vous concentrer plus sur les idées de bases plutôt que sur l’image globales ou l’atmosphère ?

Je crois que ça a tout simplement permis de faire en sorte que le processus allant des idées initiales au produit fini soit plus direct. Dès le début je sentais qu’il me fallait composer le noyau des morceaux sur un support plus limité qu’avec l’album précédent et que la production ne devait intervenir que plus tard. Sur Hearts, en revanche, j’ai passé des heures et des heures à créer des paysages sonores au moyen de synthétiseurs de pédales à effets dès le début et ensuite construire la composition à partir de cela. Je ressentais la nécessité de travailler différemment sur Chiaroscuro.

Vous avez fait une tournée avec Sigur Rós. Il n’y a rien de mieux qua dans jouer sur des grosses scènes pour vous affûter. Comment se prépare-t-on pour des shows comme ceux-là ? Vous faut-il changer votre approche quand vous jouez devant un public qui est essentiellement venu voir l’artiste vedette ?

Il y a une énorme différence car, quand vous ouvrez pour quelqu’un, vous devez diminuer votre équipement ainsi que le nombre de musiciens. On vous accorde moins d’espace aussi vous devez arranger vos titres de manière à ce qu’ils conviennent à un groupe élagué. On a, bien sûr, des sentiments contrastés quand, ensuite, on peut voir le groupe principal disposer de tout son équipement ainsi que ses effets visuels. Ça vous fait envie, mais peut également vous donner des idées. Ceci dit, quand vous tournez avec un groupe aussi fameux et génial que Sigur Rós, tout ceci passe au second plan et vous vous estimez chanceux de faire partie d’une expérience aussi fantastique.

Comment le public a-t-il reçu les nouveaux titres ? Est-ce que jouer « live » a changé le façon dont vous les voyiez et, comme l’ordre des titres est très important chez vous, envisageriez-vous de faire un concert qui reprenne le « track listing » du début à la fin ?

On a juste joué deux ou trois de nos nouvelles compositions et l’accueil a été plutôt favorable. Il est un peu tôt pourtant pour s’avancer. Nous avons notre propre show, avec le nouveau matériel et nous verrons ce qu’il en adviendra. Mais, si on regarde nos performances initiales, la façon dont je les considère s’est modifiée. Ça n’est pas nécessairement en tant que des chansons issues d’albums mais perçues comme des choses à interpréter « live » et ayant besoin d’un arrangement différent. Je jouerais volontiers un album en public en suivant l’ordre des morceaux si il y avait une demande du public mais, personnellement, je trouve plus excitant de créer une nouvelle expérience « live » à chaque fois.

27 janvier 2014 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Menace Beach: « Lowtalker »

Menace Beach a la réputation d’être un supergroupe « indie », phénomène dont on verra les dichotomies ici: https://rock-decibels.org/2014/01/24/de-la-misere-en-milieu-independant/ . Il est composé du duo original de Ryan Needham et Liza Webster, de MJ (Hookworms), Nestor Matthews (Sky Larkin) et de Robert Lee (Pulled Apart By Horses). Il se dit également que Paul Draper (Mansun) est passé faire un tour en studio ce qui fait qu’on peut considérer la taille de ce line-up comme une surprise dans la mesure ou cet E.P. est singulièrement rafraîchissant et tout sauf alambiqué.

Il ambitionne à peu, ce qui n’est pas déplaisant en soi, et se contente d’apporter une légère couche moderniste psyche sur son rock shoegaze et indie rock « vintage ». Les cinq plages de Lowtalker sont, en effet, crépitantes et tordues montrant que Menace Beach n’ont aucune honte à assumer leurs penchants à la nostalgie. On pourrait soupçonner même qu’ils s’emploient à faire l’inventaire de toutes les parties de guitares possibles, y compris celles ayant passé leurs dates de péremption, si un morceau comme « Fortune Teller » n’ouvre le disque sur un mode incendiaire qui aurait très bien pu avoir cours il y a 20 ans. La mélodie en est innocente mais elle se fracasse sur des accords hurlants avant que le morceau s’effondre volontairement dans un chaos introverti et contradictoire dont la vitalité est omniprésente.

L’influence de MJ se manifestera sur « Honolulu » fortement marqué par des guitares en distorsion et une solide ligne de basse façon Pixies et « Where I Come From » rappellera, lui, un Blur éthéré et surréaliste. « Cheerleader » sera solide mais assez traditionnel malgré une fin un peu expérimentale ; il constitue une conclusion adéquate a un disque qui a le mérite d’être un E.P. et donc d’une brièveté qui empêchera toute démesure  de l’ego. Le titre résume assez bien les diverses voies entrouvertes par ce (super)groupe) attiré furtivement ici par l’anti-conventionnel.

★★★☆☆

24 janvier 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

De la Misère en Milieu Indépendant…

De temps en temps on voit apparaître dans la sphère « indie » quelques sorties discographiques labellisées « supergroupe » puisque enregistrées par des musiciens venus d’autres combos. (http://wp.me/p2Lg5f-1l9)

C’est une notion assez étrange que celle-ci puisque la démarche « indie » (on parlera au sens large) est plutôt faite de discrétion et d’introspection et non d’exhibitionnisme.

Sa genèse en est, en fait, liée à une époque bien connotée (les années 70) et à un genre particulier (le rock progressif pour faire court), éléments favorables à son apparition.

De quoi est constitué l’ADN du « prog rock » ? D’une volonté de mettre en place de nouvelles facettes au Rock et, quelque part, de le rendre respectable au même titre que d’autres musiques. Les conditions étaient une technicité impeccable, une approche de la composition différente (titres plus longs, influences jazz, classiques ou issues d’autres continents) et se manifestait de manière particulière ( doubles albums, concept albums, concerts vécus comme des happenings).

On peut comprendre que, les musiciens rivalisant de dextérité, il était tentant de se constituer en supergroupes, formations dans lesquelles chacun pouvait faire preuve de ses acrobaties musicales et aussi de confronter egos boursouflés à autres egos boursouflées.

On peut comprendre une telle approche en reliant ces deux éléments d’autant qu’était née la notion de « rock star » (pas nécessairement liée au rock » sérieux » mais témoignage d’une certaine époque, la contre culture, la contestation) où la musique rock était fédératrice, où tout jeune et un peu moins jeune s’y reconnaissait et où certains musiciens étaient considérés comme des icônes.

Pourrait-on aujourd’hui écrire un livre comme Diary of A Rock & Roll Star ? (Ian Huntern leader de Mott The Hoople). La réponse est dans la question.

Trouve-t-on aujourd’hui des groupes d’aujourd’hui capables sur leurs seuls noms de remplir des stades ou de voir leurs disques attendus comme des événements presque planétaire ? Autre question, même réponse ; certainement pas Franz Ferdinand, Muse ou Arctic Monkeys

Ajoutons également qu’à cette époque la demande était supérieure à l’offre. Combien d’albums sortaient chaque année ; pas assez pour étancher notre frustration. On comptait les jours avant un nouveau disque de Led Zep, Deep Purple, Pink Floyd voire Yes (liste non exhaustive) et, parallèlement au développement du phénomène rock stars et à l’évolution de la musique les artistes ont aisément franchi le pas et ainsi sont nés Emerson, Lake & Palmer, Blind Faith ou Beck, Bogert & Appice (liste toujours non exhaustive.)

Aujourd’hui ces groupes, tout comme ceux de « classic rock » font désormais figure de dinosaures ; il est vrai que bien des choses ont changé depuis.

Le « prog rock » est au musée et le concept de rock star s’est étiolé en raison de divers phénomènes.

David Bowie a sans doute été la dernière et lui a probablement donné le coup de grâce avec son album Ziggy Stardust, le terme même s’est s’est édulcoré et a été récupéré tout comme celui de « rock and roll » (il suffit de voir la presse parler de l’accueil « comme celui d’une rock star » que l’UMP a récemment réservé à Sarkozy ou à de donner à une ambiance chaude, tendue et n’ayant rien à voir avec la musique la description de « rock & roll ») pour constater que le terme a évolué au point de ne plus signifier grand chose.

Plus important est le fait que le public et l’évolution de la distribution ont changé. Alors qu’avant le rock était « universel », parallèlement à une société se « communautarisant » la musique populaire s’est atomisée et des niches sont apparues avec leurs genres, leurs sous-genres, leurs chapelles.

Au rock « underground » des années 70 et vecteur d’une certaine révolte a succédé, et là nous schématisons à nouveau, l’indie rock sous ses diverses ramifications et avec une optique beaucoup moins tournée vers l’extérieur. Il est plus question d’introspection que d’ouverture vers le monde et, de ce fait, cette « timidité » produit d’une part une musique moins démonstrative (le lo-fi ou même le shoegaze très rêveur finalement), des attentes plus clairsemées de la part du public et des ambitions moindres chez les artistes.

On pourrait nuancer en disant que nous n’avons jamais rencontré un musicien alternatif qui n’a jamais rêvé de devenir une star, mais ceci est une autre discussion, et, vraisemblablement, chose peu probable.

Le rock indie se satisfait et se nourrit d’une audience relativement moyenne d’autant que la « concurrence » est plus forte.

Combien de disques de rock alternatifs (et autres) sortent chaque année ne serait-ce qu’en France ? Des milliers. Aux États-Unis on peut multiplier le chiffre par 10. Le public (déjà assez étoffé) est confronté à une offre qui s’est renversée et qui excède désormais la demande.

Mauvaise pioche pour les nouveaux groupes, sans compter l’arrivée de l’Internet et du téléchargement, légal ou illégal. Le résultat a changé le rapport que le public peut avoir à la musique. Le numérique (CD) avait entraîné déjà une approche beaucoup plus froide, moins sensuelle et moins organique. Les téléchargement la dématérialisent totalement et la relation qu’on peut établir à la musique est devenue immatérielle ; il n’y a plus d’appropriation (dans le sens positif que peut avoir ce terme) et cela change la valeur qu’on donne à ce média.

Le rock alternatif en est déjà victime car la musique est désormais considérée comme un divertissement au même titre qu’un autre (le jeu vidéo, la télé, les réseaux sociaux).

Voilà pourquoi le concept de supergroupe pour des artistes indie est presque une incongruité, ou alors il ne fait référence qu’à la réunion de musiciens peu ou prou renommés et peu ou prou inspirés. Il ne s’agit pas ici de juger ou de porter des jugements esthétiques sur tel ou tel artiste ou tel ou tel phénomène, juste de faire un point sur l’état de la musique populaire qui n’engage que nous.

Voilà la raison qui nous a fait paraphraser les Situationnistes et intituler ce petit article : « De la Misère en Milieu Indépendant ». Tout partiel qu’il est, il n’est pas inexact. Puisse celui qui aime vraiment la musique continuer à acheter des disques plutôt que les télécharger (ou alors simplement pour en avoir un aperçu et fixer ses choix),  continuer à aller voir les groupes « live » et non pas se borner à écouter ses musiques dans sa chambre comme pour suivre cette tendance qu’ont certains groupes indie à, désormais, les y enregistrer.

24 janvier 2014 Posted by | Humeurs et (parfois) humour | Un commentaire

Rapid Talk: Interview de Jeremy Jay

Abandoned Apartments est le nouvel album, mi chanté, mi parlé et, par conséquent, favorisant la rêverie de Jeremy Jay (https://rock-decibels.org/2014/01/23/jeremy-jay-abandoned-apartments/). À l’écoute des visions de la Nouvelle Vague française se font jour, des sensations d’un autre monde que le synthétiseur accentue. Ces influences plus sombres envahissent ainsi un univers qui aurait pu être trop pop tout en ne sacrifiant pas à la tranquillité. Rêves ambivalents avec des reprises de Suicide et Siouxsie & The Banshees difficiles à ignorer : ou quand l’illusion côtoie la réalité, comme au cinéma, son autre eldorado.

Qu’avez-vous fait depuis ce hiatus de deux ans entre votre disque précédent et celui-ci ?

J’ai travaillé sur deux films, Belle Épine et Grand Central et tous deux ont été présentés au Festival de Cannes. J’ai aussi beaucoup écrit, travaillé sur plusieurs albums et un autre film dont je suis désolé ne pas pouvoir parler.

Comment avez-vous été contacté pour faire la bande originale de Grand Central ?

J’ai été impliqué car sa réalisatrice, Rebecca Zlowtowski, m’avait appelé un jour pour son premier film, Belle Épine en 2010. Pour Grand Central, j’en ai composé environ 35 minutes. C’était la première fois où j’écrivais réellement quelque chose tout en regardant la scène. Ça m’est venu très naturellement et j’ai beaucoup apprécié.

Peu de gens savent que j’ai été charpentier aux studios Paramount, et que j’ai même eu une carte syndicale en tant qu’accessoiriste en 2005. J’ai également fait des maquettes pour des décors au théâtre de Pasadena et ai aidé à les construire. Être sur un plateau a toujours été un rêve pour moi, et ce depuis l’âge de 5 ans. J’ai aussi tenu pas mal de seconds rôles à Los Angeles ; des shows télé ou quelques films.

Diriez-vous que beaucoup de vos compositions ont une qualité cinématographique, comme si chacune était le produit d’une narration ? En quoi cinéma influence-t-il vos créations musicales ?

Le cinéma occupe une grande partie de ma vie, tout comme la musique. Je pense juste qu’ils coexistent en moi dans un endroit bizarre et non déterminé.

Avec qui avez-vous travaillé sur Abandoned Apartments ?

Je louais des studios et virais tout le monde. Je passais des jours entiers cloîtré et travaillant jusqu’à plus soif. Avec mon groupe, on a enregistré « live » puis on a ajouté les vocaux et, parfois, d’autres instruments. En général c’est ce que j’appelle de la « working music » ce qui signfie pour moi qu’on peut la jouer aussi bien en public qua dans l’enceinte du studio.

On a loué le vieux studio Vogue à Paris. Il date des années 60 et il était très bon marché. C’est un endroit où je souhaite toujours retourner. J’ai mixé le disque à Londres aux studios Musicbox avec l’aide de mes outils habituels : une platine de « reverb » EMT et un Neve Desk AMS 1580 pour régler le « delay » et les « échos.

En quoi Abandoned Apartments diffère-t-il de vos albums précédents ? Avez-vous le sentiment que votre son a évolué ?

Oui, je pense qu’il a beaucoup changé par rapports à mes disques d’avant. Je dirais que j’ai acquis plus de maturité et qu’il est plus raccord avec la direction que je souhaite prendre. Je transforme, affine les choses en permanence et considère la musique un peu comme un sculpteur regarderait son bronze ou sa pierre en me disant : « Qu’est-ce que je peux enlever pour montrer la beauté ? Pour présenter une œuvre aboutie ? »

Pour être plus précis, on pourrait penser que votre période romantique est terminée et que votre approche est plus poétique.

L’humeur est en effet différente même si la notion d’espoir n’a pas totalement disparu (Rires). Je souhaite juste changer et le faire vite, changer de peau. Cet album en est la première manifestation.

Le changement de cadence est flagrant. Développer ce nouveau son vous a-t-il pris du temps ?

Il m’a fallu 3 ans pour le réaliser. La moitié des titres ont été enregistrés en 2010 et ce n’est qu’en 2012 que nous sommes retournés en studio pour terminer l’album. Je dirais presque que ce disque est une compilation. Je suis satisfait qu’il y ait eu une période de gestation.

C’est peut-être cela qui lui donne une certaine cohérence.

Oui, et le fait d’apprendre plus de techniques. C’est la première fois que j’enregistre en analogue. C’est mon goût personnel ; j’adore les bandes, le son analogique et ça a été une véritable expérience pour moi. Mon prochain disque le sera également ; disons que je vais essayer de le faire en utilisant les méthodes du numérique.

Que vous a apporté le fait de vivre à Londres ? Y-a t-il des musiciens de vos précédents albums sur celui-ci ?

Ça a été moitié moitié. Tout ce qui date d’après 2010, «  Covered In Ivy » ou « Graveyard Shift » par exemple a été enregistré avec mon nouveau groupe. Je vais tourner avec eux et ces deux titres sont peut-être ems meilleurs d’ailleurs.

« Covered In Ivy » a beaucoup d’énergie.

C’est une direction dont je suis fier ; elle est plus cohérente, plus solide aussi.

L’instrumentation donne également plus d’importance à la section rythmique.

Nous avons travaillé tous en collaboration. Et chacun a eu son mot à dire. Je crois que cela donne des coups de pinceaux plus amples et riches.

On a dit aussi que vous vous étiez infligé un était d’isolation.

Je ne dirais pas que je me l’étais infligé. Ça n’avait rien à voir avec de la rumination. Je tournais moins, je me concentrais sur la composition, j’avais le temps et surtout il y avait ces deux bandes-sons dont on a parlé et sur lesquelles je travaillais.

23 janvier 2014 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

Mariam Wallentin: « Blood Donation »

Une fois de plus, nous voilà plongés dans cet ocaan sans fond que constituent les chanteuses pop suédoises et énigmatiques. Cette fois-ci il s’agit de Mariam Wallentin (plus connue quand elle forme le duo Wildbirds & Peacedrums avec son mari) et dont Blood Donation est le premier album solo. « Énigmatique » est aussi un terme qu’on pourrait évoquer concernant sa musique faite de rythmes tribaux, d’inflexions jazzy et d’une voix posséedée qui à le pouvoir d’évoquer (ou invoquer) Fever Ray, Kate Bush ou Nina Silmone.

Quand elle chante, en effet, cela sonne comme chacun des se muscles et de ses fibres vise à émuler les instruments qui l’accompagnent, tous sans exception et dans leur versatilité. Quelque part, Wallentin les crée elle aussi et c’est cela qui donne harmonie à l’ensemble.

La chanson titre ouvre le disque sur un son propre, le phrasé résolu de la vocaliste et des percussions martiales. Suivra ensuite le plus nuancé « Dead Meat » dans lequel on retrouve des échos de Beth Gibbons et Portishead. Le disque virera ensuite vers l’orientalisant « The String Of Everything » et un « First Haiku » probablement influencé par Talk talk de toute beauté.

Le morceau phare sera pourtant le remarquable « Invisible Giving » qui, tout difficile qu’il soit à de cerner musicalement, s’élève bien au-dessus de toute catégorie, en particulier celle de la pop scandinave. C’est un titre hanté, aux vocaux remplis d’échos, hurlant puis plongeant ensuite dans des abysses éthérés, des rythmes en constantes mutations, des changements de clefs perpétuels. Voilà un morceau d’anthologie qui semble être le fruit de trois compositions sans pour autant sonner chaotique ou déstructuré et où les instruments fusionnent avec une fluidité qui en font un chef d’oeuvre de « dark pop ».

Rien que pour ce titre Blood Donation est un disque impressionnant et il donne à ce « debut album » une résonance dont on se dit qu’elle n’est pas prête de s’assourdir.

★★★★☆

23 janvier 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

His Clancyness: « Vicious »

His Clancyness c’est John Clancy , non pas un auteur de thrillers mais un musicien lo-fi et quelque peu excentrique dont Vicious est le premier disque, après divers E.P.s et cassettes, qui le voit enregistrer avec un groupe et dans un studio, se défaisant ainsi de l’étiquette musicale qui était sienne auparavant.

Il s’agit d’un album à la production très organique, (l’expérimenté Chris Koltay aux manettes), et dont le son lisse n’est guère éloigné de celui de groupes comme Deerhunter. Cette densité nouvellement acquise mettent en valeur un sens de la composition dans lequel les accroches ont cette couleur onirique assez étrange faite de robotique et de krautrock. Les structures mélodiques sont variées et flottantes mais cet éclectisme, toujours saugrenu, préserve intimité et immédiateté comme si la texture rêveuse voulait s’approfondir à l’oreille de celui qui l’écoute. Pour cela, le psyche pop reste présent, même si il semble avoir été enregistré dans une atmosphère confinée. Il est fait de petits sons brouillés, de synthés moelleux, de vocaux « ambient » et des paysages musicaux brumeux où les chorus sont chuchotés et où les tendances « slacker » de Clancy lui autorisent toutes les digressions et toutes rêveries décousues. On aura droit ainsi aux ruminations presque menaçantes et sadiques, un « Hunting Men » où la stéréo est complètement déconstruite, une synth-pop mêlée à du doo-wop (la ballade « Slash The Night ») ou à l’hypnotique mécanique de « Machines ».

Le tout est orchestré de manière presque désinvolte ; sur des tempos medium propres à susciter la détente en des contrées se voulant inquiétantes. Ce dernier climat gagnerait à être plus exploré, il apporterait plus de danger et de rugosité à un disque dont l’ambiance détachée finit par détourner l’attention, ce qui est un paradoxe pour un disque voulant nous envelopper dans ses songeries.

★★½☆☆

23 janvier 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Dog Bite: « Tranquilizers »

Dog Bite arrivent-ils trop tard avec leur deuxième album, Tranquilizers ? S’il est vrai que ces derniers temps ont vu une résurgence de la vaque « shoegaze », il est également exact que celle-ci n’arrivait qu’en bout d’une course où les guitares en reverb foisonnaient et où ce qui importait alors était de donner une texture solide et vive à des climats caractérisés par le brumeux et le flasque.

On ne peut pas dire que Dog Bite soient précisément pourvus de ladite texture et on trouve, sur ce disque, bien peu d’éléments permettant de stimuler la cadence léthargique et l’instrumentation dépouillée du disque. Le morceau d’ouverture témoigne certes d’un travail à la guitare lumineux mais c’est un instrumental trop long pour que ne pointe pas rapidement cette humeur filandreuse qui conduit au désintérêt. Quand les vocaux vont intervenir, dès le deuxième titre « We », l’ambiance sera plus espiègle avec des morceaux qui ont, chacun, leur propre structure mais qui souffrent de cette instrumentation poussive jalonnant l’album. « Tuesday », par exemple, est amer et plein de malveillance dans son crescendo mais la progression d’accords sonne bâclée et les percussions trop robotiques, le tout nous distrayant de l’impact recherché. Ces défauts vont constamment jalonner le disque jusqu’au dernier morceau, un « Rest Assured » où les synthés funky procureront enfin ces nappes soniques tant bienvenues..

Ajoutons des vocaux, Phil Jones, à peine audibles et proches du ronflement hormis sur « Lady Queen » où ils semblent trouver un certain lustre et où Jones semble, enfin, impliqué.

Au total, si ce groupe d’Atlanta maîtrise ses instruments, il n’est pas capable de contrôler la « reverb » à moins que leur souhait soit d’étouffer les vocaux. Peut-être devraient-ils danser autour de celle-ci et, ainsi, (s’)en jouer plus efficacement ; reste à savoir si leur inspiration les en rend capables.

★★☆☆☆

23 janvier 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

The Vintage Caravan: ‘Voyage »

Venus de Reykjavik, The Vintage Caravan sont un trio dont Voyage est le troisième album. Tous comme leurs compatriotes, The Brain Police, le groupe joue du heavy rock mélodique, dont les racines sont un classic rock qui évitera les années 80.

Ce sont surtout les 70’s et encore plus les 60’s qui sont ici à l’honneur car il TVC n’hésite pas à mêler psychedelia à son blues et à un rock « vintage » qu’on on pourrait presque qualifier de « rétro rock ». On reconnaitra ainsi, au fil des morceaux, une pincée de Black Sabbath, une once de Deep Purpe ou de Uriah Heep, une lichette de Cactus sans oublier un autre (power) trio, Cream.

Même si on peut penser qu’ils ont bien écouté la collection de disques de leurs parents (ou aïeux), TVC ne composent pas platement et ils savent rendre justice à une ère assez fourmillante en termes de qualité et au son qui la caractérisait. « Cocaine Sally » est un blues-rock rapide et au délié presque élégant, sorte de croisement idéal entre Cream et Mountain, autre groupe dont à qui on pourrait les apparenter tant les arrangements fluides et psychédéliques rappellent ceux de Leslie West et de son groupe sur « Theme From An Imaginary Western ». À l’identique mais sur un mode plus subtil encore, « Do You Remember » montrera à quel point le trio peut s’avérer porteur d’une douceur lisse et bien huilée.

On notera aussi l’excellent jeu de guitare de Óskar Logi Ágústsson ainsi que son solo rageur sur un « M.A.R.S.W.A.T.T. » au groove hard-rock et, fidèles à leurs ancêtres, TVC utilisera la cloche de vache rituelle sur le monstrueux « Midnight Meditation ». C’est sur le morceau final, le grandiose « The King’s Voyage », que Voyage se terminera, comme prévu, en apothéose quelque peu peu grandiloquente néanmoins avec ses tempos déroutants et changeants et les accords plein de vivacité de Ágústsson.

Voilà un disque solide et qui justifie son titre ; ceci pas nécessairement pour ce qu’il explore géographiquement, mais plutôt par ce qu’il nous rappelle temporellement.

★★★☆☆

23 janvier 2014 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire