De la Misère en Milieu Indépendant…

De temps en temps on voit apparaître dans la sphère « indie » quelques sorties discographiques labellisées « supergroupe » puisque enregistrées par des musiciens venus d’autres combos. (http://wp.me/p2Lg5f-1l9)

C’est une notion assez étrange que celle-ci puisque la démarche « indie » (on parlera au sens large) est plutôt faite de discrétion et d’introspection et non d’exhibitionnisme.

Sa genèse en est, en fait, liée à une époque bien connotée (les années 70) et à un genre particulier (le rock progressif pour faire court), éléments favorables à son apparition.

De quoi est constitué l’ADN du « prog rock » ? D’une volonté de mettre en place de nouvelles facettes au Rock et, quelque part, de le rendre respectable au même titre que d’autres musiques. Les conditions étaient une technicité impeccable, une approche de la composition différente (titres plus longs, influences jazz, classiques ou issues d’autres continents) et se manifestait de manière particulière ( doubles albums, concept albums, concerts vécus comme des happenings).

On peut comprendre que, les musiciens rivalisant de dextérité, il était tentant de se constituer en supergroupes, formations dans lesquelles chacun pouvait faire preuve de ses acrobaties musicales et aussi de confronter egos boursouflés à autres egos boursouflées.

On peut comprendre une telle approche en reliant ces deux éléments d’autant qu’était née la notion de « rock star » (pas nécessairement liée au rock » sérieux » mais témoignage d’une certaine époque, la contre culture, la contestation) où la musique rock était fédératrice, où tout jeune et un peu moins jeune s’y reconnaissait et où certains musiciens étaient considérés comme des icônes.

Pourrait-on aujourd’hui écrire un livre comme Diary of A Rock & Roll Star ? (Ian Huntern leader de Mott The Hoople). La réponse est dans la question.

Trouve-t-on aujourd’hui des groupes d’aujourd’hui capables sur leurs seuls noms de remplir des stades ou de voir leurs disques attendus comme des événements presque planétaire ? Autre question, même réponse ; certainement pas Franz Ferdinand, Muse ou Arctic Monkeys

Ajoutons également qu’à cette époque la demande était supérieure à l’offre. Combien d’albums sortaient chaque année ; pas assez pour étancher notre frustration. On comptait les jours avant un nouveau disque de Led Zep, Deep Purple, Pink Floyd voire Yes (liste non exhaustive) et, parallèlement au développement du phénomène rock stars et à l’évolution de la musique les artistes ont aisément franchi le pas et ainsi sont nés Emerson, Lake & Palmer, Blind Faith ou Beck, Bogert & Appice (liste toujours non exhaustive.)

Aujourd’hui ces groupes, tout comme ceux de « classic rock » font désormais figure de dinosaures ; il est vrai que bien des choses ont changé depuis.

Le « prog rock » est au musée et le concept de rock star s’est étiolé en raison de divers phénomènes.

David Bowie a sans doute été la dernière et lui a probablement donné le coup de grâce avec son album Ziggy Stardust, le terme même s’est s’est édulcoré et a été récupéré tout comme celui de « rock and roll » (il suffit de voir la presse parler de l’accueil « comme celui d’une rock star » que l’UMP a récemment réservé à Sarkozy ou à de donner à une ambiance chaude, tendue et n’ayant rien à voir avec la musique la description de « rock & roll ») pour constater que le terme a évolué au point de ne plus signifier grand chose.

Plus important est le fait que le public et l’évolution de la distribution ont changé. Alors qu’avant le rock était « universel », parallèlement à une société se « communautarisant » la musique populaire s’est atomisée et des niches sont apparues avec leurs genres, leurs sous-genres, leurs chapelles.

Au rock « underground » des années 70 et vecteur d’une certaine révolte a succédé, et là nous schématisons à nouveau, l’indie rock sous ses diverses ramifications et avec une optique beaucoup moins tournée vers l’extérieur. Il est plus question d’introspection que d’ouverture vers le monde et, de ce fait, cette « timidité » produit d’une part une musique moins démonstrative (le lo-fi ou même le shoegaze très rêveur finalement), des attentes plus clairsemées de la part du public et des ambitions moindres chez les artistes.

On pourrait nuancer en disant que nous n’avons jamais rencontré un musicien alternatif qui n’a jamais rêvé de devenir une star, mais ceci est une autre discussion, et, vraisemblablement, chose peu probable.

Le rock indie se satisfait et se nourrit d’une audience relativement moyenne d’autant que la « concurrence » est plus forte.

Combien de disques de rock alternatifs (et autres) sortent chaque année ne serait-ce qu’en France ? Des milliers. Aux États-Unis on peut multiplier le chiffre par 10. Le public (déjà assez étoffé) est confronté à une offre qui s’est renversée et qui excède désormais la demande.

Mauvaise pioche pour les nouveaux groupes, sans compter l’arrivée de l’Internet et du téléchargement, légal ou illégal. Le résultat a changé le rapport que le public peut avoir à la musique. Le numérique (CD) avait entraîné déjà une approche beaucoup plus froide, moins sensuelle et moins organique. Les téléchargement la dématérialisent totalement et la relation qu’on peut établir à la musique est devenue immatérielle ; il n’y a plus d’appropriation (dans le sens positif que peut avoir ce terme) et cela change la valeur qu’on donne à ce média.

Le rock alternatif en est déjà victime car la musique est désormais considérée comme un divertissement au même titre qu’un autre (le jeu vidéo, la télé, les réseaux sociaux).

Voilà pourquoi le concept de supergroupe pour des artistes indie est presque une incongruité, ou alors il ne fait référence qu’à la réunion de musiciens peu ou prou renommés et peu ou prou inspirés. Il ne s’agit pas ici de juger ou de porter des jugements esthétiques sur tel ou tel artiste ou tel ou tel phénomène, juste de faire un point sur l’état de la musique populaire qui n’engage que nous.

Voilà la raison qui nous a fait paraphraser les Situationnistes et intituler ce petit article : « De la Misère en Milieu Indépendant ». Tout partiel qu’il est, il n’est pas inexact. Puisse celui qui aime vraiment la musique continuer à acheter des disques plutôt que les télécharger (ou alors simplement pour en avoir un aperçu et fixer ses choix),  continuer à aller voir les groupes « live » et non pas se borner à écouter ses musiques dans sa chambre comme pour suivre cette tendance qu’ont certains groupes indie à, désormais, les y enregistrer.

Une réflexion sur “De la Misère en Milieu Indépendant…

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