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Rapid Talk: Interview de San Fermin

Sous le nom de San Fermin se trouve un compositeur de Brooklyn nommé Ellis Ludwig-Leone qui a appris son métier en travaillant dans le rayaule de la musique classique. Son premier album éponyme, (http://wp.me/p2Lg5f-1b0) donne la part belle à ce genre mais y inclut des moments de chamber-pop et d’avant garde de toute beauté. N’était-il pas nécessaire d’en savoir plus  ?

Est-ce que ce disque est votre première incursion dans le domaine de la pop ou avez-vous déjà collaboré avec d’autres artistes  ?

C’est ce que j’appellerais ma première tentative. J’avais fait partie de quelques groupes au lycée mais une fois à l’Université je me suis concentré sur le «  classique contemporain  », c’est ainsi qu’on pourrait le définir. Là j’ai commencé à composer pour de bon . J’avais un projet parallèle avec Allen Tate qui fait les vocaux masculins sur le disque mais il me semblait toujours dissocié de la musique sur laquelle je travaillais. Ça n’a pas été avant la fin de ma dernière année que j’ai fait un concert avec quelques petits morceaux que j’avais composés pour des chanteuses. À la fin nous nous sommes lancés dans des « pop songs » écrites par le groupe et pour lesquelles j’avais fait des arrangements démentiels. C’est à ce moment là que j’ai réalisé que je pouvais amalgamer tous ces éléments et ainsi est née l’idée de San Fermin.

Diriez-vous qu’il s’agit d’un « concept album », une narration entre des personnages que vous avez créés ? Comment les décririez-vous d’ailleurs ? Et le thème de l’émotion était-il le plus important à faire passer pour vous ?

L’album suit deux personnages, les vocalistes homme et femme au travers d’une presque romance. Le personnage masculin est assez ampoulé ; il est jeune, plus qu’impatient et un peu dans le mode du mélodrame. La femme a plus les pieds sur terre et est relativement cynique. Il m’a été plus facile d’écrire pour elle car j’ai trouvé que son fonctionnement était plus simple à décrire, mais pas nécessairement le plus intéressant. Les interludes ont pour rôle de ménager des espaces , ont une connotation un peu liturgique où on peut entendre la voix féminine chuchoter tout au long. Je souhaitais apporter ainsi un peu plus de profondeur aux personnages et les rendre moins plats.

Je me suis laissé dire que Le Soleil Se Lève Aussi avait été une source d’inspiration. En quel sens et quelles autres influences citeriez-vous ?

Le catalyseur a été la réalisation que je pouvais parler de personnages qui n’étaient pas moi. Ça peut sonner évident aujourd’hui mais, quand vous êtes un auteur-compositeur, votre première impulsion se résume à ceci : « qu’est-ce que je ressens ? » C’est un peu envahissant et guère productif. Je me suis aperçu que je travaillais de manière plus concentrée quand j’écrivais en adoptant la perspective d’un autre. J’ai donc trouvé inspiration pour mes personnages dans des livres. Vous commencez à un endroit et ensuite vous vous laissez guider par les fils.

J’ai passé beaucoup de temps sur des romans de l’époque victorienne ; Tle Pays Pourpre ou Vertes Demeures. C’était des livres qui idéalisaient la romance dans des cadres eux-mêmes idéalisés. Ce sont des absurdités mais elles recèlent quelque chose de poignant. C’est ce que je voulais évoquer avec le nom de San Fermin aussi : sa signification remonte aux cavalcades de taureaux et il n’ y a rien de plus absurde là-dedans. Mais il y a néanmoins quelque chose de très réel et de très intense dans ce phénomène.

Les compositions ont été écrite dans les Rocheuses canadiennes ; en quoi cet environnement a-t-il favorisé le processus créatif ?

C’est un endroit fabuleux pour écrire. Je composais cette musique à propos d’endroits idéalisés et d’émotions irrépressibles et je le faisais dans un paysage incroyablement dramatique. Plus d’une fois je terminais une chanson puis sortais gravir une colline. Est-il un meilleur exemple de création poétique que celui-ci ?

Une autre chose était agréable ; être seul et dissocié de la vie quotidienne. Vos émotions prennent une autre dimension et remplissent l’espace. Tout est amplifié d’une façon qui favorise l’écriture. C’est épuisant et ça peut vous rendre fou mais ça en vaut la peine.

Comment avez-vous décidé de qui chanterait les compositions et aviez-vous des tonalités spécifiques à l’esprit. Et ensuite, comment avez-vous réagi au fait de regarder quelqu’un interpréter ce qui était votre vision ?

Allen Tate, le chanteur mâle, était mon ami depuis des années et c’était la seule personne que je connaissais au moment où je composais. Avec l’âge, sa voix a viré vers un registre de basse très riche que j’adore. J’ai eu plus de mal pour les voix féminines. À mon retour à New York j’ai envoyé une note pour qu’on me recommande quelqu’un. Holly Laessig et Jess Wolfe, de Lucius, furent les premières ou deuxièmes personnes que j’ai écoutées. J’ai tout de suite compris qu’elles feraient l’affaire. Elles avaient toutes deux un certain détachement dans leur style vocal qui les rendaient parfaites pour le rôle.

Aujourd’hui nous avons une nouvelle chanteuse, Rae Cassidy, qui est extraordinaire mais dans un registre différent. Sa voix est si riche d’émotions qu’elle ouvre tout un tas de sous-textes dans son personnage qui étaient restés cachés. Maintenant, quand vous entendez une interprétation « live », vous vous demandez si elle veut dire réellement ce qu’elle chante car , même quand elle parle de choses qui auraient une tonalité blasée chez une autre, elle sonne vivante et vulnérable.

Votre formation de compositeur est évidente tout au long du disque ; aussi comment débute chez vous une chanson et comment la laissez-vous vous mener ?

Les morceaux commencent avec les instruments. J’écris les lignes vocales en même temps que les cordes, les cuivres ainsi que le reste aussi il n’existe aucune version dépouillée où je m’accompagne à la guitare. Une chanson peut surgir de quelques crescendos de cuivres et d’une mélodie au saxo, ou d’une accroche vocale et d’un « beat » de batterie. Ensuite je la remplis en suivant la direction qu’elle semble vouloir prendre. Ainsi arrivent aussi les textes, la plupart du temps vers la fin.

Combien de musiciens jouent sur l’album ; aviez-vous un orchestre au grand complet ?

Il y a 22 interprètes aussi l’album sonne comme un mini orchestre. IL y a un quatuor à cordes, des percussions, quelques sopranos d’opéra, un piano, des claviers, un vibraphone et un harmonium. C’est dingue car je n’avais pas pour idée de faire quelque chose d’aussi énorme mais ça s’accorde avec la grandeur du projet.

« Methuselah » est un titre exceptionnel : À quoi fait-il référence ? Quel est votre morceau favori sur le disque ?

« Methuselah » était à l’origine une chanson d’amour qui s’est transformée en titre sur la solitude et le vieillissement. La meilleure phrase, « Je ne pense pas à toi / Quand tu me manques » me semblait au départ bâclée. Mais, plus je travaillais sur le morceau, plus je comprenais que c’en était le thème central. Et celui-ci traite de la façon dont on perd le contact avec ce que l’on pensait aimer et dont on crée des éléments fictifs pour les remplacer.

Quel est votre morceau favori sur le disque ?

C’est vraisemblablement «  Tue Love ». « Asleep » est un joli petit interlude avec un violoncelle assez bizarre et surprenant mais dont je ne me lasse pas et j’aime aussi « Daedalus » qui est peut-être le titre où la vulnérabilité est à son comble. Cela a à voir avec ma famille, la peur de grandir, d’être un grand frère ; des choses qui sont importantes, qui restent ancrées en moi et qui me rendent parfois assez émotif quand je les joue en concert.

Vous avez fait une vidéo pour « Sonsick » ; quelle importance a le côté visuel pour vous ?

Ma vision initiale était d’avoir des jeunes filles courant partout, chahutant, se bagarrant à coups de poings. Le label n’était pas très chaud alors j’ai décidé de la raffiner un peu, de faire en sorte que la pochette de l’album prenne vie et nous avons créé une narration avec un taureau et une jeune fille dans une forêt. Je voulais que le visuel soit aussi luxuriant que possible, j’ai toujours aimé les forêts profondes et les marécages, et je crois que cette sorte de profusion se reflète dans la musique.

Où avez-vous trouvé l’image utilisée sur la pochette, et pourquoi l’avez-vous choisie ?

Le taureau est une référence à San Fermin et au festival qui voit les taureaux se déverser dans les rues à Pampelune. Je n’y suis jamais allé mais ça a quelque chose d’insensé et de tragique. Vous avez ces gens qui mettent leur vie en jeu juste pour l’excitation que ça leur procure. La pochette a été faite par Stephen Halker, un voisin avec qui je me suis mis d’accord sur sa nature. Il y a aussi cette petite fille dans ses plus beaux habits, et un chien qui semble dangereux. Ils sont dans ce paysage de jungle, rappelant celui de ces romans victoriens ; un espace idéalisée avec des montagnes, des animaux et une végétation insondable.

Et qu’en est-il de la tâche de traduire tout cela en tournée ?

On s’est décidés à avoir huit musiciens : assez grand pour sonner orchestral et assez petit pour pouvoir voyager et jouer un peu partout. On a beaucoup travaillé sur l’adaptation musicale. C’est encore quelque chose d’inachevé mais je souhaite que quelque chose qui, au départ, était si spécifique et personnel soit approprié par tous les membres du groupe. Ainsi naîtra le partage de cette expérience avec le public

27 décembre 2013 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire