Gary Numan: « Splinter »

Pendant très longtemps la carrière de Gary Numan a été considérée comme un bizarre accident. Celui que l’on surnomme souvent « le parrain de l’électro » était, à l’origine, le leader d’un groupe censé être punk : Tubeway Army et il ne découvrit les synthétiseurs que par hasard, en trouvant un Minimoog abandonné en studio. Son premier « hit », « Are Friends Electric ? », fut un des numéros uns les plus atypiques des « charts » : il était façonné à partir de deux morceaux non terminés et basé sur des notes fauss(é)es, durait plus de cinq minutes, se distinguait par de longues paroles parlées et répétitives et affichait un thème inusité, la prostitution robotique. Derniers signes distinctifs : un maquillage « lourd » et une présence sur scène qui se manifestait pas sa raideur. Les raison en étaient pourtant bien prosaïques : un acné juvénile et une timidité maladive. Cela ne l’empêcha pas pourtant d’être une des vedettes les plus populaires à la télévision et sur scène.

Tout cela entraîna une étrange trajectoire dans sa carrière : il ne parvenait pas à gérer la célébrité quand il l’avait (d’où sa fameuse retraite en 1981) puis ne parvint pas à la retrouver quand il la rechercha à nouveau tout au long de seize albums enregistrés depuis. La presse se gaussait de lui systématiquement – moqueries d’ailleurs souvent venues de titres qui considéreraient qu’il était une « légende » une décennie plus tard – avant que des artistes comme Nine Inch Nail ou Basement Jaxx ne commencèrent à la citer comme référence.

Il y a une raison pour ces anachronismes. Alors que la plus grande partie des sons synthétisés des années 80 semble inexorablement attachée à cette période, les morceaux de Numan on toujours véhiculé une sensation d’intemporalité. Même écouté aujourd’hui « Cars » sonne encore actuel et pertinent au point qu’il pourrait bien devenir un « classique ». Quand sa véritable résurgence commença en 1994 avec l’album « darkwave » Sacrifice jamais n’a t-on eu la sensation qu’il tentait de recapturer des éléments de sa gloire passée et, si on ne connaissait pas son histoire, on aurait certainement pensé qu’il s’agissait d’une nouvel artiste avec une voix étrange qui écoutait beaucoup de musique industrielle. Heureusement, après plus de deux décennies, cette voix garde toujours sa spécificité.

Ceci a de l’importance dans la mesure où, même si il a toujours été un expert à construire ces progressions d’accords et ces atmosphères propres à vous donner des frissons « chill out », ça a toujours été un des plus gros atouts d’un Numan à qui il suffisait simplement de la lâcher pour qu’elle s’envole. Il suffit d’écouter son chorus sur « I Am Dust » qui ouvre Splinter pour l’entendre capturer cette puissance d’évocation que tous les Trent Reznors s’évertuent en vain à reproduire en poussant au plus fort leurs voix. Cette singularité provient de la façon dont il l’utilise et on peut se féliciter que tous les titres de ce nouvel album sont construits autour de ce qui constitue ses forces.

En un sens, ce disque que l’on attendait depuis que Sacrifice l’ait re-propulsé sur le devant de la scène d’autant que ceux qui précédaient Splinter avaient tendance à se faire répétitifs. Ici nous retrouvons une certaine diversité et, si les guitares sonores et les beats industriels tapageurs sont toujours là, Numan sait comment ménager un espace de respiration entre ces éléments. Ainsi « Where I Can Never Be » affine à merveille les grincements de son atmopshère gothique, les arangements à cordes de « The Calling » sont dramatiquement venimeux, les titres disco sont monstrueux et ravageurs (« Love Hurt Bleed », « Who Are You ») et les morceaux plus lents ont une majesté qui rappelle les plus beaux hymnes (« Everything Comes Down To This »).

On trouve même des choses pur ceux qui aimaient le Numan vintage comme la chanson titre rêveuse et implacable qui rappellera la période Replicas et également des petites trouvailles instrumentales comme les techno beats abîmés de « A Shadow Falls Out On Me » ou le coda de toute beauté sur un « My Last Day » à l’ampleur cinématographique.

S’étalant sur une durée assez longue (même pour Numan) de 55 minutes, Splinter regorge d’idées ; il marquera peut-être enfin une synchronicité entre notoriété acquise et gloire à nouveau recherchée.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :