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Mark Kozelek & Jimmy Lavalle: « Perils from the Sea »

Perils From the Sea est censé constituer un effort collaboratif entre Mark Kozelek (Sun Kil Moon, Red House Painters) et Jimmy Lavalle (Album Leaf). Elle est construite très simplement : le slow core « folktronica » des RHP sur lequel Kozelek fonde ses ruminations et Lavalle qui y a imaginé un nouveau décor (lignes de synthés, rythmiques bricolées, accords de guitares mélancoliques).

Autant le dire, le résultat est frustrant et monotone. Le slow core omniprésent est un rempart contre toute implication qu’on pourrait avoir car tous les éléments sont retranscrits de façon linéaire comme s’il s’agissait de résister à tout changement.

Les fans des Red House apprécieront cette plongée nostalgique à condition de s’ouvrir à l’électronique de Lavalle ; les autres devront endurer cette rigidité minimaliste sur des titres s’étalant autour de huit minutes.

La métamorphose de Kozelek est assez peu réjouissante tant il est passé d’un folk passionné et aux superbes arrangements à une remise en cause de sa carrière précédente dont il s’est moqué à force d’auto-effacement plutôt que d’auto-référencement. Sur Perils from the Sea il n’y a pratiquement aucun « songwriting » et les histoires sont récitées comme s’il s’agissait de vulgaires anecdotes. Les mélodies, simplistes, dirigent le rythme et elles progressent labirieusement au travers de la nonchalance que leur imprime Lavalle. Parties sont les lignes de guitares mélodieuses et aucune connexion semble ne s’établir entre les deux artistes. Au total, cet album est comme une feuille de papier scindée en deux et sur laquelle chacun aurait écrit des parties différentes ; on était en droit d’attendre mieux de ce qui affirme être une collaboration.

★★☆☆☆

9 décembre 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Mutual Benefit: « Love’s Crushing Diamond »

Alors que que le « line up » du Mutual Benefit du chanteur folk Jordan Lee est en constante métamophose (il apparaît parfois en solo, parfois avec des amis en public) Love’s Crushing Diamond est, lui, fait d’un seul flux aux permanentes sinuosités. Ce premier album est semblable à une eau centrale dont l’écoulement se ferait grâce à de minuscules rivulets qui l’enrichiraient et le nourriraient. Musicalement et lyriquement Lee a façonné un disque débordant d’espoir et d’un optimisme insensé face à la vie et à la nature humaine. À contre-courant de la complaisance habituelle de nos jours, « Golden Wake » résonne de cette phrase : « Nous n’étions pas faits pour être ainsi / Nous nétions pas faits pour avoir peur », révélation qui emplit le narrateur en contemplant la rivière après avoir quitté son travail.

Élément axial, la fluidité est approfondie par des orchestrations fouillées faites où couches de carillons se superposent à des cordes ou des bois ainsi que la rythmique régulière de légères percussions qui forment comme un ressac tout au long de chaque plage. Ce mouvement des flots est ainsi accentué, accréditant l’idée que tout comme « la rivière sait être toujours en mouvement » (« Strong Swimmer ») nous devons, nous aussi, continuer à avancer malgré les épreuves de la vie.

« Advance Falconry » sera le morceau phare de l’album, avec des codes renversantes et un joyeux banjo attifant la composition d’une paire d’ailes qui semble lui permettre de prendre son essor, un peu comme l’état amoureux peut apporter un état d’âme pétri d’une pétillante légèreté.

Bien que le contenu du disque soit cohérent il est également composé de multiples contradictions : il est minimaliste et pourtant luxuriant et rempli d’espoir bien qu’enraciné dans une réalité souvent sombre. Sa beauté résidera alors dans la capacité qu’a Lee à mettre en place ses aspirations avec une honnêteté qui est presque candide ; on ne peut que le croire tant elles rejoignent celles que nous tous avons.

★★★½☆

9 décembre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Cold Crows Dead: « I Fear A New World »

Comparer Cold Crow Dead aux Beach Boys peut sembler saugrenu mais quand on considère les arrangements vertigineux de ce premier opus et quand on sait que Paul Steel, la moitié de ce duo formé avec Murray Macleod, a reçu maints hommages Andy Partridge ou Sean O’Hagan des High Llamas, et, qu’enfin, CCD s’étant formé partiellement sur cette base, on est presque étonné de ne pas constater qu’un musiciens comme Van Dyke Parks ne figure pas sur les onze plages de I Fear A New World.

Cette collaboration avec MacLeod (Xcerts) existe dans un monde assez bizarroïde, un pot-pourri d’effets atmosphériques, de pop songs capricieuses et de post-punk gopthique. C’est ce dernier élément qui émerge le plus néanmoins, en concordance avec leur nom, plus proche de Eels ou de The Cult que des Beach Boys. Synthèse délicate quand on ajoute qu’originellement le duo se réclamait aussi de Sparklehorse.

CCD ont pourtant leur propre personnalité, la partie la plus évidente résidant dans le voix de Macleod capable d’opérer avec une aisance impressionnante la transition entre rock alternatif conduit par la guitare et les couches de claviers et de cordes qui dominent la majeure portion du matériel.

Le son des Xcerts n’est donc jamais loin (« Deadheads », «  Carnival Time » ou « My Shovel ») mais, en dépit de toutes ces allusions musicales on sent que Steel mérite beaucoup du crédit pour les complexités orchestrales, par exemple les petites touches qui sont ajoutées sur « Love In, Loves Out » ou « Gone ». Une chanson sera emblématique de la mouvance Beach Boys/Beatles avec « Ghost That Burned Down Your House » et son mellotron à la « Strawberry Fields » qui constituera d’ailleurs une base sonique fondamentale de I Fear A New World.

Autre élément renforçant cette mouvance, la présence de Stephen Kalinich collaborateur des Beach Boys sur des morceaux phares comme « Man In Black » et « Hold It Together ». C’est là que le groupe parvient le mieux à faire fonctionner ces éléments disparates et en faire quelque chose de dramatiquement puissant, même si la morosité trop soulignée fait sombrer parfois l’album (« Scarred And Thoughtless » ou « Screaming At Shadows »).

De ce disque inégal on retiendra finalement l’ambition de certains musiciens anglais à vouloir fabriquer une pop alternative sans avoir recours à la « Britpop ». Cela vaut indubitablement le détour.

★★★½☆

9 décembre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

San Fermin: « San Fermin »

Ellis Ludwig Leone est diplômé de musique de l’Université de Yale et compte maintes et maintes années d’éducation classique. On a beau vouloir éviter les a priori ce background ne peut qu’attirer des conceptions préétablies quand on entre dans l’univers de San Fermin ; la plus évidente étant de se dire qu’on allait avoir à faire à un album de la plus grande ampleur, ambitieux au point de sonner pompeux voire pompier.

Pour étayer cette préconception, il faut savoir que San Fermin a été crée dans un environnement, certes solitaire mais au Banff Center, un centre culturel situé à Alberta au Canada qui se décrit comme « le plus grand incubateur d’art et de créativité au monde ». La genèse et la conception du disque en ont donc été le reflet et cette profondeur est évidente tout au long de ses 17 plages qui regorgent d’idées et d’imagination qui, dans la plupart des cas, vont s’amalgamer avec fluidité.

Les vocalistes que Ludwig Leone a invités permettent de lier entre elles ses compositions d’essence classique dans un mode « new folk » où se mettent en place des chansons d’amour. Cela donne une humeur plus pop, enjouée et accrocheuse, aux antipodes de l’abstraction que la « Grande Musique » véhicule souvent.

Concrètement cela se traduit par un entremêlement où folk-pop et classique se fondent en créant deux mondes : l’un est chaleureux, accueillant et nous conte une histoire d’amour, l’autre est fait d’interludes qui nous focalisent ailleurs en évoquant la violence et, ce faisant, nous éloignent du conte qui est ici narré.

Ces contrepoints font de San Fermin un disque à écouter avec circonspection tant ils semblent parfois superflus et même sans cohérence avec l’ensemble mais ça ne devrait pas surprendre quand on considère qu’il s’agit d’un premier album.

Jess Wolfe et Holly Laessig, du groupe indie pop Lucius, alternent les parties vocales, tenant la barre l’une après l’autre et engageant une conversation avec le somptueux baryton de Allen Tate. Ainsi se noue une relation qui sera la nœud du disque et qui se poursuivra sur toute la durée de l’opus. « Methuselah » abrite ce triumvirat de voix de façon magnifique et sert de vitrine à la vision de Ludwig Leone. Wolfe et Laessig fournissent de somptueux vocaux incitant à la rêverie et Tate sonne comme la synthèse de ce que Matt Berninger (The National) et Zach Condon (Beirut) créeraient si ils travaillaient ensemble.

Ces inclusions font de San Fermin beaucoup plus que la plupart des albums de Classique. Grâce à elles, l’histoire d’amour apparaît particulièrement solide, même si elle ne semble pas avoir d’épilogue discernable tant le dernier titre, « Altogether Changed », fait partie de ces interludes qui ne mènent nulle part ou nous interpellent réellement. L’important sera la puissance de l’émotion, angle sur lequel tout San Firmin se construit permettant au disque d’être autre chose qu’un album relativement plaisant à écouter mais ne nous touchant pas profondément.

« The Count » parviendra à réunir sous la même bannière pop étincelante, rock ardent et bouleversante composition classique sur une durée de quatre minutes, synthétisant à merveille de quoi est faite la vision constamment mouvante de Ludwig Leone. On y trouvera ballades de trouvère (« Casanova »), choeur (« Torero ») et déchirement sentimental (« In The Morning ») le tout avec le même niveau de talent.

San Firmin est donc un album de musique classique accompagné d’une histoire d’amour et de peine de cœur ; c’est aussi un disque de folk-pop servi par de merveilleuses compositions classiques et des arrangements exceptionnels. Il s’insère parfaitement dans ces deux univers et son audace à nous offrir une œuvre de pop baroque est tout bonnement irrésistible…

9 décembre 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire