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The Limiñanas: « Costa Blanca »

Depuis leur 1° album en 2010, le duo perpignanais des Limiñanas ont indubitablement créé leur propre son. Leur amalgame de garage pop et de « yé yé » français leur permet, sur ce 3° opus, d’apporter fraîcheur et vivacité à une musique qu’il serait aisé de qualifier de désuète.

Costa Blanca suit Crystal Anis (2012) et, bien qu’il puisse sonner familièrement à l’oreille des fans, le groupe parvient à maintenir un niveau d’excitation qui ne se dément pas. Il y a d’abord ce côté « cool » avec ces vocaux à la Gainsbourg délivrés avec désinvolture sur fond de cithare, de basse et de tambourin (« Je Me Souviens Comme Si J’Y Étais » qui ouvre l’album), mais, plus que simple imitation, c’est avant tout un hommage à tous ces chemins musicaux qu’ils ont sillonnés auparavant.

« My Black Sabbath » se distingue par une ligne de basse pleine de « groove » et, avec des textes la plupart chantés en Français, ils ont cette faculté à fonctionner comme des riffs exotiques et séduisants sur une musique aux racines anglo-saxonnes.

Des éléments demeurent reconnaissables : l’orgue et le banjo utilisés sur « Salvation », le tête-à-tête vocal masculin/féminin caractéristique sur « Votre Côté Yé Yé M’Emmerde » ou « Rosas » ou cette guitare pleine de fuzz qui s’injecte dans Costa Blanca. « Votre Côté », en particulier met en évidence cette option fuzz et sa forme répétitive rappellera le « Sister Ray » du Velvet.

On aura pourtant la sensation que The Limiñanas élargissent leur univers musical sur cet album. « Liverpool » met en valeur une guitare coustique aux tonalités espagnoles et donne au disque de merveilleusement texturées atmosphères méditerranéennes. Ce seront ces nouvelles influences qui nuanceront l’album et lui procureront un aspect nostalgique (Lio a grandi en Espagne) qui accentuera le caractère intimiste de l’album. Le panorama sonique sera également plus ample avec des clins d’oeil à la Nouvelle Vague comme sur « La Mercedes de Couleur Gris Métallisé » ou une touche de western spaghetti ‘« Cold On The Ground »).

Au toal, Coata Blanca montre l’habileté avec laquelle le duo est capable d’évoluer entre divers registres. Il est la preuve que la « French pop » a de moins en moins à rougir de sa comparaison avec ses anglicistes collègues.

★★★½☆

2 décembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

British Sea Power: « From the Sea to the Land Beyond »

Ce nouvel enregistrement de British Sea Power est une musique de film, un documentaire assez saisissant de Penny Woolcock qui capture des scènes et des drames qui se sont déroulés le long des côtes britanniques de 1901 à nos jours. Cela nous fait traverser deux guerres mondiales, les temps de paix, l’industrialisation ainsi que les changements sociaux. Pour cela, Woolcock utilise des instantanés, des archives et nous raconte la vie de ces gens qui vivaient à proximité de la mer, chevauchant à la fois la narration pure et simple et le souvenir d’un temps révolu.

C’est une manière étrange d’écouter un disque et, en même temps, cela s’inscrit totalement dans la démarche de British Sea Power qui a si souvent enregistré dans de petites villes côtières, comme pour créer une connexion existentielle entre la mer et son histoire. De ce point de vue, rom the Sea to the Land Beyond s’apparente plus à une collaboration entre deux médias qu’une simple bande originale. Comme il n’y a aucun dialogue dans le film, aucun son des scènes elles-mêmes et dans la mesure où les extraits datent d’avant les avancées technologiques, le bande-son musicale acquiert une importance plus importante que ça n’est la cas habituellement.

L’album est fait d’adaptations de certaines compositions de BSP, enregistrées à Brighton et mixées par Ken Thomas (Sigur Rós, Daughter, M83, Cocteau Twins), elles ont pour objectif et parviennent à illustrer la narration du films plutôt que de nous en distraire. Avec des titres comme « The Islanders », « Doclands Renewed » ou « Heroines of the Cliff » l’album forme une partie substantielle du film ; il connecte en effet des images passées de marins se lançant vers l’océan, de filles synchronisant leurs façons de nager avec des sons modernes, des idées subliminales apportant un sens du présent plutôt qu’une nostalgie émotive tournée vers ce qui a eu lieu avant. La notion d’Histoire est alors apportée par l’image de cette marée décrite dans le film et dont le reflux est signe de la fracture d’une chute de film ou instantané d’une catastrophe. On sent ainsi qu’on n’a pas seulement prêté attention au sujet mais qu’on a voulu en devenir une partie fondamentale.

La collaboration entre musique et film est si symbiotique qu’il est difficile de décrire celle-là sans prendre en compte les multiples scènes de celui-ci. La musique entraîne l’audience dans le passé comme s’il s’agissait d’une mémoire collective qui serait à nouveau mise à feu. Il y a ici du Romantisme, mystification et le souffle d’une mythologie moderne que BSP a su si bien recréer instinctivement, comme si la muse inspiratrice n’avait attendu qu’eux.

Film et album nous font nous remémorer non seulement un siècle d’histoires communes mais aussi le fait que la mer fait partie intégrante de notre univers, que l’on soit un insulaire ou pas. Mélancolique et romantique, l’album rappelle ainsi non seulement les histoires racontées dans le film mais aussi les mémoires de tout individu qui a pu en être saisi confronté que nous sommes « à ce courant qui nous ramène inlassablement vers le passé » comme le disait Francis Scott Fitzgerald en inscrivant la touche finale du Great Gatsby.

 

2 décembre 2013 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Billie Joe + Norah: « Foreverly »

Que le leader de Green Day, Billie Joe Armstrong, s’acoquine avec Norah Jones pour ré-enregistrer des chansons originales datant de 58 des Everly Brothers ne peut que soulever certaines questions. La première serait : Comment se sont-ils connus ? Réponse : En ayant boss avec Stevie Wonder. Armstrong n’est-il pas un punk ? Pas vraiment. Finalement : Pourquoi ? Ce dernier a toujours aimé le disque a a voulu le recréer.

Réponses simples finalement qui surmontent les réticences initiale et qui donnent un résultat charmant et digne de l’hommage que The Everly Brothers avaient enregistré comme hommage à la folk traditionnelle sous le nom de Songs Our Daddy Taught Us.

Mis en place et mixé en seulement neuf jours, le disque est solide ; un retour en arrière efficace vers une période où régnaient harmonies simples et instrumentation dépouillée.

Armstong et Jones s’approprient avec talent des standards comme « Long Time Gone » (une chanson rendue fameuse par Tex Twitter) ou « Who’s Gonna Shoe Your Pretty Little Feet ? » Les harmonies du duo s’imbriquent parfaitement sans que l’un des artistes ne prenne le pas sur l’autre et certains titres, comme le morceau d’ouverture « Roving Gambler » utilisent à merveille ce format de chant et contre chant dans ce récit de deux parents demandant à leur fille de ne pas partir avec un joueur. « Lightning Express », lui, mettra en valeur les textes plutôt que les harmonies grâce aux arrangements tout simples et plaintifs d’une pedal-steel.

Le disque va pourtant traîner un peu en longueur vers la fin, ceci étant du au tempo similaire des morceaux. Même s’il n’est pas ouvertement long (12 titres) chaque composition se fait un peu laborieuse. Ceci dit, si Jones et Armstrong avaient fait des efforts pour les accélérer, les résultats auraient sans doute été désastreux et n’auraient pas rendu service à l’orginal.

Tel qu’il est, Foreverly est un disque hommage charmant et intelligent. Il peut sonner aux antipodes de ce que Jones et Armstrong ont fait de plus « rootsy » mais on ne peut s’empêcher de penser que leur travail n’a pas été exécuté à contre-emploi.

★★★☆☆

2 décembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

The Throwing Muses: « Purgatory/Paradise »

Ce serait un euphémisme de considérer l’activité des Throwing Muses depuis 10 ans comme sporadique. Mais si le groupe n’a pas été prolifique, Purgatory/Paradise, indique que le combo a été passablement occupé et qu’ils ne sont pas à cours de nouvelles idées.

Les réunions sont souvent ternies par des redites de vieilles formules marquées par le manque d’entrain mais la chanteuse guitariste Kristin Hersh, David Narcizo à la batterie et le bassiste Bernard George font montre encore d’une volonté à aller plus loin qu’il ne l’ont jamais fait.

Cette évolution ne se fait pas tant sur le flanc musical dans la mesure où ce nouveau disque ne se défait pas de son « mix » habituel de textes tendus et littéraires et d’un « guitar rock » au registre affaibli. Le groupe a choisi plutôt de s’élargir conceptuellement, agrémentant les 32 titres quelque peu encombrants de Purgatory/Paradise d’un livret contenant photos et écrits.

Du point de vue de l’ambition, le succès est acquis ; il ne s’agit aucunement d’une réunion dont l’origine est de capitaliser sur une carrière longue comme a pu l’être celle des Muses.

Par contre, l’interprétation n’est pas véritablement à la hauteur. Il y a quelques titres qui valent le détour ; « Freesia » par exemple montre à quel point Juliana Hatfield et Tracy Bonham sont redevables de Kristin Hersh en tant qu’esprit alternatif capable d’agitation et « Opiates » avance avec une morosité frappante pendant que la vocaliste évoque l’horreur de la drogue. Ces plages, ainsi que d’autres comme « Sunray Venus », témoigne d’un groupe niché confortablement dans leur période de gloire de la fin des 80’s et du débuts des 90’s mais, au milieu de celles-ci, beaucoup d’autres sonnent comme un poids mort. Chaque morceau de 2 ou 3 minutes est lesté de longs ponts, souvent déconstruits en deux parties, et ils n’ajoutent rien à la progression de l’album.

Quelques morceaux plus ramassés apportent plus grand faste, l’instrumental pastoral « Folding Fire 2 » par exemple alors que d’autres (« Triangle Quantico » pu « Dripping Trees ») mériteraient un plus long traitement.

Au bout du compte, le contenu, trop copieux, de l’ensemble occulte les meilleurs moments de l’album ; un disque qui est trop souvent proche du Purgatoire que du Paradis.

***

2 décembre 2013 Posted by | Quickies | | Un commentaire

Beachwood Sparks: « Desert Skies »

L’histoire de Beachwood Sparks s’écrit au travers de trois albums de psychedelia mâtinée d’Americana et d’un son distinctement issu de la West Coast dans la tradition établie par ldes Byrds ou les Flying Burrito Brothers.

Aujourd’hui sort une « prequel », une compilation inattendue d’enregistrements depuis longtemps introuvables qui montre, ici, un groupe dépendant moins d’harmonies laidback et hérissé plutôt d’énergie rock.

On ne sera guère étonné de trouver, dans cette première phase, un combo au son plus sauvage et débridé et dont la trajectoire va, peu à peu, s’adoucir et se nuancer lors de ses trois albums pour Sub Pop. Il ne faudra pas pour autant déduire que les compositions de Desert Skies sont des rebuts ou des chutes de studio à l’intérêt limitée : ce sont, bien au contraire, d’excellents titres.

Le plus excitant sur cet opus est que les chansons ne sont pas des « demos » mais des exercices aboutis. Il ne s’agit pas des tâtonnements qui sont le fait de tout groupe en apprentissage mais de l’album que Beachwood Sparks avait réellement l’intention de sortir à ce stade, celui d’une carrière débutante mais qui montrait qu’elle avait déjà un plan, un œil fixé sur une volonté de marquer le scène de Los Angeles et de la fixer sur disque.

Le groupe, composé de six membres à l’époque, était aussi profondément ancré dans la sémantique du rock « underground » des années 80 et 90 quand dans celle de ces générations précédentes qu’il vénérait. Tous les éléments phare de Beachwood Sparks sont là, simplement il en est d’autres en plus et certains qui sont sous-jacents.

Les influences sont donc plus larges ; les Byrds et Burritos sont immédiatement audibles mais elles sont parcourues par des bribes plus ou moins amples empruntées à Sonic Youth et à Dinosaur Jr. On constate que Beachwood Sparks n’e sest donc pas brusquement focalisé sur une identité qui l’a rendu fameux mais qu’il s’est éparpillé, tentant de trouver le moule dans lequel toutes ses idées musicales pourraient se former en ensemble cohérent.

Desert Skies est un LP de huit morceaux mais il comporte quatre titres supplémentaires sur le CD et ses versions digitales qui aident encore mieux à raconter cette histoire. Sur les titre « bonus », trois en sont des versions différentes et elles sont, de ce fait, des renseignements sur les choix auxquels le groupe était confronté.

Les deux directions sont clairement indiquées : « Sweet Julie Ann » et « Canyon Ryde » (ce dernier également ré-enregistré) ressemblent le plus à ce que le groupe allait devenir. Ailleurs, « Charm » est contenu et accrocheur et, dans ses deux versions, « Makie It Together » se révèle direct immédiat dans la tonalité Beatles qu’il fait sienne.

« Desert Skies » que l’on trouvera sous une autre forme comme chanson-phare de l’album éponyme du groupe en 2000 sera présenté ici deux fois. Les deux versions aussi différentes l’une de l’autre qu’elles le sont de Beachwood Sparks, signe que l’éclectisme du groupe n’était pas que recherche de son identité.

C’est sur « Midsummer Daydream » (près de huit minutes) que les tonalités sauvages sont le plus prometteuses alors que « This Is What It Feels Like » bascule d’une joyeuse réminiscence du rock de la British Invasion vers une jam psychédélique débridée nous faisant nous demander s’il s’agit du même groupe et même de la même chanson.

Tout cela incite à penser que Beachwood Sparks n’avait pas un boulevard devant lui, mais plutôt une bifurcation pointant vers diverses directions. Celle prise se retrouvera sur Tarnished Gold (https://rock-decibels.org/2012/10/16/beachwood-sparks-the-tarnished-gold/). Ce disque provoque indubitablement la question propre à chaque « prequel » : « Que ce serait-il passé si… ? » Il est difficile d’imaginer une réponse bien sûr, tout au plus peut-on estimer que, comme pour bien des combos pop rock, restera un potentiel prometteur mais inachevé.

©Paste

2 décembre 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire