Shearwater: « Fellow Travelers »

Ce dernier projet de Shearwater était destiné à être un EP suite à leur album de 2012, Animal Joy. Devenu un disque de dix reprises, l’intituler Fellow Travelers est à la fois habile mais aussi peu parlant puisque, ici, nos Texans font avant tout une rétrospective de musiciens avec qui ils ont tourné tout au long de leurs 14 années de carrière. L’intérêt résidera dans le fait que tous ces collaborateurs esquivent leurs propresmorceaux en faveur de matériel composé par d’autres artistes. C’est cela qui rendra étonnamment divertissante cette compilation.

Ce sera donc sans surprises que l’album va suivre un cours qui abordera de façon éclectique un nombre de styles, de tempos et d’humeurs varié. Ce qui les liera sera la voix bourrue et brusque de Jonathan Meiburg capable d’atteindre les sommets sublimes de « I Luv The Valley OH ! » de Xiu Xiu tout autant que les profondeurs mélancoliques du « Mary Mary » de Wye Oaks sur une durée qui ne dépasse pas 33 minutes.

Choisir de conserver le venin et la bile de Xiu Xiu s’avère un choix avisé car c’est une des réadaptations les plus évidentes tout comme le sera le « Hurts Like Heaven » de Coldplay. Ici, la composition bénéficie d’une clarté que l’on ne retrouve pas dans l’original, libérée qu’elle est de ses synthés et interprétée de la manière la plus directe qui soit. C’est une version légère, accompagnée par un piano avec des couches de bruit « ambient » qui s’érigent progressivement jusqu’au « grand final ».

Le groupe conserve néanmoins son sens du théâtral (« Natural One » par exemple) mais il le particularise à sa façon sur le « Fucked Up LIfe » des Baptist Generals agrémenté de boîtes à rythme, de signaux radio et de claviers fournis par le groupe Clinic.

On ne trouvera pas le même niveau d’exubérance sonique qu’on rencontre en général dans les albums de Shearwater dans la mesure où le groupe est dicté par les chansons qu’il a choisi de reprendre et opte pour une approche plus sobre et intime que le « stadium rock » qu’il privilégie parfois. De ce fait, les titres les plus réussis sont les plus dépouillés : « Ambiguity » et un « Mary Mary » qui aurait pu être interprété par The National ou « A Wake for the Minotaur » où intervient Sharon Van Etten dont le style abrupt et nu convient parfaitement à la nature maussade du titre.

Fellow Travelers ne changera certainement pas l’opinion que l’on aura d’un groupe à la sensibilité suffisamment atypique et décalée pour ne pas prétendre au succès commercial ; il y a néanmoins suffisamment de richesse créative pour que l’album ne soit considéré que comme un « one shot » album.

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