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Josephine Foster: « I’m A Dreamer »

Le timbre de voix de Josephine Foster, assez similaire à celui de Karen Dalton, est absolument unique ; il est vrai qu’elle se destinait, à l’origine, à la musique classique et qu’elle est également professeur de chant. Ce ne sera donc pas sur son aptitude technique qu’on pourrait trouver à redire ni d’ailleurs sur ses idiosyncrasies à vouloir explorer toutes les composantes de la musique folk (européennes comme américaines) au travers d’albums aussi achevés et envoûtants que restés confidentiels.

I’m A Dreamer la voit varier quelque peu sa focalisation dans la mesure où elle emprunte à deux nouveaux éléments : le jzz et les « torch songs ».Cela se remarque avant tout par une variation plus emphatique sur l’instrumentation. Son disque précédent, Blood Rushing, s’ornait d’un groupe limité de musiciens et se singularisait par une utilisation intensive de cette guitare à cordes de nylon qui a les faveurs de Foster. Par contraste, ce nouvel opus place la double basse et le piano de manière plus robuste dans les arrangements. Sur un titre comme « Wandering Star » cela donne un parfum de renversement presque effréné assez proche du mélodrame

Sachant quand mettre certains éléments en avant et quand les réduire, I’m A Dreamer nous frappera par sa maîtrise à équilibrer le clair et l’obscur. « No On’s Calling Your Name » fera peu pour vous consoler d’un chagrin d’amour alors que « Amuse A Muse » nous offrira une réjouissante critique pleine d’humour sur la façon dont l’homme peut considérer la femme. Les textes de Foster sont, en outre, d’une simplicité qui échappe à tous les clichés, consolidant sa capacité à trouver de nouveaux modes au travers de formes d’expression familières.

Son approche de la tradition est rétrospectif et aussi plein de déférence sans pour autant se fourvoyer dans l’imitation pure et simple. « Pretty Pleasee » est ainsi teinté de ce parfum country avec une double basse tendue, son frappé de guitare, quelques touches de piano honky-tonk et l’inclusion d’une slide-guitar et il sera immédiatement suivie de « Magenta » où la voix de Foster complémente à merveille une profusion d’accords de piano qui procurent une impression de tendresse dans laquelle il est presque impossible de s’envelopper.

Toutes ces compositions sont les exemples parfaits de temps passé à peaufiner chaque détail du disque. Une démonstration de cette facilité à assembler connaissance musicale et créativité qui sonnerait bien plate avec des groupes moins assurés.

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28 novembre 2013 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Minor Alps: « Get There »

Voici une collaboration étrange mais sympathique entre le leader de Nada Surf, Matthew Caws, et l’ancienne chanteuse de Blake Babies s’étant depuis engagée dans une carrière solo, Juliana Hatfield.

Le duo, Minor Alps, compose, chante et joue ici de presque tous les instruments sur des titres soyeux, légèrement teintés de mélancolie et, finalement, assez plaisants à entendre.

Le revers est que cette écoute confortable n’est que rarement plus que cela ; des refrains aimables et charmants, qui dérivent dans un brouillard incitant à une vague rêverie dont on pressent qu’ils pourraient donner des chorus ou des mélodies mémorables mais qui n’y parviennent que rarement.

La vois de Hatfield est en général avenante mais ce charme se perd quand elle tente de s’harmoniser avec les tonalités plus « crooner » de Caws et, avec seulement, deux « rockers » pour nous extraire de cette ambiance, peu de matériel laissera ici une impression durable.

On retiendra néanmoins le « single » « Far From The Roses » avec sa guitare tendue et douce en même temps, seule instance où le disque ne sonne pas froid et dénué d’émotion. Le fait d’utiliser des boîtes à rythme accentue en outre ce sentiment de distance et l’approche choisie pour les titres où s’expriment désir et manque, à savoir une démarche posée, ne parvient pas à épouser le désespoir qui imprègne les textes de « Waiting For You » par exemple.

Au bout du compte on a droit à un album qui est presque édulcoré tant chaque titre se mêle au suivant, une unité de son qui peut être, certes, agréable mais dont le charme s’efface très rapidement ; une ascension mineure qui ne va pas très loin en quelque sorte.

★★½☆☆

28 novembre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Jake Bugg: « Shangri La »

Le premier album de Jake Bugg était celui d’un jeune troubadour qui diffusait cet ennui propre aux petites ou moyennes villes (il est originaire de Nottingham) d’où les perspectives ne dépassaient pas les limites de ces résidences HLM qui en constituaient les vignettes. (http://wp.me/p2Lg5f-q9) Son succès global aurait pu risquer de l’aliéner de son essence basique mais il a eu plutôt l’effet inverse : le faire connaître plus largement du public britannique.

Une fois de plus ici, son authenticité terre à terre a assuré la survie de son pragmatisme et, même produit par Rick Rubin et enregistré à Malibu, Shangri La (qui est également le nom du studio d’enregistrement de Rubin) tout éloigné qu’il soit géographiquement de ses origines demeure exemplaire dans la manière où Bugg poursuit ses méditations sur le style de vie qui est le sien aujourd’hui.

Tout en explorant adroitement d’autres genres musicaux, c’est un disque qui fait preuve d »une immédiate connexion émotionnelle. On y trouve des tranches de vie réelles et allant bien au-delà des frontières de sa ville natale, évolution somme tout logique quand on explore le monde et qu’on le voit au travers d’autres yeux.

« There’s A Beast And We All Feed It » met immédiatement les choses en place. Il s’agit d’une incrimination mordante de ceux qui montrent toujours les autres du doigt et qui utilisent Twitter comme outil de rumeurs. Elle est accompagnée d’un rythme rockabilly frénétique qui continue sans reprendre son souffle avec « Slumville » et « What Doesn’t Kill You ».

C’est pourtant dans les passages les plus sensitifs que les qualités expressives de Bugg sont le plus reluisantes. « Me And You » est une charmante et douce ode perlée, « A Song About Love » se distingue par une note en « sustain » au climat hantant et propre à vous donner la chair de poule et l’acoustique « Pine Trees ainsi que le pastoral « Storm Passes Away » sont témoignage de ses sessions à Nashville et se font profondément touchantes par leur délicat phrasé country.

Rubin sait à merveille jouer avec l’intensité émotionnelle d’une musique comme il l’a déjà prouvé avec Johnny Cash. Sur Shangri La il a usé d’un son propre et dépouillé pour mettre en valeur le brillant « storytelling » de Bugg. Le résultat en est un album mature et remarquable propre à nous faire encore plus nous pencher sur le développement de cet encore jeune interprète.

★★★½☆

28 novembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

The Strypes: « Snapshot »

Voilà enfin le premier album de nos Irlandais de Cavan après tout le « hype » qui les a entourés comme c’est si souvent le cas Outre-Manche. Snapshot est déjà bien nommé puisque, effectivement, il est composé de morceaux d’instantanés blues-rock avec, notamment, une reprise du « You Can’t Judge A Book By Looking At The Cover » de Muddy Waters. La différence avec d’autres groupes ayant bénéficié des mêmes acclamations : l’adoubement de Paul Weller, Noël Gallagher, Elton John (ce qui n’est peut-être pas un cadeau) mais surtout de Dave Grohl et ni plus ni moins que le Grand Jeff Beck (« le plus doué d’entre tous » selon maints guitaristes)

On peut leur reprocher manque d’originalité et d’identité (la pochette de ces jeunes gens vêtus comme des adultes peut s’avérer troublante) mais ils ont le mérite de se démarquer de la plupart des combos indie qui paraissent s’évertuer à sonner de la même manière. De ce point de vue, il est sans doute plus réjouissant d’entendre une reproduction de l’explosion « beat » du début des sixties que les éternelles antiennes passées aujourd’hui à l’électronique et au Moog.

Douze compositions originales plus trois reprises : Snapshots ne dépasse pas les 33 minutes. Aux manettes, Chris Thomas assure la production, qui a quand même oeuvré pour les Beatles, les Pink Floyd ou les Sex Pistols. Du feedback ouvrant « Mystery Man » blues construit à l’harmonica que constitue « Rollin’ and Tumblin’ », nous avons droit à tout ce qu’un guide pratique de la Blues Explosion pourrait nous enseigner : un son « vintage » mais vital, frais et comme rajeuni ; bref une férocité presque « live » sachant s’emparer du slogan des Who : « Maximum Rythm and Blues ».

Se posera bientôt, et se pose peut-être déjà la question : The Strypes sont-ils plus qu’un groupe glorifiant les reprises et se complaisant dans le pastiche ? Pour l’instant ils ne sont pas encore assez formés musicalement pour qu’on puisse de faire une idée. Reste donc à s’éclater sur l’énergie déployée par ces 33 minutes d’anthologie dont la brièveté-même est un gage de bénéfique impétuosité.

★★★½☆

28 novembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire