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Moonface: « Julia With Blue Jeans On »

Sous le nom de Moonface, se cache Spener Krug, musicien canadien ayant quitté plusieurs groupes à succès (Wolf Parade, Swan Lake et Sunset Rubdown) à la recherche de sa muse et, pour cela, il s’installa en Finlande comme si l’Islande (royaume pour musiciens avant gardistes) était devenue trop populaire.

Le canon indie rock qu’il avait mimé durant près de 10 ans semblait, en effet, peu adapté à sa voix spectrale tant il s’agissait pour l’artiste de capter, au travers elle, le maximum d’attention. Il s’agissait bien sûr de son timbre mais aussi de ses textes, très souvent métaphysiques voire mystiques, nécessitant pour s’épanouir un canevas simple et dépouillé lui permettant de donner libre mesure à son inspiration. Un « piano album » était comme inscrit dans ses gènes, le voilà sous le nom de Julia With Blue Jeans On.

On goûtera ici dans sa pleine mesure le don de Krug à nous faire pénétrer dans un monde allégorique dont les choses du cœur sont l’élément principal. L’intégralité des dix compositions est composée d’un clavier et d’une voix, sans overdubs, synthés ou harmonies, et ce dépouillement fonctionne à merveille.

Krug concentre ici sa technique à minimiser le paysage sonore et à pousser vers le haut le niveau émotionnel. Cela permet de passer des notes solides et appuyées de « Everyone Is Noah, Everyone Is The Ark » avant de faire flotter une vague impétueuse, celle de la chanson titre. Cette cadence mouvante est l’essence du flux et reflux de l’album ; « Love The House You’re In » tisse une toile d’accords de piano hypnotisante alors que « Barbarian » est comme saigné par une contemplation issue de chaque clef qui serait frappée. Le titre phare sera néanmoins « November 2011 », un titre de cinq minutes envoûtant et désarmant par la façon dont l’amour semble s’y être scellé.

Le plus renversant sera la presque naïveté avec laquelle l’album est conduit. Le piano a déplacé le voile de mystère qui entourait Krug ; ce qui reste est quelque chose de chaleureux, sentimental et surtout non apprêté.

★★★½☆

25 novembre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Bardo Pond: « Peace on Venus »

Quand de nombreux groupes tournent timidement autour du pot quand il s’agit de dire à quel point la prise de drogues a pu influencer leur musique, nos vétérans « stoners » et « space rockers » de Bardo Pond ne se privent pas, depuis 1991, de noter, combien les hallucinogènes constituent une raison d’être au travers de leurs albums. Ceux-ci empruntent souvent leurs titres à des champignons dont on devine la nature (Amanita), autres éléments psychoactifs (Bufo Alvarius, Amen 29:15) et des projets parallèles nommés 500mg, Hash Jar Tempo ou LSD Pond.

On comprend qu’avec ce type de références Bardo Pond n’est pas le genre de groupe qui passera sur des programmes grand public mais que, si vous avez de vous projeter librement de votre sofa vers le cosmos et d’avoir l’impression de vous réveiller d’un « trip » au milieu d’une forêt, écouter ce neuvième album de ce quintet originaire de Philadelphie sera pour vous.

Peace on Venus sera, en effet, une assez bonne approximation sonique de ce type d’expérience même si l’impression première (5 morceaux) pourrait sembler vous laisser sur votre faim. Sachant néanmoins que le titre le plus court, « Taste », dépasse les cinq minutes et que les deux compositions les plus longues (les kaléidoscopiques « Chance » et « Before The Moon ») terminent le disque sur une durée de 11 minutes environ chacune on entrera facilement dans ce qui nous est proposé : les vocaux plaintifs et la flûte trippy de la chanteuse Isobel Sollenberger, les grandes envolées de guitares en « freeform » de Michael et John Gibbons ainsi que les rythmiques martelées de Jason Kourkonis à la batterie et les lignes de basse stupéfiantes de Clint Takeda.

Si on devait emprunter une phrase iconique pour l’appliquer à Bardo Pond, ce serait une expression de Spacemen 3 : « Prendre de la drogue pour faire une musique vous donnant envie de prendre de la drogue. » Bardo Pond peut clairement s’y référer depuis 22 ans ; il n’est que d’écouter la distorsion et le feedback de « Fir » pour avoir l’équivalent auditif d’une recréation du big bang.

★★★☆☆

25 novembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Midlake: « Antiphon »

Quand un groupe perd son chanteur qui est également son leader, soit il se sépare, soit il change son nom. Quand ils restent ensemble, c’est le cas de Midlake après le départ de Tim Smith, l’album qui suit manque en, général de brillance. Heureusement, ça n’est pas le cas en l’occurrence et le combo a continué écrire des nouvelles compositions en négligeant totalement le matériel de Tim Smith.

Sur Antiphon, ce dernier a été remplacé aux vocaux par Eric Pulido, le guitariste originel et Midlake va se diriger vers une toute autre direction que celle de The Trials Of Van Occupanther ou le folk ambitieux de The Courage Of Others pour embrasser un style plus influencé par le « prog rock ».

Une partie de la formule demeure pourtant, une instrumentation non conventionnelle (flûte aérienne, ou l’instrumental en crescendo « Vale » qui sonne comme un écho de Fleet Foxes prégnant dans le disque précédent) ce qui fait que, même si ils ont choisi d’emprunter un chemin rigoureusement différent, des vestiges de Midlake sont toujours là. La voix de Pudilo s’imbrique parfaitement au son voulu par le groupe et s’avère très proche des tonalités de Smith sans pourtant en être une copie conforme.

Les synthés très « prog », les guitares en distorsions et les harmonies haut-perchées du titre d’ouverture nous font part de l’intensité qui va être prise par ce nouveau Midlake et la section rythmique galopante de « The Old And The Young » en fait sans doute une des meilleurs compositions du groupe toutes périodes confondues. Sur « Aurora Gone » Midlake retrouve le folk éthéré de leurs précédentes productions, rappelant ainsi que leur potentiel reste intact. Sur l’autre versant du spectre musical « Corruption » et « Provider Reprise » représentent par contre plutôt une catalogue d’occasions manquées que des titres mémorables.

Au total, Antiphon sonne encore comme un disque de Midlake malgré les changements ; il conserve le même caractère morose servi par compositions toujours accessibles. Tim Smith, lui, va s’orienter vers une carrière solo sous le nom de Harp, espérons qu’elle sera aussi intéressante et forte que l’est la production de son ancien groupe.

★★★½☆

25 novembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire