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Basia Bulat: « Tall Tall Shadow »

Heart of My Own en 2010 avait vu Basia Bulat s’extraire des confins du folk par des choeurs et des arrangements à cordes qui n’obéraient pas pour autant sa sensibilité folk. Sur Tall Tall Shadow elle va encore plus loin en y ajoutant une touche d’électronique discrète dans un disque toujours produit par Mark Lawson qui s’était occupé du Suburbs de Arcade Fire et Tim Kingsbury dudit Arcade Fire.

Ce qui émerge alors est un disque un peu plus axé vers la pop où voisinent compositions explorant toujouts la thématique de la perte mais aussi mâtinées d’optimisme. Le tout est lié par la voix de Bulat toujours aussi hallucinante (en particulier ses trémolos et les variations de ses trilles) et dont la profondeur sonique sera mise en valeur par des procédés électro-acoustiques qui ont la qualité de ne pas s’imposer.

Les tonalités seront particulières et presque irréelles,avec une atmosphère souvent étouffée et comme aquatique qui pourrait sortir tout droit de disques travaillés par Daniel Lanois. Cette mesure donne retenue à des tires épiques comme « Tall Tall Shadow » ou les rythmes atypiques en 5/4 de « Five Four » qui nous emmènent presque du côté de Dave Brubeck.

Cet amalgame est engageant et Bulat se permet même le luxe de se lancer dans la ritournelle pop avec « Promise Not To Think About Love ». le reste de TallTall Shadow sera pourtant marqué par une sensibilité qui ne se démobilise pas sur « It Can’t Be You » ou « Wires » et son harmonium. « Paris or Amsterdam » sera comme une « road ballad » sentimentale à l’humeur posée alors que « Never Let Me Go » sera, a contrario, un « torch song » où la voix de Bulat verse dans un pathos dont on ne peut que se sentir proche.

« From Now On » terminera sur une touche gospel qui ne pourra qu’atteindre ceux qui sauront apprécier l’évolution d’une artiste s’éloignant de sa zone de confort.

★★★☆☆

21 octobre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Chelsea Wolfe: « Pain Is Beauty »

Le monde de Chelsea Wolf est fait d’ombre et de lumière, et sa vision ne vacille jamais. Et sa musique pourrait se définir comme une lente valse entre les deux. Le titre de son troisième album, Pain Is Beauty, le résume à merveille et sa pochette en est fascinante. Wolfe semble frissonner en regardant vers la gauche tranchant avec l’allure impérieuse que pourrait lui conférer sa robe rouge. Les lettres sont clinquantes comme pour faire l’éloge de ces deux extrêmes qui sont les les pendants de notre nature, selon ses mots l’étrangeté et la façon dans la mythologie et nos ancêtres ont façonné notre personnalité.

Le disque ne cesse d’ailleurs jamais de muter, allant vers une direction puis vers un autre et atteignant souvent des proportions épiques. Chealsea Wolfe a souvent mis à profit son sens unique de metal folk et cette fois-ci elle rend encore plus indistinct le drone qui le caractérisait au point de fiser parfois le nihilisme. Il y a un sentiment de désespérance qui suinte en effet au travers de ces synthés en spirales et ce cette sensation de destin funeste qui s’enroule autour des titres, « Kngs » par exemple. « The Waves Have Come » reprend cette image de dénouement inéluctable avec un piano dramatique qui nous emmène en un voyage au cœur d’une âme dont l’environnement serait détruit par un désastre naturel ayant détruit le monde matériel.

Les plages bâties sur l’electro, « The Warden » par exemple, sonnent comme des chuchotements à la beauté glaçante étayés par des arrangements grandioses. « Sick » sera comme une pérégrination au sein de l’obscurité avec une ligne de basse en arpèges et des cordes tendues comme un arc sur lesquelles Wolfe peut délivrer ses vocaux les plus intenses et habités.

IL faudra oublier toute cohérence ici, si ce n’est constance d’une vision. Musdicalement le disque a abandonné sa teinture dépouillée pour virer vers un folk noir plus industriel. S’assemblent ainsi facilement ces notions obscurcies par l’inspiration de Wolfe et son intelligence à les mettre en place. Pain Is Beauty est un album atemporel, non pas simplement d’un point de vue sonique, mais parce qu’il secoue notre conception que nous pouvons avoir d’un monde qui se voudrait tranquillisant. La dissonance et les guitares entrechoquées en sont le prolongement naturel : en heurtant volontairement notre confort d’écoute elle défie celui qui s’abandonne dans le confort de la réassurance, Pain Is Beauty nous rapelle ainsi inlassablement que la Douleur est aussi source de Beauté. Plus qu’un disque de noise-rock claustrophobe, nous sommes confrontés à un opus où les tourments sont générateurs de ce quiil y a de plus poignant dans l’esprit humain, et peut-être aussi de plus pur dans sa noirceur immaculée.

21 octobre 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Un commentaire

Dent May: « Warm Blanket »

Dent May est un groupe du Mississippi dont la musique se résume à une musique pop harmonieuse et aérée fortement influencée par les Beach Boys. Ce troisième opus, enregistré dans une maison victorienne hantée selon certains dires, n’en garde pourtant aucune trace tant la production semble avoir voulu supprimer toute empreinte boueuse. On a droit, au contraire à une nouvelle collection de pop rock agréable et bien policé apportant cette chaleur cosy que le titre veut lui conférer.

Maid cette temprétaure agréable et nuancée par des couleurs musicales assez variées allant de la pop baroque et flamboyante des années 60 (« Born Too Late », mercie The Zombies, ou « Corner Piece ») à des compositions ensoleillées inspirées par Brian Wiklson (« Yazoo » ou « It Takes A Long Time »). Warm Blanket propose également des titres « crossover » hérités des 70s et de la psychedelia comme « Do I Cross Your Mind » ou tout simplement du bon petit country rock (« Summer is Gone ». Warm Dent couronnera le toute avec suffisamment de nappes de synthés, et d’allégresse new wave pour faire bonne mesure et agrémenter un disque qui ne veut, à aucun moment, faire mentir la couverture chaude qu’il propose.

Tout ceci n’est pas un nouveau tterritoire pour Dent May (voir :https://rock-decibels.org/2013/01/03/dent-may-do-things/) et l’on retrouve ici le même sens de densité pop et kaléidoscopique, mais une minime progression se fait jour. Warm Blanket est plus étoffé et qui choisit de se construire avec finesse sur ce fétichisme nommé « la res pop » sans s’éloigner de sa formule. Le pas n’est certes pas énorme mais on aurait tort de leur reprocher de ne pas réparer une chose qui n’a pas été cassée. Sur « Let Them Talk » Dent May nous soufflent ne pas se soucier de toutes ces pensées qui les ont assiégées entre deux gestations. Peut-être est-ce de l’arrogance, peut-être est-ce simplement preuve qu’il est bon de se conforter avec chose dans laquelle on excelle.

★★★½☆

21 octobre 2013 Posted by | Quickies | , , , | Laisser un commentaire

The 1975: « The 1975 »

Quand le premier album, éponyme, de The 1975 atteignit la première place des charts une semaine après sa sortie anglaise beaucoup de têtes se tournèrent vers ce quartet d’autant qu’il précédait la nouvel opus de Nine Inch Nails. Il faut dire que pour l’ado anglophile d’aujourd’hui ces seize plages de pop songs provocatrices représente un aperçu idéal de ce que la musique pouvait produire en certaines périodes.The 1975 est le résultat de nombreuses années de travail et de 4 Eps. Musicalement le groupe va sonner comme un mix de post britpop comme The Arctic Monkeys (production de leur ingénieur Mike Cossey) et de new wave classique façon Talking Heads. Autre influence, moins audible, une fascination pour les musiques de teenage films de John Hughes en particulier dans la deuxième partie du disque « Heart Out » par exemple) Plus atypique seront les rééfrence à Eno dans les morceaux « ambient » comme les particulièrement puissants « The 1975 », « An Encounter » et « 12 » qui ne durent pourtant que 90 secondes.

Le groupe est néanmoins à son meilleur quand il reste sur le registre de la pop song, « Settle Down » et « Girls » et qu’il évite les pièges de compositions gorgées de synthés (ou de vocaux apprêtés) comme «  The City » ou « M.O.N.E.Y. ». « Sex » est un hymne radio-friendly qui ne pourra que cartonner sur les ondes mais le plus surprenant, et intéressant, viendra du morceau final : « Is There Sombody Who Can Watch You ? » une ballade au piano sage et modeste qui ne peut que faire prévoir une imminente maturité.

Au-delà de la chronologie cyclique qui traverse régulièrement la musique pop, la naïveté semble sur cette partie de moins en moins de mise et laisse préfigurer une carrière qui pourrait aisément s’éloigner de tout revivalisme plus ou moins affiché.

★★★☆☆

21 octobre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire