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Anna Calvi: « One Breath »

Pour une artiste dont la musique a été qualifiée de grandiose, le style défini comme passionné et qui est selon Brian Eno ou Nick Cave, «  la nouvelle PJ Harvey  », la pression qui entoure la sortie d’un deuxième album peut être prometteuse tout comme le fait de s’imbiber dans un processus de régénération une fois le moment adéquat venu.

Des vocaux vigoureux, des solos de guitares de virtuoses et des climats orchestraux tendus étaient les principaux ingrédients qui ont rendu son album envoûtant et son interprétation synonyme de passion, de profondeur et d’atmosphères proches d’un film noir. Ses reprises de Piaf et de Beyoncé flirtaient avec le pathos ce qui, par moments, rendaient presque insupportable la fièvre de ce premier album.

One Breath, plutôt que de se vouloir cohésif va s’avérer une tentative d’exercer sa prédisposition à jongler entre l’intensité et des nuances inexplorées. Le défi en est plus grand car il implique une autre dynamique.

Ce nouveau disque se présentera alors comme une accumulation de sensations toujours issues des tripes et ça n’est sans doute pas une coïncidence si One Breath produit par John Congleton, a eu une période de gestation moins longue que le précédent.

Le titre d’ouverture, « Suddenly », vise à acclimater la fan à ce qu’est la quintessence du style Anna Calvi : un début avec une guitare timide et des choeurs distants qui vont peu à peu accumuler de la tension pour éclater en une cascade de vocaux et de percussions en plein essor. Le « single », « Eliza » sera une galopade entre les vocaux sinueux des chorus et un rythme de batterie résolu qui pourrait être vu comme un rappel des invocations qui accompagnaient « Desire ».La première réelle surprise se trouvera dans l’electro-ppo agité « Piece By Piece » que Calvi a d’ailleurs défini comme une de ses nouvelles et meilleures expérimentations. Les cordes de guitares y sont pincées fortement et la voix de Calvi sonne à la fois douce et détendue mais en même temps dans une expectative anxieuse ponctuée qu’elle est par une boîte à rythmes répétitive et prenant le dessus sur les divers procédés électriques bruitistes. On sent ici un effort à exprimer ce sens de la perte et de la fragmentation qui l’habite mais, au lieu de jouer sur la puissance, elle recherche une théâtralité plus frappante et souple. Plus que le maniérisme hard rock de « Tristan » qui évoquera PJ Harvey ou l’entraînant chorus de « Carry Me Over », c’est l’humeur dépouillée de « Bleed Into Me » avec ses percussions au rythme alangui et ses choeurs profondément emprunts de mélancolie qui laissera la trace la plus prégnante. Il en sera de même avec l’atmosphère enfumée du cinématographique « Sing To Me » un hommage à Maria Callas et au pouvoir évocateur que peut véhiculer la voix humaine.

Dans ces instances, Calvi parvient à créer un son plus épais et pesant que dans le passé mais celui-ci semble procurer à celui qui l’écoute plus d’espace, comme si c’est à ce dernier qu’appartenait de se frayer son propre passage et de moins risquer d’être enfermé dans la claustrophobie.

C’est quand elle se repose un peu trop sur la distorsion que la subtilité disparaît et que les choses se gâtent. « Love of My LIfe » semble se dissimuler derrière ce procédé ainsi que de la reverb pour camoufler ce qui est le titre le plus pop du disque. Malgré sa volonté de sonner de façon tranchante, le résultat est quelque peu terne comparé au reste des compositions. Au fond c’est quand l’anxiété et l’agressivité sont le moins explicites et le plus démêlés que Calvi montre son meilleur profil comme le montre l’impérieuse chanson-titre où Calvie murmure sur un clavier monotone et une guitare dépouillée. Un crescendo de batterie emplit alors la deuxième partie mais, au lieu de se lancer dans un climat épique et explosif, nous avons droit à de sublimes orchestrations à cordes aériennes qui libèrent de toute la tension qui a été accumulée.

One Breath bénéficie de sa variété et de son avidité à expérimenter. Celle-ci est proposée avec goût et subtilité ; c’est en cela que les accords qui y sont gravés résonnent avec le plus de profondeur.

18 octobre 2013 - Posted by | Chroniques du Coeur |

Un commentaire »

  1. […] a pourtant affronté divers désagréments (dont plusieurs épisodes dépressifs) et son follow-up, One Breath, véhicule deux ans après les tourments personnels dont elle a été la proie. Le disque est […]

    Ping par Rapid Talk: Interview de Ana Calvi | No BS: Just Rock & Roll! | 20 mars 2014 | Réponse


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