No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Braids: « Flourish // Perish »

Le premier album de Braids en 2011, Native Speker, fit du groupe un des ensembles les plus innovateurs et impressionnants. Flourish // Perish voit le trio canadien sur une veine beaucoup plus sombre, avec moins de guitares, des compositions plus courtes et serrées, une palette électronique amplifiée, le tout donnant au disque une tonalité soucieuse, guère éloignée du Kid-A de Radiohead dont le groupe dit s’être inspiré.

On a droit , en effet, à une poly-rythmie tous azimuts, des timbres tout en retenue et des voix envoûtantes où Raphaelle Standell-Preston rappelle tour à tour Björk et Thom Yorke. Tout ceci papillonne et se dissout, servi par des claviers mélancoliques, mais s’avère parfaitement construit avec un grand sens des moments clés. On sent chez Braids une résolution à échafauder une sculpture fraîche bien que bâtie sur des effluves de confusion. De ce point de vue le titre de l’album est parfaitement adapté aux soubresauts des atmosphères musicales d’autant que la production est constamment aventureuse. On le remarquera sur le morceau phare de Flourish // Perish, « Amends » avec une étourdissante utilisation de l’électronique et la manière inhabituelle dont les vocaux et la ligne de basse sont employés avec versatilité et grâce pour accompagner la narration.

Les vocaux de Standell-Preston sont sidérants, que ce soit sur des compositions amples et hivernales comme comme « December » ou quand elle nimbe sa diction de rclimats pastoraux ( « Hossak » et « Ebben »). Il y a beaucoup d’assurance dans la subtilité déployée par Braids, et une maîtrise des environnements sonores dans laquelle l’influence de Sigur Rós n’est jamais très loin. Plus que confirmation, Flourish // Perish n’est rien que moins qu’une affirmation.

★★★½☆

17 septembre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Julianna Barwick: « Nepenthe »

Julianna Barwick a cette faculté de transcender les choses et de transformer es clubs les plus sordides en cathédrale grâce à des vocaux aux tonalités aériennes et indéfinies et les éléments choraux qui s’y attachent. Ses phrasés évoquent immanquablement un espace d’extase angélique et les territoires sombres qu’elle explore sont comme nimbés dans une lumière blanche et virginale. Sur son troisième album, Nepenthe, elle travaille et retravaille, telle Pénélope, une cascade de notes du plus bas au plus haut avec ses vocalises massives qui sonnent comme si elles envahissaient le vide sans direction précise. Ce motif flotte dès 3the Hardbringer » et se répète au travers de tout le disque , sur « Labyrinthine » par exemple où elle évoque une chute suspendue dans une grâce éternelle.

En mythologie, le terme « nepenthe » fait allusion à un élixir qui permet d’oublier ce qui est paradoxal tant les chansons de Barwick ont pour objet de s’insinuer dans l’esprit, avec des textures qui évoquent la musique liturgique, des choeurs enfantins comme dans un lieu de recueillement et les écrans oniriques qui sont conférés par une atmopshère comme enrobée par une toile de gaze. Au fond l’oubli est conféré par ce sentiment d’intemporalité propre aux références mythologiques et qui, de surcroît, va envahir les compositions tant les instruments les plus familiers (piano, violon, violoncelle) sont perçus au travers d’un brouillard de sons idéalisés, presque irréels.

Sur « Look Into Your Own Mind » une clarinette en « sustain » va percer le silence pendant près d’une minute puis épouser la palpitation d’une violoncelle au son imperceptible. L’aura sera celle de quelque chose de céleste, intemporel et en dehors du temps également, et ce climat se retrouvera dans l’unité sonique qui a cours toute au long de l’opus. Les plages fleurissent puis s’évanouissent sans référence à la métrie ou au développement mélodique ; nous somems dans le domaine où l’abstraction pure rejoint le spirituel.

Cette dérive des compositions est indéfinie et prête à la rêverie, comme un courant de conscience même si une fois ou deux elles se coagulmnt en chansons qui respirent de façon plus organique. Sur « One Half » la voix de Berwick adopte un ton inhabituellement rauque comme un grain de sable sur les cordes vocales, donnant à sa scansion une texture plus naturelle même si elle est entourés d’harmonies féminines plus dénaturées.

Ayant travaillé avec Alex Somers, le producteur de Sigur Rós, et ayant enregistré Nepenthe avec des musiciens locaux en Islande, l’album, de toute beauté, mêlera éthéré et chaleur que la beauté naturelle d’un paysage islandais peut suggérer. Au-delà de la glaciation qui s’empare de chacun lors d’une première écoute, le rythme lent de Nepenthe est celui d’une longue suite luxuriante et lustrée qui suscite sans que rien n’y paraisse les émotions les plus profondes, enracinées et fertiles ; celles qui sont spirituelles et transcendantes certes mais aussi viscéralement ancrées en nous.

17 septembre 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire