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The Fuck Buttons: « Slow Focus »

Avant qu’elle ne devienne quelque chose qu’il suffisait de télécharger librement sans qu’on ait un quelconque sens de sa signification ou de sa longévité, la musique était un art. Ça n’est pas un moindre paradoxe que ce soit un groupe issu du courant « electro » qui parvienne à nous le rappeler. Slow Focus est le troisième album des Fuck Buttons et ils ont construit un véritable disque dans lequel le son assure différents sens, parfois sombres et inquiétants, parfois plus entraînants. Toujours doté d’une complexité que le duo britannique composé de John Power et Andrew Hung maîtrise il donne envie, de par son élaboration, ne pas de s’en éloigner mais de s’y plonger et y revenir encore et encore.

Il n’y aura ici pas besoin de paroles pour prendre en compte la puissance évocatrice qui court à chaque plage. « Brainfreeze » est un exemple de brillance mécanique tournoyant sur près de huit minutes et chaque titre sera une démonstration de flux et de reflux suintant avec facilité mais aussi application machiavélique. La production, quant à elle, est semblable à une ascension de gratte-ciel, comme si l’horizontalité des mouvements marins ne suffisait pas. ‘Sentients » est par exemple, un morceau lancinant à la rythmique presque organique, comme si Fuck Buttons renouaient avec la nature primale de l’humain et « Pince’s Prize » présente un véritable assortiment de bruits rétros mais aussi chargé de fuzz et de synthétiseurs caquetant comme si ils étaient immémoriaux. Le titre débouchera sur les tonalités sinistres de « Stalker », un des deux morceaux de plus de 10 minutes qui va conclure Slow Focus avec « Hidden Xs ». Ce dernier est indéniablement le morceau phare de l’album avec ses motifs répétitifs qui, peu à peu, pénètrent l’esprit de façon insidieuse jusqu’à ce que l’osmose soit totale.

Slow Focus alternera ainsi beauté cristalline et passages bruitistes, sales et acerbes mais ce sont ces soubresauts qui rendent l’album addictif et impactant. Il n’est presque pas surprenant que The Fuck Buttons aient été choisis, parmi d’autres, pour participer à la cérémonie des Jeux Olympiques de Londres.

★★★★☆

12 septembre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Pop.1280: « Imps of Perversion »

La profession de foi de Pop.1280 est on ne peut plus explicite quand on sait qu’ils tirent leur nom d’un roman de Jim Thompson et que leur premier album était titré The Horror. Celui-ci était un véritable florilège de compositions goth-punk abrasives peuplée de références à des tueurs en série, des copulations animales et des bruits de lames de métal. Qu’ils aient rejoint le label de Brooklyn Sacred Bones est une preuve supplémentaire que leur intention est de terrifier nos sens auditifs.

Imps Of Perversion approfondit encore cette démarche d’une façon méthodique qui ne fait que donner plus de poids à la folie revendiquée. Le leader, Chris Bug a une manière de s’introduire dans le chaos musical plus nick caviennne que Nick Cave. Il le fait en riant de manière démoniaque (« Lights Out », « Naihouse ») et, même quand les synthés analogues de « Human Probe II » tendent à apporter un tout relatif apaisement, l’univers du groupe semble encore plus purulent que sur The Horror.

Sur « Lights Out » il est question de cracher son venim sur une personne qui se meut comme un rêve érotique et qui laisse derrière elle une substance non identifiée, impressionnisme lyrique et sombre servi par un phrasé qui semble une éructation permanente et des riffs de guitares torturés. S’ajoute à cela une imagerie qui semble se repaître dans le salace (« Do The Anglefish » ou « Coma Baby »).

Toute cette approche axée sur l’anomalie se fait jour au travers de Imp of Perversion : des lignes de guitares caustiques, bruits de tonnerre et de planchers éventrés, basse aux fumets acides ; il s’agit ici d’un disque « noise punk » dans toute sa splendide horreur évoquant les films de Carpenter et la musique de Suicide ou The Birthday Party. Imp of Perversion est un hymne au chaos de cette relation incestueuse qui unit un artiste à son public ; dans le cas de Pop.1280 il en est un symptôme encore plus emblématique.

★★★½☆

12 septembre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Faber Drive: « Lost In Paradise »

Faber Drive est un combo pop-punk canadien dont une des démos a attiré l’attention de Joey Moi, le producteur de Nickelback au milieu des années 2000. Un peu comme Good Charlotte, le groupe a un répertoire composé de chansons pop « radio friendly », aux percussions puissantes et aux riffs accrocheurs et en légère distorsion mais qui n’arrivent pourtant pas à dissimuler le côté sirupeux.

Leur deuxième album, Seven Second Surgery, leur a permis d’atteindre le Top 40 en 2007 et Lost In Paradise peut être perçu comme une suite logique à leur évolution. Celui-ci va, en effet, s’éloigner de manière significative de leurs racines « punk commercial » pour mettre en place des sons électroniques orientés vers la dance ou la synth-pop des années 80. La production va être typique de la dite période, gros son et gros budget, comme va l’indiquer le titre d’ouverture, un « Set It Off » qui semble comme introduire une « party ». Tout va ensuite enchaîner les clichés electro-pop : vocaux fragmentés, chorus festifs et même un vague dubstep. « Candy Store » brisera un peu cette recette en démarrant sur une guitare acoustique avant que le rappeur Ish ne se mette à réciter une liste invraisemblable des sucreries. On se retrouve alors dans une routine quelque peu ennuyeuse ; celle de la pop triviale et ronronnante façon Train ou Jack Johnson.

Au final Lost In Paradise se résumera à un nombre conséquent d’hymnes disco-dance (« Dead On The Dancefloor », Don’t Stop ») dont la verve heavy pop a disparu. Même s’il ne s’agit que de baisser les guitares au profit des synthétiseurs, l’effort semble trop clinique une fois que le clinquant de la production a disparu pour ne laisser place qu’à des morceaux interchangeables.

★★☆☆☆

12 septembre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Drowner: « You’re Beautiful, I Forgive You »

Comment ce groupe composé de cinq musiciens définit-il sa musique ? Il évoque des termes comme passionné, gigantesque, arty auxquels on pourrait ajouter des qualificatifs comme shoegaze et dream pop. Il se réclame aussi du gospel lysergique façon Spiritualized et il est vrai que des morceaux comme « Glow », « Metro » ou le « single » « Stay With Me » ont une intensité plutôt massive alors que des compositions plus downtempo de la trempe de « Mirror » ou « Not There » ont tendance à se faufiler, voire s’égarer, dans des textures plus spatiales et que la dream pop est finement représentée sur les titres aériens et délicatement amplifiés que sont « On Bright Days » et « Auto Zen ».

Il est certain que Drowner est à l’aise, par rapport à son premier E.P. pour s’affranchir de leurs influences premières et qu’ils n’hésitent pas à virer vers des schémas plus expérimentaux. On retrouve tous les éléments habituels du shoegaze et de la pop mais ils sont ici nuancés avec des vocaux multi-couches mis en avant et un équilibre entre bruitisme, chatoiement et musicalité judicieusement défini. L’instrumentation n’est, non plus, pas en reste dans sa diversité puisqu’elle se pare d’un piano chaleureux (« You ») et même d’une slide guitare lui donnant un parfum country-soul.

Même si ils ne s’en réclament pas, on peut penser parfois à Cocteau Twins dans la façon qu’ils ont d’oeuvrer dans des paysages cinématographiques où le son est se consume lentement mais garde toujours une puissance lyrique évocatrice. You’re Beautiful, I Forgive You est un disque qui peu à peu lorgne vers la musique « ambient » ; il y parvient plutôt bien pour un groupe discret qui pourrait bien être un des secrets les mieux gardés de l’indie-pop.

★★★☆☆

12 septembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Eros & The Eschaton: « Home Address for Civil War »

Les duos musicaux épouse/mari ne sont pas légion ; Eros and The Eschaton cache sous ce nom sybillin un couple dont, l’entente semble dépasser la cadre familial. On pourrait citer Ira Kaplan et Georgia Hubley de Yo La Tengo ou Thurston Moore et Kim Gordon de Sonic Youth, June Carter et Johnny Cash ; on peut ajouter sans hésiter à cette liste Adam Hawkins et Kate Pedroni.

Leur premier album, Home Address for Civil War, s’ouvre sur le faible bruit d’un bébé qui pleure avant que « 20 Different Ways » ne soit immergé dans couches et couches de guitares en plein élan et de percussions grandioses laissant peu à peu la place à la voix douce et soyeuse de Pedroni. Contrepoint parfait, c’est une introduction idéale à un album qui regorge de pépites musicales. « Carry The Water » nous fait partager des vocaux rêveurs, ceux de Hawkins cette fois, tandis que les harmonies flottantes du duo se fixent magnifiquement dans cette pop shoegaze dont Eros And The Eschaton est porteur.

Le premier « single », « Heaven Inside », ne dérogera pas à cette qualité musicale, titre shoegaze dans son aspect le plus pur : lourds effets de guitares et persistance de la batterie pour créer un chaos sonique sur lequel les harmonies du couple captivent l’oreille et retiennent l’attention à l’image de cet « Over And Over » et sa lancinante litanie.

Au-delà de la musicalité et de son adresse technique, le couple parvient ainsi à distiller une musique qui est à la fois pleine d’énergie indie-rock et de suavité dream-pop ; Home Address for Civil War n’est pas qu’un album shoegaze de plus, il est aussi un disque empli de cette chose rare qui se nomme le cœur.

★★★★☆

12 septembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Dog Party: « Lost Control »

Gwendolyn and Lucy Giles composent ce duo, dont la musique abrupte est surprenante quand on considère leurs âges respectifs, 17 et 15 ans. Ayant joué ensemble depuis le collège, elles ont évolué des légers chahuts qui composait leur premier album P.A.R.T.Y. All Night vers un troisième opus, Lost Control,qui les voit adopter (nouveau label aidant?) une maturité assez saisissante balançant entre l’excitation de pénétrer dans le monde adulte et la peur de s’y noyer. Cela se traduit par une musique pop punk pétillante rappelant The Soviettes, The Queers ou The Epoxies.

Alors que leur premier disque essayait laborieusement de se frayer un chemin à travers une mosaïque de tonalités lo-fi, Lost Control témoigne, au contraire, d’une approche sonique croustillante et pleine d’allant faisant de Dog Party un « power duo » dont les accords de guitares peuvent aisément revendiquer ce premier patronyme. Les riffs sont puissants et emplis de cette sève juvénile qui leur donnent toute sa saveur et les harmonies vocales, bouillantes, sont parfaitement en phase avec la façon dont ils sont assénés.Le jeu de cymbales de Lucy est, en outre, fracassant et écumant ; que ce soit sur des « rockers » percutants comme « Flamingo Go » ou des morceaux en crescendo de la trempe de « Lost Control ».

Des titres comme « Jet Pack » ou « Los Angeles » font fi de l’attitude blasée et puérile de leur premier disque et d’autres comme « Best Friend » et « I Can’t Wait » confirment leur maestria à domestiquer les procédés du genre adopté. L’amour et la perte qui jonchent leurs textes sont une affirmation d’indépendance mais aussi la conscience des aspects les plus graveleux du monde. Ces courants sombrent jalonnent la pop faussement « bubblegum » de Dog Party signe sans équivoque que les deux sœurs sont prêtes à affronter ce qui les attend.

★★★☆☆

12 septembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

The Wild Feathers: « The Wild Feathers »

Quand s’arrête l’hommage pour déboucher sur l’originalité ? Et quand un nouveau groupe parvient à concilier harmonieusement les deux ? Ce sont des questions que se posent tout les musiciens qui ont une dette envers leurs illustres prédécesseurs.

C’est un peu de cela qu’il s’agit à l’écoute du premier album, éponyme, des Wild Feathers. Malgré un nom qui fleure plutôt l’aérien, on sent que le combo a copieusement sué à mettre au point ses lignes de basse, ses « power chords » et qu’il s’est longuement exercé à l’exercice fastidieux de faire des gammes pour avoir la maîtrise complète de ses instruments.

Il s’agit donc, pour ces cinq gars d’Austin, de nous apporter un rock assez musclé et swinguant, brut de décoffrage flirtant à la fois avec Tom Petty et avec The Allman Brothers ou Lynyrd Skynyrd. La première impression serait en fait celle d’un album de reprises où les compositions porteraient un différent nom. Il faudra donc creuser un peu plus pour découvrir un disque dans lequel le vernis secondaire a une toute autre nature.

« The Ceiling en est le « single » et la raison en est évidente. Le décor qu’il met en place est celle d’une petite ville que l’on observerait au travers des vitres d’une voiture en un jour radieux, l’équivalent auditif et prometteur de la notion de possibilité. Certaines compositions accentuent ce côté vivace tant ils semblent comme avoir été enregistrés « live ». « Left My Woman » va être une exploration du thème de la nostalgie et de la vie sur la route comme si le groupe avait déjà accumulé les tournées et « How » apportera une conclusion à The Wild Feathers comme, souvent en concert, on achève sa prestation sur un titre d’airain à la combustion lente.

Le groupe parvient donc à se frayer un passage entre cet optimisme et cette mélancolie qui définissent si bien l’« americana » ; ne lui restera plus qu’à développer sa propre singularité s’il est capable d’apporter cette touche venue du 21° siècle au rock dont il se réclame.

★★★☆☆

12 septembre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire