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A Grave With No Name: « Whirlpool »

A Grave With No Name est un projet sorti du cerveau de Alex Shields, un musicien adepte qu’on pourraut situer dans la catégorie d’un alt rock lo fi langoureux arrangé de manière assez déstructurée.

On retrouve sur Whirlpool, le troisième opus de ce qui se veut une trilogie, un cocktail de son à la fois grunge, oniriques, sombres et brumeux rappelant les moments les plus marquant du rock alternatif des années 9O.

Alors que Mountain Debris et Lower avaient été enregistrés chez lui, Whirlpool est assemblé de façon plus professionnelle avec des contributions extérieures (Linda Jarvis, Akiko Matsuura, Alanna McArdle) qui apportent une disque fraîcheur et profondeur aux paysages sonores embroussaillés de Shields.

Le résultat est une impression d’images nostalgiques, prises au travers d’un vieux Polaroïd, qui semblent réelles mais pourtant difficiles à situer, si ce n’est entre jeunesse et moments gâchés de l’existence.

Soniquement, l’album est empli de reverb avec des passage subjuguants ; la production habile de Shields créant une atmosphère lourde en terme d’humeurs. Les invitées ajoutent, dans leurs vocaux, cette touche de résonance émotionnelle et de vulnérabilité qui manquait aux disques précédents.

L’album semble, ainsi, avoir été enregistré dans un ailleurs difficile à situer : il aurait pu être enregistré à Londres mais il possède un « feeling » américain ; un côté rock alternative furry et émotif avec une touche de Pavement ou une autre de Guided By Voices et des chorus broyés qui évoque Dinosaur Jr (« Dig Me Out »). « Aurora » rappellera Jesus & Mary Chain en duo avec les Breeders.

C’est ce dernier morceau qui est ici le titre phare, menaçant mais plein de charme avec une retenue joliment mise en place qui conserve néanmoins sa palpitation viscérale.

L’exercice nostalgique continuera avec les berceuses presque silencieuses comme « Bones » ou « Float » avec sa mélancolie aérienne et la beauté acoustique d’un « Six Months » et de son sous-texte électro.

Whirlpool est un album aux teintes sépias, nostalgique certes mais très actuel pourtant. Même si ses influences y sont évidentes, il sera aisé de s’y laisser entraîner.

★★★☆☆

11 août 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Oliver Wilde: « A Brief Introduction to Unnatural Lightyears »

Quand le label de Bristol Howling Owl a annoncé qu’il signait le producteur de doom-folk Oliver Wilde, cela a sonné comme mariage parfait entre style et idées. La première éclosion de l’artiste se manifesta sous la forme d’un «  Curve (Good Grief)  » spacieux mais hautain assez éloigné du noise rock et du shoegaze de certains groupes du label mais riche de ce charme atypique issu d’une idiosyncrasie décalée.

Ses compositions semblent, de prime abord, forgée dans una approche folk directe mais la façon dont il les arrange, les couvrant de couches après couches de samples mousseux et pétillants donne, à l’écoute, un résultat déroutant et stupéfiant, à mille lieues de ce qui nous est permis d’entendre en général.

Il n’est que de prêter attention à la façon effervescente dont le «  single  » «  Perrett’s Brook  » frémit comme une eau toute proche de bouillir sous un chaudron pour mesurer en quoi ces expérimentations soniques justifient le titre, A Brief Introduction to Unnatural Lightyears, de l’artiste.

Comme tout « début album » qui se respecte, nous sommes confrontés à toute une palette d’émotions, la plupart enracinées dans le personnel au point que l’intimité qui entoure les morceaux les plus calmes se révèle souvent embarrassante pour qui écoute.

On passe ainsi de l’angoisse qui entoure « Curve » à une empreinte façonnée par l’empathie que génère « Walter Stephen’s Only Daughter », le tout marié à une instrumentation qui combine sonorités étrangères et sensation de familiarité. L’impression est celle de compositions précautionneuses et enveloppantes mais aussi de sondes lancées vers l’inconnu.

On est alors bien loin de l’étiquette lo-fi qu’il serait aisé d’accoler à l’auto-production de Wilde sur le disque, ou alors cet éparpillement lui procure une profondeur et une richesse inédites. Plus on avance dans ces passages où les guitares acoustiques le disputent à des vocaux au phrasé énigmatique et à des synthétiseurs, plus on perçoit que l’artiste a composé ici ce à quoi il aspirait le plus : un élément humain qui est martelé avec cette délicatesse propre aux émotions humaines.

Au lieu de s’égarer dans des crescendos dramatiques ou des attitudes bravaches inutiles, la musique de Wilde vibre en l’intérieur de qui l’écoute, le dépose en un endroit pour le reprendre ailleurs et le reconstitue comme le ferait une toile cubiste avec ce plus qui a nom simplicité et familiarité.

La conclusion de « Perrets Brook’s » sera un mantra apaisant avec des vagues de vocaux articulés autour de l’antienne du désir et « Marleah’s Cadence » nous enfermera dans une bataille où l’électronique rivalisera à des textes noirs mais pourtant étrangement réconfortants.

A Brief Introduction to Unnatural Lightyears est un opus dont le bagage s’avère d’autant plus impressionnant qu’il est imprégné d’une substance qui dément son apparent dépouillement. L’approche de Oliver Wilde est empreinte de dignité et d’authenticité, un éclair éclatant au milieu des playlists si souvent entendues ; l’album, à l’image de sa pochette, est un kaléidoscope de mouvements dont les compositions ne vous forcent pas à dériver mais vous autorisent à le faire.

11 août 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire