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Gauntlet Hair: « Stills »

Sur leur premier disque, éponyme, ce duo originaire du Colorado semblaient avoir appris leur art en écoutant Animal Collective ou Yeasayer tant il dirigeait sa « noise pop » dans une direction assez excentrique. Stills est de ce point de vue l’album « sophomore » idéal dans la mesure où il les voit approfondir ce cheminement en lui donnant une dimension plus sinistre, électronique et proche du « goth pop ». Ils ont en effet puisé dans le post-punk et la musique industrielle des années 80 et 90 pour créer un monstre, menaçant certes, mais aussi plein d’une verdeur joyeuse.

La première comparaison serait avec un Trent Reznor encore jeune et en plein processus de maturation : l’atmosphère est devenue plus sonique qu’auparavant, avec du « fuzz » et de la « reverb » bien sûr mais ces effets sont placés aux bons endroits afin de ne pas occulter les objectifs de l’album.

Ceux-ci sont de créer des atmosphères plus tumultueuses, avec d’immenses effets de synthés mais la guitare fluide de Andy Rauworth demeure l’élément-clef. C’estr sur elle que vont se greffer des séquences de percussions inhabituelles à la Pink Floyd, des vocaux sensuels mais étouffants façon The Church ou The Cult (un « New to It » plein de béatitude ou des « G.I.D. » et « Waste Your Art » plein de mordant).

Tout cela souligne la diversité d’un album qui échappe aux canons du rock industriel et de la pop ; en lui donnant un semblant d’exultation il revitalise un genre, celui de la « noise pop », qui s’écarte avec bonheur des schémas traditionnels que nous connaissons peut-être un peu trop avec No Age ou autres Japandroids.

★★★½☆

31 juillet 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Adam Stafford: « Imaginary World Collapse »

Imaginary Walls Collapse est un album qui a failli ne jamais voir le jour dans la mesure où Adam Stafford, ex-leader de Y’all Is Fantasy et aussi cinéaste respecté, avait presque décidé de quitter la musique.

Le disque ne déroutera pas ceux qui sont familiers avec ses techniques d’enregistrement particulières : des riffs portant le poids de la « reverb » passés en boucles et créant des nappes sonores sur lesquelles vont s’entrechoquer boîtes à rythme et percussions massives. Ce pourrait être rébarbatif sauf que Stafford ne perd jamais, dans ses compositions, une certaine faconde lui permettant de créer d’essentielles accroches pop.

Son dernier « single », « Please », en est d’ailleurs la confirmation avec une orientation vers le marché américain très flagrante, et surprenante même pour cet artiste écossais. Tout l’album aura ainsi ce focus, parsemé d’embellissements soniques allant donc des « loops » à une utilisation inventive de pédales à effets, le tout accompagné de quelques gammes toutes simples à la guitare contrastant avec la complexité des arrangements.

Imaginary Walls Collapse est, à cet égard en contraste total avec une des précédentes productions, Awnings un album expérimental enregistré a capella. Ici, on a plutôt droit à une orchestration sans orchestre dans la mesure où le disque s’éloigne des boursouflures trop arrangées de certains de ses concerts et où le son est presque maigre. Cela rend l’opus plus impérieux d’une certaine manière dans la mesure où sa complexité donne envie de s’y plonger plus profond. « Invisible Migration » véhicule ainsi une atmosphère sinistre et des textes obliques clôturés par des effets en écho, le tout conduit pas un seul tempo, celui d’un accord de guitare, rendant l’ensemble hypnotique.

Le fait de s’entourer de musiciens ne rend pas pour autant le disque plus traditionnel ; ceux-ci n’interviennent que pour donner une armature aux morceaux les plus complexes, se mettant ainsi au service de la vison tordue de Stafford. Il en sera ainsi pour les vocaux doucereux de Siobhan Wilson concourant à accentuer l’effet de transe conféré à la distorsion de « His Acres », ceux de Anna Miles sur le cryptique mais engageant « Please » ou, enfin, avec un «  Sound of Fear Evaporating », expérimentalisme ajouré par une sensibilité pop.

Imaginary Walls Collapse est un album intense qui ne demande qu’à nous ouvrir les oreilles et chatouiller notre esprit. Il pourrait être un disque phare si il parvenait à réconcilier les tenants de l’expérimentation et ceux d’un rock ouvert désireux d’emprunter des sentiers aventureux sans y perdre pour autant son âme.

31 juillet 2013 Posted by | On peut se laisser tenter | , , , | Laisser un commentaire

The Octopus Project: « Fever Forms »

The Octopus Project a autant de cordes à ses guitares qu’un poulpe peut avoir de bras. Technophiles consacrés sans pour autant faire de la techno, sorciers de l’électronique sans verser à fond dans l’electro, piliers du rock sans nécessairement en abuser  ; la musique du quatuor ressemble à un kaléidoscope qui, depuis 14 ans, a écumé une gamme insensée mais soigneusement organisée d’explorations visuelles et soniques hautement énergétiques.

Leur problème a été, jusqu’à lors, de parvenir à transférer sur disque la vibration que leurs concerts émettaient. C’est, en partie, ce que réussit à faire Fever Forms, leur cinquième album. L’entrée en matière, «  The Falls  », est significative avec son duel de guitares explosif se disputant la suprématie de leurs riffs respectifs et les 12 plages vont très vite nous entraîner dans un torrent de mélodies vocales tourbillonnantes, emplies de réverbérations et de textes psalmodiés. «  Pyramid Kosmos  » fait perdurer cette prédilection à la folie en y incorporant un synthétiseur entreprenant et agressif scandant le rythme des percussions toute les huit mesures avant que celles-ci ne s’envolent dans les hautes sphères.

Le «  single  » «  Whitby  », nous fera brièvement retoucher terre avant que le voyage intergalactique ne reprenne avec le bref «  Unspool  » puis «  Choi Signs  » et «  Perhap  », un instrumental chargé de théramine, le plus ancien instrument électronique inventé en 1919. « Death Graduates », « The Mythical E.L.C. » et « Mmkit », eux, s’évertueront à dépasser, un peu comme Hawkwind et leur « space rock », la vitesse de la lumière et, pour prouver son éclectisme ravageur, le groupe se paiera le luxe de frayer aussi dans l’univers d’un optimisme, débridé lui aussi, que ce soit sur leur second « single » « Sharpteeth » ou sur la « power pop » de «  The Man with the Golden Hand ».

The Octopus Project démonte, avec Fever Forms, qu’il n’est pas qu’un projet mais qu’il est passé au stade de la réalisation, de la concrétisation voire, peut-être, de la consécration.

★★★★☆

31 juillet 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire