Hawthorne Heights: « Zero »

Hawthorne Heights est un combo d’« emo rock » venant d’Ohio et originellement appelé A Day In The Day. Différents changements de line up et de changements de style les voient aujourd’hui sur ce cinquième opus une musique post-hardcore qui, après qu’ils aient élaboré sur la notion de tragédie avec Skeletons, les voit nous proposer un « concept album » dystopique qui suit une bande d’adolescents atypiques et iconoclastes nommé The Zero Collective. Ceux-ci s’insurgent contre une corporation oppressive et omnipotente à une époque futuriste très proche de la nôtre.

Dans ce genre d’entreprise, la thématique est souvent rebattue et l’album est, en effet, rempli de grands riffs accrocheurs et de mélodies qui visent à emporter l’adhésion. Il y a, toutefois, une noirceur sous-jacente dont le but est de montrer combien le concept a pénétré l’essence-même de l’album.

Même divorcé de le narration, Zero sera un album solidement construit montrant comment Hawthorne Heights ont su évoluer par rapport à leur répertoire initial. Quelque part, l’hisoire de ce groupe de jeunes gens essayant de combattre une idéologie doucereuse et pernicieuse leur faisant croire que tout va bien malgré le chaos qui règne est pour le groupe une allégorie sur ses démêles avec son label initial, de faire revivre également les événements qui l’ont amené à composer Skeletons plutôt que de resservir une soupe froide et aussi une tentative de remettre au goût du jour des éléments de science fiction.

Zero est donc un commentaire sur le monde dans lequel nous vivons et la façon dont nous choisissons de faire face aux épreuves. C’est un album ambitieux et parfois trop pensé, mais il permet aussi au post-hardcore de montrer qu’il est capable de se sophistiquer et au groupe qu’il sait assumer les risques qu’il prend.

★★★☆☆

Deap Vally: « Sistrionix »

Il est facile de détester Deap Vally. Le duo féminin de Los Angeles n’offre rien de nouveau dans le domaine du bluesy garage-rock hérité des Black Keys et des White Stripes et leur attitude a un panache qui peut sembler un peu trop calculé.

On ne peut pas dire non plus que Lindsey Troy et Julie Edwards ont les plus belles voix du monde et que leur musicalité guitare/batterie soit pleinement concluante.

C’est peut-être alors cette simplicité qui fait de Sistrionix un premier album si efficace. L’accord monotone imprime une pulsation stroboscopique à un titre comme « End of the World » couplé qu’il est au jappement puissant de Troy offre une merveilleuse mise en bouche qui ouvrira le disque.

Quand on combine ce côté direct à un sous-texte féministe sur « Gonna Make My Own Money » on obtient quelque chose de bien plus intéressant que ce « Independent Women » des Destiny’s Child dont il semble être l’écho.

Walk of Shame » est une infectieuse composition traitant de ce que peut représenter le fait de se réveiller un matin sans savoir qui est dans son lit et il procure un agréable détournement du cliché masculin habituel et, toujours sur le même registre, « Creeplife » sera une savoureuse incrimination de harcèlement sexuel.

Bien sûr, Sistrionix ne vise pas à échapper aux stéréotypes ; il s’agit d’un rock qui saisit par les bourses ou (équivalent) et qui vise même parfois à entériner les poncifs « sex, drugs, rock & roll and partying ».

Rien de nouveau donc sous les riffs, hormis un point de vue féminin qui tranche avec bonheur et intelligence sur les éternelles images associées « power rock ». Deap Vally n’essaient pas de réinventer le rock and roll mais de véhiculer ambiance de fête et énergie : de ce point de vue-là, elles y parviennent à la perfection.

★★★½☆

Kodaline: « In A Perfect World »

In A perfect World est le « debut album » de ce quatuor indie basé à Dublin. IL bénéficie d’une certaine notoriété dans son île, que ce soit auprès des critiques et des fans qu’il a séduits grâce à sa soft pop engageante mâtinée de folk. On a souvent dressé des comparaisons avec Coldplay (piano plutôt que grosses guitares, la voix d’enfant de choeur ténor de Stephen Garrigan), les compositions cherchent à éviter la grandiloquente pompe du groupe de Steve Martin.

D’une manière générale Kodaline va s’embraquer dans des chansons aux atmosphères douces et tamisées avec des harmonica, guitares sèches comme sur « Love Like This », des titres aux nappes de claviers donnant une atmosphère éthérée à laquelle le combo va greffer des crescendos de voix ou instrumentaux pour déboucher sur un climat épique, référence presque obligatoire à U2 mais aussi à ce groupe méconnu qu’était JJ72.

D’une manière générale ce disque est solide et apte à nous proposer une musique délicate et subtile au moyen de chansons qui, bien que n’étant pas foncièrement originales, retiennent l’oreille par les mélodies accrocheuses. Sur « Brand New Day » il s’approcheront peut-être un peu trop près de Coldplay mais il parviendront à rester dans la sobriété. « One Day », « All I Want », ‘Big Bad World » et le savoureux « High Hopes » seront les morceaux phares, mettant en valeur le spectre vocal et modulé de Garrigan.

C’est d »ailleurs cet « instrument », de par sa versatilité, qui sauvera l’album d’une uniformité quelque peu lassante. L’album se terminera sur une note charmante, « Way Back When », qui a cette qualité de vous rendre le groupe sympathique et lui souhaiter une carrière moins marquée par le sceau de ses influences.

★★½☆☆