Sonny & The Sunsets: « Antenna To The Afterworld « 

23 juin 2013

Sonny Smith a porté plusieurs casquettes tout au long d’une carrière musicale assez prolifique confectionnant, tel un artisan, une myriade de chansons sous couvert de groupes fictifs. Son précédent opus était un disque de alt-country, Longtime Companion, avec Antenna To The Afterworld il s’attaque au space-rock et explore les concepts de mortalité, de romantisme et d’identité, le tout servi sous un enrobage garage-pop garni de synthétiseurs.

Ce genre a toujours été considéré comme un artifice, une phase transitoire, permettant à un artiste de dramatiser certaines histoires en les plaçant dans un environnement étranger. Le choix aurait été d’approfondir sérieusement le côté « space » à grands renforts de drones ou utiliser le rock basique et convenu comme instrument de détournement.

Smith a choisi de rafraîchir le genre en utilisant les éléments de science-fiction pour explorer la psyché humaine. Les directions qu’il va utiliser seront celles du garage-rock, de la country rétro et surtout celle d’un jeu de guitare indolent allant de pair avec des arrangements primitifs. La ballade « Path of Orbit » mêlera ainsi douceur pop et émotion exacerbée, avec des climats oscillant entre soleil et ombre, « Void » va cheminer sur les lisières de la folies à grand renfort d’accords de claviers frénétiques et « Mutilator » jouera habilement de la concomitance entre séduction et maléfice.

Si on devait relier Antenna To The Afterworld à un écrivain de science fiction, ce serait certainement plus Vonnegut ou Van Vogt que Heinlein, dans la mesure où toute intrigue est prétexte à une interrogation spirituelle. Le titre qui clôturera l’album, « Green Blood », en est comme l’apogée, mettant en scène une conversation entre un humain et un cyborg parcourue par une suite d’accords en crescendo. Celle-ci est si bizarre qu’elle en devient charmante et qu’elle suscite empathie. Alors que Ziggy Stardust utilisait l’idiome rock pour en faire une extension de l’aliénation et de l’isolation ne laissant comme seule issue que la mort, Sonny Smith explore un « afterworld » dans lequel ce qui s’annonce est une réparation, un peu comme si la power-pop d’un titre aussi révélateur que « Primitive » retrouvait sa source non pas dans des rêveries sidérales mais dans ces chansons primales énoncées au coin d’un feu de camp dénicheur de sens et d’âme.

Pour Smith, la composition a toujours été un jeu étrange. Ça n’est pas un moindre paradoxe que ce soit l’exploration de l’extra-terrestre en nous et hors de nous qui représente la possibilité de réconciliation des contraires. Ce nouvel album, loin d’être une conceptualisation est peut-être l’album le plus humainement réaliste jamais produit par Sonny Smith, un équilibre on ne peut plus idéal entre pop songs et réflexions existentielles.


Billy Bragg: « Tooth & Nail »

23 juin 2013

Trente ans depuis ses débuts et avec la sortie de ce treizième album Billy Bragg sonne toujours impliqué dans ce qui se passe dans le monde moderne. Sa colère a sans doute pris de l’âge mais elle a toujours raison d’être pour celui qui demeure le chanteur de gauche engagé par excellence.

Sis entre ces deux pôles, la revendication et la maturité, Tooth & Nail sera un disque tamisé qui témoignera de l’état plutôt contemplatif de l’artiste vivant désormais à Los Angeles. On n’y trouvera donc pas d’hymnes appelant aux armes mais une utilisation de touches assez légères permettant de faire passer ses messages de manière plus claire.

La voix du chanteur va passer d’un son « twang » country et roots à un style plus américain, sans doute en raison d’une production (Joe Henry) rappelant ses enregistrements avec Wilco. Ces deux éléments concourent ainsi à évoquer une période où, depuis près d’un siècle, le monde n’a toujours pas appris de ses erreurs.

Cette référence chronologique s’exemplifie avec une reprise de Woody Guthrie, « I Ain’t Got No Home », où sa voix se voudra rassurante comme pour comparer un passé qui n’était pas si négatif comparé au tonparticulièrement moroses et prémonitoires dont il use sur «  No One Knows Nothing Any More » (« Que va-t-il se passer si les cours s’effondrent » ? ) ou sur l’ouverture, « January Song » où la pedal-steel larmoyante accompagnera des phrases de type « c’est ici que débute la fin ».

Tout revendicatif qu’il soit, Tooth & Nail ne sera pourtant pas un brûlot. L’atmosphère est, en fait, plutôt chaleureuse ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Sa carrière peut désormais le lui permettre tout comme son statut de résident aux États-Unis facilite un regard plus détaché sur le chaos qui règne dans son propre pays. Bragg est plus souvent ici musicien que prosélyte, rappelant qu’il est aussi compétent dans ce registre que dans l’autre.

C’est ce « crossover » entre compositions politiques et personnelles qui va rendre ce disque intéressant. Quelque part, Tooth & Nail est un album plus « internationaliste » ce qui n’est forcément pas pour déplaire à l’activiste plus ou moins marxiste qu’il est encore.

★★★☆☆


Date Palms: « The Dusted Sessions »

21 juin 2013

Le désert peut être vu comme siège de l’aridité mais aussi, pour certains, comme un territoire dont l’amplitude permet d’atteindre un plus grand degré de conscience. Pour Date Palms, duo de Oakland en Californie, il est la source de l’impulsion créatrice et de l’expérimentation sonique.

Sur ce quatrième album, le désolé The Dusted Sessions, Date Palms fait de sa poussière le siège d‘une intensité spirituelle qu’il capturera parses jeux avec les tonalités. Il s’agira d’un univers dont l’expansion sera le son lui-même, épousant l’espace sans fin et incorporant drones assumant le rôle de mantras, musique classique orientale et compositions éparses et minimalistes.

The Dusted Sessions est une œuvre apocryphe si riche qu’il est surprenant qu’elle ait été accomplie par deux personnes seulement. Greeg Kowalsky et Marielle Jakobsons. Tous deux manient un arsenal d’instruments allant de la flûte, du tanpura, du violon à l’électronique pour invoquer un monde fait de dunes et de sable se fondant au ciel et à l’air et les emmagasiner au moyen de sonorités hypnotiques dans lesquelles s’immerger.

«  Yuba Source Part One » est né d’une équipée dans le désert du même nom et il célèbre en même temps l’émerveillement et ce fantasmagorique sens de calme qui peut nous envahir après qu’un désastre nous ait commotionné..Les fans de Mogwai, quant à eux, apprécieront un « Dusted Down » baignant dans l’atmosphère funèbre véhiculée par des guitares déchiquetées. « Night Riding The Skyline » sera, lui, post-apocalyptique rongé par un murmure en trémolos, d’épaisses lignes de basses et les crescendos du violon de Jakobsons.

The Dusted Sessions s’achèvera sur la plage la plus « ambient » et sans doute la plus étrange de l’album : « Exodus Due West » avec des synthétiseurs analogiques bruissant au-dessus d’une basse délicatement frappée et d’une flûte. Le disque s’enveloppera alors sur un point d’orgue à la fois proche et lointain. Sa familiarité sera rassurante mais on ne pourra que s’interroger sur la révélation qu’elle procure à la nature humaine : son existence et la conscience de n’être qu’un grain de sable au regard de la machine qui le surplombe et le gouverne.

★★★★☆

Black Sabbath: « 13 »

21 juin 2013

À défaut d’avoir une vision, Black Sabbath avaient un univers dont ils ont été les pionniers voilà plus de 40 ans : un heavy metal mêlant distorsion avec des thèmes comme la mort, la religion et l’occulte et une image ayant remis au goût du jour le « gothique ». Ce que l’on doit au groupe a souvent été dénaturé par un line up changeant perpétuellement et des disques qui n’avaient de Black Sabbath que le nom.

13 est, depuis 1978, le premier disque comprenant les membres originaux même si le batteur Bill Ward ait refusé de se joindre au groupe en raison de disputes « contractuelles ». On retrouvera donc le chanteur Ozzy Osbourne, Tony Iommi à la guitare et le bassiste Geezer Butler dans un album qui s’ouvre avec deux titres, « End of Beginning » et « God Is Dead ? » reprenant les traits caractéristiques du combo : arpèges montant lentement en puissance, accords heavy et en sustain et textes aux rimes simples et morbides.

À un peu plus de 8 minutes ils ont tendance à être un peu boursouflés même si des titres comme « Loner » ou le plus acoustique « Zetgeist » s’avèrent relativement succincts. Même ainsi le problème est qu’ils éssaient d’émuler le son original du groupe ; le premier ressassant le son de guitare pincé et les vocaux distordus de « Planet Caravan », l’autre titre reprenant le rythme piétiné de « N.I.B. ».

La poduction a été confiée au « maître » Rick Rubin et elle s’avère efficace pour que le phrasé de Osbourne demeure aussi tendu qu’il l’était à l’origine. Ce qui liera pourtant le disque jusqu’au bout sera le travail de Iommi : celui-ci s’avérera constant et riche, avec toujours cette facilité à dépoter des riffs de metal intemporels. On lui devra la résonance instantanée qu’aura le blues sudiste « Damaged Soul » et le plaintif « Dear Father » qui réaffirmera sa prééminence sur ce qui a trait au macabre.

13 est, au total, un album solide, un retour aux éléments basiques du groupe parvenant, par moments, à rappeler et renouveler l’esprit audacieux de leur période dorée.

★★★☆☆

Mark Mulcahy: « Dear Mark J Mulcahy, I Love You »

20 juin 2013

Depuis ses débuts en tant que leader de Miracle Legion et Polaris, comme compositeur pour le Nikelodeon Show et avec ses trois permiers album solo (en particulier The Pursuit of Happiness), Mark Mulcahy a toujours bénéficié d’une aura particulière. Malheureusement ce dernier opus fut suivi de la mort de sa femme et de l’obligation d’élever seul leurs deux enfants.

PLusieurs musiciens décidèrent de se réunir et de produire un album hommage, Ciao My Shining Star, d’une part pour mettre en valeur son répertoire, d’autre part pour récolter des fonds.

C’est d’ailleurs par rapport à ce contexte qu’il faut comprendre le clin d’oeil qu’est le titre de ce nouvel opus : Dear Mark J. Mulcahy, I Love You.

Malgré des arrangements apparemment simples et modestes, c’est un disque qui ne peut s’appréhender comme étant constitué d’une seule partie. Une chose demeure familière pourtant, les traces de Lou Reed et Jonathan Richman sont toujours là, donnant, surtout avec avec la patte Richman, une certaine convivialité et le sentiment d’un retour chez soi frais et vibrant.

Le morceau d’ouverture, « Taketh Away » ainsi que le « single » « She Makes The World Turn Backwards » satisferont et rassureront les fans les plus exigeants alors qu’un refrain claquant et enlevé comme « Poison Candy Heart » lui en gagnera vraisemblablement d’autres.

L’excellence sera donc toujours là, exemplifiée par des titres aussi emblématiques que « Let The Fireflies Fly » ou « Bailing Out On Everything Again » (tous deux évoquant l’affranchissement). Le premier éclatera de vie et d’humour alors que l’autre mettre en avant un sens poignant de fragilité et de beauté imprégnée de désolation.

Dear Mark J. Mulcahy, I Love Youva donc exsuder de délicatesse et de légèreté, combinant un sens de « fun » tout en donnant empreinte de vie à chacune de ses histoires. Même s’il semble sans efforts, il est pourtant le signe que le musicien a encore plus d’un tour dans son sac. Un retour triomphal et, malgré sa pochette, touts sauf brouillé… ou brouillon.

★★★½☆

Smith Westerns: « Soft Will »

20 juin 2013

Pour un groupe dont le premier disque est sorti lorsque ses membres étaient adolescents, Smith Westerns ont diablement grandi par rapport à leurs deux premiers albums.

Soft Will est autrement plus sophistiqué et on remarque instantanément le soin avec lequel il a été conçu grâce à de riches couches sonores et des bruits oniriques remplaçant le « canal Nuggets-David Bowie » dans lequel ils s’étaient engouffrés.

Dans un sens, l’album est une extension de cette mouvance, passant de ce proto-punk âpre typiques des seventies à des conjugaisons plus orientées vers les solos de claviers, une approche conceptuelle ou « arty » et les traficotages bruitistes plus ou moins gratuits à la Todd Rundgren.

Il n’en demeure pas moins que la qualité première de Soft Will est d’être facilement accessible même si la reverb, les guitares carillonantes et les harmonies ont été supplantées par une atmosphère plus laid back et ensoleillée.

En termes d’instrumentation et de production le rendu respire un optimisme presque béat, presque parce que contrebalancé par un cynisme juvénile toujours présent. Le disque va donc baigner par des guitares à l’essor chatoyant et une coloration pop soigneusement lustrée. Le résultat va donner une affaire plus sophistiquée, expérimentale et moins simpliste par rapport aux précédents disques et chaque morceau ménagera des ruptures et virages sans que ceux-ci sonnent ostentatoires.

En dépit d’une production « solaire » une atmioopshère de mélancolie va pourtant perdurer tout au long de Soft Will («  Fool Proof », « White Oath » ou « Varsity »). Quelque part, règne le sensation que la fête est finie comme des titres tels le « floydien » « XXIII » ou « Idol » et son approche de la thématique de l’isolation l’évoquent.

Au-delà d’une apparence relaxe, on aura finalement le sentiment que l’atmosphère se voudra contemplative avec pafois des moments poignants et « bluesy ». On en arrivera donc à la conclusion finale que, tout comme Bowie, Smith Westerns ont très vite compris de quoi était composée l’autre facette du « glam ».

★★★½☆

Naam: « Vow »

20 juin 2013

Originaire de Brooklyn, Naam est un quatuor de psyche-metal dont Vow est le troisième album. Il sera pourtant difficile d’y déceler une constante dans la mesure où certains titres sont parcourus de drones qui semblent interminables et d’autres de riffs aux claviers qui frisent avec le baroque.

Ça n’est pas pour autant que ce nouvel opus offre des surprises dans la mesure où il sera caractérisé par un « stoner rock » assez habituel combinant « doom metal » façon Monster Magnet et abrasion à la Mudhoney.

« Silent Call » ouvrira l’album avec un clavier imitant une flûte de pan, petit passage qui sera un des moments instrumentaux les plus marquants du disque. La basse embrayera ensuite sur « Vow », un des morceaux les plus représentatifs du son Naam : beats lents et profonds, riffs groovy et répétitifs du guitariste Rayn Lee Sugar dont la voix monotone va se mêler à l’instrumentation. « In & Thru » sera un autre instrumental, garni, lui de percussions en écho débouchant sur un solo qui amènera un « Pardoned Pleasure » au son « surround ».

Le groupe va s’essayer à d’autres climats pourtant, « The Call » s’évertuera à proposer une sorte country plus délicate, peu crédible mais il sera plus en réussite avec « Skyscraper », référence au Pink Floyd du début avec ses percussions minimalistes et les textures de ses claviers. Ici un effet vocal aux bordures du morceau sera appliqué montant que le groupe ne se repose pas uniquement sur celle-ci même s’il est difficile de dire ce que serait la singularité de l’ensemble.

Le plus souvent il jouera sur interaction guitare batterie avec peu de champ donné à l’improvisation sauf sur « Midnight Glow » et l’album se terminera sur un « Beyond » qui reprendra le début de « One Of These Days » du Floyd, parfait hommage à une musique qui vise à servir de bruit de fond « ambient » un peu plus musclé qu’à l’ordinaire.

★★½☆☆

Heliotropes: « A Constant Sea »

20 juin 2013

Il semblerait que, aux côtés de Portland où on dénombre une certaine pléthore de duos, Brooklyn soit devenu le lieu de rigueur pour ce qui a trait à la création musicale indépendante. Heliotropes en sont issues et, à l’écoute du premier album de ce quatuor féminin, il est difficile de croire qu’elles ont débuté avec pour intention de faire des reprises de Brian Eno.

Le groupe avait déjà couvert « I Walked With A Zombie » de Roky Erickson en 2012 comme pour nous donner un aperçu de la nature à venir de A Constant Sea. En interprétant ce morceau avec un phrasé halluciné et insatisfait, Jessica Numsuwankijkul avait donné l’impression, non pas qu’elle s’échappait des morts-vivants mais qu’elle était devenue l’une d’entre eux Mise de côté la nature expérimentalisante initiale, place à un rock influencé par le métal et le psychédélisme.

Heliotropes aiment jouer fort mais, en dépit des guitares fuzz ou de leurs voix incantatoires, ils sont capables de ménager des moments acoustiques (« Christine »), une mélodie à la PJ Harvey ou à la Cat Power « Moonlite » mais, c’est avant tout dans l’univers du heavy metal que le combo va évoluer. Il ne le fait pas de manière primaire pourtant, parvenant à insuffler une ambiance « chill out » à une jam « stoner rock » comme « Everyone Else », ménager un solo de guitare translucide sur « Psalms » ou alterner le chaud et le froid sur le meilleur titre de l’album, « Joy Unfolds ».

A Constant Sea est preuve que Heliotropes maîtrise parfaitement doom rock, sludge metal et autres appendices du genre. Comme on y décèle également des influences que n’auraient pas dédaigné Spacemen 3 ou Opal, il ne reste plus qu’à souhaiter que la retenue subtile dont elles sont capables parfois permettent à leurs compositions de se distinguer un peu plus les unes des autres.

★★★☆☆

Tunng: « Turbines »

19 juin 2013

Le fait que Tunng sorte un cinquième album est assez surprenant dans la mesure où Mike Lindsey, le leader de ce groupe de « folktronica » puisque c’est ainsi qu’il a été caractérisé, est parti vivre en Islande et s’est réinventé sous le pseudonyme de Cheek Mountain Thief.

Ceci dit, une séparation officielle n’aurait pas fait grand bruit tant la carrière de Tunng était,depuis dix ans, restée confidentielle.

Turbines est donc un véritable disque et, peut-être en raison de ce cheminement resté « underground », il s’avère être leur album le plus accessible. Sur ses neuf plages, on les voit en effet mettre sous l’éteignoir les composants les plus expérimentaux qui leur avait donné cette étiquette hybride par les critiques, qualification qu’il avaient toujours accepté avec réticence.

Les chansons vont être plus immédiates, par exemple le « single » « The Village » avec sa mélodie infectieuse ou, dans un autre style, le titre phare « So Far From Here » dont la lente combustion est irrésistiblement addictive.

Il ne faudra pourtant pas se fier à ce type de considération, Tunng a toujours été capable de distiller enchevêtrement et dissonance à des compositions qui semblent chaleureuses et délicates. La complexité mélodique de « Follow Follow » devient très vite apparente, tout comme celle qui accompagne le rush avenant mais vertigineux de « Bloodlines » ou, encore, la façon dont la voix de Lindsay épouse celle de Ashley Bates sur « Once ».

Tunng donnent le sentiment d’être plus enclins à embrasser l’élément folk de leur musique mais les morceaux qui ferment l’album (« Embers » ou « Heavy Rock Warning ») conservent la signature dérangeante qu’ils ont toujours mise en avant. « Trip Trap » sera le titre qui leur ressemble le mieux avec son alliage d’electronica scintillante et de mélodie étourdissante ; il sera signe que Tunng sonnent toujours comme le meilleur d’eux-mêmes.

Ici, néanmoins, « The Village » est signe qu’il nous a conduit dans un endroit fictif, assez semblable ou Village Green des Kinks, avec pour différence qu’il ne se complait pas dans une utopie bucolique mais aborde des climats qui peuvent y être vecteurs de malaise, vague certes, mais prégnants.

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Joseph Arthur: « The Ballad of Boogie Christ »

18 juin 2013

Quand on écrit en adoptant le point de vue d’un personnage fictif, parvenir à une histoire solide est une longue quête de la créativité. Y ajouter des musiques intéressantes et des textes impérieux est une étape supplémentaire. C’est pourtant cette odyssée qu’a entrepris Joseph Arthur ces dernières années.

Celui qui a eté nominé aux Grammys dans la catégorie alt-rock a pourtant déjà une carrière assez fournie (9 albums, 11 EPs) et il a gardé dans ses armoires un bon nombre de titres qu’il estimait ne pas être assez bons pour être entendus. De cette profusion de richesses, il en a soigneusement sélectionné 12 qui ont servi de moule pour The Ballad of Boogie Christ.

Ce plus ou moins « concept album » dispose d’un fil narratif basé sur ce que le chanteur nomme « un personnage fictif basé de manière informelle son mon propre itinéraire. » D’un poin,t de vue technique, c’en a été un, effectivement, car les sessions se so,t déroulées dans le Nord de l’état de New York, à Brooklyn, Los Angeles et Minneapolis, le tout avec une assez belle panoplie de d’accompagnateurs : Jim Keltner à la batterie, le compositeur Paul Cantelon et une bonne poignée de musiciens de talent.

Même si ce nouvel opus est décrit comme étant de la « psychedelic soul », l’album est beaucoup trop diversifié pour donner le sentiment d’pêtrecantonné à un seul genre. La composition d’ouverture, « Currency of Love », est résolument orchestrale ce qui donne à l’auditeur le temps pour se préparer, à une autre odyssée, celle, musicale, que sa voix exceptionnelle va nous permettre de parcourir.

Tout de suite après, le narrateur va invoquer sa muse dans « Saint of Impossible Causes » puis la chanson titre va nous offrir un aperçu caractéristique du personnage de Boogie Christ («  Christ would be rocking/Christ would be free/He’d say there’s no difference between you and me »), un road song irrésistible et ponctué de cuivres  où il imagine un Christ écoutant rock, blues heavy metal ou hip hop avec un discernement et une inspiration dignes d’un Dylan.

Sur d’autres compositions il décrira sa victoire contre la dépendance à la drogue (« All the Old Heroes ») et jurera solidarité et loyauté à ceux qui demeurent ses amis (« Its Okay to Be Young » ou « Famous Friends Along the Coast »)

The Ballad of Boogie Christ va alterner intelligemment morceaux folk, interstices soul garnis de cuivres et de back up singers et « rockers », épousant ainsi un schéma narratif harmonieusement articulé.

À 41 ans il nous livre peut-être son album définitif, celui qui indique la fin d’une longue étape, la réconciliation avec ses amis et la sortie du noir tunnel qu’il a traversé.