Tricky: « False Idols »

Le premier album de Tricky a été réalisé dans des circonstances assez spéciales puisqu’il a eu une contrat d’enregistrement basé uniquement sur ses prestations avec Massive Attack. Il dépensa rapidement l’argent en drogues et sortit Maxinquaye, disque « fumeux », paranoïaque et garni de lourds samples.

Depuis, il a à certains moments essayé de re-capturer cet esprit et à d’autres de s’en éloigner. Ses récents vagabondages l’ont vu se diriger vers une musique plus légère et rock et, tout en ayant pris conscience de la qualité instrumentale de sa voix (Knowle West Boy en 2008) il s’était depuis très souvent réfugié derrière d’autre vocalistes.

Sur False Idols il s’agit de Francesca Belmonte qui a donc remplacé Martina Topley-Bird. Sa voix sensuelle et voilée accompagne tout le disque, accompagnée parfois d’autres chanteurs comme Paul Silberman des Antlers. Ce dernier contribue au premier « single », « Parenthesis », mais celui-ci n’est en rien typique de l’album. Il s’agit d’un titre rock, le seul qui soit couvert par deux voix et encore, Tricky se borne à n’en murmurer que quelques lignes.

Mais cette discrétion a d’autres raisons ; Tricky semble avoir voulu se concentrer sur la musicalité et faire un retour vers des sons première époque : beats électroniques sombres, instrumentation austère avec, parfois, une ligne de basse ou la tristesse d’un violoncelle.

À côté de cela, Tricky continue sa recontextualisation ludique d’autres musiques : « Somebody’s Sins » s’approprie un vers que Patti Smith avait ajouté à sa version de « Gloria » et l’étend sur tout la durée du morceau, « Valentine » le voit chuchoter sur un loop de Chet Baker et « Nothing’s Changed » va citer le « Makes Me Wanna Die » de son album Pre-Millenium Tension.

Faut-il y voir le signe que rien n’a réellement changé ? La voix de Tricky a déjà mué ; hormis sur « Does It » où elle se fait menaçante au point de susciter l’effroi, elle sert plus de contrepoint à celle de Belmonte. Quelque part, on a comme la sensation que la présence vocale du chanteur devient fantomatique ou irréelle, ce qui est parfait quand on souhaite évoquer un de ses thèmes favoris, la confusion et la folie.

Ce sentiment d’aliénation atteint son apex avec le combattif « Bonnie And Clyde » qui semble reprendre la mythologie du « nous seuls contre les autres ». C’est d’ailleurs cette commotion qui va s’insinuer dans False Idols dans la mesure où il ne cherche plus à plaire à tout le monde. Il s’agit d’un album sans compromis et sans doute ne s’est-il jamais approché de si près d’une recréation de Maxinquaye. Il n’y a, ici, aucune arrogance démonstrative d’un certain hip-hop ou plongée dans la culture expérimentaliste, juste des mélodies pop infectées par des grooves sinistres et infectieux. Tout comme il est paradoxal de sampler les autres pour s’avérer devenir soi-même, il est jubilatoire d’entendre des refrains harmonieux et simples tronçonnés par le chaos. Ainsi, peut-être est-il parvenu à se débarrasser de ces fausses idoles que nous avons tous, en l’occurrence ici, les siennes.

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