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Hookworms: « Pearl Mystic »

Le titre Pearl Mystic est assez évocateur de comment ce quintet de Leeds veut sonner, un mélange de psychedelia, de krautock et de rock and roll allumé auquel il aspire à donner des proportions épiques sans aucune fausse honte.

« Away / Towards » est une excellente indication de ce qui va attendre l’auditeur. Les guitares sont vrombissantes et gorgées de feedback, la basse rôde comme si elle était aux aguets et les vocaux de MJ sont des cris noyés dans le mixage. On se retrouve donc avec un titre explosif qui serait presque du Hawkwind s’il excédait les trois minutes qui lui sont accordées. « Form And Function » rappelle Spiritualized avec une voix rappelant Mick Jagger et un orgue que ne renierait pas Suicide.

Dans l’album s’intercalent des petits fragments nommés simplement « i », « ii » et iii » qui accentuent un paysage sonique débridé et donne une structure classique à l’album. Celui-ci est constellé parfois de langueur comme sur le groove de « In Our Time » ou de frénésie avec un « Preservation » où se mêlent esprit MC5 et pédales wah wah. « Since We Had Changed » voit, enfin, le groupe se parer d’ésotérique et d’une inclinaison démesurée à faire chavirer l’esprit avec un MJ comme mis en sourdine et ainsi d’autant plus spectral , des percussions exotiques et des claviers vertigineux.

On peut arguer que s’inspirer des Stooges, de Suicide et du MC5 n’est pas faire preuve d’originalité. Mais Hookworms le font avec panache et assurance, sans compter la tonalité sombre et très death-metal qu’ils insufflent à Pearl Mystic. Voilà un premier album qu’on ne peut que noter et qui mérité, déjà, de figurer en tête de liste des disques témoignant de ce renouveau psychédélique qui pointe le bout de sa guitare.

***

21 mars 2013 Posted by | Quickies | | Un commentaire

Keaton Henson: « Birthdays »

Keaton Henson est un artiste qui fait grand cas de son tempérament anxieux et de son manque de confiance. Birthdays, son deuxième album pourtant, semble en être la preuve tant ses compositions sonnent accablées et émotives.

« Teach Me » ouvre le disque sur une note engageante pourtant, avec une guitare électrique chatoyante dont chaque corde est délicatement pincée. Peu à peu pourtant Birthdays donne l’impression de chavirer dans une mélancolie surjouée. Le ton, vocal et instrumental, devient uniforme donnant à l’introspection de l’artiste une tonalité aux limites du pathétique.

Ce qui est frappant c’est que Henson est entouré d’invités assez renommés (Tyler Ramsey de Band of Horses, Rose Wagner des Raveonnettes) et qu’il bénéficie de la production de Joe Chiccarelli (The Shins, The Strokes). Malheureusement cette flopée de musiciens ne trouve moyen de se déployer que sur un titre, « Kronos », un rocker âpre et effréné dont on regrette de ne trouver qu’un seul exemple sur le disque.

Au fond, le son dépouillé de Henson est presque choquant dans sa pureté mais celle-ci est tellement affichée qu’elle en devient gauche et manquant de subtilité. Il est, en outre, difficile de s’identifier à un disque dans lequel la vie est racontée de façon si névrotique qu’il faudrait, précisément, des instances de distanciation pour pouvoir s’en extraire un tant soit peu. Le problème avec Birthdays est que sa monotonie occulte des mélodies qui, ébauchées, seraient prometteuses. Finalemeent, Henson pêche sur les deux aspects qu’il a voulu donner à son disque : une plongée dans la mélancolie qui s’avère trop monocorde et peu inspirée pour pouvoir susciter adhésion à l’univers qu’il nous propose.

★★☆☆☆

21 mars 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Daughter: « If You Leave »

If You Leave n’est pas un album pour gens impatients. Les plages font environ huit minutes de moyenne et « Shallows », le titre qui le cloture triomphalement en atteint presque onze. Temps est donné donc pour installer mélodies « chill out », voix fantomatique et enfumée porteuses de climats désolés. Ce premier opus de Daughter, trio londonien mené par Elena Tonra, était assez attendu et, bien que prégnant d’une atmosphère lugubre, il propose en son intérieur, des expériences qui toutes glaçantes qu’elles soient se révèlent exaltantes et même toniques. La production emprunte au post-punk « ambient » et apporte solennité et à une démarche qui se veut contemplative.

Ce qui démarquera alors Daughter d’un énième groupe du catalogue 4AD c’est le lyrisme qu’il prend soin d’apporter à ses panoramas hivernaux. Quelque part, s’ajoute à la rumination l’effort d’essayer de voir plus loin, comme s’il s’agissait de percer la surface d’un lac glacé pour mieux appréhender son monde. Les images sont comme des ondulations génératrices de frissons, brouillées et changeantes et, de ce fait, persistant à se faire indistinctes. Ainsi vont les compositions, leurs contours flous et s’épanchant l’un sur l’autre, se faisant à chaque écoute de plus en plus puissants. Leurs titres disent tout, « Winter », « Smother » (suffocation), « Still » (immobile), « Shallows » (les creux).

Le premier s’éveille à la vie sur une voix à la dérive, « Smother » est une tendre mélopée accompagnée par une guitare souple et douce alors que « Tomorrow » et « Human » se plaisent dans l’angoisse d’un mauvais rêve qui n’en finit pas et que « Youth » et « Still » sont traversés par des guitares cacophoniques. Le tempo enlevé semble alors égratigner la crise existentielle et c’est tout l’intérêt de If You Leave que de nous lester avec une pesanteur qui faire perdurer la délicatesse. On voyagera ainsi entre confort d’une chaleur évasive et frêle et retour vers des ondes glacées et presque mortifères.

★★★☆☆

21 mars 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

David Bowie: « The Next Day »

Que de paradoxes chez David Bowie, le premier ayant été l’habileté (certains diront le défaut) à jongler avec son image, à multiplier les avatars et, la plupart du temps, à surprendre en apparaissant là où on ne l’attendait pas.

Depuis la tournée « Reality » en 2003-2004, il ne se faisait plus entendre au point que les rumeurs (sans doute exactes) sur son état de santé circulaient, que d’autres avaient évoqué un nouvel album en 2010 mais qu’on n’en avait plus entendu parler et qu’un groupe nommé Seetheart avait même enregistré un morceau intitulé « David Bowie Dead ? » .

Le vrai est enfin démêlé du faux avec The Next Day et on ne peut, une fois de plus, saluer comment, dans un environnement où tout se sait désormais quasi immédiatement, le secret d’un album sur lequel l’artiste travaillait avec Tony Visconti depuis trois ans (voir notre interview : https://rock-decibels.org/2012/10/14/tony-visconti-un-batisseur-dinspiration/) .

Cette décade écoulée, une éternité dans le domaine du rock, pose bien sûr le problème du « come back album », et, Bowie étant resté une icône voire un mythe, la gageure d’avoir à l’introduire auprès d’une génération qui n’a qu’une vague conscience de sa carrière.

Bowie s’est-il posé les choses avec, dans la tête, cette problématique ? Comme d’habitude il va envoyer des signes contradictoires : la pochette de « « Heroes » » couverte d’un carré blanc mais, en même temps, le retour de certains musiciens avec qui il avait l’habitude de travailler (Earl Slick, Tony Levin, Gerry Leonard, Gail Ann Dorsey), des allusions dans ses textes à certains personnages qui on jalonné ses métamorphoses mais aussi, a contrario, un disque nommé The Next Day.

L’album donc : on se doit de saluer le retour de Visconti, non seulement pour ses talents de producteur-arrangeur, mais aussi par le fait que jamais il n’aurait permis à ce que l’opus contienne un ou deux bouche-trous.

La chanson-titre d’ouverture ne perd d’ailleurs pas de temps à dresser un tableau de ce que sera l’album dans la mesure où la thématique du jour du Jugement dernier proclamée par Bowie va servir de toile de fond à une réflexion sur le temps qui passe et l’énergie que nous nous devons d’y puiser. Le chorus de guitare est incisif, le rythme heurté et martial ; il est suivi, ensuite par un « Dirty Boys » éléphantesque et dissonant et un « beat »à contre-temps rappelant « Fashion » et un saxo qui semble, une fois de plus dresser le poing d’une façon combative.

On retrouvera un «Bowie qui nous est familier avec « The Stars (Are Out Tonight), ballade rock à l’épique maîtrisé et à la voix chatoyante et la facilité habituelle qu’il a de jouer sur les diverses significations du mot « star », icône pop et spationaute. De ce point de vue le titre dépasse en subtilité ce sur quoi qu’un morceau comme « Fame » avait pu gloser en abordant le thème de la notoriété dans la mesure où il est un panorama plus vaste de la « personne » Bowie.

Fi de l’espace, c’est pourtant temps, donc la mort , inflexible, qui reviendra de façon lancinante dans un « Love Is Lost » aux synthés palpitants et robotiques, et où la voix proche de la panique du chanteur accentue encore l’atmosphère cryogénique qui empli la composition.

« Where Are We Now » enchaînera alors, voix plaintive et perdue, sur la dissociation qui peut surgir de ce sentiment de ne pouvoir se situer (argutie chez notre caméléon) et « Valentine’s Day » plutôt qu’une célébration de la Saint Valentin, s’avérera sans doute une allusion à des meurtres commis lors de cette fête avec ce portrait d’un tueur homicide justifiant les meurtres de masse. La rythmique est plombée, la tonalité de la voix accusatrice mais aussi parfois même pleine d’empathie, paradoxe ironique chez quelqu’un qui a pu être accusé d’avoir des sympathies fascisantes.

Le disque conservera cet élan monumental et vertigineux même si l’humeur va radicalement changer par la suite. « If You Can See Me Now » est une titre disco spasmodique, contorsionné et accéléré de telle manière que Bowie est amené à aménager ses vocaux en bribes éclatées de syllabes et « I’d Rather Be High » résonne avec une emphase désespérée quand le phrasé du chanteur s’élève comme un plaidoyer au milieu d’un morceau traversé par des circonvolutions mélodiques et des arrangements « chill-out ».

Le même schéma sera repris sur « How Does The Grass Grow ? », voix tour à tour endormante, puis doo-wop et enfin sarcastique, reprenant (et là on est obligé de revenir sur une des fonds inhérents à The Next Day) le thème de la guerre et- de l’appétence au combat. L’intérêt de ce morceau est que, comme souvent, Bowie va multiplier les perspectives au lieu de se focaliser sur un point de vue (d’où les variations vocales) jusqu’à devenir un spectateur choqué par sa propre narration. Le crissement et l’élasticité de la musique qui l’accompagne, sans compter la magnificence étalée au milieu du morceau, servira alors à amplifier cette multiplicité et à lui donner corps.

Entre ces pôles, deux titres manqueront de panache, « Boss of Me » dont l’énergie est quelque peu tiède et « Dancing Out In Space » à l’élégance un peu vide, mais ils auront servi à assurer une transition entre les quatre premiers titres et les suivants. « Dancing Out In Space » fait supposer qu’on va renouer avec une séquelle de « Space Oddity » mais, étonnamment, Bowie va choisir de nous entraîner dans un environnement léger à la garniture ténue et presque indiscernable.

Les trois derniers morceaux seront, par contre, superbes et mémorables. Comme sur « Dirty Boys », l’artiste revisite avec « (You Will) Set The Worls On Fire » une période musicale dont il a fait partie. Au lieu d’évoquer la période « glam » il va pourtant s’attarder sur la scène folk des années 60, au moment où, de David Jones, il est devenu David Bowie. De manière intelligemment perverse, ce qui pourrait être le récit simple et rempli d’humilité d’une aspirante star du folk est dénaturé en titre rock instantané (le plus carré et le plus addictif du disque) grandiloquent et visant la jugulaire. « You Feel So Lonely You Could Die » est riche de références : Elvis et « Heartbreak Hotel » est la plus évidente tout comme sera criant la fin du morceau qui reprendra le rythme de batterie de « Five Years » qui ouvrait The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars. Le titre en soi véhiculera la même atmosphère de dissociation et d’étrangeté telle qu’on la retrouvait dans la thématique de l’extra-terrestre (autre clin d’oeil, à The Man Who Fell To Earth cette fois) mais ici tout le monde semble être devenu un « alien » ce qui accentue la morbidité de la composition merveilleusement épousée par la voix angoissée et presque implorante du chanteur.

Ce côté multidimensionnel atteindra son apothéose sur le morceau final, « Heat ».Il semble, être un résumé, la somme de toutes les parties qui ont constitué The Next Day. De façon symptomatique il entonne d’une voix glaciale et noire ce leitmotiv : « And I tell myself / I don’t know who I am. » Cette orientation éparpille ses diverses facettes au vent et aussi à l’oreille de celui qui écoutera le disque Visconti lui-même révélera avoir demandé à Bowie pourquoi les paroles en étaient si sombres et avoir eu comme réponse : « Il ne s’agit pas de moi. » Reste bien sûr à s’interroger sur le fait que l’artiste n’est jamais autant lui-même que quand il évoque un autre.

Pour quelqu’un qui a si souvent décrit l’Apocalypse et chanté la décadence, The Next Day est une résurrection détonante et vivifiante. Ayant fait face à la mort et s’étant vraisemblablement résigné à ne plus jamais tourner, Bowie se refuse à confectionner ce qui serait la rumination typique d’une rock star âgée sur la vie future mais donne, au contraire, au temps une cigarette. Qu’un artiste rock fête ses 66 ans de de cette manière est le plus beau cadeau qu’il puisse offrir, à lui-même bien sûr mais aussi à ses fans, qu’ils soient anciens ou nouveaux.

 

21 mars 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , , | Laisser un commentaire