Rapid Talk: Interview de Unknown Mortal Orchestra.

18 février 2013

Ce second album de Unknown Mortal Orchestra est plus que réjouissant  tant il s’avère intime, tranquille et enchanteur. Ruben Nielson son chanteur en quoi II est la continuation du premier opus et comment la chose s’est ainsi naturellement faite.

Ce nouveau disque est très «  laid back  » et romantique  : «  So Good At Being In Trouble  » fait penser à Al Green par exemple .Aviez-vous des sensations particulières quand vous avez travaillé sur sa sonorité  ?

Tout a été écrit quand j’étais en tournée ce qui a donné une conception nocturne et une «  vibe  » qui était celle d’être toujours en mouvement. Mentionner Al Green est gratifiant pour moi. Je crois que qu’une atmosphère d’hédonisme à cet album s’est infiltrée dans II sans que ce soit délibéré de ma part.

La production, à l’inverse de beaucoup d’autres, est tenue en bride. Était-ce une façon de vouloir donner plus d’importance aux idées de l’album  ?

Je voulais revisiter les mêmes thèmes mais avec le point de vue de quelqu’un qui avait fait de UMO un vrai groupe «  live  ». Les ingrédients et la technique étaient similaires mais j’avois, quant à moi, beaucoup changé. Je ne cessais de penser à ce film, Return to Oz, quand Dorothy y retourne et que tout s’est modifié, a pris une teinte plus sompre, génère une atmosphère plus tordue et plus mature aussi. Musicalement je voulais être le même mais faire des choses plus complexes musicalement  : des arpèges et des arrangements plus recherchés, des percussions plus en avant et des vocaux plus exposés. Mon but était que l’ensemble sonne plus sec en réaction contre la musique en reverb et «  hip  » qui s’étalait un peu trop à mon goût depuis les trois dernières années.

Quel est le secret derrière votre son de guitare, en particulier les pédales que vous utilisez  ?

Je joue sur des Fenders, en utilisant des suites d’accords très courts. J’apprécie qu’elles aient une tonalité qui fait penser que j’utilise des jouets. J’aime la Fender car elle a des textures qui grattent, j’utilise des micros «  low noise  » et je change souvent les bouchons pour obtenir ce côté étouffé en même temps. Mes amplis sont des Fenders et des Oranges ; l’idéal c’est de jouer avec les deux. Quant à mes pédales, elle sont innombrables  : Octafuzz, Doctor Q, Disaster Transport, Holy Grail, Small Stone, Grand Orbiter, Fuzz Mite, arthquaker Devices… Et je compte en ajouter d’autres  !

Sur un des titres, « Swimand Sleep (Like a Shark) » vous parlez de ne pas fermer vos yeux. À quoi faites-vous référence ?

C’est une chanson qui parle de s’échapper. J’étais dans cette rêverie où je flottais au fond de l’océan et où il y avait des tonnes d’eau entre moi et la société. Il y a aussi la notion de mouvement, j’ai toujours été une personne qui ne se fixait pas.

Sur « The Opposite of Afternoon » comment êtes-vous parvenu à véhiculer cette atmosphère de proximité si intime ?

Je ne sais pas (Rires). J’ai toujours aimé la façon dont Serge Gainsbourg sonnait, comme si il chuchotait à votre oreille, sur Melody Nelson, par exemple. C’est à la fois vibrant et effrayant. Je crois que ces deux ambiances forment une très belle combinaison et je suis heureux quand on me dit que je parviens à perturber.

Puisque vous parlez d’ambiance, le disque en a une assez ensoleillée comme en un milieu d’après-midi. C’est aussi votre façon de vivre au jour le jour ?

Je crois que je le suis la moitié du temps. Nous sommes un des groupes les plus « chill out » du monde vous savez. (Rires) Je prends de l’âge et parfois je peux être très crétin et joyeux et à d’autres moments me prendre la tête comme jamais. Je souhaite que mes albums soient positifs, qu’ils aient un côté rassurant, comme un endroit où vous pouvez vous sentir en sécurité.

Vous semblez partagez la même sensibilité de « déplacement » et de nostalgie qu’Ariel Pink.

Ça a été une grande influence. La plupart des gens ne comprennent pas et pensent qu’il refait vivre la musique en dehors des canons établis du rock and roll. Mais ni lui ni moins ne sommes des revivalistes. Il y a beaucoup d’humour dans ce qu’il fait. Ça peut donner une impression de prétention et de complexité mais, à la base, j’aime utiliser les textures de musiques plus vieilles pour créer plus de profondeur dans mes disques. C’est comme si je vous emmenais dans des endroits qui sont à moitié familiers. Au fond, c’est mamanière de « sampler » le passé comme le font les artistes hip hop.J’aime Zappa, Sly grâce aux « samples » et quand j’ai découvert la « soul » je me suis aperçu que j’en étais déjà fan ! La première fois que j’ai entendu Led Zeppelin c’est à travers le « sample » des Beastie Boys sur « When The Levee Breaks ». Inimaginable, non ? (Rires)


The Beach Fossils: « Clash the Truth »

18 février 2013

Sous la houlette de Dustin Payseur qui avait sorti un album solo en 2009, The Beach Fossils ont en publiant leur premier opus, gagné un public fidèle dans la scène dream-pop de Brooklyn. Il est vrai qu’avec leur formule guitares, basses, rythmes à quatre temps et vocaux baignant dans la « reverb » le groupe assumait totalement son esthétique « slacker » et ne cherchait pas à sonner différemment d’une myriade d’autres ensembles.

Ce qui avait séduit était un côté punk qui semblait greffé sur un répertoire indie pop et lui insuffler un sursaut d’adrénaline salutaire. L’intéressant était que The Beach Fossils ne se situait pas dans les extrêmes et que la qualité du songwriting de Payseur lui donnait une valeur mélodique qui demeurait palpable.

Clash The Truth est différent, moins râpeux, mais là encore The Beach Fossils n’ont plus le même line-up hormis Payseur et quelque part ce disque est le projet exclusif du vocaliste qui en chante toute les parties sauf quelques interprétations avec Kazu Makino de Blonde Redhead qui apporte une touche délicieusement nostalgique sur des titres comme « In Vertigo ».

Payseur gère tous les instruments sauf la batterie mais il a confié les rênes de la production à Ben Greenberg (The Men). Celui-ci apporte au projet un vernis qui n’apparaissait auparvant que par éclipses dans les compositions de The Beach Fossils.

Cette orientation surprenante pour ceux qui avaient pris l’habitude d’une tonalité plus punk, mais elle permet aux compositions de briller de manière plus éclatante qu’elles ne l’auraient fait si Payseur avait maintenu son optique initiale. Un titre comme « Shallow » par exemple offre des lignes de guitares claires et épousent volontairement la mélodie. Mais elles demeurent vives et acérés pour mieux contribuer à des textes dont on devine, par la diction, qu’ils sont vindicatifs et acerbes.

Sur « Clash The Truth » d’ailleurs Payseur ouvre l’album en déclarant : «  La vie peut être si pourries / Qu’on ne peut en apprécier ses moments purs ». Ceci donne le ton d’un album qui va ainsi offrir une dichotomie étrange entre désespérance et espoir. D’un côté il y aura le doucement acoustique « Sleep Apnea » ou la gentille palette instrumentale de « Ascension » et à califourchon entre cette humeur et son contraire on trouvera le classieux refrain indie pop « Crashed Out ».

Doit-on se préoccuper d’une telle versatilité ? Pas réellement et ce pour des raisons presques opposées. Au confluent du punk et de l’indie, Payseur met en avant une qualité de composition et surtout une sensibilité qui ne peut que plaider pour ses saillies contre les plaies du monde moderne. A contrario, et une fois l’effet de surprise du premier album passée, il lui est peut-être malaisé de gérer cette contradiction entre véracité et la démarche dream-pop ou « slacker » (branleur) quand celle-ci se manifeste ici. Cela explique, en partie, le titre de l’album, Heurt avec la Vérité tout comme cette pochette de visage atomisé ou brouillé.

Quelque part, on a finalement l’impression que The Beach Fossils n’est pas un groupe dont on peut attendre grand chose. C’est, une fois de plus, le prototype du combo qui se distingue des autres parce qu’il n’y a pas énormément de raisons de vibrer dans la scène indie d’aujourd’hui. Reste qu’on peut tout à fait se satisfaire de sa brillance mélodique, de ses guitares étincelantes et de ses rythmes amènes.


The Virginmarys: « King of Conflict »

17 février 2013

Ils ont la vigueur et la morgue de la jeunesse mais ils y ajoutent le classe et le talent des «  vieux  » rockers. Ils se nomment The Virginmarys et le premier album de ce «  power trio  », King of Conflict, est une des meilleures choses qui soit arrivée au (hard) rock-blues depuis longtemps. Les comparaisons sont flatteuses  : Eagle of Death Metal, Foo Fighters, Queens of the Stone Age mais avant tout Jimi Hendrix Experience, Led Zeppelin, Motörhead et Cream.

Procédons par ordre : les vocaux de Ally Dickety sont perçants comme pourraient l’être ceux de Plant ou de Dave Grohl s’alliant avec Alex Turner. Il suffit d’écouter « Dead Man’s Shoes » ou « Portrait of Red » pour s’en convaincre, associés qu’ils sont à la puissance du riff et du rythme.

Parlons de ce dernier justement. La relation entre Jack Bruce et Ginger Baker avait semé les bases de Crea quand ils étaient encore des blues-rockers psychédéliques. « Lost Weekend » et « Bang Bang Bang » montrent qu’ils ont fait des petits en la « persona » de Danny Dolan et Matt Rose.

Ajoutons la production astucieuse de Toby Jepson (Little Angels) mettant en valeur chacune des performances et vous obtenez un « debut album » de 53 minutes qui semble durer le temps d’un instant.

Bien sûr on pourra dire que tout cela a déjà été fait. Simplement The Virginmarys le font mieux et nous font encore mieux comprendre ce que Lester Bangs disait au jeune journaliste de Almost Famous : « C’est bien dommage que tu aies loupé le meilleur du rock and roll ».

The Virginmarys, eux, nous prouvent que cette juste cause n’est pas désespérée quand elle rugit d’authenticité sur la profession de foi qu’ils jettent à la face du rock « mainstream » : «  You’ve Got Your Money, I’ve Got My Soul ». On ne pourra rêver, conclusion qui fait tout sauf clore la controverse qu’il génèrent pour notre plus grand bonheur, slogan plus idéal et plus poétique que ce titre…

★★★★☆


Nataly Dawn: « How I Know Her »

16 février 2013

Nataly Dawn est une chanteuse multi-instrumentiste folk-tock originaire de Californie qui joue également en duo avec Pomplamoose. Ce sont les réseaux sociaux qui ont créé le buzz autour d’elle et lui ont permis d’être signée sur une « major ».

How I Knew Her est, peut-être en raison de ce changement, différent des ses productions précédentes en particulier le EP My Terrible Friend où elle projetait une image dégradée de soi dont le dépouillement s’avérait terriblement poignant.

Ici, les compositions sont plus légères et optimistes. « Araceli » ou « Long Running Joke » sont traversés par des vocaux hoquetants assez maniérés, couverts par une instrumentation fournie qui vise vraisemblablement à ne pas trop mettre en évidence la voix idiosyncratique de la chanteuse. Le sentiment qui prédomine est celui de candeur et d’innocence, virage radical par rapport à ses premiers enregistrements.

Le résultat donne un album aéré dans lequel l’enthousiasme véhiculé par la voix de Dawn devient parfois à la limite de la mièvrerie (« Caroline »). À cet égard on ne peut que regretter que les dispositions affichées par une production étoffée cèdent peu à peu la place à des arrangements qui mettent en exergue un phrasé vocal qui devient très vite agaçant et complaisant. La candeur sonne alors feinte, presque scénarisée, et même l’énergie bluesy de « Please Don’t Scream » ou « Even Steven » sont gâchées par des trilles qui empêchent la slide ou la guitare de donner un peu de nerf à How I Knew Her.

L’album reste finalement rudimentaire dans son approche des climats doux-amers ce qui est dommage car les compositions sont plutôt bien ficelées. Là encore il faudra domestiquer une voix pour qu’elle se révèle alors infectieuse et moins intrusive.

★★★☆☆

Foals: « Holy Fire »

16 février 2013

Foals avait créé le buzz, du moins en Angleterre, avec leur premier album Total Life Forever. Le problème pour ce groupe indie dance rock est qu’ils sont maintenant soumis à ce démon qui est l’attente, ou du moins ce qui est attendu d’eux. Le défi n’était pas trop de se renouveler sans trop changer mais plutôt de justifier, avec Holy Fire, l’accueil qui avait été réservé précédemment.

Il est certain que le groupe a souhaité se transformer et, même si, le groupe décrit l’album comme « un machine brutale et à dix jambes », la couverture représentant un cheval et son cavalier dans le couchant dément son propos.

« Prelude » qui ouvre Holy Fire se consume lentement et donne un ton qui va être généré sur tout l’album. Loops de guitares, basse ronflante qui passe peu à peu de ce statut à un volume plus prononcé et une accélération de tempo ; ce procédé du mesuré au bruyant va ainsi zébrer le disque qui de distortions et de fuzz (celles qui vont interrompre les gentilles japonaiseries introduisant le morceau« Inhaler »), qui en hymne disco (un « My Number » qui pourrait bien être une pièce de résistance en concerts.)

Si le groupe s’attarde sur de tels schémas sur « Everytime », il y introduit es arrangements sont plus subtils et pop. « Late Night » suivra le même chemin avec un clavier cotonneux et les vocaux peu appuyés de Yannis Philippakis et, si référence à la vie nocturne il est, ce sera à celle des soirées tranquilles plutôt qu’à celle, lascive, des dance-floors.

Foals a voulu affirmer son identité et l’affiner. On retrouvera donc des synthés rugissants (« Milk & Black Spiders »), des plongées vers l’extrême (le chaos organisé de « Providence ») et des titres plus « downbeat » (« Stepson »).

Terminer sur le minimaliste « Moon » intervient comme un anti climat ; si Foals est prometteur ce « sophomore album » ne justifie en rien l’attente qu’il avait provoquée !

★★★☆☆

Coheed & Cambria: « The Afterman: Ascension » & « The Afterman: Descension »

15 février 2013

Un double album dont le deuxième élément sort, comme annoncé, quelques mois après le premier, cela fleure bon le « concept album ». Quand on sait, en outre, que Coheed And Cambria annoncent une couleur mystique et une quête existentielle, on se dit qu’on va avoir à faire à un opus de hard-rock voisinant avec l’épique.

On ne se trompera qu’à moitié puisque le groupe prend bien soin de mâtiner son heavy-metal de tonalités électroniques et d’emo rock.

The Afterman Ascension puis Descension disent déjà par leurs titres qu’il s’agit d’une musique qui sera mélangée à une histoire de science-fiction futuriste.

Le résultat sera sans surprises : long voyages dont la musicalité se trouvera dans la dramatisation et les effets spéciaux, ambiances sinistres véhiculées par des riffs hérités des valeureux Hawkwind et des vocaux spectraux, gros chorus de guitares épaulés par des tons qui se font déclamatoires, bref Coheed And Cambria nous offrent toute la ribambelle de procédés qu’on était en droit d’attendre du genre.

Il ne s’agit pas de le dénigrer, les « concept albums » sont en soi des idées intéressantes, simplement on a le sentiment que le groupe est prisonnier d’un style pompeux qu’il a choisi mais aussi d’une histoire qui, sans doute à ses yeux, justifie son emploi.

On serait bien en peine alors de trouver des nuances, parfois des intros ou des outros très brèves, la seule de taille étant le fait que Descension semble vouloir se caractériser par une vitesse d’exécution de plus en plus vertigineuse.

S’il s’agit d’inquiéter et de hanter, le combo parvient aisément à son but. Ce qui clochera de façon indélébile est que, pour nous, l’essence fondamentale du concept à savoir son intrigue restera obscure et, qu’en outre, l’ambition dont fait preuve le groupe ne trouve pas sa traduction dans un schéma musical plus inventif.

On aurait aimé meilleur usage de l’électronique, on aurait apprécié un plus grand sens des subtilités harmoniques. Les amateurs de grandes fresques musicales se satisferont de ce double opus, les autres préfèreront qu’à jouer sur les disjonctions et les marges le groupe adopte une attitude moins monolithique et emphatique.

★★☆☆☆

Sin Fang: « Flowers »

15 février 2013

On peut être leader d’un groupe de sept musiciens, les Islandais de Seabear, cela n’empêche pas Sindri Már Sigfússon de sortir des albums sous son propre pseudonyme, Sin Fang. Flowers en est le troisième. On aurait, à cet égard pu penser que travail en solo allait faire un contrepoint avec un ensemble aussi étoffé ; il n’en est rien tant ce nouvel opus véhicule tout hormis dépouillement et impression de solitude.

Musicien hésitant, il s’est évertué à développer une véritable méthodologie dans ses compositions. Sur Flowers, le résultat en fait un opus abouti et baignant dans l’assurance.

S’emparant des paysages propices à la contemplation de son île, il s’efforce de créer une atmosphère de beauté mystique, nimbée à la fois dans le folk, la pop et la psychedelia. Les arrangements sont amples, formés de multiples couches où synthétiseurs, guitares, percussions et vocaux cultivent l’art de la résonance, un écho amplifié qui n’a pas besoin de pousser le volume. Le son est riche tout en conservant une qualité virginale, à l’instar du fragile « Young Boys » ouvrant Flowers et qui sera emblématique des fluctuations entre percussions et cordes ou vocaux et choeurs qui vont parcourir l’album.

Fluctuations ne veut pas pour autant dire fluidité et c’est dans ce contraste voulu que la musique de Flowers va s’avérer surprenante. La transition vers « What’s Wrong With Your Eyes » va se faire sans efforts mais avec mise en relief de la dissonance qu’elle affiche avant de sombrer dans une orchestration classique tout comme « Look At The Light » laissera perméable à l’oreille drones et percussions qui traversent des vocaux timides et ondoyants.

Chaque morceau apportera ainsi sa note de distorsion, créant ainsi un bien joli halo de complexité. Exemple idéal de « crossover » classique / psychedelia ; Flowers porte bien son nom par la variété des couleurs qu’il imprime à notre écoute.

★★★½☆

Pissed Jeans: « Honeys »

14 février 2013

Honeys est le quatrième album de ce quatuor d’origine ouvrière de Philadelphie. Pour un groupe dont les affinités se situent dans la contestation du monde actuel avec un répertoire axé sur le hardcore et le « noise rock », ce disque est beaucoup plus délicat à étiqueter. On y trouve toujours matère à les comparer à Black Flag ou aux Misfits, mais Honeys montre que le combo a décidé d’explorer d’autres genres avec, en premier lieu, une production plus ample et un son plus ouvert donnant un côté moins éjaculatoire à ses précédents opus, mais maintenant toujours ce dédain ironique qui transperçait au travers de ses compositions.

On trouvera, en outre, des éléments de « math rock », de post punk ou même de jazz alternatif ; évolutions qui sont d’autant plus à remarquer qu’elles s’inscrivent toujours dans le cadre de morceaux ne dépassant pas les trois minutes.

Les structures des percussions se font moins binaires et plus complexes et les riffs de guitares, tout aussi acérés qu’ils demeurent, sont plus élaborées, passant du métronomique à des moments où ils se fondent dans l’arrière-plan. En effet, la basse prend, sur Honeys, une importance inégalée enveloppant l’album et lui donnant une aura beaucoup plus menaçante qu’un simple son guttural pourrait transmettre.

Pissed Jeans restent néanmoins fidèles à une certaine idée du primal ; la tonalité garage est encore là et la production complémente les compositions de manière idéale en préservant un côté « vintage » qui sonne toujours aussi authentique et débarrassé des clichés.

Honeys donne le sentiment qu’il a été enregistré en analogique, sur un vieux lecteur de cassette et Pissed Jeans qu’ils domptent le passé pour mieux explorer le futur.

★★★☆☆

The Little Ones: « The Dawn Sang Along »

14 février 2013

The Little Ones est un groupe de Los Angeles qui s’y est formé en 2006. Ils ne cachent pas les influences ensoleillées qui leur servent de référence, The Beach Boys, The Zombies et, à un moindre degré, The Shins. Après quelques EPs qui les avait vus les enfourcher avec ostentation, leur premier album, Morning Tide, marquait une volonté d’évoluer vers d’autres atmosphères plus sombres (Coldplay, Mighty Lemon Drops ou Echo & The Bunny Men).

Ce deuxième opus marque comme un retour à ce qui avait fait la force du combo lors de ses EP. Le disque baigne dans des mélodies pop enlevées et cette exubérance si propre à la Californie du Sud.

Les vocaux comprennent, en majorité, des falsettos enjoués, des orchestrations aux touches de synthétiseurs très légères (« Little Souls ») et, sur la plupart des compositions, des arrangements si délicats qu’ils en deviennent presque mièvres. Les harmonies vocales, prononcées sur pratiquement chaque plage, ne font que souligner cette propension à faire dans l’apprêté et, seul un seul titre s’en singularisera avec succès, un « Catch Up The Movement » avvec des backing vocals musclés et une guitare qui s’aventure enfin dans de ténus effets de wah-wah.

Au total, The Dawn Sang Along , s’il est constitué d’une collection de titres assez agréables n’évite pas de sombrer dans la saccharine. On a parfois l’impression de faire face à des caricatures ou des dessins animés (ceux de Disney pas ceux de Tex Avery!) . Un peu plus de variété n’aurait pas desservi les quarante minutes qui composent le disque. The Littles Ones ont sans doute oublié qu’un assortiment sucré et joyeux ne fait pas pour autant un album fringant et entraînant.

★★½☆☆

Nick Cave & The Bad Seeds: « Push The Sky Away »

13 février 2013

2013 marque le trentième anniversaire de Nick Cave & The Bad Seeds et ce quinzième album a quelque chose d’un nouveau départ pour le chanteur australien car Push The Sky Away est le premier album des Bad Seeds où ne figure pas Mick Harvey puisque celui-ci a quitté le groupe en 2009.

Pour ceux qui étaient habitués aux guitares féroces et aux vocaux gutturaux des Bad Seeds, le changement se fera aisément sentir sur ce nouvel opus. Nous n’avons pas affaire ici au Nick Cave habité par la religion très Ancien Testament et aux prêches de Abattoir Blues, ni non plus à ce narrateur dérangé qui nous contait des aventures de tueurs en série sur Murder Ballads ni, enfin le rocker incandescent de son projet parallèle, Grinderman.

Push The Sky Away est, en fait,le Nick Cave le plus retenu et concentré, voire receuilli (ce qui ne veut pas dire apaisé) que nous avons connu depuis The Boatman Calls.

La différence par rapport à ce dernier album est qu’il avait été composé alors que Cave était en pleine rupture sentimentale et que le disque é&tait transpercé par une tristesse incommensurable. Push The Sky Away, quant à lui, véhicule une atmosphère beaucoup plus inquiétante toute mesurée qu’elle soit (le timbre du chanteur sonne parfois presque comme Leonard Cohen).

Quand « We Know Who U R » ouvre ainsi le bal, son clavier minimaliste mais régulier et claquant enveloppera la voix de Cave et d’un choeur féminin atteint de sinistrose, offrant immédiatement un aperçu de ce que sera l’album. Les cordes enflées de « We Real Cool » tout comme le phrasé récitatif du chanteur provoquent alarmisme, et il en va de même du cliquetis régulier sur « Water’s Edge » ou d’un « Jubilee Street », dont le ton pourrait être celui d’un roman (il s’agit des mésaventures d’une prostitueé). Ce titre servira d’introduction à un autre univers, celui de « Finishing Jubilee Street », où le phrasé parlé de Cave n’est pas sans rappeler « The Gift » du Velvet Underground et où les choeurs féminins qui accompagnent le titre feront tout sauf atténuer le caractère dramatique et hallucinogène de la composition.

Certains morceaux se veulent plus légers, « Higgs Boson Blues » notamment, mais ils ne procurent qu’un moment de répit et n’entravent en rien le climat majestueusement angoissant de l’album. En effet, peu à peu, ce morceau de près de huit minutes nous entraîne dans un « road trip » insensé qu’on a peine à comprendre mais dont il est impossible de se détacher

Musicalement, le départ de Harvey a permis à Warren Ellis de prendre un peu plus possession de la mise en place du disque. Ses loops rythment l’album et apportent une énorme contribution au climat itératif que Cave insuffle à ses plages. Ils accentuent cette menace sous-jacente qui s’avère intrinsèque et inhérente à ce qui habite Nick Cave.

L’intérêt est que, tout en semblant au préalable trop sombres, ils épousent peu à peu une atmosphère au point d’être indissociable d’elle. Push The Sky Away est, à ce titre, un album monolithique mais il affiche cohérence et cohésion dans la mesure où, comme dans ce qui pourrait être une tragédie, il y a une unité de fond et de forme. Le résultat est magistral et, très vite, les loops nous font adhérer sans peine à cette vision.

On pourra regretter la côté psychotique de Cave mais, le chanteur arrivant à trente ans de carrière acquiert désormais un autre statut. Les arrangements minimalistes conviennent parfaitement à l’atmosphère encore plus spectrale qu’il a souhaité donner à sa voix d’aujourd’hui. Ils sont signe que Nick Cave n’a pas fini d’évoluer et de nous surprendre tout en continuant à être cet artiste à part entière instantanément reconnaissable par le ton et comparable ni plus ni moins qu’à Dylan pour les textes.