No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Foxygen: « We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic »

On pourrait très bien jouer, avec ce disque, à la devinette et trouver le nombre de références, plus ou moins cachées, qui y figurent. Après un premier album assez volontairement confus, notre duo de rockers rétros reste délibérément le regard fixé en arrière (disons les sixties) et continue d’évoluer sur un registre qui oscille entre hommage et pastiche, tribut à l’originalité d’une époque ou parodie de la-dite époque.

À quoi, alors, s’intéresser quand la couleur est ainsi annoncée ? Certainement pas à noter que, par exemple, « San Francisco » fait penser aux Kinks, que « No Destruction » pourra intéresser tout fan de Dylan ou de Al Stewart, ou que « In the Darkness » sera une énième chanson inspirée des Beatles. We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic manie l’irrévérence et ne s’en cache pas ; il est donc nécessaire de le considérer à l’aulne de ce qu’il a de plus que le premier LP de Foxygen.

Un « progrès » se situe dans la production de Richard Swift, avec une volonté d’éloigner le combo du lo-fi. Nous sortons dès lors du domaine de l’amateurisme et surtout de l’artifice. L’appropriation se situant à un niveau flagrant, il était nécessaire de s’attacher à des structures de compositions qui pouvaient permettre de jouer avec ces brusques changements d’humeurs et de tonalités. La plupart des morceaux voguent (ou vaquent) allègrement un peu comme un pick pocket le ferait dans une rame de métro. De ce travail de reconstruction Sam France et Jonathan Rado se sortent avec les honneurs. Sachant très bien que, s’ils envisageaient un « concept album » ou un mini Sgt. Pepper’s, ils n’en auraient pas la facture. Le groupe préfère donc se focaliser sur un panorama léger et inconséquent qui donne parfois la sensation que l’on assiste à un dessin animé où le tandem serait, cette fois, Hanna et Barbera s’essayant au Rock and Roll.

We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic est un album charmant et, en majorité, grandement charmeur. Bien sûr, il ne prétend pas être ce qu’il proclame dans son intitulé et, à ce titre, parvient à restituer un peu de cette magie qui animait « l’Âge d’Or du Rock & Roll ».

★★★½☆

22 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Un commentaire

Eat Skull: « III »

Tout étonnant que cela puisse paraître, Eat Skul est un groupe qui parvient à cumuler noise pop à approche lo-fi. Pour cela, ce combo de Portland emprunte ses influences dans une façon d’enregistrer semblable à ce que faisait Guided By Voices à ses débuts, à savoir le « home recording » et ses premières amours à savoir le hardcore.

Sa pop va donc être assez sombre et immédiate mais enterrée sous d’assez importantes couches instrumentales. Des morceaux comme « How Do You Know When To Say Goodnite ? » et « Dead Horses » sont ainsi témoignages d’une pop récitative et presque primaire dont l’impact est amplifiée par les assonances des vocaux. On peut y entendre un lointain écho des Go-Betweens avec une sensation d’esthétique lo-fi passée au crible d’un micro qui aurait été posé dans une pièce par hasard. Cette impression d’amateurisme est pourtant trompeuse et le laisser aller est soigneusement canalisé. On sent que les effets sonores très connotés Beatles sur « Goodnite » ou ceux, plus menaçants, de « Twin Sikk Moons », émanent d’une construction mûrement élaborée puisque, entre ces deux titres, figure un « Stupid Moon » dont les synthétiseurs gargouillants accompagnent l’ébranlement annoncé. « Summer Inside » et ses vocaux fantomatiques n’aura aucun mal à nous embarquer dans ce voyage austère dont la tonalité chaloupée se poursuivra avec le « singalong » ravagé de « Amnesty Box ».

À ce niveau-là, Eat Skul maîtrisera parfaitement usage de l’électro minimaliste sur des refrains acoustiques, preuve supplémentaire qu’une démarche « slacker » ne s’improvise pas. Gardons pour la fin « Space Academy » qui ouvre III avec une chanson pop essentielle, comme pour montrer que cette sensibilité ne sera pas obscurcie par l’étrangeté d’arrangements sonores au minimalisme sauré.

★★★☆☆

22 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

The Soft Hills: « Chromatisms »

Originaires de Seattle, The Soft Hills sont un quatuor de psyche-pop dont la tendance serait de suggérer les choses plutôt que les accentuer. Ainsi, leur précédent opus, The Bird Is Coming Down The Earth, mêlait habilement le rural au spectral. Il s’agissait d’un disque partagé entre guitares appuyées, production « space » et douces harmonies vocales, à mi-chemin entre classic et indie rock.

Sur Chromatisms le groupe développe un peu plus cette mouvance, même si l’album se montre moins chromatique que son nom ne le suggère. Les titres vont, en effet, plus vers le spaced-out que le folky ne serait-ce que par les deux morceaux qui l’introduisent. « Riding High » et « Sweet Louise » voit la résurgence de « rockers » plutôt boueux annonçant la nature sinistre et réflexive que va prendre le disque.

Un titre comme l’acoustique « Marigolds » développera, par son dépouillement, une atmosphère endeuillée plutôt que champêtre et quand, le groupe se lance dans harmonies vocales à la Fleet Foxes, ce sera pour délivrer des histoires dont on devine la côté dépressif rien que par l’arrière-plan saturé projeté musicalement (guitares en boucles s’écrasant sur des percussions éclatées) et des vocaux neurasthéniques. La composition la plus emblématique à cet égard sera « Dear Mr. Moonlight » alternant subtilement psychédélisme façon Pink Floyd et mélancolie à la Neil Young.

Chromatisms est un disque perclus par l’isolation (« Un » évoque le meilleur des Walkabouts), celle qui est délivrée par des touches délicates dans lesquelles l’épique (« Mighty River ») est contrebalancé par la grâce. The Soft Hills parviennent à merveille à maîtriser tension et délivrance, un peu comme si le céleste ne pouvait être atteint que par un séjour dans les tréfonds.

★★★½☆

22 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Psychic Ills: « One Track Mind »

Psychic Ills, voilà un nom qui fleure bon certains acides et il est vrai que, après avoir flirté avec le rock expérimental, ce duo de New York semble avoir dérivé vers ce que son album précédent voulait dire , à savoir des rêves brumeux (Hazy Dreams).

Sur One Track Mind, là encore le titre de ce nouvel album est porteur de sens. Avoir l’esprit focalisé vers une unité de son est en effet une façon adéquate de signifier en quoi le groupe a décidé de s’enraciner vers le « stoner rock ». Les lignes de basse sont hypnotique et menaçantes, les parties de guitares sont noisy et saturées comme pour amplifier le monolithisme des compositions. « One More Time » annonce fort justement un album qui se voudra être un hybride entre Spacemen 3 et The Gun Club. Les climats répétitifs (« See You There ») ou mystérieux (« FBI ») souligneront en quoi des vocaux noyés sous des chambres d’écho, des bandes passées à l’envers ou des échappées bluesy que n’auraient pas renié le Blue Cheer de Vicebus Eruptum sont capables de faire bon ménage avec un psychédélisme qui privilégie l’assaut sur les sens plutôt que la sophistication de la British Psychedelia.

Il n’est en effet ici pas question de subtilités mais de volonté d’asséner à l’auditeur un rock batailleur et calamiteux. De ce point de vue on pourrait presque avancer l’idée que One Track Mind est un « road album » sur des sentiers hallucinogènes et non balisés. Soulignons, à cet égard, la production de Neil Michael Hagerty de Royal Trux. Elle est capable d’encadrer les dérives acoustiques tout comme les freak out de guitares déjantées capable, à elle seule, de donner un semblant se structure à des compositions qui se veulent sauvages et débridées. On serait bien en peine de trouver à redire à une démarche qui, quelque part, se situe encore dans l’expérimentation. Elle a simplement substitué à la rigueur clinique une volonté de puiser une inspiration vers un imaginaire que, n’en déplaise aux cuistres, seul un inconscient peut véhiculer.

★★★☆☆

21 février 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Darwin Deez: « Songs for Imaginative People »

 

Sur son premier album éponyme, Darwin Dee était peçu comme un « hipster » de Brooklyn, amalgame savant où se mêlaient les influences de Beck (pour les influences déjantées) zr de Prince pour certains vocaux appuyés et nourris de rythmes guitar-funk.

Avec Song for Imaginative People, l’artiste montre qu’il essaie de dépasser cette image en allant encore plus loin dans le « songwriting » non-conventionnel et en agrémentant son jeu de guitare d’autre chose qu’une mise en avant de riffs clairs et nets à la Purple Rain.

De Prince, Deez ne garde au fond qu’une pochette fort similaire à une photo de ce dernier (petite moustache, cheveux bouclés) et se concentre avant tout sur la Composition. À cet égard, l’instrumentation va se faire plus discrète (les interventions à la six cordes sont placées en arrière plan) et les structures des morceaux vont continuer à aller vers de plus en plus de complexité. Si le côté Prince est un peu sous l’éteignoir, l’influence Beck va s’approfondir. Au-delà des titres qui sont tout sauf directs, les orchestrations vont se faire sous forme de couches qui se superposent les unes aux autres en adoptant, de toute évidence, le principe du copier/coller.

Le résultat est assez allègre, facétieux parfois musicalement (l’artiste semble vouloir éviter toute incursion vers la pop en usant de breaks et de ponts sur chaque morceau), mais en adoptant un schéma répétitif et une narration sur le mode de la conversation, Deez essaie de donner une plus grande épaisseur introspective à ses textes.

On ne peut qu’apprécier ce talent de production, tout comme ce jonglage permanent entre une approche « arty » et une autre, plus élémentaire. Deez semble avoir laissé de côté la « slacker » attitude en s’investissant plus sur l’humeur de l’album que sur la volonté de composer un « single ».  En cela il montre qu’il ne craint pas d’irriter et de dérouter ce qui est de bon augure quand il s’agit d’une deuxième album.

★★★½☆

21 février 2013 Posted by | Quickies | , , , | Laisser un commentaire

California X: « California X »

California X ne vient pas de Californie mais le trio est originaire de Amherst Massachusetts tout comme Dinosaur Jr. dont le son semble hanter ce premier album éponyme. Sur leur page Twitter ils insistent sur le côté « fun » de leur attitude qui ne peut qu’attirer les fervents de la guitare boueuse dans le domaine de l’indie rock.

En même temps, California X ne sont ni aussi prévisibles ni aussi professionnels (dans le sens d’inspirés). « Pond Rot » sonne ainsi comme du Green Day amplifié et le groupe semble vouloir justifier une approche plus axée sur le swing que sur l’intensité. « Spider X » aurait très bien pu être un classique du genre si les vocaux n’avaient pas été mixés si bas et les percussions si tenues en bride. L’un dans l’autre ce ne sont que de petites critiques au regard de la vocation première du combo, à savoir véhiculer une bonne humeur qui, de ce point de vue, est tout à fait californienne.

Le rythme donné à l’album va également dans ce sens ; des titres qui n’excèdent pas quatre minutes comme si les solos et les fantaisies devaient être réservées aux shows en public.

Bref si le trio sait plutôt bien gérer cet équilibre entre power pop et noise rock, il n’en demeure pas moi qu’il serait nécessaire pour California ‘apprendre à démêler les trucs qu’il maîtrise si bien pour nous offrir une musique dans laquelle l’émotion ne serait pas aussi synthétisée.

Il est certain que, pour un premier album, cette alliance de power riffs et de méloédies accrocheuses peut suffire. Néanmoins, si tant est qu’on pouvait reprocher à Dinosaur Jr. de s’enfermer dans une éthique « noisy », on pourrait très bien convenir que California X a une approche quelque peu madrée et calculatrice. Peut-être qu’en se débarrassant de ces signes aussi contradictoires qu’une influence trop prégnante et un jeu visant à les déboulonner, le groupe parviendra à être autre chose qu’un produit « crossover » et nous montrera ce que California X signifie véritablement.

★★½☆☆

20 février 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Maston.

Avec Shadows, Maston a frappé très fort dans le genre de la musique psychédélique «  ambient  » mais façonnée par une esthétique californienne très sixties. Les facettes qu’il en explore en sont à la fois familières et originales  car plus cinématographiques ; il explique ici de quoi est fait son art.

Quelles sont vos premiers souvenirs musicaux  ?

Ma famille n’était pas musicienne mais ils adoraient ça et avaient une énorme collection de CDs. Je me souviens très bien en avoir toujours entendu et avoir regardé lles pochettes dès 3 ou 4 ans. Je me souviens celles de Sgt. Pepper’s, de Help  !, Face Value de Phil Collins, des albums solos de Sting. La chanson favorite de mon père était «  Our House  » de Crosby, Stills, Nash & Young et c’est la première que j’ai apprise à jouer au piano.

On parle de vous en citant Van Dyke Parks ou Ennio Morricone mais quelles sont vos véritables influences  ?

Les plus fondamentales sont Brian Wilson, les Beatles, Joe Meek, Phil Spector et Burt Bacharach. Quand on parle de tonalités et d’arrangements il y a une aire où touts ces artistes se chevauchent et ça semble être là que mes chansons existent. Je reste, par conséquent, très attaché à certains types d’enregistrement. Ce qui dicte mon écriture, ce sont mes goût et Van Dyke Parks ou Morricone en font aussi partie. J’ai écouté pendant des mois la musique qu’il a composée pour Diabolik. Aussi quand je travaille, il s’agit avant tout pour moi de prendre comme point de départ une musique que j’ai entendue et appréciée., même s’il ne s’agit que d’une «  vibe  ».

Ambitionnez-vous de donner une qualité cinématographique à votre musique  ?

J’ai toujours adoré les bandes originales de films. Ce sont les premiers disques que j’ai achetés et j  ‘en écoute encore toujours beaucoup. Il est certain que ça a eu une influence massive sur ma façon d’arranger et d’écrire de la musique instrumentale. J’ai travaillé sur quelques petits films au piano et ça demeure mon rêve, mais ce sera après quelques autres albums. La manière dont je compose est très adaptée à cet art et je me demande à quoi ressembleront mes prochains disques de pop à cet égard.

Vos enregistrements respirent la confiance comme si vous saviez déjà à quel son vous souhaitiez aboutir. Quelle a été votre évolution en tant que musicien  ?

Je crois que c’est lié au fait que mes goûts ont toujours été très clairs J’ai appris la guitare et le piuano tout seul dès 14 ans et, même si ce que j’écoutais à l’époque est très différent de ce que j’aime aujourd’hui, je crois que j’aurais adoré, à l’époque, être exposé à ce que mes goûts sont aujourd’hui  .J’ai donc progressé musicalement tout en développant mes préférences très vite. Peu à peu elles se sont affinées et je n’ai pas varié depuis que j’ai eu une vingtaine d’années.

Il m’a fallu surtout améliorer mes talents d’écriture et de production pour être au niveau des sons et ça m’a pris environ 7 ans pour avoir le sentiment de faire une musique ayant de la substance. Mes premiers enregistrements n’étaient pas différents stylistiquement mais juste non developpés. Je voulais des cuivres et des bois, j’en ai donc achetés et me suis appris à jouer les parties que j’avais en tête. Même chose pour les claviers et les percussions. Si j’identifiais un son et s’il me plaisait j’essayais ensuite de le reproduire.

Et vous y parvenez ou reste-t-il encore dans votre tête ?
J’ai la chance de pouvoir traduite ces idées. C’est pour cette raison que j’aime travailler seul. Vous n’avez rien à expliquer et vous pouvez vous concentrer sur le son. Sur cet album, je crois que tout sonne comme je l’imaginais.

Jusqu’à présent mon plus grand problème a été les limites techniques. J’aimerais utiliser un équipement plus fiable et il y a des tas d’instruments pour lesquels j’ai des idées mais que je ne maîtrise pas encore. Je crois que, la prochaine fois, j’utiliserai des musiciens pour les cuivres et les bois de façon à écrire des parties plus élaborées.

Comment avez-vous été signé ?

Mon label Trouble in Mind avait entendu mon EP Voyages ainsi que mes « posts » sur « Bandcamp ». En outre, à l’époque je jouais de la guitare pour un groupe assez demandé à Los Angeles. J’ai enregistré et tourné avec eux aussi Maston avait été mis entre parenthèses. Ensuite je me suis remis à faire quelques shows en, solo et c’est à ce moment qu’ils m’ont contacté. Je ne pouvais rêver meilleur « timing » et meilleur feedback de leur part. Ils comprenaient vraiment ce à quoi je voulais aboutir.

En quoi vos approches différent-elles quand vous jouez sur scène avec un groupe ?

Quand j’ai sorti le EP Opal j’ai essayé de faire des concerts avec juste quelques pédales d’effets. Il n’y avait rien de pré-enregistré. J’avais juste un micro pour passer d’une pédale à l’autre pendant que je jouais en j’ajoutais toutes les couches l’une sur l’autre. C’étais étrange mais « fun » et pas très différent de ce que je faisais sur disque.

Je me suis, ensuite aperçu que c’était assez restrictif pour moi car je ne pouvais jouer toutes mes compositions et qu’on me demandait de passer dans des plus grandes salles. J’ai donc formé un groupe. On a joué sporadiquement quelques mois car ils avaient aussi des engagements. Maintenant nous fonctionnons à plein temps et ce sont quatre excellent musiciens. Ils apportent une énergie que je ne pourrai véhiculer seul. C’est très gratifiant d’avoir une réaction immédiate de gens qui partagent mes idées alors que sur disque on joue sur le long terme.

 

20 février 2013 Posted by | Rapid Talk | , | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Spectral Park.

Spectral Park c’est un seul homme, Luke Donovan adepte des «  samples  » tout autant que des instruments organiques. Son premier album nous emmène dans de véritables montagnes russes faites de mélodies en spirales et d’arrangements psychédéliques hérités des sixties . Il s’est prêté de bonne grâce au désir qu’on pouvait avoir de lui parler.

Comment la musique est-elle entrée dans votre vie il semblerait pour ne plus vous quitter  ?

Mon père était musicien aussi elle était déjà toujours présente mais je n’a pas commencé à en jouer avant pas mal de temps. J’écoutais des vieux disques comme Les Beatles, Love, Syd Barrett, le Velvet, les Kinks, Bowie, les Pretty Things ou les Stooges. Ça m’a donné l’impression que tout avait été fait et dit à la perfection et que jamais je ne pourrai faire quelque chose de comparable ou simplement de nouveau. Je n’essayais donc pas. Un jour mon père m’a laissé utiliser son équipement et m’a montré comment faire fonctionner un sequencer.  Il avait un vieux clavier Yamaha relié à une boîte à rythmes Roland. J’ai appris quelques accors et me suis lancé dans des instrumentaux qui plagiaeint les Beatles avec des tonnes de descentes chromatiques au piano et à la guitare. J’ai été fasciné quand j’ai constaté comment il était facile de se perdre là-dedans  : j’ai donc continué, puis réécouté, etc. Le fait de composer un morceau qui n’existait pas avant vous est une chose merveilleuse, vous savez. ,La première fois que vous le faites êtes fier et avec une sensation étrange. Pour moi c’était la réalisation que personne ne sait ce que son subconscient peut inspirer à moins de se brancher et de tenter de créer quelque chose. Après ça j’étais accro  : le soir-même j’ai emprunté une vielle guitare à mon père, elle avait un manche très large et juste trois cordes, et me suis mis à composer des trucs… plutôt abominables. (Rires)

Faire de la musique est une chose, vouloir le faire connaître en est une autre…Quel a été le catalyseur ?

Je peux être très introverti et l’idée de jouer « live » m’a épouvanté très longtemps. J’aimerais me sentir naturel sur une scène mais je n’y ai jamais été à l’aise. J’étais très bien à chantonner des trucs sur un huit-pistes chez moi et à les jouer à quelques amis. Certains d’entre eux m’ont dit qu’ils trouvé ça pas mal et m’ont persuadé de les envoyer et de les jnterpréter.

Vous aviez trouvé une boîte de vieux vinyles : vous les avez « samplés » et les avez traficotés pour vos débuts. Qu’avait-elle de si inspirant ?

C’était probablement son côté anonyme et intégral aussi. Il y avait du Led Zeppelin, quelques groupes que je connaissais vaguement mais, en majorité, c’était des gens sont je n’avais jamais entendu parler. Le genre de trucs que vous trouvez dans des vide-greniers. Il y en avait une bonne centaine. Quand vous avez tout ces disques en face de vous, que vous n’en connaissez que peu l’idée de choisir de manière aléatoire est très excitante. Vous commencez à vous dire que chaque petite partie de cette énorme potentialité devient un instrument qui n’a jamais été joué auparavant. Je n’en ai utilisés que trois ou quatre mais je continue à les explorer.

Comment avez-vous procédé à partir de cela pour réaliser un album? Aviez-vous déjà les chansons en tête ?

Au départ je souhaitais juste utiliser les samples comme substituts à un groupe avec qui j’aurais fait des jam sessions. Je trouvais parfois une note dont le son m’intéressait, ou un accord, un rythme. Je tordais sa tonalité avec mon Roland. Je le découpais et jouait avec des variations que je créais jusqu’à ce que, accidentellement, j’obtienne un accord ou une note qui me plaise. Ensuite je jouais la basse, les synthés, la guitare et, de temps en temps, ajoutais d’autres instruments à partitr de samples plus courts. Je greffais la mélodie, les vocaux dessus puis allais et venais entre les choses samplées et celles que j’avais jouées. Les sections se sont créées au fur et à mesure que chaque titre progressait.

Une grande partie du disque n’a pas de samples et aucune des mélodies et des riffs de guitare n’a été créée ainsi. Les samples avaient pour rôle de me surprendre en abordant la structure des compositions. Et puis je souhaitais que le son ait vraiment une tonalité bizarre et très sixties.Cela me permettait d’y parvenir sans avoir à passer par la case « dépenses » ou en le faisant de manière plus conventionnelle. Vous écrivez très vite ainsi, moins d’une semaine pour réaliser touts ces structures.

Et comment avez-vous été signé par Mexican Summer ?

Quelques labels m’ont aidé en m’encourageant et en me donnant des conseils. Mexican Summer connaissaient mon morceau « L’appel du Vide » et ils m’ont contacté alors que j’étais sur le point de sortir une cassette sur Moon Glyph. Ils ont compris que je souhaitais avant tout faire un vinyle donc la transition s’est faite sans heurts. C’est irréel d’être dans le catalogue d’un label aussi excitant.

Quels sont les artistes dont vous pensez qu’ils ont inspiré vos débuts ?

Ça va sembler une réponse bateau mais probablement les Beatles et Bowie. Il y a une telle diversité dans leur répertoire mais ils sont toujours réussi à conserver un élément pop. J’ajouterais aussi beaucoup de morceaux que j’aurais aimé composer !

19 février 2013 Posted by | Rapid Talk | , | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Nightlands.

Le deuxième album de Nightlands, Oak Island, se singularise par des vocaux aux couches multiples et par une instrumentation si légère que chaque titre semble s’imbriquer dans l’autre sans efforts. Ce voyage musical fait de guitares acoustiques doucement grattées, d’électronica « ambient » et d’harmonies seventies est l’oeuvre de Dave Hartley (bassiste de War On Drugs) qui s’en explique ici.

 

Il y a un vers de Oak Island qui court ainsi : « J’aimerais vous inviter juste pour pour quelques temps, dans un endroit où j’avais l’habitude d’aller. » En quoi Oak Island est-elle un point de référence pour ce disque ?

Oak Island se situe au large de la Nouvelle Écosse. La rumeur, sous formes d’indices ambigus, veut que se situe dans ses fonds marins les plus grands trésors. Mais on n’y a jamais rien trouvé. Je ne sais pas très bien pourquoi j’ai adopté ce titre mais il m’a semblé coller à l’album. J’ai toujours été fasciné par le mystère et le rôle qu’il tient dans l’art. Le premier vers sur « Time & Place », tout comme presque tous les textes du disque, s’est révélé à moi. Je n’écris pas mes paroles de manière délibérée, je fournis plutôt un gros effort pour être dans un état émotionnel propice à ce qu’elles s’écrivent d’elles-mêmes. Je crois que, composées de cette manière atemporelle, elles sont beaucoup plus honnêtes et intéressantes. Je ne peux donc que spéculer sur ce que je voulais dire ; mais la nostalgie a toujours été un thème dans ma vie et ma musique. Peut-être que Oak Island représente ma tentative à rentrer chez moi et que la dernière ligne de « Looking for Rain » dit si ce voyage a été couronné de succès.

Votre premier album date de quelques années. Leur déroulement a-t-il été porteur d’inspiration pour celui-ci ?

J’ai traversé une rupture majeure, et cela doit filtrer au travers du disque. J’ai également beaucoup tourné avec The War on Drugs et ça ne peut être qu’éducatif. Je suis trentenaire désormais, et ça me plait bien. Je me sens plus à l’aise avec moi-même que je n’ai jamais pu l’être. Je pense que cela a entraîne un disque qui exsude de la confiance. Je suis parvenu à me concentrer sur la véracité de ce que j’avais à dire plutôt qu’à ce que d’autres pouvaient en penser. Vous travaillez infiniment mieux ainsi.

« So Far So Long » est très aérien, avec des trompettes lointaines comme dans un bouillard. Est-ce un bon moyen de résumer la qualité rêveuse et nostalgique du disque.

J’ai joué de la trompette en passant, malencontreusement, par une pédale à effets et un ampli. C’est un de mes titres favoris et j’ai pas mal peiné dessus. Il est pourtant très simple, deux accords et les textes mentionnent ma rupture. Je suppose qu’il est un peu comme « Overs » de Simon & Garfunkel, du moins thématiquement. Vous savez que quelque chose est terminé mais vous avec encore de l’affection pour l’autre, pour ce qui a été partagé. Je crois que si le morceau n’avait pas été produit avec ce son un peu éthéré il n’aurait pas traduit la même émotion.

Vous êtes le fils d’un généticien ; comment êtes-vous venu à la musique ? En pensez-vous que certains traits du caractère de votre père se retrouvent dans la façon dont vous créez ?

Mes parents m’ont toujours soutenu mais il est certain qu’ils auraient préféré que j’opte pour le Droit. Je me souviens les avoir entendus me dire un jour : « On veut juste que tu fasses de la musique dans ta chambre mais que personne ne puisse l’entendre. » C’est une peu compréhensible d’autant que ma sœur est médecin et mon beau-frère chirurgien. Je sais en même temps qu’ils ont venus me voir au David Letterman Show avec The War on Drugs donc j’ai toujours pensé que ça pourrait très bien marcher. Mon père est un scientifique, très rationnel et logique mais il sait faire preuve d’émotion et de tendresse. Je trouve qu’on a tort d’opposer l’un à l’autre. Il travaille pour le National Cancer Institute mais quand il dit qu’il préfère être « dans son labo » je sais très bien qu’il adore ça comparé à son rôle institutionnel. Je me souviens, gamin, que souvent il se levait la nuit pour tester une idée ou une autre. C’est un souvenir que ne peut que vous inspirer, que ce soit inhérent ou appris. Je pense être un rat de laboratoire moi aussi en terme de musique. J’adore m’isoler, essayer des tas de sons ou des nouvelles choses. C’est fascinant.

« I Fell In Love With A feeling » rappelle Crosby, Stills and Nash ainsi qu’ELO. Vous semblez être assez influencé par les années 70 mais, en même tmps, vous y distillez de subtile touches d’electronica.

Ces deux ont eu une anorme influence sur moi, tout comme Simon & Grafunkel et les Beach Boys. J’adore les harmonies à plusieurs voix, leur façon de s’entremêler et de vous émouvoir. Pour moi, c’est de la beauté à l’état pur. Je pense que je vais continuer dans cette voix, peut-être un jour m’en éloigner, mais pour l’instant je chasse toujours ce dragon. D’ailleurs je ne compose pas à partir d’un piano ou d’une guitare mais je démarre souvent avec des éléments rythmiques puis y ajoute mélodie et harmonies. Je pense que les rythmes et les tempos sont très évocateurs et si il y en a un qui me parle je suis capable de l’écouter des heures durant jusqu’à ce que je trouve la mélodie qui va avec. « So Far So Long » en est un excellent exemple ; j’avais le tempo et j’ai essayé des tas de choses avant de trouver la véritable émotion… Quand j’y pense, je ne pense pas avoir jamis écrit un moreceau à la guitare qui m’ait plu.

Quel est le sujet de « Nico » ?

Nico c’est mon neveu. J’ai commencé à travailler sur ce titre juste après l’avoir vu pour la première fois, il avait deux semaines. Je souhaitais lui composer une berceuse mais, ironiquement, c’est devenu un truc en spirale avec une atmosphère venue de nulle part. J’ai même envisagé de le retirer de l’album tant il était devenu extrême. En un sens c’est le morceau dont je suis le plus fier car j’ai passé beaucoup de temps dessus. Il contient peut-être 300 couches vocales, superposées rebondissantes l’une sur l’autre. C’est un titre dont l’épaisseur est déréglée.

Comment recevez-vous vos compositions quand vous les réécoutez rétrospectivement ?

Aucune d’entre elles n’est difficile à réentendre même si je me surprnds à vouloir souvent changer certaines choses. En même temps, une fois le disque achevé, je ne me sens plus en relation avec lui. Il existe dans son propre monde.

Comment vivez-vous le fait de travailler avec War on Drugs par rapport à Nightlands ?

Ça n’est pas difficile pour moi. J’aime les deux projets et je n’ai aucun mal à y trouver le juste équilibre.

Avec Nightlands, d’où vos idées surgissent-elles ? Aimez-vous les retravailler longtemps avant d’aller en studio ?

Les idées du premier album venaient souvent la nuit, soit quand je m’endormais, soit quand je me réveillais d’un rêve. Il m’a fallu beaucoup de temps et de discipline pour re-capturer les sensations provoquées.

La plupart du temps j’écris chez moi. J’ai un petit studio doté d’une équipement primitif mais ça me suffit. J’écris pour le disque, je ne fais pas de « démos ». Avec la technologie aujourd’hui il y a trop d’options et ça me pose problème quand il s’agit de décider. J’enregistre donc sur une bande et fais des choix arbitraires. Je verrai bien si je change de méthode plus tard.

C’est dur d’acquérir une discipline quand on est un artiste solo ?

Ça peut l’être, mais déjà je n’ai pas la télé ! Ceci dit j’ai beaucup d’amis là oùje vis, je n’ai pas de travail régulier. Je prends mon rôle de musicien très au sérieux et si je ne fais rien durant une journée je m’en veux immédiatement. Quand je suis sur un truc qui m’excite réellement je peux ne pas dormir ou manger. C’est presque comme si j’étais dans un état de transe.

Vous avez, parait-il, des projets de fiction…

Oui je voudrais travailler sur une longue nouvelle de science-fiction. Je souhaite essayer d’appliquer certaines de mes méthodes de compositions à quelques unes de mes idées. L’un s’ajoute à l’autre de la même manière que Nightlands repose sur une alchimie assez onirique qui ne m’empêche pas d’adorer monter sur scène et y jouer du rock and roll.

18 février 2013 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Ducktails.

Comme si être le membre clé de Real Estate n’étais pas suffisant, Matt Mondanile est de retour en mode Ducktails avec un nouvel album, The Flower Lane. Le moins qu’on puisse dire qu’il a du répondant, en termes de vrai studio, d’un producteur et d’invités plutôt renommés. Il nous donne ici quelques explications quant à son évolution.

Vous avez été très occupé lors de votre tournée avec Real Estate ; comment avez-vous pu concevoir et enregistrer un album de Ducktails ?

J’ai ou faire tout ça l’été dernier. Cela faisait pas mal de temps que je travaillais sur quelques idées ; j’ai enfin pu les mettre en place.

Vous est-il difficile de cloisonner les choses entre Real Estate et Ducktails ?

C’est très différent. Avec Ducktails ma vision est vraiment spécifique et je suis le seul à prendre les décisions alors que c’est beaucoup plus collaboratif dans Real Estate.

Être en contrôle est-il important pour vous ?

Très oui, j’aime le sentiment que cela génère.

En même temps il y a une évolution par rapport aux premiers albums de Ducktails enregistrés chez vous puisque vous y avez d’autres musiciens et un vrai producteur.

En effet mais Domino Records a proposé de m’aider à travailler dans un studio à Brooklyn and je ne me voyais pas refuser cette opportunité. Je me suis dit ensuite que je pouvais trè!s bien inviter tous mes amis musiciens à y participer.

Vous en avez tiré quoi ?

Une super expérience, très laid back et fun. On ne savait pas très bien vers quoi on allait se diriger mais il n’y avait rien de stressant là-dedans. Par rapport aux autres albums de Ducktails, c’était différent mais il n’y avait rien d’exceptionnel. Cela s’est passé grâce à Domino qui sont un super label quand il s’agit d’aider les artistes à sortir des disques.

Aviez-vous une appréhension à convier ces personnes à travailler avec vous par rapport à leurs réactions éventuelles ?

Sur certains passages, j’avais des personnes particulières à l’esprit. Je souhaitais que Daniel Lopatin vienne improviser avec ses synthés et qu’ensuite on se charge du montage. C’était un processus très créatif, y compris quand j’ai écrit des parties spécifiques pour faire venir des vocalistes féminines. Tout le monde s’est beaucoup impliqué je dois avouer.

Comme de chanter avec Jesse Farkas ?

Oui, et d’autant plus tonifiantque c’est une excellente amie et une superbe chanteuse.

Beaucoup de vos invités sont assaociés à la musique électronique ; Ford, Lopatin et le producteur Al Carson qui a travaillé avec Peaking Lights.

Je souhaitais que ça sonne un peu plus electro ; c’était intéressant pour moi… et pour eux aussi j’espère. (Rires)

Sur « Letter To Intent » par exemple, l’électronique occupe une part prépondérante.

Ça n’était pas le cas à l’origine. J’ai commencé à l’enregistrer dans mon sous-sol avec un vrai magnéto à bandes. Je l’ai ensuite emmené en studio et c’est là que les trucs les plus fous se sont amalgamés avec je ne sais combien de musiciens. Au départ je ne voulais pas que ça sonne aussi démentiel.

Par contre votre guitare sonne toujours aussi propre…

J’utilise juste un phaser et une Space Echo Box. Rien de bien complexe et ça me convient parfaitement.

On a souvent comparé votre son à celui de groupes des années 80.

C’est juste que j’aime un son de guitare propre. Pour moi, ça en dit plus que de jouer en distorsion.

18 février 2013 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire