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Johnny Marr: « The Messenger »

Johnny Marr est de cette race de guitaristes des années 80 qui, à l’instar de Bernard Butler, ont préservé une réputation d’innovateurs tout en s’affranchissant des excès démonstratifs des « guitar heroes » de la génération précédente.

Après la séparation des Smiths il s’est avant tout concentré sur une carrière de musicien de session et The Messenger est son premier véritable album solo depuis près de 30 ans. Il n’y a pas lieu d’être ni étonné ni déçu de ce disque ; il s’agit de l’album de guitariste auquel on pourrait s’attendre avec les les particularités de Marr (une six cordes assez fleurie en trémolos, marque de fabrique qui a été fort utile à des groupes comme Modest Mouse ou The Cribs).

On ne peut donc que saluer ce mélange de vibrato et de glam rock qui accompagne « The Right Thing Right », un « Upstarts », pop song accrocheuse en diable où les guitares semblent se démultiplier et détailler tous les détails de ce qu’on peut être capable de faire avec cet instrument. Tout ceci se fait sans mine d’y toucher comme ce « European Me » avec son arrangement à la Radiohead et ses accords pris en mineurs qui semblent explorer toutes les gammes de la mélancolie. On peut d’ailleurs regretter que Marr n’ait pas souhaité prolonger cet exercice dans l’étrangeté plus avant et que, fondamentalement, The Messenger reste un album plutôt convenu et sans prise de risques.

On peut voir dans cela un excès de discrétion et aussi le fait que, tout comme pour Butler, Marr n’est pas un chanteur et que, quelque part, se réfugier derrière une instrumentation et des vocaux à peine perceptibles reste une solution de contournement compréhensible. Ce disque déçoit quelque peu par son manque d’ambition, il rassure et réconforte néanmoins sur un artiste dont la capacité à composer des chansons pop accrocheuses ne doit rien à personne, y compris Morrissey.

★★★☆☆

22 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Un commentaire

Foxygen: « We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic »

On pourrait très bien jouer, avec ce disque, à la devinette et trouver le nombre de références, plus ou moins cachées, qui y figurent. Après un premier album assez volontairement confus, notre duo de rockers rétros reste délibérément le regard fixé en arrière (disons les sixties) et continue d’évoluer sur un registre qui oscille entre hommage et pastiche, tribut à l’originalité d’une époque ou parodie de la-dite époque.

À quoi, alors, s’intéresser quand la couleur est ainsi annoncée ? Certainement pas à noter que, par exemple, « San Francisco » fait penser aux Kinks, que « No Destruction » pourra intéresser tout fan de Dylan ou de Al Stewart, ou que « In the Darkness » sera une énième chanson inspirée des Beatles. We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic manie l’irrévérence et ne s’en cache pas ; il est donc nécessaire de le considérer à l’aulne de ce qu’il a de plus que le premier LP de Foxygen.

Un « progrès » se situe dans la production de Richard Swift, avec une volonté d’éloigner le combo du lo-fi. Nous sortons dès lors du domaine de l’amateurisme et surtout de l’artifice. L’appropriation se situant à un niveau flagrant, il était nécessaire de s’attacher à des structures de compositions qui pouvaient permettre de jouer avec ces brusques changements d’humeurs et de tonalités. La plupart des morceaux voguent (ou vaquent) allègrement un peu comme un pick pocket le ferait dans une rame de métro. De ce travail de reconstruction Sam France et Jonathan Rado se sortent avec les honneurs. Sachant très bien que, s’ils envisageaient un « concept album » ou un mini Sgt. Pepper’s, ils n’en auraient pas la facture. Le groupe préfère donc se focaliser sur un panorama léger et inconséquent qui donne parfois la sensation que l’on assiste à un dessin animé où le tandem serait, cette fois, Hanna et Barbera s’essayant au Rock and Roll.

We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic est un album charmant et, en majorité, grandement charmeur. Bien sûr, il ne prétend pas être ce qu’il proclame dans son intitulé et, à ce titre, parvient à restituer un peu de cette magie qui animait « l’Âge d’Or du Rock & Roll ».

★★★½☆

22 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Un commentaire

Eat Skull: « III »

Tout étonnant que cela puisse paraître, Eat Skul est un groupe qui parvient à cumuler noise pop à approche lo-fi. Pour cela, ce combo de Portland emprunte ses influences dans une façon d’enregistrer semblable à ce que faisait Guided By Voices à ses débuts, à savoir le « home recording » et ses premières amours à savoir le hardcore.

Sa pop va donc être assez sombre et immédiate mais enterrée sous d’assez importantes couches instrumentales. Des morceaux comme « How Do You Know When To Say Goodnite ? » et « Dead Horses » sont ainsi témoignages d’une pop récitative et presque primaire dont l’impact est amplifiée par les assonances des vocaux. On peut y entendre un lointain écho des Go-Betweens avec une sensation d’esthétique lo-fi passée au crible d’un micro qui aurait été posé dans une pièce par hasard. Cette impression d’amateurisme est pourtant trompeuse et le laisser aller est soigneusement canalisé. On sent que les effets sonores très connotés Beatles sur « Goodnite » ou ceux, plus menaçants, de « Twin Sikk Moons », émanent d’une construction mûrement élaborée puisque, entre ces deux titres, figure un « Stupid Moon » dont les synthétiseurs gargouillants accompagnent l’ébranlement annoncé. « Summer Inside » et ses vocaux fantomatiques n’aura aucun mal à nous embarquer dans ce voyage austère dont la tonalité chaloupée se poursuivra avec le « singalong » ravagé de « Amnesty Box ».

À ce niveau-là, Eat Skul maîtrisera parfaitement usage de l’électro minimaliste sur des refrains acoustiques, preuve supplémentaire qu’une démarche « slacker » ne s’improvise pas. Gardons pour la fin « Space Academy » qui ouvre III avec une chanson pop essentielle, comme pour montrer que cette sensibilité ne sera pas obscurcie par l’étrangeté d’arrangements sonores au minimalisme sauré.

★★★☆☆

22 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

The Soft Hills: « Chromatisms »

Originaires de Seattle, The Soft Hills sont un quatuor de psyche-pop dont la tendance serait de suggérer les choses plutôt que les accentuer. Ainsi, leur précédent opus, The Bird Is Coming Down The Earth, mêlait habilement le rural au spectral. Il s’agissait d’un disque partagé entre guitares appuyées, production « space » et douces harmonies vocales, à mi-chemin entre classic et indie rock.

Sur Chromatisms le groupe développe un peu plus cette mouvance, même si l’album se montre moins chromatique que son nom ne le suggère. Les titres vont, en effet, plus vers le spaced-out que le folky ne serait-ce que par les deux morceaux qui l’introduisent. « Riding High » et « Sweet Louise » voit la résurgence de « rockers » plutôt boueux annonçant la nature sinistre et réflexive que va prendre le disque.

Un titre comme l’acoustique « Marigolds » développera, par son dépouillement, une atmosphère endeuillée plutôt que champêtre et quand, le groupe se lance dans harmonies vocales à la Fleet Foxes, ce sera pour délivrer des histoires dont on devine la côté dépressif rien que par l’arrière-plan saturé projeté musicalement (guitares en boucles s’écrasant sur des percussions éclatées) et des vocaux neurasthéniques. La composition la plus emblématique à cet égard sera « Dear Mr. Moonlight » alternant subtilement psychédélisme façon Pink Floyd et mélancolie à la Neil Young.

Chromatisms est un disque perclus par l’isolation (« Un » évoque le meilleur des Walkabouts), celle qui est délivrée par des touches délicates dans lesquelles l’épique (« Mighty River ») est contrebalancé par la grâce. The Soft Hills parviennent à merveille à maîtriser tension et délivrance, un peu comme si le céleste ne pouvait être atteint que par un séjour dans les tréfonds.

★★★½☆

22 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire