Rapid Talk: Interview de Nightlands.

Le deuxième album de Nightlands, Oak Island, se singularise par des vocaux aux couches multiples et par une instrumentation si légère que chaque titre semble s’imbriquer dans l’autre sans efforts. Ce voyage musical fait de guitares acoustiques doucement grattées, d’électronica « ambient » et d’harmonies seventies est l’oeuvre de Dave Hartley (bassiste de War On Drugs) qui s’en explique ici.

 

Il y a un vers de Oak Island qui court ainsi : « J’aimerais vous inviter juste pour pour quelques temps, dans un endroit où j’avais l’habitude d’aller. » En quoi Oak Island est-elle un point de référence pour ce disque ?

Oak Island se situe au large de la Nouvelle Écosse. La rumeur, sous formes d’indices ambigus, veut que se situe dans ses fonds marins les plus grands trésors. Mais on n’y a jamais rien trouvé. Je ne sais pas très bien pourquoi j’ai adopté ce titre mais il m’a semblé coller à l’album. J’ai toujours été fasciné par le mystère et le rôle qu’il tient dans l’art. Le premier vers sur « Time & Place », tout comme presque tous les textes du disque, s’est révélé à moi. Je n’écris pas mes paroles de manière délibérée, je fournis plutôt un gros effort pour être dans un état émotionnel propice à ce qu’elles s’écrivent d’elles-mêmes. Je crois que, composées de cette manière atemporelle, elles sont beaucoup plus honnêtes et intéressantes. Je ne peux donc que spéculer sur ce que je voulais dire ; mais la nostalgie a toujours été un thème dans ma vie et ma musique. Peut-être que Oak Island représente ma tentative à rentrer chez moi et que la dernière ligne de « Looking for Rain » dit si ce voyage a été couronné de succès.

Votre premier album date de quelques années. Leur déroulement a-t-il été porteur d’inspiration pour celui-ci ?

J’ai traversé une rupture majeure, et cela doit filtrer au travers du disque. J’ai également beaucoup tourné avec The War on Drugs et ça ne peut être qu’éducatif. Je suis trentenaire désormais, et ça me plait bien. Je me sens plus à l’aise avec moi-même que je n’ai jamais pu l’être. Je pense que cela a entraîne un disque qui exsude de la confiance. Je suis parvenu à me concentrer sur la véracité de ce que j’avais à dire plutôt qu’à ce que d’autres pouvaient en penser. Vous travaillez infiniment mieux ainsi.

« So Far So Long » est très aérien, avec des trompettes lointaines comme dans un bouillard. Est-ce un bon moyen de résumer la qualité rêveuse et nostalgique du disque.

J’ai joué de la trompette en passant, malencontreusement, par une pédale à effets et un ampli. C’est un de mes titres favoris et j’ai pas mal peiné dessus. Il est pourtant très simple, deux accords et les textes mentionnent ma rupture. Je suppose qu’il est un peu comme « Overs » de Simon & Garfunkel, du moins thématiquement. Vous savez que quelque chose est terminé mais vous avec encore de l’affection pour l’autre, pour ce qui a été partagé. Je crois que si le morceau n’avait pas été produit avec ce son un peu éthéré il n’aurait pas traduit la même émotion.

Vous êtes le fils d’un généticien ; comment êtes-vous venu à la musique ? En pensez-vous que certains traits du caractère de votre père se retrouvent dans la façon dont vous créez ?

Mes parents m’ont toujours soutenu mais il est certain qu’ils auraient préféré que j’opte pour le Droit. Je me souviens les avoir entendus me dire un jour : « On veut juste que tu fasses de la musique dans ta chambre mais que personne ne puisse l’entendre. » C’est une peu compréhensible d’autant que ma sœur est médecin et mon beau-frère chirurgien. Je sais en même temps qu’ils ont venus me voir au David Letterman Show avec The War on Drugs donc j’ai toujours pensé que ça pourrait très bien marcher. Mon père est un scientifique, très rationnel et logique mais il sait faire preuve d’émotion et de tendresse. Je trouve qu’on a tort d’opposer l’un à l’autre. Il travaille pour le National Cancer Institute mais quand il dit qu’il préfère être « dans son labo » je sais très bien qu’il adore ça comparé à son rôle institutionnel. Je me souviens, gamin, que souvent il se levait la nuit pour tester une idée ou une autre. C’est un souvenir que ne peut que vous inspirer, que ce soit inhérent ou appris. Je pense être un rat de laboratoire moi aussi en terme de musique. J’adore m’isoler, essayer des tas de sons ou des nouvelles choses. C’est fascinant.

« I Fell In Love With A feeling » rappelle Crosby, Stills and Nash ainsi qu’ELO. Vous semblez être assez influencé par les années 70 mais, en même tmps, vous y distillez de subtile touches d’electronica.

Ces deux ont eu une anorme influence sur moi, tout comme Simon & Grafunkel et les Beach Boys. J’adore les harmonies à plusieurs voix, leur façon de s’entremêler et de vous émouvoir. Pour moi, c’est de la beauté à l’état pur. Je pense que je vais continuer dans cette voix, peut-être un jour m’en éloigner, mais pour l’instant je chasse toujours ce dragon. D’ailleurs je ne compose pas à partir d’un piano ou d’une guitare mais je démarre souvent avec des éléments rythmiques puis y ajoute mélodie et harmonies. Je pense que les rythmes et les tempos sont très évocateurs et si il y en a un qui me parle je suis capable de l’écouter des heures durant jusqu’à ce que je trouve la mélodie qui va avec. « So Far So Long » en est un excellent exemple ; j’avais le tempo et j’ai essayé des tas de choses avant de trouver la véritable émotion… Quand j’y pense, je ne pense pas avoir jamis écrit un moreceau à la guitare qui m’ait plu.

Quel est le sujet de « Nico » ?

Nico c’est mon neveu. J’ai commencé à travailler sur ce titre juste après l’avoir vu pour la première fois, il avait deux semaines. Je souhaitais lui composer une berceuse mais, ironiquement, c’est devenu un truc en spirale avec une atmosphère venue de nulle part. J’ai même envisagé de le retirer de l’album tant il était devenu extrême. En un sens c’est le morceau dont je suis le plus fier car j’ai passé beaucoup de temps dessus. Il contient peut-être 300 couches vocales, superposées rebondissantes l’une sur l’autre. C’est un titre dont l’épaisseur est déréglée.

Comment recevez-vous vos compositions quand vous les réécoutez rétrospectivement ?

Aucune d’entre elles n’est difficile à réentendre même si je me surprnds à vouloir souvent changer certaines choses. En même temps, une fois le disque achevé, je ne me sens plus en relation avec lui. Il existe dans son propre monde.

Comment vivez-vous le fait de travailler avec War on Drugs par rapport à Nightlands ?

Ça n’est pas difficile pour moi. J’aime les deux projets et je n’ai aucun mal à y trouver le juste équilibre.

Avec Nightlands, d’où vos idées surgissent-elles ? Aimez-vous les retravailler longtemps avant d’aller en studio ?

Les idées du premier album venaient souvent la nuit, soit quand je m’endormais, soit quand je me réveillais d’un rêve. Il m’a fallu beaucoup de temps et de discipline pour re-capturer les sensations provoquées.

La plupart du temps j’écris chez moi. J’ai un petit studio doté d’une équipement primitif mais ça me suffit. J’écris pour le disque, je ne fais pas de « démos ». Avec la technologie aujourd’hui il y a trop d’options et ça me pose problème quand il s’agit de décider. J’enregistre donc sur une bande et fais des choix arbitraires. Je verrai bien si je change de méthode plus tard.

C’est dur d’acquérir une discipline quand on est un artiste solo ?

Ça peut l’être, mais déjà je n’ai pas la télé ! Ceci dit j’ai beaucup d’amis là oùje vis, je n’ai pas de travail régulier. Je prends mon rôle de musicien très au sérieux et si je ne fais rien durant une journée je m’en veux immédiatement. Quand je suis sur un truc qui m’excite réellement je peux ne pas dormir ou manger. C’est presque comme si j’étais dans un état de transe.

Vous avez, parait-il, des projets de fiction…

Oui je voudrais travailler sur une longue nouvelle de science-fiction. Je souhaite essayer d’appliquer certaines de mes méthodes de compositions à quelques unes de mes idées. L’un s’ajoute à l’autre de la même manière que Nightlands repose sur une alchimie assez onirique qui ne m’empêche pas d’adorer monter sur scène et y jouer du rock and roll.

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