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Thao And The Get Down Stay Down: « We The Common »

Curieux ensemble que ce Thao and The Get Down Stay Down ; une chanteuse indie folk dont on pourrait comparer la voix à celle de Cat Power ou Fiona Apple délivrant des chansons délicates aux antipodes des vocalistes exacerbées qu’elle rappelle. Ce troisième album, We The Common, la voit s’en affranchir et flirter avec des idées nouvelles où la pop rythmée se taille la part du lion.

On a alors droit à un disque bouillonnant à la voix pleine de faconde et aux arrangements manipulant avec inspirations toutes les recettes capables de prodiguer fraîcheur et clarté. Le morceau d’ouverture, « We The Common (For Valerie Bolden ») offre un délicieux banjo se payant le luxe de tempos funky et « Human Heart » balaie avec aisance tout ce que la soul de Memphis peut représenter. Un duo avec Joanna Newsom, « Kindness Be Conceived » , est un pur joyau de folk à deux voix confirmant l’éclectisme inspiré de Thao Nguyen.

Au travers de ses appétences, elle n’est pas pour autant une vocaliste dénuée de passion même si celle-ci de manifeste au travers d’une attitude décalée à la Tom Waits. Le plus intéressant reste en effet ce qui en fait une artiste engagée (elle travaille pour the California Coalition for Women Prisoners) ce qui donne émotivité et passion à ce qu’elle entreprend (« We Don’t Call », le semi chuchoté « The Way Down » où sa voix rauque se prend d’une sensualité qui ne demandera qu’à s’envoler sur « Every Body »).

Il ne faudrait donc pas se fier à l’apparente désinvolture qui préside à ses compositions qui veulent respirer bonne humeur et brillante astuce. Quelque part, au-delà des clichés qui entourent certains textes où il est question de pousser en âge, perce une artiste pleine d’émotivité comme sur le poignant « City ». De cette observation sur ce que peut être la vie dans une ville comme Los Angeles, pointe, au-delà, de ce que la superficialité de ce que cette mégalopole peut véhiculer, un sentiment de déracinement qu’on peut comprendre ethniquement, mais aussi intellectuellement. En ces moments-là une autre vocaliste s’impose à l’esprit: ni plus ni moins que la remarquable et discrète Laura Veirs !

★★★½☆

6 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

The Ruby Suns: « Christopher »

Sous la houlette de Ryan McPhun, The Ruby Suns combinaient éléments de world music à pop psychédélique. Peu à peu ils s’aventuraient de plus en plus vers l’electro-pop et, sur ce quatrième album, la tendance est encore plus prononcée avec, pour la première fois, le producteur « chaud » du moment, Chris Coady (Beach House, TV On The Radio).

Dès l’ouverture, « Desert of Pop » nous entraîne dans un univers qui dément son titre. De la pop, c’en est certes mais celle-ci est pétillante et criarde, très proche de la disco sans toutefois en faire partie. On pourrait comparer cela à une brusque montée d’adrénaline involontaire, ces émois adolescents qui se veulent adultes mais qui ne font pas encore partie de ce monde. Il s’agit pour McPhun d’un thème consistant que ce dernier, et il l’accompagne de panoramas sonores hyper propres et translucides comme pour souligner cette impréparation candide, à l’image de cette pochette de jeune homme entre deux âges, à entrer dans un univers qui n’est pas encore le sien.

Le climat du disque est donc quasiment illusoire et c’est peut-être ce manque de synchronicité qui nous empêche d’entrer véritablement dedans. Il y a en effet comme un décalage entre immaturité d’une musique hésitant entre la limpidité et le « glitter » qui rend une partie du disque dépourvu d’âme. Même quand il s’efforce d’être plus acide, le chatoiement des orchestrations synth-pop ôte toute rugosité aux compositions.

Ça ne sera que quand les plages seront plus minimalistes et les vocaux moins traficotés (« Dramatikk », « Rush ») qu’on semble aborder un domaine exempt d’artifices. Sans doute est-ce en suivant cette direction, à l’image d’un « Starlight » dont le funky se révèle ecstatique, que McPhun se rapprochera du tangible et du réel.

★★☆☆☆

6 février 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Speck Mountain: « Badwater »

Badwater est le troisième album de ce groupe de Chicago qui s’est, peu à peu, forgé un son cumulant ambient-pop et space-rock. Il en explore ainsi méthodiquement les sous-genres sans pour autant chercher à s’affranchir de ses limitations. Il en est de même ici, même si le combo semble avoir opté pour une production plus claire et une tonalité plus raffinée.

On ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un album exigeant, mais on ne doit pas pour autant estimer qu’l n’y a qu’à le passer sous silence. C’est sans doute une de ses forces : prenons un titre comme « Slow So Long » par exemple. Percussions éparses, presque minimales, synthés  « ambient » en arrière-fond, lead guitar cosy qu’accompagnent les vocaux encore plus chauds de Marie-Claire Balabanian ; la composition se déroule de façon fluide, presque majestueuse, et sans effort.

Les autres plages du disque sont les compléments de ce titre d’ouverture. Les textures demeurent chaudes et lustrées, de cette luxuriance qui est si enveloppante qu’elle en devient sensuelle. Badwater pourrait presque être considérer comme un « road album » qui nous conduirait le long de sentiers déserts mais accueillants toutefois mais il a aussi la faculté de nous inviter à une écoute cotonneuse comme on pourrait la pratiquer lors d’une journée de fainéantise.

Ça n’est pas pour autant que le disque est monocorde. Il est capable de rompre la monotonie par un « Watch The Storm » qui clôt Badwater sur un flux puis un reflux qui semble disparaître dans l’éther ou un « Flares » dont les percussions et les claviers sont presque martiaux . Speck Mountain pourrait-il s’avérer être un groupe de rock ? La réponse est dans la face B de « single » « Slow So Long », un « Run, Honey, Run » qui, comme son titre l’indique, est plus véloce et rugueux tout en conservant des thèmes similaires. Il restera comme une source d’exploration potentielle qu’il n’est pas interdit de voir Speck Mountain aborder.

★★★☆☆

6 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Unknown Mortal Orchestra : « II »

Unknown Mortal Orchestra n’est plus le projet solo de Ruban Nielson tel qu’on le découvrait sous le premier album éponyme de ce multi-instrumentiste néo-zélandais psyche-rock-soul vivant désormais à Portland mais un trio dont la vocation sera d’explorer encore plus avant cet habile brassage qui constituait Unknown Mortal Orchestra.

Nielson ne s’est jamais caché de puiser son inspiration dans la période si bien référencée dans l’album Nuggets et d’y ajouter cet autre produit « vintage » qui voyait la « soul » se métisser avec le rock comme sur les disques de la série Eccentric Soul.

De ce point de vue, quelques artistes viennent spontanément à l’esprit par le biais de l’oreille : Sly & The Family Stone pour le « shuffle » qui conclut l’album, « Secret Xtians », une tendre ballade où la guitare aurait été tenue par Hendrix, The Kinks qui jammeraient sur « The Opposite of Afternoon » avec une six cordes stellaire et cette ambiance si particulière qui leur est propre ou le Georges Harrison psychédélique avec le morceau d’ouverture, « From The Sun » ou un surf pop détonant et sublimé avec « So Good At Being In Trouble ». Les vocaux ne seront pas en reste non plus, avec de merveilleuses modulations de falsetto sur « Swim And Sleep (Like A Shark ») rappelant Colin Blunstone des Zombies.

Là, où l’influence dépasse pourtant le simple hommage, sera la façon dont Nielson parvient à circonvenir et à dépasser ces maîtres en y apportant des touches inédites. Ce qui pourrait être, par exemple, une pâle copie des Zombies sera transcendé par un tempo et des arrangements « northern soul » et, il puise généreusement dans les pépites qui constituent son inspiration, pour composer des titres qui pourraient aussi bien convenir aux années 80 où régnaient cocaïne et reverb qu’aux nineties pour le purisme indie qui traversait cette décade. Ce qu’on veut dire par là est que les morceaux de Nielson sont façonnés de manière viscérale, loin de tout pastiche, et qu’ils auraient pu ainsi traverser ces générations sans qu’on y trouve à redire.

S’il fallait prendre pour exemple un titre phare qui symboliserait la dextérité de Nielson, ce serait le déjà cité « Secret Xtians ». Bien sûr il y a cet indubitable côté « soul », mais qu’en aurait-il été de Sly et de Hendrix si les Beatles ne les avaient pas précédés ? Sur cette composition, entre autres, le compositeur s’aventure dans ce territoire défriché par les Fab Four avec malice et aisance, un peu comme le feraient Tone Impala ou d’autres exégètes.

Les Beatles. Le mot est lancé comme si cet historien musical de la chose pop avait, sur II, exécuté un cercle qui le ramènerait au début du cycle. Il nous ramène aux temps bénis où les influences se croisaient et se mêlaient sans exclusive, une période où le « sample » n’était pas de rigueur, une période où il était possible de faire cohabiter des refrains pop lumineux et des climats doux-amers ; bref une époque où le monde ressemblait à ces « nuggets » compilées par Lenny Kaye, ces pépites pour lesquelles il suffisait de se baisser pour pouvoir les ramasser. II en est plus qu’un héritier, il en est le porte-voix, immortel devrait-on rajouter!

6 février 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , , | Laisser un commentaire