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The Frightened Rabbit: « Pedestrian Verse »

Pedestrian Verse est le quatrième album de ce quatuor indie écossais. Malgré leur signature avec une « major » ils ne semblent pas ici avoir modifié leur approche qui est celle d’approcher la pop de manière faussement naïve.

S’étant fait connaître par une musique nerveuse, aux antipodes de ce que leur nom peut révéler et ce nouvel opus sonne comme une progression naturelle de leur matériel initial. À ce niveau on ne peut que louer la qualité d’écriture de leur leader Scott Hutchinson et de son talent à allier textes sombres et blasés à une attitude faite d’auto-dépréciation. Pour cela, a recette est simple, obscurcir les compositions sous des nuées de guitares saturées et en réverbération mais les vernir par des arrangements plus policés.

C’est cette opposition qui permet au groupe d’adopter sans faux semblants des thèmes qui traitent de la religion, des relation humaines ou familiales et de la violence quotidienne. L’enrobage permet de les aborder avec honnêteté, comme, par exemple, sur « The Woodpile », un « single » qui s’impose de lui-même par son savant mélange de langage policé et de rugosité. Sur «  Late March, Death March » le groupe s’essaie même à un lyrisme épique que contrebalance un chorus on ne peut plus funeste comme s’il était une hésitation entre la volonté d’être repris en concert et le désir que le chanson doive être écoutée presque religieusement.

Une fois de plus, on ne peut que saluer cette faculté inégalée qu’ont les Britanniques à façonner des mélodies pop tranchantes et mélodiques. Qu’ensuite un groupe comme The Frightened Rabibit soit capable de les accommoder prouve qu’il n’y a rien de bateau (« pedestrian » en Anglais) à pouvoir les apprécier sans fausse pudeur.

★★★½☆

4 février 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Rick Redbeard: « No Selfish Heart »

Cela fait un certain temps déjà que le leader de The Phantom Band, Rick Anthony, souhaitait sortir un album solo sous un alter-ego, Rick Redbeard. Voilà qui est fait avec un No Selfish Heart après un EP, Now We’re Dancing, qui suivait le sentier traditionnel du folk en « finger picking ».

Notons que The Phantom Band avaient déjà une approche folk, simplement elle était plus sombre et que le groupe écossais se montrait capable de dissimuler ses chansons aux refrains souvent maritimes sous d’épaisses couches soniques expérimentales. De ce point de vue, ce disque solo peut très bien être considéré comme un lever de voile ou de rideau de la part de Redbeard.

Le nouvel acte qu’il nous offre ne conserve qu’une fine couche de menaçe ; il fait preuve au contraire d’une démarche plus douce et nostalgique dans lequel son cœur ne serait pas égoïste (selfish) mais centré sur la langueur et la frustration.

Une première écoute met en avant sa voix de baryton, propre à soulever l’émotion et à en explorer les recoins les plus obscurs mais aussi les plus beaux. Les arrangements vont être dépouillés, un léger « drone » sur « Clocks » qui ouvre le disque, un piano délicat sur « We All Float » ou sur un « Anyway I Can » qui bénéficie en outre d’un accompagnement léger et presque pop.

Le phrasé de Redbeard est riche et profond, proche de la narration, accentuant ainsi le côté dramatique et vécu qu’il souhaite donner à ses histoires. Celles-ci ont une thématique traditionnelle, amour, mort, désillusion qu’il s’emploie à ne pas rendre trop offensive en accentuant les sentiments d’espoir qui peuvent surgir par des cantiques à l’amour éternel comme ce « Cold As Clay » qui débute pourtant par une instrumentation folk tout ce qu’il y a de plus rebattue.

Néanmoins, on ne peut être assuré que le chanteur tend à se détacher totalement d’un héritage gothique. Une part de causticité se niche sous les plus belles envolées. Sur « Cold As Clay » par exemple, on s’apercevra à la fin que le narrateur s’adresse à une personne déjà morte et sur « Anyway I Can » le joli chorus ornant le titre s’accompagnera d’un texte où les références à des films d’horreurs sont légion.

No Selfish Heart est par conséquent un album de fausses pistes mais il n’en est pas pour autant un simulacre ou un leurre. À qui, ou à quoi, avons-nous à faire finalement ? Un homme solitaire, avec pour seule arme sa guitare et pour seuls compagnons ses son univers et ses émotions. Il ne viendrait à personne l’idée qu’elles puissent suivre une ligne droite ; ces circonvolutions, ces oscillations entre optimisme et vague à l’âme sont le le lot de l’être humain en général. Rick Redbeard a choisi de les traduire avec toutes les facettes qu’elles peuvent revêtir. Un album solo étant, presque naturellement, une confession il est presque naturel que la versatilité soit de mise. L’impression finale est au fond celle de ce même homme, marchant le long des rues diverses que constitue son existence, la véracité qui s’en dégage et que seul le dépouillement orchestral peut apporter ici. C’est dans cette mise à nue que se trouve toute la profondeur de ce troubadour, solitaire enfin, muni de cet instrument dont Woody Guthrie disait qu’elle tuait Fascistes. Disons simplement que ceux qui violentent l’esprit de Redbeard sont plus intérieurs mais non moins plus létaux.

4 février 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Adam Green et Binki Shapiro: « Adam Green et Binki Shapiro »

Adam Green et Binki Shapiro ont décidé d’enregistrer en duo un disque tout entier consacré à l’esthétique des années 60 ; studio analogique et chansons d’amour. On pourrait penser à Sonny & Cher sauf que, chez eux, tout n’est pas que fleurs et soleil et qu’ils se montent capables de le réaffirmer avec une honnêteté brutale mais rafraichissante.

Les arrangements sont pourtant délicats, la douceur de la voix de Shapiro complémente très bien la baryton de Green mais les morceaux véhiculent une tension permanente qui force une audition sur le qui-vive. L’album est éponyme comme pour souligner sa véracité et il prend l’apparence d’un dialogue qui serait celui de deux amoureux potentiels prenant la mesure du fait qu’ils sont à des années-lumières l’un de l’autre.

« Here I Am » ouvre ainsi le disque de façon gentiment acoustique comme pour célébrer un retour et les bonnes vibrations qu’il entraîne mais, très vite, « Casanova » dramatise, façon Lennon, la relation et instille le doute entre les deux protagonistes. Il en sera de même sur « Pity Love », ballade presque « middle of the road » , sur « Pleasantries » et son dialogue chanté à la gentillesse faussement apaisée ou un « What’s The Reward » qui étend sa complainte en un jeu de questions réponses où s’entrechoquent acoustique et électricité pour déboucher sur un chorus aux tonalités alarmistes.

Adam Green and Binki Shapiro épousera donc avec brio toute la dramaturgie de la relation amoureuse, musicalement et lyriquement. Entre la colère rentrée de « I Never Found Out » et la résignation de « Don’t Ask For More », il propose un bain de jouvence sans tomber dans l’angélisme niais ou le pathos extravagant. Plus qu’un exercice de style nostalgique, il en est une réussite voire même une recréation.

★★★½☆

4 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Lord Huron: « Lonesome Dreams »

Il y a, aux États-Unis, un slogan assez répandu : « America, love it or leave it ! » Il serait, à l’écoute de ce premier album de Lord Huran, de le transformer légèrement en : « Americana, love it or leave it ! » Il n’est nul doute, en effet, que ce Lonesome Dreams s’adresse, après un passage par Neil Young, aux fans des Fleet Foxes, de Grizzzly Bear ou autres My Morning Jacket.

Est-ce à dire que le disque n’a rien à nous proposer ? Pas nécessairement. Notons d’abord une véritable facilité à se détacher de la formule mièvre souvent archétypale dans ce genre. Pour cela, il y a déjà les vocaux de Ben Schneider, qui parviennent à émuler Bon Iver sans tomber dans la lamentation et une instrumentation luxuriante et subtile proche de celle de The National.

On trouvera des harmonies saturées plus que familières, des chorus où la reverb se taille la part du lion, des percussions impitoyables ou des éclairs de guitares évocateurs d’Ennio Morricone mais, grâce à ces procédés originaux, la tonalité du disque prend une nouvelle saveur. Celle-ci sera à mi-chemin entre la country flamboyante mais timide et le sillon rêveur que le groupe semble creuser tout au long des plages de l’album (« She Lit A Fire » ).

Lonesome Dreams vaut aussi d’ailleurs pour ce qu’il ne contient pas : aucun récit histrionique, pas de banjos ; tout cela remplacé par, qui un accordéon (« The Ghost On The Shore « ), qui des tonalités qui évoquent presque asiatique (le début d’une « bonus track », « Setting Sun »).

Lord Huron cherche indubitablement un chemin qui lui est propre. Parfois, l’effort semble un peu forcé, parfois même les chorus harmoniques ne décollent pas des clichés (« When Will I See You Again ») ; de cet exercice on retiendra avant tout qu’il est inégal. Il aura néanmoins le mérite de nous éloigner de la banalité.

 

★★★☆☆

4 février 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

The Radar Brothers: « Eight »

Ce nouvel album du combo basé à Los Angeles n’a pas pour prétention de vous sauter à la gorge. Il démarre avec quiétude sur « What If We Were Banished » par des vocaux chuchotés en baryton avant que peu à peu les guitares n’émergent.

Une fois lancées, celles-ci ne vont pourtant pas vous lâcher et Eight va se caractériser par une intéressante combinaison où, amplifiées, elles se mêleront à des voix laid-back. The Radar Brothers ne cherchent pas à composer des titres immédiats mais à vous imprégner progressivement d’une atmosphère douce et apaisante parsemées de mélodies tranquilles et de délicates couches soniques.

On peut, sur ce plan, penser à Mark Eitzel ou à The National sauf que le combo est plus « rocky » que ces derniers et surtout plus psychédélique. Il y a des passages sur Eight qui ne peuvent que rappeler The Pink Floyd (« Couch » ou « Disappear») et d’autres qui sont carrément beaux et majestueux. « Ebony Bow » est carrément magnifique avec sa superposition de guitares, de piano et de vocaux se juxtaposant pour nous promener dans un univers fait d’une douce dérive qui nous donne le sentiment que rien ne presse et qui nous invite à profiter du voyage.

Les morceaux sont alambiqués mais nous entraînent ainsi le long de leurs itinéraires sinueux avec une patience et une légère mélancolie qui nous incitent à la méditation. Le groupe sait pourtant réveiller l’auditeur quand nécessaire (le clash de cymbales sur « Change College of Law ») mais c’est pour mieux ensuite nous permettre de faire vagabonder notre esprit (« Horse Down » avec le drone de sa guitare).

On ne peut mieux attendre d’un disque qui mêle ainsi alt-country et léger psychédélisme ; il invite à la ré-écoute tant l’effet qu’il induit se mesure parfaitement avec l’ambition sous-jacente dont il fait preuve.

★★★★☆

4 février 2013 Posted by | Quickies | , , , | Laisser un commentaire

Everything Everything: « Arc »

Le premier album de ce combo de Manchester avait prouvé une chose, la musique indie pouvait être commerciale. Man Alive était un album intelligent, ceci en complète opposition avec la notion savamment entretenue que la pop devenait de plus en plus inepte.

Arc voyait donc le quatuor face au défi, non seulement de rééditer l’exploit mais aussi d’apporter une nouvelle dimension à sa musique. Il ne fait pas de doute que le groupe sait toujours composer des chansons efficaces aux mélodies infectieuses, mais il a su ajouter à sa palette une approche plus subtile, presque artisanale, et surtout moins éruptive.

Sur « Choice Mountain » par exemple, les vocaux de Jonathan Higgs sont plus joyeux et sonnent de façon presque naturelle. Plus intéressant encore, ce passage à la guitare « emprunté » à « Suffragette City » qui, mis en sourdine, renforce encore ce sentiment que Everything Everything n’en a pas fini d’évoluer.

Une autre facette nous en est donné avec « Torso of The Week », titre qui traite, parait-il, des magazines « trash ». À partir d’une atmosphère endeuillée, dans laquelle Higgs sonne authentiquement triste, la chanson va s’élever peu à peu vers un climat plus exubérant qui verra des chorus vibrer de manière triomphale.

Ces titres ne sont que des instances car Arc recèle de pépites pop : la pulsion qui anime « Duet », l’excitation que génère « Cough Cough » , la touffeur qui illumine « Radiant » le bien nommé ou l’épique « Don’t Try » fermant l’album magistralement.

Man Alive allait dans tous les sens fièvreseument, multipliant les complications harmoniques. Arc, lui, est moins exacerbé. Sa complexité n’en est pas une qui oppose les idées mais fait partie de celle qui œuvre dans le même sens. Sur ce nouvel opus, Everything Everything a apporté stature à son clairvoyance et c’est tant mieux pour nos oreilles !

★★★★☆

 

4 février 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire