No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

The Joy Formidable: « Wolf’s Law »

Il n’existe plus beaucoup d’ensembles, aujourd’hui, qui continuent d’explorer cette voix particulière qu’est la pop puissante et souvent épique, cette « guitar pop » plus nuancée que la hard FM ou le « stadium rock ». The Joy Formidabe ont un style qui résonne mais qui reste toujours mélodique, rappelant la « dream pop » de Ride ou Lush, ou la « big music » de Big Country. Le trio gallois a aussi un atout, une écriture simplifiée qui lui permet de garder la mesure de leur son et de composer des chansons qui sont faciles à retenir surtout de la façon dont ils sont psalmodiés par la voix de Ritzy Bryan. (« Tendons » ou Bats » par exemple)

Wolf’s Law s’ouvre sur sur « This Ladder Is Ours » et son florilège cordes avant que n’intervienne la basse frappée et une guitare aux riffs resplendissants qui accompagne le carillon les vocaux . Le ton est donné, il est celui d’une ascension assez excitante même si elle semble précaire. « Forest Serenade » ou « The Hurdle » semblent surgir eux, de cette vieille mystique sauvage européenne mais, alors que d’autres groupes accentueraient ce côté légendaire, The Joy Formidable parviennent à l’ancrer dans notre présent en évoquant des thèmes aussi contemporains que le stress et la solitude.

Sur des passages plus élaborés comme « The Leopard and The Lung » les six minutes que dure le morceau paraissent même presque insuffisants à épuiser ce « crossover » My Bloody Valentine / Sinéad O’Connor par la façon dont chaque instrumentation peut être prise séparément et directement au lieu de verser dans le brouillage sonore, permettant ainsi au morceau de conserver son impact. Mais le groupe saura aussi verser dans l’embrouillamini avec un titanesque « Little Blimp » qui démarrera avec une basse sonore à la Flea et débouchera sur des guitares psyché rock débridés. Il ne faut pas croire pour autant que The Joy Formidable s’adonnent à la grandiloquence.

Ainsi, un titre comme « Cholla » pourrait rappeler le premier album mais il est construit sur un mode jubilatoire qui véhicule presque une certaine joie de vivre. C’est un des autres procédés utilisé sur ce disque :toute épique qu’elle soit, la tonalité de Wolfs’ Law, ne versera jamais dans l’emphatique. Il pourra retentir comme l’écho d’un « autre chose », mais celui-ci ne sera jamais distant de notre univers.

Le plus grand éxemple de changement par rapport à The Big Roar se situera sur un titre : « Maw Maw Song ». Les arrangements orientaux, les sonorités des percussions sont à mille lieues de ce que l’on croyait connaître du trio avec ces vocaux qui résonnent comme des cantiques et l’insidieuse variation qui le conduit presque à du prog rock à la Meat Loaf quand celui-ci était canalisé par Todd Rundgren et se termine sur un incroyable duel de guitares

Les pauses, car il en faut, seront fournies par « The Turnround », une ballade léthargique mais surtout par « Wolf’s Law » qui clôt l’album de belle manière avec sa délicate ouverture au piano et un crescendo instrumental qui rappelle les brillances qui ont précédé.

On peut comprendre, à l’écoute de ce disque, pourquoi Dave Grohl avait flashé sur eux. Wolf’s Law est un opus qui émet des orchestrations lumineuses et grandioses, tempérées par le fait qu’elle semblent surgies des rigueurs de l’existence. En s’emparant de schémas qui chez d’autres auraient valeur mythologique, The Joy Formidable nous emmènent dans un état de méditation où la transcendance, si elle est présente, est frappée du sceau du réalisme et de l’humain.

26 janvier 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Widowspeak: « Almanac »

Formé autour de la chanteuse Molly Hamilton, Widowspeak est un duo originaire de Brooklyn dont la musique est évocatrice d’un rock gothique brumeux et rêveur qu’on ne peut qu’apparenter à celui, narcotique, de Mazzy Starr.

Leur premier album, éponyme, avait vu Hamilton épouser les contours de la voix de Hope Sandoval dont l’ensemble avait voulu se différencier par une production qui visait à mettre en reliefle côté folky de leur musique.

Sur Almanac, le groupe semble aller plus loin dans un affinage de leur style et une plus grande appropriation des éléments soniques, bruts, auxquels ils croient. Sur des compositions qui semblent, thématique gothique oblige, égrainer le cycle des saisons, les transitions qu’il ménage dans la vie et l’idée de transcendance, Widowspeak sonne de manière assertive et moins nébuleuse que sur leur premier opus. La voix de Hamilton se veut beaucoup plus confiante et donne une tonalité brûlante aux facettes musicales dont elle s’inspire. L’ »americana » «devient ainsi combustible (« Locusts ») et tout ce qui, auparavant, était un shoegaze psychédélique retenu se transforme en martèlement monstrueux mais envoûtant (le menaçant « Sore Eyes »).

Hormis l’empreinte vocale, il faut aussi souligner la façon dont le groupe, sous la direction du guitariste Robert Earl Thomas, a évolué vers des schémas plus expérimentaux. Il donne à Almanac une tempo surmultiplié tout en subtilité qui permet à Widowspeak de maintenir un équilibre entre vigueur et nuance.

Ce nouvel album marque une belle étape ; il a permis au duo de peaufiner sa démarche en la redirigeant de manière moins prévisible. Comme quoi, un genre n’est jamais sclérosé quand on est capable de lui offrir de nouveaux territoires stylistiques.

★★★☆☆

25 janvier 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

I Am Kloot: « Let It All In »

Pendant très longtemps, et malgré un succès auprès des critiques, ce trio de Manchester semblait destiné à rester un groupe culte. Leur cinquième album, Sky At Night les avait enfin vus toucher une marge du grand public, Let It All In peut donc être vu comme une chance de consolider ce semi-succès.

On retrouve tooujours la même équipe à la production (Guy Barvey et Chris Potter de Elbow) et, par conséquent, la même approche minimaliste dans les orchestrations, des percussions toujours on ne peut plus discrètes et les vocaux déchiquetés de John Bramwell cimentant le tout d’une touche mélancolique et nasillarde.

La morceau d’ouverture, « Bullets » sera ainsi intime et presque plaintif avec un Bramwell accentuant le côté contemplatif et isolé de l’humeur qui semble le traverser. Peu à peu pourtant, la chanson déroule une atmosphère plus optimiste qui résume à elle seule la teneur de l’album. Celui-ci se fera progressivement intimiste et convivial, chaque morceau marqué par l’élégance nuancée de sa composition. Certains moments respirent la distinction et le raffinement par la sobriété de leurs arrangements (« Shoeless », « « Masquerade », « Let It All In » ou le doucereux « Forgive Me These Reminders ») jalonnant le disque d’émotions.

Citons également, à cet égard, la somptueuse berceuse mélodique que constitue « Some Better Day » avec ses discrètes interventions de bois nourrissant un climat pétri d’humilité. Parfois, pourtant, les sensations se font plus sombres comme sur un « Even The Stars » qui ne sera pas sans évoquer le « Atmosphere » de Joy Division. Pourquoi alors parler d’optimisme ou d’assertion face à un album si sensible et plein de retenue ?

Tout d’abord parce qu’il y a des « grosses » chansons : l’épique « These Days Are Mine », menaçante composition aux arrangements orientalistes qui supporte avec aisance la comparaison avec le « Kashmir » de Led Zppelin, vraisemblablement le titre le plus inspiré de l’album. On trouve, sur un autre registre, le majestueux et septentrional « Hold Back The Night » dont les orchestrations ascendantes sont aussi addictives que « Theses Days Are Mine ». « Mouth On Me, lui, apportera une touche plus poppy à l’ensemble, comme si la voix de Bramwell se couvrait d’une fine couche de sucre.

Il appartient, finalement, de louer l’exemplaire travail de production accompli sur Let It All In. Celui-ci a cette grandeur particulière qu’on ne note pas tant elle est sous-entendue. Elle n’encombre pas les compositions mais sans la présence de ses cordes en plein essor, des ses cuivres vifs et polis, de ses légers choeurs gospels ou de ses hymnes prudents l’album garderait un fort goût d’inaccompli.

Au fond, Sky At Night aura été la première percée grand public pour I Am Kloot et Let It All In en est presque la confirmation. Il sera curieux de voir comment un titre de la facture de « These Days Are Mine » sonnera dans ces festivals de « stadium rock » pour lequel ce disque semble partiellement destiné. Ceci si, bien sûr, le succès du groupe s’amplifie comme il le devrait.

24 janvier 2013 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Interview de Serafina Steer: Classiquement Pop.

Serafina Steer fait partie de ces artistes qui défient les genres. Ayant reçu une éducation musicale, il est normal que ses production oscillent entre cette influence et celle de la pop. Jouant de la harpe, il est presque logique qu’elle soit comparée à Joanna Newsom mais ses compositions sont plus élégantes et atemporelles et ses textes plus matures. Sur son album précédent, Change is Good, Change is Good, elle s’essayait à l’électronique (elle a même joué des synthés dans le groupe de John Foxx), là voilà de retour avec un The Moths Are Real qui la voit creuser encore plus le chemin de l’expérimentation.

Comment avez-vous opéré cette transition du Classique à la pop music ?

J’ai commencé à écrire à l’âge de 21 ans. Je faisais du classique et, à la fac, vous êtes soit un instrumentiste ou compositeur classique, soit un musicien de jazz. Il est évident, pourtant, que le plupart des gens n’entrent dans aucune de ces catégories. Finalement je me suis retrouvée à faire de l’improvisation ou de la musique contemporaine mais ça ne me correspondait pas réellement. J’étais également incroyablement jalouse de quelques uns de mes amis qui composaient des chansons et j’avais du mal à comprendre pourquoi j’éprouvais une telle frustration quand je les voyais en concerts. Un jour, avec certains d’entre eux, on a organisé à la fac un truc appelé je crois « 1001 Songwriters » qui a marché plutôt bien. Une fois impliquée dedans, ça m’a paru être une chose naturelle.

Y-a-t-il une tendance conservatrice dans le milieu de la Musique Classique qui fait qu’on vous regarde de haut une fois que vous vous tournez vers la pop ?

Peut-être un peu chez certains mais je ne pense pas que ce soit généralisé. Je crois que quelqu’un qui aime réellement la musique ne devrait pas se soucier de ce problème de genres. Néanmoins, de façon paradoxale, on trouve cet ostracisme de l’autre côté. Il y a cette étrange connotation qui vous catégorise comme « musicien expérimenté capable de lire le solfège ». Pour moi, ça ne représente aucun avantage quand il s’agit d’entrer en studio et de produire quelque chose pour l’intégrer à une composition.

Vous avez commencé par la harpe ou par le chant ?

La harpe je suppose mais j’ai toujours chanté. Toute le monde, n’est-ce-pas ? J’ai commencé la harpe à 9 ans et je crois bien que je n’ai pas pratiqué le chant à partir de ce moment pendant pas mal de temps.

Vous avez pris des cours de chant également ?

J’en ai eu quand j’étais petite mais plus du tout après. Je chantais beaucoup des des choeurs d’harmonie. Je crois qu’on se rend bien compte que je ne suis pas une chanteuse entraînée. (Rires)

Et cet intérêt pour la musique électronique est-il lié à John Foxx ?

Je me suis plongée dedans avant de le rencontrer, quand j’ai commencé à faire ce qu’on nomme « psychedelic harp » pour une musique de film et un prochain album. Ce sera un territoire, travailler sur un ordinateur portable, bidouiller avec les sons et cette technique, dans lequel je ne me suis jamais autant investi auparavant.

Vous avez aussi travaillé avec Chrome Hoof, Antony & The Johnsons et Patrick Wolf.

Ma collaboration avec Antony & The Johnsons est un peu une fausse piste. Je n’ai fait que quelques accompagnements pour lui. Pour Chrome Hoof c’est différent. Tous les musiciens de ce groupe sont intéressés par tout un tas de trucs et ont une expertise instrumentale sensationnelle. C’était vraiment enrichissant de travailler avec eux et de s’ouvrir à des choses inconnues.

Avec Patric Wolf, c’est encore différent. C’est une véritable machine à composer, et je dis ça comme un compliment. Vous vous retrouvez en studio avec lui et il passe sans cesse d’une idée à une autre. Avec Chrome Hoof, je n’étais pas autant impliquée dans la composition, je n’en étais même pas témoin. Ils travaillaient juste à partir d’une séquence de harpe, sans plus

Ils ont tous un répertoire très varié et différent les uns des autres : y-a-t-il des expériences auxquelles on ne se serait pas attendu de vous, le « metal » de Chrome Hoof par exemple ?

C’est sûr que je n’ai pas beaucoup exploré le « metal ». Mais le punk ou le « prog rock » me sont familiers. Je suis plus heureuse quand je suis influencée par des univers qui font partie du mien. J’aime avant tout réfléchir de manière conceptuelle et je n’ai jamais eu la moindre idée extérieure à la façon dont je composais. Aujourd’hui j’expérimente plus sur la production, les sons de harpe et suis beaucoup moins préoccupée par mon « songwriting » et mon jeu purement acoustique. C’est tès excitant cette nouvelle facette, vous savez…

Qu’entendez-vous par « psychedelic folk » ou « psychdelic harp » ? Ce terme a tellement de significations de nos jours…

Je sais, peut-être que je devrais lui trouver un nouveau nom. C’était juste, au départ, une appellation sous laquelle nous travaillions. J’avais cette idée de faire de plus grosses compositions pour cet album. Je ne connais pas le terme exact, « psychedelia » ou « prog folk » et je sais qu’il y a tout un tas de gens qui ont eu ce même discours. Prenez Gentle Giant, ils ont écrit des compositions incroyables tout en restant dans cette tradition folk purement britannique.

Il y a aussi Alice Coltrane, j’ai toujours considéré son jeu comme étant du « psycchedelic harp ». C’est curieux d’ailleurs car elle est toujours sur le mode du glissando et qu’elle utilise beaucoup de réglages de pédales. On a toujours appelé cela « cosmic love boat », quelque chose de très transcendent. J’ai toujours été intriguée par cette manière de produire des effets et de traficoter le son.

Quand vous composez, est-ce une extension de vous même ou habitez vous un personnage ?

C’est intéressant car j’expérimente pas mal avec la création de personnages depuis peu. C’est ce qui arrive quand vous écrivez avec d’autres personnes sur d’autres projets. C’est assez libérateur de penser que vous incarnez une diva disco, une chanteuse ou un homme. Ce qui en sort est complètement différent.

Et les musiques de film ?

J’avais déjà fait des illustrations sonores pour des vieux films en noir et blanc des années trente. Cette fois, je voulais refaire la bande son d’un film contemporain. J’ai pensé à Streets of Crocodiles et j’ai écrit aux frères Quay. Ils m’ont tout de suite répondu de trouver quelqu’un d’autre. Je me suis dit qu’après tout ils n’avaient pas tort de refuser que quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas s’amuse avec leur film. J’ai ensuite vu Rabbit Moon de Kenneth Anger. J’ai trouvé que la musique fonctionnait merveilleusement bien, mais qu’elle pourrait aussi marcher de façon totalement différente. Malheureusement nous n’avons pas obtenu la permission de le faire. Je comprends maintenant pourquoi tout le monde travaille sur des vieux films…

Parce que les metteurs en scène sont morts ? (Rires)

Oui… Mon frère et moi avons donc décidé de faire un nouveau film qui serait plus ou moins influence par Rabbit Moon parce que ce sont des personnages de la commedi dell’arte. On a pensé s’inspirer du film, prendre certains personnages et le retravailler en en faisant un film d’animation avec une très cinglée. Avec un peu d’espoir, quelqu’un sera intéressé.

Un des éléments que nous souhaitions emprunter à Kenneth Anger était cette sensation d’histoire complètement irréelle où rien ne pouvait être résolu. Parfois ce sera le film qui va monopoliser votre attention, parfois ce sera la musique. Et les deux choses ne s’additionnent pas toujours…

 

24 janvier 2013 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Big Harp: « Chain Letters »

Big Harp est un duo de country alternative composé de Chris Senseny et Stefanie Drootin, son épouse. Leur premier album, White Hat, bien que se dirigeant vers une country hors-normes (des humeurs à la Nick Cave), regorgeait d’emprunts humoristique plus éclatants façon Townes Van Zandt et des vocaux plutôt laid back de Drootin.

Ce deuxième disque est lui beaucoup plus méchant. L’humour est toujours là, mais beaucoup plus décalé, un peu comme ‘il s’agissait d’un script éciit par les frères Coen (« You Can’t Save ‘Em All » en représente l’exemple le plus frappant et ça n’est pas un hasard si il ouvre Chain Letters).

Le son est, en outre, plus punchy et virulent, comme si il s’agissait de jalonner le disque de morceaux qui s’apparenteraient à des « murder ballads ». On retrouvera d’ailleurs cette diction récitative propre au genre, ces arrangements de guingois mais terriblement expressifs et vecteurs de détraquement et cette atmosphère ténébreuse qui est le propre de récits dont on n’aura aucune peine à deviner la nature, même si on n’en comprend pas les textes..

Le même climat cinématographique percera dans un « Call Out The Calvary, Strike Up The Band » qui clôturera l’album sur une note épique très connotée  western spaghetti comme si il s’agissait de terminer une histoire de la même manière qu’on l’avait fait commencer.

Chain Letters n’est sans doute pas un « concept album » mais il sonne bien enraciné dans sa vision ; il en a l’expressivité de Okkervil River et la faconde des Violent Femmes.

 

★★★★☆

24 janvier 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Arbouretum: « Coming out of the Fog »

Il y a, chez Arbouretum, quelque chose qui a à voir avec le « classic rock » mais dont aurait ôté toute emphase extérieure. S’il fallait affiner cette catégorisation on obtiendrait une description assez étonnante qui serait celle d’un Black Sabbath qui se serait converti à l’Americana. Coming Out Of The Fog est leur cinquième album et il se distingue par une approche majestueuse et vibrante (« The Long Night » en est l’ouverture parfaite) dont tout l’album sera la déclinaison. Les arrangements sont plutôt enveloppants ce qui contraste avec le « drone » des guitares et la majeure partie du disque sera faite de compositions où la voix de Dave Heumann  impose une atmosphère visant à provoquer la léthargie (« All At Once », « The Turning Weather »).

Arbouretum fait donc une preuve d’une démarche particulière au travers de ses excursions dans l’univers gothique en empruntant à Cure (le solo de guitare très Robert Smith sur « Renouncer »), la rythmique plus rapide et tendue de « The Promise » et l’instrumental féroce qui termine l’album, « Easter Island ». Le titre le plus atypique demeurera « Oceans Don’t Sing » » qui voit le combo plonger de plain-pied dans un univers presque « country ».

Le problème de ce disque est que les alternances sont trop tranchées de morceau en morceau. Arbouretum s’emploie à nous livrer une expérience uniforme mais peine à opérer une transition. Il aurait fallu, au fond, un élément qui serve de fixateur, peut-être un son plus brouillé, peut-être une accentuation déclamatoire, toujours est-il que toute intéressante que soit la voie  qu’il emprunte, Coming Out Of The Fog peine à imposer le cérémonial qu’il revendique.

★★½☆☆

24 janvier 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Ra Ra Riot: « Beta Love »

Avec Beta Love, les New Yorkais de Ra Ra Riot rejoignent les rangs de ces jeunes musiciens pop et madrés développant un goût prononcé pour la musique synthé des années 80. Les deux premiers albums du combo combinaient rythmes dynamiques, cordes rêveuses et voix la douceâtre et haut perchée de Wes Miles pour produire des refrains légers, au ton plaisant mais inoffensifs. Les choses changent substantiellement ici car les guitares sont quasi inexistantes et les violons, traficotés allez savoir comment, ne servent que de toile de fond à une musique phagocytée par les claviers.

Il en va de même des vocaux qui semblent « bénéficier » des mêmes améliorations studio que les cordes renforçant ainsi la nature électronique proposée par ce mixage. Le résultat en est un disque gai mais peu chaleureux, au son maniéré s’efforçant de donner une atmosphère entraînante. Il y parvient parfaitement si le but était de s’adresser au « mainstream » et de proposer une musique servant de décor sonore à des journées shopping dans les centres commerciaux. 

Beta Love n’a donc même pas l’originalité d’un Passion Pit qui, au moins, proposait une vision de monde empreinte de sensibilité. Il confirme, en fait, que Ra Ra Riot n’a pas réellement conscience de de qu’il est mais, alors que le mariage initial des vocaux et des cordes produisait auparavant une once d’humanité, ce passage au digital ne fait qu’accentuer la côté robotique du groupe (témoin l’ouverture « mécanique » que constitue un « Dance With Me » révélateur). Ra Ra Riot veut se faire pourvoyeur de « hits », mais en souhaitant plaire à tout le monde, il ne touche personne.

★½☆☆☆

23 janvier 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Wave Machines: « Pollen »

Le premier album de Wave Machines, Wave If Your’re Really There, mêlait habilement électropop et indie rock. Tout comme Wild Beasts il s’appuyait sur un gros travail sur les textures et le falsetto ouvrant la voie à un « crossover » inhabituel.

Avec Pollen, le groupe n’a pas renoncé à la nature expérimentale de ses efforts et semble même vouloir l’accentuer. « Counting Birds » est un morceau d’ouverture tumultueux et complexe, avec ses synthés menaçants et la voix curieusement en sourdine de Tim Bruzon. Comme sur l’album précédent, Pollen va s’efforcer de mêler divers styles, mais il le fait de manière un peu moins claire qu’avant.

Plutôt que de dresser une ligne bien nette entre la mélancolie et les refrains plus enlevés, The Wave Machines vont essayer, tout au long du disque, de faire cohabiter ces deux identités avec des résultats variables.

« Blood Will Roll », avec ses percussions rappelant « Tomorrow Never Knows » et son climat frénétique à sa fin, va servir de modèle mais ce ne sera pas toujours un succès. Le tempo rapide de « Gale » va, par exemple, se voir compromis par le volume exagéré de son instrumentation et les synthés, trop incontrôlés, apportent une densité certes sombre mais qui étouffe la qualité des vocaux.

C’est le fait, précisément, de ne pas laisser la préséance qu’elle mérite à ces derniers (ils semblent même parfois être greffés par défaut) qui obère ce qu’on aurait été en droit d’attendre de Pollen. En voulant en faire trop, The Wave Machines, finalement n’en font pas assez ; seuls la retenue et le dépouillement qu’affiche « Sitting in a Chair » seront un merveilleux moment où le groupe dévoile son potentiel.

★★½☆☆

22 janvier 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Interview de Rachel Zeffira: Les Vents & le Métal.

Après avoir enregistré avec Faris Badwan de The Horrors sous le nom de Cat’s Eyes, Rachel Zeffira sort son premier album solo, The Deserters. La chanteuse canadienne, issue de la musique classique, nous offre un disque dans lequel la froideur gothique est remplacée par une approche plus contemplative mais tout aussi lyrique. Visions divergentes mais même intensité…

Vous avez enregistré Cats Eyes aux studios Abbey Road où vous semblez passer beaucoup de temps…

C’est vrai, je m’y plais beaucoup. Dès que j’ai un peu d’argent je le dépense là-bas. C’est un peu mon luxe et ils y ont des tas de nouvelles pièces.

Tout l’album y a-t-il été enregistré ?

Non, la plus grande partie a été faite à The Pool (autre studio d’enregistrement londonien). Mais nous avons fait les cordes à Abbey Road. Pour jouer avec un groupe, Toy en l’occurrence, The Pool est plus adapté mais pour un orchestre il n’y a qu’Abbey Road.

Comment avez-vous travaillé avec eux ; en particulier comment les avez-vous amenés en ces endroits où prime la réflexion ?

On est amis, Panda jouait déjà dans Cats Eyes, et je souhaitais vraiment chanter avec eux. Ça a toujours été « fun » quand on jouait ensemble et je voulais composer pour eux. Ils ont contribué à pas mal de choses et ils sont si musiciens qu’ils ont pas mal bidouillé avec les synthés ou apporté leur touche personnelle. C’était très plaisant.

Qu’avez-vous apporté d’autre ?

Il y a un morceau avec un orgue de cathédrale et des percussions. Cet instrument, il était immense, est vraiment la mère de tous les synthétiseurs. Je suis obsédée par les claviers, c’est le nec plus ultra pour moi. Sur cet disque, il y a quelque chose de particulier, des trucs sur lesquels je ne pouvais m’appesantir en général. Là, j’étais vraiment gâtée, je pouvais faire tout ce que je voulais, je pouvais jouer de l’orgue et personne ne pouvait me dire quoi faire. Je pouvais jouer du hautbois si je le voulais et travailler avec qui je le souhaitais.

Qu’est-ce qui vous a poussée à ce projet après Cats Eyes ?

L’idée m’est venue alors que nous enregistrions. C’était il y a plus d’un an et je voulais faire une reprise de My Bloody Valentine. J’ai commencé à faire un morceau, puis cette reprise et ensuite je me suis dit : « Pourquoi ne pas continuer ? » En fait je me suis offert le luxe d’un album solo.

Ça vous a surpris de souhaiter en faire un ?

Tout à fait, oui. Je n’avais rien de prévu, tout comme Cats Eyes d’ailleurs. Je ne me rendais même pas compte que je réalisais un album solo jusqu’au moment où, arrivée à un total de six chansons, j’ai réalisé que c’était le cas. Tous les titres semblaient s’imbriquer et suivre la même ligne directrice. J’ai beaucoup apprécié travailler sur des orchestrations. Je sais que que ça peut devenir un peu trop sentimental et larmoyant et, sans vouloir dire du mal de Andrew Lloyd Webber ou de Muse, je ne voulais pas sonner comme eux.

Vous étiez fan de My Bloody Valentine ?

Non, pas à l’époque. Beaucoup de ce que j’aime désormais m’a été présenté par Faris ces trois ou quatre dernières années. Je suis un peu en retard à ce sujet. Peu importe comment vous découvrez les choses mais The Horrors et Toy ont été de bons évangélistes. Il est rare de trouver des vrais amoureux de la musique aujourd’hui.

Vu votre éducation musicale, y a-t-il des choses que vous percevez dont les autres ne sont pas conscients ?

Je crois oui mais il est difficile de pouvoir répondre à cela. Tout dépend de ce que vous écoutez.

Pensez-vous que votre musique a une personnalité différente car vous venez d’un autre univers ?

C’est tout à fait vrai. Quand j’ai entendu Toy pour la première fois, j’ai pensé à des orchestrations. C’est pour cela que je voulais composer pour eux. La musique a une histoire qui ne vient pas uniquement des textes.

Ce que vous avez fait avec Cats Eyes a-t-il influencé cet album ou est-ce une expérience totalement clivée ?

C’est complètement séparé. Au départ je pensais que ça ne serait pas le cas mais je m’aperçois qu’il n’y a rien à voir entre les deux concepts.

Vous avez dit que, au début, vous souhaitiez écrire des chansons pour un « girls group » et les faire évoluer vers autre chose de moins cliché. Était-ce le cas ici ?

Il n’y a pas de référence à cela dans The Deserters, mais je crois que si je devais en choisir une ce serait Nick Drake pour la façon dont il travaillait ses orchestrations ainsi que ses textes.

Cela date du temps où vous étiez plus jeune ?

Ça aussi c’est nouveau pour moi. J’ai été complètement bouleversée par ses arrangements de cordes ; ils sont sensationnels. Et ses compositions sont admirables. Je ne me suis pas posée en me disant : « C’est ainsi que je vais écrire. » mais, en composant, ça devait surnager en filigrane.

Qu’écoutiez-vous avant qu’on ne vous fasse découvrir ces nouvelles choses ?

Un peu de tout, pas seulement du classique. Mais certainement pas Spiritualised, Sonic Youth ou My Bloody Valentine. Il y avait un énorme trou pour moi, les groupes de guitare « noisy ».

Depuis que vous l’avez comblé, pensez-vous que vous pourriez voyus y engager créativement ?

Tout à fait mais je ne suis jamais allée à sa recherche, d’ailleurs je ne lisais pas de revues musicales. Je n’allais pas aux bons concerts, j’étais plus jazz, pop ou même country. Tout sauf le heavy metal en fait.

Vous vous en sentez proche mais on n’en trouve aucun élément dans votre disque.

C’est vrai, tout simplement parce qu’il n’y a pas de guitares saudf sur la partie avec Toy. Et même là, elle n’est pas brumeuse, ce sont juste des notes claires. Je suppose que comme tout cela est nouveau pour moi je suis encore toute enthousiaste.

Comment expliquez-vous cet univers gothique que vous fréquentez avec Toy et The Horrors ?

C‘est un accident. (Rires)

Qu’est-ce qui a donné forme à vos textes ?

Là encore, il n’y avait rien de prémédité. Quelques morceaux sont basés sur ma ville natale. C’est un endroit assez inhabituel et retiré à douze heures de route de Vancouver. Le cadre est très joli, des montagnes des rivières et la plus grande fonderie de zinc et de plomb du monde. Elle déverse du mercure là où nous nagions. Il y a une grande communauté italienne, mon père y est né et on le parle partout dans les rues. Y grandir ne me plaisait pas beaucoup à l’époque mais, rétrospectivement, je vois les choses d’une autre manière. Certains des morceaux l’évoquent je crois. Mais je n’aime pas parler de mes textes en détail car cela leur ôte quelque chose. Je laisse celui qui écoute se faire une idée.

Vous fréquentiez des gens qui étaient dans la musique ?

Je ne connaissais que des hard rockers. Je gardais secret le fait que je jouais du hautbois. Je n’aimais pas trop la ramener à ce sujet. Si je l’avais fait, je crois que je n’aurais pas eu beaucoup d’amis. C’est un environnement très sportif, beaucoup de hockey mais on n’y trouvait pas de « shoegazing ».

Votre famille était musicienne ?

Personne  ne sait jouer d’un instrument mais ils aiment tous ça. C’était la seule chose dans laquelle j’excellais.

Et quand avez-vous quitté le Canada ?

Dès que j’ai eu 17 ans je suis partie à Londres, puis ensuite en Italie pour étudier au conservatoire. Je n’ai jamais terminé et suis retournée à Londres.

Pourquoi Londres ?

Ma mère y est née, j’ai de la famille. J’ai toujours su que j’allais y emménager et je rêvais de quitter cet environnement de zinc et le plomb.

Pensez-vous faire un nouvel album solo ?

J’adore les orchestrations. J’ai fait tous les arrangements sur The Deserters. Je ne pense pas revenir à de l’opéra pour le moment. Ça ne m’a jamais plus d’en écouter, je le faisais juste quand il le fallait. Je peux jouer de tout vous savez…

Vous avez mentionné un jour un projet de disque de « metal »…

Cats Eyeballs ? (Globe oculaire) C’est en route ! (Rires)

21 janvier 2013 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Parquet Courts.

Light Up Gold est un des albums les plus addictifs de ce début d’année. Ses auteurs, Parquet Courts, renouent avec les premiers principes du punk: vitesse, précision, intelligence et « attitude ». Retour aussi à une formule simple, 2 guitares, basse, batterie et vocaux incandescents. L’album, enregistré en trois jours, rivalise d’ingéniosité avec son humour et ses refrains pop imparables. Ses membres dressent un point rapide de l’état du combo.

Comment Parquet Courts a développé son identité musicale.

Andrew Savage (guitare, vocaux): C’était assez prémédité. Une des premières choses que nous avons faites a été de sortir une bande qui réunissait nos influences. On savait ce qu’on voulait faire et on aimat tous, à peu près, le même type de musique. En outre, on aimait tous écrire et, une de nos particularités est que tout le monde compose à un degré plus ou moins grand.

Austin Brown (guitare, vocaux): On a écrit et joué pendant plus d’un an avant d’enregisrer l’album.

Sean Yeaton (basse): Beaucoup des morceaux sont constitués de riffs plaqués qu’on adorait jouer. La plupart des compositions n’ont qu’une ou deux parties. On s’est très vite décidés là-dessus car on a réalisé qu’on n’avait besoin de rien d’autre.

Sur la différence entre être un groupe texan (d’où sont originaires Savage et Brown) et new-yorkais (où ils se sont tous installés).

Savage: La scène dont nous sommes issus, Austin et moi, est à mon sens un peu plus sincère que beaucoup de choses qui viennent de New York depuis une dizaine d’années. Elle a un arrière fond plus punk. Beaucoup de groupes viennent de Denton, là d’où je suis originaire, et font des trucs très intéressants. Il y a toujours de la musique à New York, mais en ce qui concerne ce que nous faisons, je crois que la scène est en train de changer pas mal. Il y a un changement dans la musique alternative qui repose sur la guitare. Elle s’éloigne de l’indie rock pour se rapprocher du punk. Enfin c’est ce que nous aimerions penser.

Concernant la distinction entre indie rock et punk.

Savage: Des mots comme « indie », « alternatif»ou « contre culture »sont devenus des termes qui n’ont plus aucun sens. Il faut néanmoins se rappeler que quand ils sont apparus bien des choses se posaient comme une opposition à la culture dominante. Beaucoup de ce qui constitue l’indie rock n’est qu’une version succincte de la culture pop. Néanmoins, il y a encore des gens comme nous qui souhaitent développer une alternative esthétique, quelque chose qui soit différent de la pop music. On n’est pas les seuls à le faire, il y a des groupes comme The Men et PC Worship qui, eux, sont originaires de New York. Tout se résume à ça: attitude et sincérité. Et une des choses qui manque dans ce qu’on nomme l’indie rock c’est l’honnêteté émotionnelle.

Concernant le hargneux « Master of my Craft » qui ouvre Light Up Gold.

Brown: « Master of my Craft » part d’une narration à la troisième personne. Il s’agit de quelqu’un qui souhaiterait avoir une certaine stature dans la scène musicale de New York et qui, pour cela, dit à tout le monde qu’il est au courant de tout. Ça prend plus la forme d’un dialogue que celle d’une histoire.

À propos du passionné « Picture of Health » qui termine l’album.

Savage: C’est une chanson qui parle de quelqu’un que je connais. Je voulais lui dire certaines choses depuis pas mal de temps et je ne pouvais m’y résoudre. J’avais même failli le supprimer du disque. J’ai, encore aujourd’hui, du mal à l’écouter. C’est un truc un peu différent, soniquement inspiré de Guided By Voices dont, je dois dire, qu’il n’appartient pas véritablement à l’album.

Et enfin, quid de la présentation visuelle de Parquet Courts.

Savage: Je m’occupe de presque tout le graphisme. Le style sur lequel je travaille en ce moment est associé à celui de Dull Tools, le label que moi et mon ami Chris Pickering avons monté. Quand vous voyez un disque de Black Flag et le visuel de Raymond Pettibon vous ne pouvez que vous dire: « Ouais, ça doit être plutôt cool .» Ensuite, quand vous les entendez, l’ensemble prend son sens. Il n’y a pas beaucoup de groupes qui se soucient encore de cela et c’est peut-être une des choses établissent une distinction entre la bonne musique et celle qui émane de personnes blasées.

 

21 janvier 2013 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire