No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Jimbo Mathus & The Tri-State Coalition: « White Buffalo »

Avec ses « collègues » des North Mississippi Allstars, il y a peu de musiciens qui symbolisent aussi bien que Jim Mathus le concept de cette musique venue du Sud des États-Unis dans ce qu’elle a de plus profond et d’authentique. Le fondateur des Squirrel Nut Zippers a délaissé les tendances rétro de ce groupe pour nous entraîner depuis dix ans, en solo, dans des tréfonds musicaux qui ont nom boogie, blues, rock and roll, country, folk ou ragtime parus sur des disques aussi décousus que les labels obscurs sur lesquels ils étaient enregistrés.

Désormais doté d’une distribution plus conséquente, il a engagé un groupe de musiciens teigneux, The Tri-State Coalition, pour ajouter punch à ses rocks musclés et « soul » à ses ballades rugueuses.

La production de Eric Ambel, forte de sa collaboration avec Steve Earle, accorde libre cours aux interprétations instinctives de Mathus tout en parvenant à les canaliser pour éviter trop d’égarements.

Énergiques tout en n’étant pas débridées, les compositions vont aller du rock stylisé (mais point trop stylé ici) à la Crazy Horse sur « Useless Heart » aux refrains vaudous et marécageux tels que Dr. John sait si bien les faire naître (« Run Devil Run ») en passant par le « roots » façon Band sur « In The Garden ». On trouvera même un titre qui pourrait passer pour un « hit » prospectif avec l’entraînant « (I Wanna Be Your) Satellite » preuve que Mathus sait manier la plume autant que la voix.

White Buffalo remplit par conséquent à merveille la mission qu’il s’était assigné : décrire une Amérique bagarreuse, négligée et rude lais fidèle à l’héritage de son sol.

★★★½☆

28 janvier 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Interview de Yo La Tengo: L’Indépendance de la Variabilité.

On a toujours défini Yo La Tengo comme la quintessence du groupe pour critiques. Ils sont connus pour une approche de la musique avant-gardiste et pour avoir toujours résisté à la tentation d’être perçus comme des rock stars. Ils ont, au contraire, continué à s’en tenir à leurs propres règles et c’est sans doute cette intégrité qui fait d’eux autre chose qu’un groupe culte pour les deux générations de fans qui l’ont écouté. Ira Kaplan, un des fondateurs du combo, parle de cette démarche passée au prisme de leur tout dernier album, Fade.

ur Big Day Coming, le documentaire qui vous est consacré, vous sembliez réticents à faire un nouvel album. Pourtant Fade est perçu comme un disque direct, personnel et cohérent. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis?

Je ne crois pas que nous ayons été jamais ambivalents par rapport au fait d’enregistrer. Vous vous référez à une période où Matador nous demandait un autre disque. On a été les voir et on leur a dit: «Voulez-vous des «singles»,? Voulez-vous que l’on fasse des morceaux à télécharger? Comment souhaitez-vous que notre musique soit diffusée?» On avait envie que les choses soient claires. Il nous ont répondu qu’un album c’était très bien. On a donc sorti Fade

Un jour vous avez déclaré que le groupe avait réellement démarré sur l’album Painful. Depuis vous avez toujours travaillé avec Roger Moutenot; or ici vous avez pris John McEntire pour le production…

Comme nous avions décidé de travailler ensemble il nous semblait naturel d’enregistrer dans son studio, à Chicago. Je en sais pas trop pourquoi, l’idée nous semblait bonne et on en a pas creusé les raisons. On le connaît depuis pas mal de temps, et quand l’idée de travailler avec lui est venue, ça nous a semblé être une bonne décision. John a un emploi du temps très chargé mais on a eu la chance de pouvoir être s’y glisser.

Vous aviez pensé à d’autres producteurs?

Non, ça n’est pas comme si on avait délibérément décider de ne plus travailler avec Roger. L’idée initiale était d’utiliser John et pas de nous séparer de Roger. Je ne sais pas, par contre, ce qui serait arrivé si John n’avait pas été disponible.

Fade rappelle des albums comme I Can Hear The Heart Beat As One ou … And Then Nothing Turned Itself Inside Out. Il est pourtant plus complexe d’autant que certains des musiciens les plus expérimentaux de Chicago y participent. Est-ce que ceci ainsi que l’équipement dont vous disposiez au studio Soma ont modifié le son par rapport à la la vision préalable que vous aviez?

Je ne sais pas trop pour les musiciens car ils sont surtout bossé sur des parties qu’on avait déjà travaillées. La seule exception en est le passage où figurent des cordes sur «Is That Enough?» Jeff Parker s’y est collé, c’est donc là qu’on peut parler d’une influence de Chicago. En ce qui concerne le studio, je suis certain qu’il y a eu un impact. Il m’est pourtant difficile de pouvoir l’évaluer. Quand vous êtes dans un processus où les idées affluent, une chose en amène une autre… Il y a eu un crescendo c’est certain et John y a largement contribué. Je sais que c’est là sans pouvoir préciser ce qui a contribué à telle ou telle chose…

C’est aussi l’album le plus court depuis Painful avec des morceaux très brefs également. Était-ce délibéré?

La longueur des titres n’a pas été une décision consciente. Il en a été autrement pour la durée du disque. On avait déjà tenté de le faire sur nos deux précédents albums; à force d’essayer on y arrive!

Pensez-vous que ça puisse être lié à John McEntire?

Je ne crois pas… Déjà nous sommes entrés en studio avec moins de compositions. Il y a eu un moment où on a juste cessé de composer car on n’avait pas confiance en notre capacité à ôter des éléments du disque. On avait noté qu’une fois certaines choses enregistrées, on avait du mal à s’en séparer. Finalement on, a quand même enregistré trois titres qui ne figurent pas sur l’album. La chose a été plus facile une fois qu’on a réalisé qu’on pouvait s’en tenir à un album simple. Une fois une chanson supprimée, ça a été plus aisé ensuite…

Cela peut-il changer la nature de concerts?

Sans doute oui. De toutes façons on souhaitait approcher les choses différemment mais il est délicat encore de dire en quoi.

Sur scène, il est plus facile de s’étendre et de se lâcher; vous est-il arrivé de créer des chansons avec, en tête, le côté «live», surtout si on pense à des arrangements plus amples?

Non, on ne pense jamais à cela. On essaie juste d’interpréter un morceau vous savez, enregistrer ce qu’on aime. Le disque achevé, on pense maintenant à la meilleure façon de l’aborder sur scène et tout n’est pas aussi fluide que ça…

Vous avez insisté sur le fait que Fade était un effort de groupe. Est-ce que la façon de composer de Yo La Tengo a changé au fil des ans?

Je crois que ça a été le cas depuis Elect-O-Pura. En même temps notre approche a évolué. Notre liberté de faire certaines choses s’est plus épanouie. Nous nous en accordons plus. Je ne veux pas dire plus de choses mais l’idée que nous pouvons plus nous le permettre…

En quoi faire la musique du documentaire «live» The Love Song of R. Buckminster Fuller a-t-elle été différente du fait de créer d’autres bandes-sons?

Comme on travaillait plutôt intensément sur le disque à l’époque, on n’a pas eu autant de temps qu’on le souhaitait. Normalement on compose une musique, on l’envoie au réalisateur, on regarde ce qu’il en dit, on le renvoie, etc. C’est un processus de va et vient. Comme on n’avait pas trop de temps, on a fait quelques sessions assez intenses avec Sam Green le réalisateur à Hoboken. On jouait et on avait tout de suite son feedback. Parfois on entendait des choses que, lui, n’entendait pas. Parfois c’était le contraire. Toute cela nous obligeait à nous réajuster très vite et avec une plus grande charge émotive je crois. Il y a aussi un autre aspect dont je ne sais pas à qui il est dû. Ici la musique est plus composée que sur d’autres bandes-sons où l’atmosphère était plus importante. Sur ce documentaire, tout devait être très spécifique et on ne pouvait pas rester dans le flou. Cela nous a fait comprendre certaines choses en matière de composition. Imaginez ensuite ce que ça serait d’avoir à les rejouer…

28 janvier 2013 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Iceage: « You’re Nothing »

Sur leur premier album, New Brigade, les Danois de Iceage avaient, bien que tout jeunes, revigoré le punk. C’était une véritable déclaration d’intention, immédiate, crue, violent et pleine de cette attitude nihiliste à laquelle nous avions été habitués.

You’re Nothing dont le titre accentue encore plus ce comportement en sera un approfondissement mais il le fera sous forme de manifeste, c’est-à-dire de manière moins monolithique. Il sonnera moins comme le coup de pied dans la fourmilière que constituait New Brigade mais il voit le groupe définir de façon plus appuyée ses paramètres soniques.

Ceux-ci sont plus émotionnels, plus chargés d’adrénaline hardcore mais aussi plus catapultés par une ambition post punk. Pour simplifier on pourrait dire que leur éthique « allez vous faire tous foutre » a été remplacée par une approche plus cathartique et nuancée.

Il reste toujours un esprit « live » mais les harangues punk feront, peu à peu, place à des refrains plus développés même si des morceaux comme « Burning Hand » ou « Ecstasy ». demeurent des brûlots. Ainsi, on voit apparaître, ça et là, des scansions différentes parfois même articulées comme sur « Awake ». Ce qui ne changera pas sera, par contre, la brièveté de l’album, similaire au premier, c’est-à-dire largement inférieure à la demie-heure. Restera à apprécier la façon dont Iceage parvient à basculer de l’atonal à la mélodie ; c’est certainement cette faculté qui donne àYou’re Nothing sa véritable puissance.

★★★☆☆

28 janvier 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Nightlands: « Oak Island »

Au début de son deuxième album, Oak Island, Dave Hartley évoque l’endroit où il était quand il avait 17 ans. Ce t élément nostalgique sera perméable tout au long de ce disque. Tout comme sur Forget The Mantra ; le chanteur renoue avec cet assemblage qui vise à rendre l’intime épique, ou l’épopée plus personnelle. La voix sera ainsi comme un cocon fragile et émerveillé, coincé au milieu de sons qui semblent la dépasser.

Ce qui distinguera l’approche unique que fait Hartley de ce domaine est que sa « dream pop » se veut en perpétuel mouvement vers l’expérimental. Pour cela, il compose en utilisant des accords majeurs en septième, ceux qui sont le plus à même de véhiculer un climat de désuétude. Le résultat harmonique en est une atmosphère rappelant le soft-rock des années 70 mais surtout un climat de légère et enveloppante euphorie.

Ce seront alors les textes, littéraires et souvent cryptiques, qui vont donner une autre profondeur aux idylles que narre Nightlands, sur « Born To Love » par exemple.

Les morceaux les plus pop (« So Far So Long »,  « I Fell in Love with a Feeling »), ne seront joyeux que de façon trompeuse dans la mesure où, tout comme le très floydien « So It Goes », ils ouvrent le chemin vers des escapades free-form ou même jazzy (« You’re My Baby » avec ses guitares sirupeuses et des vocaux « bliss out » pelin de sève). « Rolling Down The Hill » explorera même des territoires afro ce qui pourrait donner une vue d’ensemble apparaissant presque scientifique.

Oak Island oscille donc entre le risque calculé de sonner stérile et le retour vers l’innocence juvénile des années adolescentes. Il nous permet de les regarder avec des yeux neufs , il danse sur la corde raide d’un regard qui s’abstient d’être blasé.

★★★½☆

28 janvier 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

ERAAS: « Eraas »

Robert Toher et Austin Stawiarz faisaient déjà de la « dark music » avec le groupe de post-rock Apse bien avant que ce courant ne redeviennent à la mode au seuil des années 2010. ERAAS s’inscrit donc dans ce courant revival mais le duo s’emploie à la rendre plus complexe grâce à ce qu’il a appris avec Aspe.

Si les titres, pris dans leurs significations, symbolisent frayeur et mysticisme, ils ne sont, pourtant, que la partie la plus simple de cet album. Même sur des interludes comme « Black House » ou « Moon », l’expérience post-rock des musiciens procure à ces morceaux des tonalités majestueuses à la fois ouvertes et massives.

ERAAS va aussi s’inspirer d’artistes visant à délivrer des climats sombres mais en adoptant des postures moins évidentes. L’utilisation de percussions fébriles et envahissant chaque mesure rappellera aisément Liars tout comme le chuchotement dépouillé et glaçant qui convulse « Ghost » évoquera Soft Moon (avec qui ils ont tournée) sans pourtant adopter sa stylisation. « Skinning », lui, ne pourra que faire penser à Radiohead dans ses tendances les plus commémoratives voire païennes par sa façon de superposer piano endeuillé, mélodie de guitare écrasante et incantations rituelles.

De façon bien plus originale, ERAAS parviendra à teinter de lumineuses compositions comme « At Heart » ou « Fang » de vocaux andogynes en « reverb » donnant ainsi une touche electro inhumaine et spectracle à ces deux titres conçus pour la danse.

Bien qu’unilatéral dans sa démarche, Eraas, ne sera jamais monotone précisément par sa capacité à alterner son « discours de la méthode ». Il offre, en tous, cas une approche différente dans sa captation de l’héritage « dark ».

★★★½☆

28 janvier 2013 Posted by | Quickies | Laisser un commentaire

Our Lost Infantry: « The New Art of History »

Pour ce quatuor issu du sud-est de l’Angeleterre., The New Art History est comme unappel aux armes tant il est emphatique, rugissant, accompagné de riffs de guitares rocailleus et de percussions acérées et mordantes. Produit par leur guitariste et chanteur Thom Ashworth il se veut un album conceptuel qui vise à réfélchir à la façon dont les idées nouvelles se répercutent sur nos visions de l’histoire de l’art.

Chose dite, il convient de se pencher sur la transcription musicale qu’en fait le groupe et de constater qu’elle est plutôt attirante dans ses textures qui vont du pop-rock à du post-rock instrumental.

Si l’on considère les accords éruptifs du piano et de la guitare sur « Tremors », l’interlude rock de « The Hollow » et la section de cuivres de « Day After Day » on ne peut que souligner l’aspect composite de The New Art History. Our Lost Infantry na, en effet, pas son pareil pour nous embarquer sur des fausses pistes (un « Fearless » qui sonne comme une musique de pub avant de décoller sur un immense choruus, le mélange de rengaine et de falsetto sur « Avogadro »), ils ne perdent pas de vue l’impact mélodique que peuvent avoir leurs riffs de guitare (« Kenning », « All the Streetlights of My Hometown » ou ‘ »Meet Your Maker ») pour nous offrir une approche atypique et assez novatrice du rock-progressif.

C’est vraisemblablement en cela que The New Art History justifie et son titre et son « concept » ; faire preuve d’une telle vision des choses et parvenir à la transcrire sur partition lors d’un premier disque est plutôt inaccoutumé et ne peut être que prometteur.

★★★½☆

28 janvier 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Christopher Owens: « Lysandre »

Pour l’ex membre des Girls, Lysandre est à la fois un « concept album » et un disque de romance trempé dans sa réalité. Lysandre est en effet le nom de cette jeune femme qu’il rencontra en France lors d’une tournée de son groupe d’origine et qui, plus ou moins directement, sera la cause de la dissolution des Girls.

Sur cette première expérience solo, Christopher Owens s’emploiera à faire part, de la façon la plus nuancée possible de cet épisode amoureux au travers des sensations multiples qui l’ont parcouru. Il y sera question de vulnérabilité , d’insécurité avec pour toile de fond récurrente cette jeune personne dont le thème musical jalonnera l’album.

Soniquement, l’instrumentation est plus légère, alternative inévitable au rock aux nuances prog-rock des Girls. Un titre comme « Here We Go » avec sa flute et son harmonica va ainsi transporter l’auditeur dans un climat onirique doux-amer proche du médiévisme, élément qu’ un « A Broken Dream » doucement chuchoté accentuera tant il pourrait s’apparenter à une chanson de geste.

Comme dans tout itinéraire sentimental, celui-ci va être traversé par des sinuosités qui visent à évoquer aussi la vivacité de ce que peut être une relation. On peut voir dans le saxophone en roue libre de « New York City » un moment d’euphorie, tout comme la presque inaudible pédale wah wah sur « Here We Go Again » dont on peut se demander s’ils ne font pas aussi écho à la trajectoire de The Girls.

Indépendamment de la thématique et de la coloration musicale aplatie de Lysandre, l’unité est maintenue par le fait que chaque morceau est construit sur une même clef et qu’ils se fondent l’un dans l’autre sans qu’il y ait un break. Ce procédé épouse bien que que peuvent être des ruminations introspectives, et Owens a, néanmoins, l’intelligence de ne pas s’en contenter.

Le saxo aura qui introduira « Riviera Rock » développera une atmosphère lounge ou jazzy, sans doute née de cette rencontre qu’il a faite dans le midi, et « Love Is In The Eye Of The Listener » transformera une ballade qui aurait pu être larmoyante en refrain détendu et presque laid back.

Beaucoup de fils se nouent donc si on considère le déroulé de ces onze titres mais, curieusement, l’ambition ne semble pas être là. L’album n’atteint même pas les trente minutes ce qui, avec l’invariable clef tonale qui a été choisie, tend à faire penser que Lysandre a été conçu pour être consommé d’un seul coup.

On atteint, sans doute alors, la vraie nature de ce qu’est un premier jet. Une confession est avant tout un exorcisme ou une catharsis. De ce point de vue, il a avant tout une valeur de défoulement ou d’auto-analyse. C’est un travers qui jalonne l’album même si des efforts de frivolité sont faits pour éviter l’auto-apitoiement. Ce disque répond avant tout à un besoin ; il apparaît alors comme une purge. La dernière plage, « Part of Me (Lysandre’s Epilogue) », se veut vectrice d’optimisme. Peut-être désormais, Christopher Owens n’éprouvera plus le désir de cacher son visage sous sa chevelure comme le montre la pochette de l’album. On ne peut qu’espérer que cette porte soir fermée pour lui et qu’il sera à même de délivrer autre chose que cette éloquence qui n’évite que de très peu de verser dans le pathos.

28 janvier 2013 Posted by | On peut faire l'impasse | , | Laisser un commentaire