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I Am Kloot: « Let It All In »

Pendant très longtemps, et malgré un succès auprès des critiques, ce trio de Manchester semblait destiné à rester un groupe culte. Leur cinquième album, Sky At Night les avait enfin vus toucher une marge du grand public, Let It All In peut donc être vu comme une chance de consolider ce semi-succès.

On retrouve tooujours la même équipe à la production (Guy Barvey et Chris Potter de Elbow) et, par conséquent, la même approche minimaliste dans les orchestrations, des percussions toujours on ne peut plus discrètes et les vocaux déchiquetés de John Bramwell cimentant le tout d’une touche mélancolique et nasillarde.

La morceau d’ouverture, « Bullets » sera ainsi intime et presque plaintif avec un Bramwell accentuant le côté contemplatif et isolé de l’humeur qui semble le traverser. Peu à peu pourtant, la chanson déroule une atmosphère plus optimiste qui résume à elle seule la teneur de l’album. Celui-ci se fera progressivement intimiste et convivial, chaque morceau marqué par l’élégance nuancée de sa composition. Certains moments respirent la distinction et le raffinement par la sobriété de leurs arrangements (« Shoeless », « « Masquerade », « Let It All In » ou le doucereux « Forgive Me These Reminders ») jalonnant le disque d’émotions.

Citons également, à cet égard, la somptueuse berceuse mélodique que constitue « Some Better Day » avec ses discrètes interventions de bois nourrissant un climat pétri d’humilité. Parfois, pourtant, les sensations se font plus sombres comme sur un « Even The Stars » qui ne sera pas sans évoquer le « Atmosphere » de Joy Division. Pourquoi alors parler d’optimisme ou d’assertion face à un album si sensible et plein de retenue ?

Tout d’abord parce qu’il y a des « grosses » chansons : l’épique « These Days Are Mine », menaçante composition aux arrangements orientalistes qui supporte avec aisance la comparaison avec le « Kashmir » de Led Zppelin, vraisemblablement le titre le plus inspiré de l’album. On trouve, sur un autre registre, le majestueux et septentrional « Hold Back The Night » dont les orchestrations ascendantes sont aussi addictives que « Theses Days Are Mine ». « Mouth On Me, lui, apportera une touche plus poppy à l’ensemble, comme si la voix de Bramwell se couvrait d’une fine couche de sucre.

Il appartient, finalement, de louer l’exemplaire travail de production accompli sur Let It All In. Celui-ci a cette grandeur particulière qu’on ne note pas tant elle est sous-entendue. Elle n’encombre pas les compositions mais sans la présence de ses cordes en plein essor, des ses cuivres vifs et polis, de ses légers choeurs gospels ou de ses hymnes prudents l’album garderait un fort goût d’inaccompli.

Au fond, Sky At Night aura été la première percée grand public pour I Am Kloot et Let It All In en est presque la confirmation. Il sera curieux de voir comment un titre de la facture de « These Days Are Mine » sonnera dans ces festivals de « stadium rock » pour lequel ce disque semble partiellement destiné. Ceci si, bien sûr, le succès du groupe s’amplifie comme il le devrait.

24 janvier 2013 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Interview de Serafina Steer: Classiquement Pop.

Serafina Steer fait partie de ces artistes qui défient les genres. Ayant reçu une éducation musicale, il est normal que ses production oscillent entre cette influence et celle de la pop. Jouant de la harpe, il est presque logique qu’elle soit comparée à Joanna Newsom mais ses compositions sont plus élégantes et atemporelles et ses textes plus matures. Sur son album précédent, Change is Good, Change is Good, elle s’essayait à l’électronique (elle a même joué des synthés dans le groupe de John Foxx), là voilà de retour avec un The Moths Are Real qui la voit creuser encore plus le chemin de l’expérimentation.

Comment avez-vous opéré cette transition du Classique à la pop music ?

J’ai commencé à écrire à l’âge de 21 ans. Je faisais du classique et, à la fac, vous êtes soit un instrumentiste ou compositeur classique, soit un musicien de jazz. Il est évident, pourtant, que le plupart des gens n’entrent dans aucune de ces catégories. Finalement je me suis retrouvée à faire de l’improvisation ou de la musique contemporaine mais ça ne me correspondait pas réellement. J’étais également incroyablement jalouse de quelques uns de mes amis qui composaient des chansons et j’avais du mal à comprendre pourquoi j’éprouvais une telle frustration quand je les voyais en concerts. Un jour, avec certains d’entre eux, on a organisé à la fac un truc appelé je crois « 1001 Songwriters » qui a marché plutôt bien. Une fois impliquée dedans, ça m’a paru être une chose naturelle.

Y-a-t-il une tendance conservatrice dans le milieu de la Musique Classique qui fait qu’on vous regarde de haut une fois que vous vous tournez vers la pop ?

Peut-être un peu chez certains mais je ne pense pas que ce soit généralisé. Je crois que quelqu’un qui aime réellement la musique ne devrait pas se soucier de ce problème de genres. Néanmoins, de façon paradoxale, on trouve cet ostracisme de l’autre côté. Il y a cette étrange connotation qui vous catégorise comme « musicien expérimenté capable de lire le solfège ». Pour moi, ça ne représente aucun avantage quand il s’agit d’entrer en studio et de produire quelque chose pour l’intégrer à une composition.

Vous avez commencé par la harpe ou par le chant ?

La harpe je suppose mais j’ai toujours chanté. Toute le monde, n’est-ce-pas ? J’ai commencé la harpe à 9 ans et je crois bien que je n’ai pas pratiqué le chant à partir de ce moment pendant pas mal de temps.

Vous avez pris des cours de chant également ?

J’en ai eu quand j’étais petite mais plus du tout après. Je chantais beaucoup des des choeurs d’harmonie. Je crois qu’on se rend bien compte que je ne suis pas une chanteuse entraînée. (Rires)

Et cet intérêt pour la musique électronique est-il lié à John Foxx ?

Je me suis plongée dedans avant de le rencontrer, quand j’ai commencé à faire ce qu’on nomme « psychedelic harp » pour une musique de film et un prochain album. Ce sera un territoire, travailler sur un ordinateur portable, bidouiller avec les sons et cette technique, dans lequel je ne me suis jamais autant investi auparavant.

Vous avez aussi travaillé avec Chrome Hoof, Antony & The Johnsons et Patrick Wolf.

Ma collaboration avec Antony & The Johnsons est un peu une fausse piste. Je n’ai fait que quelques accompagnements pour lui. Pour Chrome Hoof c’est différent. Tous les musiciens de ce groupe sont intéressés par tout un tas de trucs et ont une expertise instrumentale sensationnelle. C’était vraiment enrichissant de travailler avec eux et de s’ouvrir à des choses inconnues.

Avec Patric Wolf, c’est encore différent. C’est une véritable machine à composer, et je dis ça comme un compliment. Vous vous retrouvez en studio avec lui et il passe sans cesse d’une idée à une autre. Avec Chrome Hoof, je n’étais pas autant impliquée dans la composition, je n’en étais même pas témoin. Ils travaillaient juste à partir d’une séquence de harpe, sans plus

Ils ont tous un répertoire très varié et différent les uns des autres : y-a-t-il des expériences auxquelles on ne se serait pas attendu de vous, le « metal » de Chrome Hoof par exemple ?

C’est sûr que je n’ai pas beaucoup exploré le « metal ». Mais le punk ou le « prog rock » me sont familiers. Je suis plus heureuse quand je suis influencée par des univers qui font partie du mien. J’aime avant tout réfléchir de manière conceptuelle et je n’ai jamais eu la moindre idée extérieure à la façon dont je composais. Aujourd’hui j’expérimente plus sur la production, les sons de harpe et suis beaucoup moins préoccupée par mon « songwriting » et mon jeu purement acoustique. C’est tès excitant cette nouvelle facette, vous savez…

Qu’entendez-vous par « psychedelic folk » ou « psychdelic harp » ? Ce terme a tellement de significations de nos jours…

Je sais, peut-être que je devrais lui trouver un nouveau nom. C’était juste, au départ, une appellation sous laquelle nous travaillions. J’avais cette idée de faire de plus grosses compositions pour cet album. Je ne connais pas le terme exact, « psychedelia » ou « prog folk » et je sais qu’il y a tout un tas de gens qui ont eu ce même discours. Prenez Gentle Giant, ils ont écrit des compositions incroyables tout en restant dans cette tradition folk purement britannique.

Il y a aussi Alice Coltrane, j’ai toujours considéré son jeu comme étant du « psycchedelic harp ». C’est curieux d’ailleurs car elle est toujours sur le mode du glissando et qu’elle utilise beaucoup de réglages de pédales. On a toujours appelé cela « cosmic love boat », quelque chose de très transcendent. J’ai toujours été intriguée par cette manière de produire des effets et de traficoter le son.

Quand vous composez, est-ce une extension de vous même ou habitez vous un personnage ?

C’est intéressant car j’expérimente pas mal avec la création de personnages depuis peu. C’est ce qui arrive quand vous écrivez avec d’autres personnes sur d’autres projets. C’est assez libérateur de penser que vous incarnez une diva disco, une chanteuse ou un homme. Ce qui en sort est complètement différent.

Et les musiques de film ?

J’avais déjà fait des illustrations sonores pour des vieux films en noir et blanc des années trente. Cette fois, je voulais refaire la bande son d’un film contemporain. J’ai pensé à Streets of Crocodiles et j’ai écrit aux frères Quay. Ils m’ont tout de suite répondu de trouver quelqu’un d’autre. Je me suis dit qu’après tout ils n’avaient pas tort de refuser que quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas s’amuse avec leur film. J’ai ensuite vu Rabbit Moon de Kenneth Anger. J’ai trouvé que la musique fonctionnait merveilleusement bien, mais qu’elle pourrait aussi marcher de façon totalement différente. Malheureusement nous n’avons pas obtenu la permission de le faire. Je comprends maintenant pourquoi tout le monde travaille sur des vieux films…

Parce que les metteurs en scène sont morts ? (Rires)

Oui… Mon frère et moi avons donc décidé de faire un nouveau film qui serait plus ou moins influence par Rabbit Moon parce que ce sont des personnages de la commedi dell’arte. On a pensé s’inspirer du film, prendre certains personnages et le retravailler en en faisant un film d’animation avec une très cinglée. Avec un peu d’espoir, quelqu’un sera intéressé.

Un des éléments que nous souhaitions emprunter à Kenneth Anger était cette sensation d’histoire complètement irréelle où rien ne pouvait être résolu. Parfois ce sera le film qui va monopoliser votre attention, parfois ce sera la musique. Et les deux choses ne s’additionnent pas toujours…

 

24 janvier 2013 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Big Harp: « Chain Letters »

Big Harp est un duo de country alternative composé de Chris Senseny et Stefanie Drootin, son épouse. Leur premier album, White Hat, bien que se dirigeant vers une country hors-normes (des humeurs à la Nick Cave), regorgeait d’emprunts humoristique plus éclatants façon Townes Van Zandt et des vocaux plutôt laid back de Drootin.

Ce deuxième disque est lui beaucoup plus méchant. L’humour est toujours là, mais beaucoup plus décalé, un peu comme ‘il s’agissait d’un script éciit par les frères Coen (« You Can’t Save ‘Em All » en représente l’exemple le plus frappant et ça n’est pas un hasard si il ouvre Chain Letters).

Le son est, en outre, plus punchy et virulent, comme si il s’agissait de jalonner le disque de morceaux qui s’apparenteraient à des « murder ballads ». On retrouvera d’ailleurs cette diction récitative propre au genre, ces arrangements de guingois mais terriblement expressifs et vecteurs de détraquement et cette atmosphère ténébreuse qui est le propre de récits dont on n’aura aucune peine à deviner la nature, même si on n’en comprend pas les textes..

Le même climat cinématographique percera dans un « Call Out The Calvary, Strike Up The Band » qui clôturera l’album sur une note épique très connotée  western spaghetti comme si il s’agissait de terminer une histoire de la même manière qu’on l’avait fait commencer.

Chain Letters n’est sans doute pas un « concept album » mais il sonne bien enraciné dans sa vision ; il en a l’expressivité de Okkervil River et la faconde des Violent Femmes.

 

★★★★☆

24 janvier 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Arbouretum: « Coming out of the Fog »

Il y a, chez Arbouretum, quelque chose qui a à voir avec le « classic rock » mais dont aurait ôté toute emphase extérieure. S’il fallait affiner cette catégorisation on obtiendrait une description assez étonnante qui serait celle d’un Black Sabbath qui se serait converti à l’Americana. Coming Out Of The Fog est leur cinquième album et il se distingue par une approche majestueuse et vibrante (« The Long Night » en est l’ouverture parfaite) dont tout l’album sera la déclinaison. Les arrangements sont plutôt enveloppants ce qui contraste avec le « drone » des guitares et la majeure partie du disque sera faite de compositions où la voix de Dave Heumann  impose une atmosphère visant à provoquer la léthargie (« All At Once », « The Turning Weather »).

Arbouretum fait donc une preuve d’une démarche particulière au travers de ses excursions dans l’univers gothique en empruntant à Cure (le solo de guitare très Robert Smith sur « Renouncer »), la rythmique plus rapide et tendue de « The Promise » et l’instrumental féroce qui termine l’album, « Easter Island ». Le titre le plus atypique demeurera « Oceans Don’t Sing » » qui voit le combo plonger de plain-pied dans un univers presque « country ».

Le problème de ce disque est que les alternances sont trop tranchées de morceau en morceau. Arbouretum s’emploie à nous livrer une expérience uniforme mais peine à opérer une transition. Il aurait fallu, au fond, un élément qui serve de fixateur, peut-être un son plus brouillé, peut-être une accentuation déclamatoire, toujours est-il que toute intéressante que soit la voie  qu’il emprunte, Coming Out Of The Fog peine à imposer le cérémonial qu’il revendique.

★★½☆☆

24 janvier 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire