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Serafina Steer: « The Moths are Real »

Il serait aisé de comparer Serafina Steer à Jonna Newsom puisque toutes deux jouent de la harpe et d’y ajouter Beath Jeans Houghton avec qui toutes deux partagent un répertoire folk pop excentrique.

Une fois ces références citées, il est temps de revenir à l’essence de Steer, un album précédent Change is Good qui eut un succès d’estime mais qui provoqua la genèse de The Moths Are Real en ceci qu’il attira suffisamment l’intérêt de Jarvis Cocker pour que ce dernier décide de le produire

Il est vrai que le son de Steer est assez fantasque et frais, un mélange de psychedelia urbaine et de douce musique électronique new age qui ne pouvait que séduire l’ex Pulp. Dans sa hotte il apportera d’ailleurs son ex-collègue Steve MacKey, le musicien d’électronica Capitol K et le décalé membre des Flying Lizards, David Cunningham.

Ça n’est pur autant toutefois que les talents Steer soit noyés derrière ces accompagnateurs. C’est plutôt le contraire dans la mesure où ceux-ci demeurent discrets même si leurs contributions sont tangibles et vont vont au-delà d’un simple classicisme folk-pop. On trouve ainsi une pulsation à la Philip Glass dans l’anti-folk « Lady Fortune », une épopée psychédélisante avec un orgue donnant la sinistrose sur une simple ballade traitant d’une rupture (« The Removal Man ») et, sur une chanson du même type, le mélancolique « Disco Compilation » une mutation progressive vers un indie-disco à la Saint Étienne.

Il ne faudrait pas voir pourtant dans The Moths Are Real un enracinement dans des musiques contemporaines ; c’est au contraire un dépouillement inhérent à l’atmosphère générale du disque qui lui donne son attrait. « Ballad of Brick Lane » est un gospel émouvant et les délicats de guitare sur « Alien Invasion » en font presque une composition au folk presque cosmique.

La voix de Steer est en effet nue, apportant cette touche de dépouillement aux plages, la plus flagrante en étant un « Night Before Mutiny » au folk on ne peut plus spartiate. C’est sans doute dans cette juxtaposition que se trouve l’originalité de ce disque . Son dénuement est presque maladif et vecteur d’inconfort, avec une telle vision du monde The Moths Are Real aurait très bien pu prendre des options faciles (chansons mélodramatiques et déclamatoire ou atmosphères brumeuses d’un dream folk s’approchant du gothique). Ça n’est pas, heureusement, le cas car Steer a choisi une voix singulière et originale. Elle extirpe son folk de tout médiévisme et de toute ruralité pour composer des hymnes urbains dont la teneur sera celle de fils de fer barbelés. On sent, dans ses inflexions de voix, esprit narquois, cynisme corrosif ainsi que grincements âpres et dangereux. Son lyrisme ne s époumone pas mais, au contraire, se construit sur fond d’espièglerie caustique. Cela seul pourrait la démarquer de Joanna Newsom, mais il serait injuste de terminer cette chronique d’une manière identique à son introduction. Serafina Steer n’a besoin d’être comparée à personne, elle est, elle-même, une artiste à part entière, la porteuse d’un courant dont elle constituera la référence.

20 janvier 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

L. Pierre: « The Island Come True »

Tout au long d’une carrière qui s’étend sur plus de quinze ans, que ce soit avec Arab Strap, en solo ou dans ses collaborations avec d’autres musiciens (par exemple sur Everything’s Getting Older, album écossais de l’année avec Bill Wells) le travail d’Aidan Moffat s’est toujours caractérisé par une exigence de qualité et, par conséquent, une grande attention prêtée à la finition de ses divers enregistrements.

Le pseudonyme de L. Pierre lui permet de s’adonner à ce qu’il y a de plus expérimental au sein des différentes facettes qui composent son univers. The Island Come True est le quatrième album sous ce patronyme et il s’agit, à nouveau, d’une œuvre séduisante ce qui tend à indiquer que c’est quand il travaille dans ces conditions particulières que son inspiration est la plus féconde.

Le titre du disque vient d’un chapitre de Peter Pan dans lequel on découvre pour la première fois Neverland et il se révèle pertinent pour le monde fantastique et enchanteur que Moffat y a créé. Les onze plages sont constituées de captures prises à vif et de sons et de samples qu’il aura récupéré au hasard de sa sensibilité. Il y a donc une démarche visant à la spontanéité dont tout embellissement ou additions soniques sont exclues. Les sifflements, crépitements et bourdonnements de vielles bandes enregistrées se révélant un thème constant tout au long du disque, celui-ci se voit parcouru alors de l’atmosphère spectrale qui serait celle d’un univers autre et décalé.

Si on s’imagine en train de l’écouter dans une pièce sombre avec un casque sur la tête, il est indéniable que ce serait une expérience qui transcenderait notre monde tangible, mais, même dans des conditions « normales » l’effet désiré serait atteint.

La nature des collages sonores permet, en effet, à l’auditeur de s’approprier l’album et d’en faire un appendice de soi, un appendice dont les manifestations seraient multiples et différentes. La fonction de la musique expérimentale, qui plus est instrumentale, est d’ouvrir notre imaginaire et de l’autoriser à flotter dans un état onirique dont on perçoit qu’il est distinct du réel.

C’est un des succès de de The Island Come True de générer une telle sensation, de s’emparer d’un état de nature pour en faire chose abstraite mais de parvenir, toutefois, à y infuser de l’émotion. S’il en est une qui sse fait perméable, ce sera celle de la mélancolie, voire de l’abattement.

On décèle ainsi une beauté presque funéraire dans les sinistres cordes qui transforment « The Grief That Does Not Speak » en lamentation ou, dans la stylisation classique de « Sad Laugh », une morosité intrusive qui prend le pas de façon drastique sur le bruit d’enfants qui jouent en arrière fond.

Mais tout en étant émotionnellement poignant, cet opus est également nimbé d’un climat surréaliste qui se veut inquiétant. La sonorité qui émane d’un camion vendant des glaces sur « Now Listen ! », toute familière qu’elle soit, introduit une toute autre atmosphère, plus dérangeante, tout comme les voix qui murmurent en sourdine des paroles indistinctes et obscures sur « Dumburn ».

Cet assemblage est cohérent par sa beauté certes mais aussi par le soin, presque artisanal, qui semble avoir été pris à le confectionner. « Harmonic Avenger » et la grâce de son piano de ballet en est un pendant tout comme « KAB1340 » avec ses chants d’oiseaux et ses bruits de la nature est est un autre.

Tous ces éléments forment une œuvre musicale impérieuse dans laquelle on ne peut qu’être contraint à trouver délice et envoûtement.

20 janvier 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire