Rachel Zeffira: « The Deserters »

Une petite présentation s’impose à propos de Rachel Zeffira : c’est, au départ, une pianiste et chanteuse d’opéra qui a par conséquent reçu une éducation musique « classique » dans le sens formel du terme. Elle s’est frottée au rock alternatif grâce à son association avec le leader de The Horrors, Faris Badwan, d’où est sorti un album soous le nom de Cat’s Eyes. Il s’agissait d’un effort dont l’atmosphère rappelait celle des « girl groups » des sixties dans laquelle le frappé du piano de Zeffira infiltrait des soupirs gothiques. Ces éléments étaient accentués par les vocaux déclamés de Badwan et des éclairs rythmiques tout en ondulations.

Sur The Deserters, ces tendances sont grandement atténuées et l’artiste donne plus libre cours à ses impulsions classiques même si elle s’amuse encore avec quelques effluve, très restreints toutefois, de pop . La plupart des plages sont, en effet, échafaudées en prenant pour principales composantes le piano (là, son jeu s’y montre léger) et d’élégants arrangements à cordes.

Le clavier simple mais lugubre qui égrène « Silver City Days » met d’ailleurs en valeur sa technique impressionnante, la tonalité générale qu’elle souhaite insuffler à l’album et ses vocaux dont les contours légèrement distordus épousent à merveille le tempo fluctuant et chaloupé de la chanson. La tonalité « Front Door » sera celle d’une ballade « soul », mais celle-ci sera rendue quasiment intemporelle par un mélange de cordes imposant et grandiose. Le risque est alors que cette gracilité se mue en une trop grande fragilité ; c’est ce qui ponctue « Star » dont le rendu est à peine audible.

On perçoit donc que la compositrice est le plus à l’aise quand elle parvient à trouver un terrain d’entente entre un clacissicisme chaleureux voire convenable et des fresques tourbillonnantes et axées sur une darkwave pop. Ainsi, les synthés voltigeants et kitsch de « Break The Spell » se frayent un chemin au travers des années 80 pour en extraire désespoir et chagrin pendant que « Here On In » est un fort joli exemple de chamber pop empli d’une atmosphère de ce ressassement si obsessionnel qu’il frise la divagation.

Il est révélateur de constater que sur ces plages, les plus intéressantes sans doute, Zeffira se soit offert les services des rockers psychédéliques de TOY et de la percussionniste de S.C.U.M. Melissa Rigby. Tous parviennent à remplir le nerf des compositions ce qui tendrait à prouver qu’avec un bon groupe derrière elle, la chanteuse, qui n’a pas son pareil pour confectionner des mélodies infectieuses, pourrait accomplir des merveilles. Sa reprise du « To Here Knows When » de My Bloody Valentine préfigurerait très bien comment, avec simplement le renfort d’un piano qui vous hante et de vocaux murmurés frôlant la lisière de l’orielle elle serait capable de transcender une approche « noisy ». Quand la vocaliste aura tranché ou, mieux encore, maintenant l’équilibre entre la dream pop toute en nuances et le rock indie plus affirmé, elle se révèlera vite une artiste incontournable.

 

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