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Esben & The Witch: « Wash the Sins Not Only the Face »

On pourrait dire de ce deuxième album de Esben and the Witches qu’il est la bande-son d’un monde macabre et austère, plus frigorifiant encore que celui de leur premier opus Violet Skies paru en 2011.

L’impression initiale qui vient à l’écoute est celle d’un shoegaze (un « Wash the Sins » elliptique ) d’où toute euphorie serait exclue. Du moins est-ce ainsi que le trio, mené par les vocaux d’une Rachel Davies sonnant de pus en plus comme les Cocteau Twins, semble vouloir annoncer quuant à la nature du disque. Il n’est pour cela que de considérer des titres comme « Deathwaltz », « Smashed to Pieces in the Still of the Night » ou les variations complexes et élégantes qui parsèment de leur intensité « When The Heads Split ».

Esben ne s’attachent pas en effet à nous offrir des riffs mélodiques, ils puisent de la monotonie de leur cold wave façon de provoquer l’intérêt. Pour cela, presque chaque plage est parcourue de moments plus tranchants cisaillés qu’ils sont par la guitare tumultueuse de Thomas Fisher. Seule excursion maximaliste, « Despair » avec ses chorus rocailleux à la six cordes et ses percussions électroniques qui impose de manière ostentatoire une vision nocturne plutôt qu’elle ne la suggère par les procédés itératifs de la psalmodie.

« Shimmering » sera, en quelque sorte, le morceau qui exemplifiera le tout : il parfume le disque de la glaciation qui était restée sous-jacent tout au long des autres titres. Sa lueur scintillante ne sera que le reflet de ces chutes de neige intérieures, qui donnent une dimension autre et bien éloignée des clichés habituels à ce rock dit « gothique ». Un album  dont la beauté se révèle presque inaccessible tant elle semble distante, difficile à atteindre et frigide.

★★★½☆

18 janvier 2013 Posted by | Quickies | , , , , | Un commentaire

Rachel Zeffira: « The Deserters »

Une petite présentation s’impose à propos de Rachel Zeffira : c’est, au départ, une pianiste et chanteuse d’opéra qui a par conséquent reçu une éducation musique « classique » dans le sens formel du terme. Elle s’est frottée au rock alternatif grâce à son association avec le leader de The Horrors, Faris Badwan, d’où est sorti un album soous le nom de Cat’s Eyes. Il s’agissait d’un effort dont l’atmosphère rappelait celle des « girl groups » des sixties dans laquelle le frappé du piano de Zeffira infiltrait des soupirs gothiques. Ces éléments étaient accentués par les vocaux déclamés de Badwan et des éclairs rythmiques tout en ondulations.

Sur The Deserters, ces tendances sont grandement atténuées et l’artiste donne plus libre cours à ses impulsions classiques même si elle s’amuse encore avec quelques effluve, très restreints toutefois, de pop . La plupart des plages sont, en effet, échafaudées en prenant pour principales composantes le piano (là, son jeu s’y montre léger) et d’élégants arrangements à cordes.

Le clavier simple mais lugubre qui égrène « Silver City Days » met d’ailleurs en valeur sa technique impressionnante, la tonalité générale qu’elle souhaite insuffler à l’album et ses vocaux dont les contours légèrement distordus épousent à merveille le tempo fluctuant et chaloupé de la chanson. La tonalité « Front Door » sera celle d’une ballade « soul », mais celle-ci sera rendue quasiment intemporelle par un mélange de cordes imposant et grandiose. Le risque est alors que cette gracilité se mue en une trop grande fragilité ; c’est ce qui ponctue « Star » dont le rendu est à peine audible.

On perçoit donc que la compositrice est le plus à l’aise quand elle parvient à trouver un terrain d’entente entre un clacissicisme chaleureux voire convenable et des fresques tourbillonnantes et axées sur une darkwave pop. Ainsi, les synthés voltigeants et kitsch de « Break The Spell » se frayent un chemin au travers des années 80 pour en extraire désespoir et chagrin pendant que « Here On In » est un fort joli exemple de chamber pop empli d’une atmosphère de ce ressassement si obsessionnel qu’il frise la divagation.

Il est révélateur de constater que sur ces plages, les plus intéressantes sans doute, Zeffira se soit offert les services des rockers psychédéliques de TOY et de la percussionniste de S.C.U.M. Melissa Rigby. Tous parviennent à remplir le nerf des compositions ce qui tendrait à prouver qu’avec un bon groupe derrière elle, la chanteuse, qui n’a pas son pareil pour confectionner des mélodies infectieuses, pourrait accomplir des merveilles. Sa reprise du « To Here Knows When » de My Bloody Valentine préfigurerait très bien comment, avec simplement le renfort d’un piano qui vous hante et de vocaux murmurés frôlant la lisière de l’orielle elle serait capable de transcender une approche « noisy ». Quand la vocaliste aura tranché ou, mieux encore, maintenant l’équilibre entre la dream pop toute en nuances et le rock indie plus affirmé, elle se révèlera vite une artiste incontournable.

 

18 janvier 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , , | Laisser un commentaire

Villagers: « {Awayland} »

The Villagers reviennent avec un ensemble de compositions encore plus urgentes, éclatantes et aux facettes encore plus invraisemblables que celles de leur premier album Becoming a Jackal nominé aux Mercury Awards.

Son leader, Conor O’Brien est responsable de ce grand bond en avant lui dont la voix peut se muer en ces trilles, claires et vastes, façon Jonathan Donahue ou en ces balbutiements rauques à la Sparklehorse. C’est, de prime abord, cette faculté de jongler entre amplitude intense et retenue plus intime qui va servir d’axe à ce {Awayland}, lui permettant de bâtirr une digue à des titres qui ne demanderaient qu’à s’étendre de façon irraisonnée.

On pressent, de ce point de vue, ce qu’auraient pu devenir « The Waves » dont las cordes cacophoniques sont presque limites, ou le chorus majestueux qui segmente un dramatique « Earthly Pleasure » qui n’est pas loin de sonner comme une rencontre entre dEUS, Pulp Et Divine Comedy.

On le voit donc, The Villagers ont su donner une touche particulière à leur approche bucolique et ils la parsèment de schémas épiques qui ont la bonne idée, si on peut dire, de ne pas s’éparpiller mais, au contraire, d’apporter un contrefort à une pop chaleureuse. « My Lightouse » » ouvrira ainsi le disque sur une tonalité délicate à la Jeff Buckley avec sa combinaison d’arpèges de guitares et d’harmonies vocales murmurantes. Ce seront les textes, évoquant l’humanité et le riduicule de ses défauts, qui procureront éveil et celui-ci se concrétisera par des changements d’accords grinçants façon Forever Changes des Love.

On l’a vu, « The Waves » et « Earthly Pleasure » seront comme des projections sur grand écran avec un déluge d’arrangements à cordes et « Judgement Call » suivra alors avec un instantané rappelant XTC et l’exaltante et douce amère beauté pop constituée par « Nothing Arrived ».

« The Bell », lui, apportera ce contrepoint discordant propre à Sparklehorse, intensifié par la chanson titre, instrumental où le finger picking élégant fera peu à peu place à des cordes intraitables et des vocables chargés d’effets en reverb.

La suite est tout aussi versatile et surprenante ; la ligne de basse rigide de « Passing A Message » se heurte puis se fond en la façon majestueuse qui se déploie dans un morceau qui aurait pu figurer dans un album de Divine Comedy tandis que « Grateful Song » déploie des arpèges aux synthétiseurs à la Muse et les aligne, comme pour déboulonner la composition, à des percussions chancelantes et une mandoline aux accords frénétiques. Tout naturellement (et soniquement) alors, la thématique tragique s’incrustera dans le phrasé répétitif de « In a Newfound Land You Are Free ».

{Awayland} pourra s’achever sur une sinuosité faite d’électroniques et de bruits animaux, « Rhythm Composer », qui exemplifiera la démarche de l’album.

On pourra aisément entrer dans l’attrait que constitue {Awayland} tant, à l’image de son titre, il nous transporte dans un bucolisme qui n’a plus rien de rupestre. Restera à voir si la familiarité des éléments utilisés ici parviendra un jour à cultiver ce sens de l’émerveillement que nous cherchons tous et qui est à peine entrevu ici.

 

18 janvier 2013 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Free Energy: « Love Sign »

Après un premier album produit par James Murphy, Free Energy a formé son propre label pour la sortie de Love Sign et s’en est remis à John Agnello pour apporter une touche plus léchée tout en n’obérant pas la dynamique du combo de Philadelphie. Entretemps, il est vrai, le groupe a changé de guitariste aussi c’est presque d’un « debut album » qu’il s’agit.

L’énergie est toujours présente, simplement elle est plus canalisée et par cons »quent moins libre que sur le précédent opus. Celui-ci fleurait bon l’attitude « no nonsense rock and roll », Love Sign, lui, va s’en démarquer en adoptant une humeur plus contemplative.

« Dance All Night » et « Tilme Roll On » par exemple sont traversés par, qui des choeurs suffoquants, qui, par des power chords dramatiques qu’on aurait très bien pu entendre dans un disque Hard Rock FM de Bachman, Turner, Overdrive (« Backsratcher »). « Hey Tonight » et « Hold you Cose »sont, même, profondément introspectifs ce qui va presque à l’encontre de cette volonté de nous délivrer du rock and roll caractérisé par le « fun ».

Le groupe introduisait Love Sign en déclarant qu’il n’écrivait pas des pop songs qui passeraient çà la radio et en ceci on n’aura aucun mal à les détromper. Il ajoutait qu’il insistait sur le fait qu’il ne voulait pas s’ajuster. Sur ce plan, il a partiellement raison. Simplement il aura fait preuve d’un itinéraire atypique ; parti d’un son très « indie » il nous propose ici un disque qu’on pourrait presque qualifier de « classic rock »

 La césure par rapport au « mainstream » constituera alors en des textes qui se feront les témoins du mal-être et de l’aliénation ; c’est peut-être cette direction qui se montrera la plus prometteuse pour Free Energy.

★★★☆☆

18 janvier 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire