El Perro del Mar: « Pale Fire »

El Perro del Mar est le surnom espagnol que s’est attribuée la chanteuse suédoise Sarah Assbring. Sur ses trois premiers albums, « Le Chien de la Mer » s’était attachée à produire une indie pop sentimentale presque inoffensive voire innocente mâtinée de légères nappes jouxtant la « chamber pop ».

Son quatrième opus, Love is not Pop, l’avait vue abandonner quelque peu ce registre en y greffant des sons nouveaux sur des compositions plus amples. De ce point de vue, Pale Fire pourrait presque être vu comme un « sophomore album » car il semble vouloir approfondir cette exploration de rivages atteints par la glaciation.

Le titre oxymore de l’album, toute référence à Nabokov assumée, se justifie alors dans la mesure où la vocaliste amplifie la nature électronique de morceaux.Ceux-ci se réclament pourtant encore d’un certain vernis « soul » mais ils s’avèrent en fait sonner comme des récits dans lesquels la sensation d’isolation paraît comme immanente.

Ce qui est notable par rapport à ses débuts c’est cette faculté d’assertion, cette confiance, avec laquelle on pourrait dire elle se pavane à aborder ces thèmes du désir et du rejet. Si feu il y a, il faudra alors parler d’une torche intérieure s’efforçant d’éclairer cette sangsue qu’est pour elle le crépuscule de la noirceur.

Il y dans ce disque une ténacité à composer des chansons qui sont comme des hymnes à la réassurance au travers de « loops » répétitifs qui se veulent alors apaisants. Les paysages sonores qu’elle parcourt, tous suffocants, sont même parfois pris d’assaut de façon effrontée tant ils sont arpentés sur un fil ténu tendu entre l’effrayant et le sensuel.

Bien qu’il soit difficile d’éviter le legs d’ABBA, Assbring crée une musique arty et exotique que la plupart des pop stars suédoises. Sa voix est envoûtante, ensorcelante même, et elle a une faculté à se répercuter par dessus le sinistre mur sonore qui sert de toile de fond à l’album. Les couches vocales tourbillonnent ainsi le long de rythmes issus des îles, des chiens aboient à côté de flammes qui crépitent sur « Love Confusion » et un monologue comme venu d’un autre monde se glisse dans « Walk on By ». Une synth pop très eighties mêle adroitement atmosphères sirupeuses qui semblent vouloir entrer en compétition avec des inflexions soniques spectrales. Les lignes de basse résonnent et les boîtes à rythme éclatent sur des tempos qui auraient pu être ceux de chanteuses comme Madonna, Blondie ou Gloria Estefan mais ceux-ci demeurent conscients qu’ils marchent sur des eaux glacées, celles sur lesquelles la voix de Assbring glisse comme un défi à la fine couche de glace qui pourrait s’effondrer sous sa trajectoire vocale.

« Hold Off The Dawn » sera comme un effort désespéré à conjurer l’inévitable et un « I Was A Boy » nostalgique se fera alors prise en compte de cet inéluctabilité qui se refermera sur l’album sur un « Dark Night » dont la mélopée incantatoire éteindra le feu pâle qui régnait encore.

Pale Fire n’est pas loin de la brutalité d’une artiste comme EMA ni de la distinction qui émane de Björk. Reste à savoir si la production toute en détails de ce disque permet de nous faire discerner s’il reste encore une once d’espoir ou si la flammèche se tarira au bout de plusieurs écoutes d’un album qui mérite indéniablement d’être entendu et ré-entendu. Sinon, la réponse sera peut-être dans le prochain album de cette prometteuse artiste.

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